09 février 2012

La deuxième minute du naturiste

J'ai lu avec attention les commentaires déposés suite à mon billet de dimanche au sujet des vins "presque nature" de Stéphane Tissot.

Je précise, pour ceux qui en douteraient encore, que je ne suis d'aucune chapelle - ni naturiste béat, ni sulphureux résigné.

Je confirme aujourd'hui, verre en main, dégustation à l'appui, en direct du salon d'Angers, qu'on peut faire des vins sans défaut ni déviance avec un minimum de soufre: chez Sébastien David, à Saint Nicolas de Bourgueil, par exemple. Essayez un peu son Hurluberlu ou son Vin d'une Oreille, notamment. J'ai rarement dégusté un vin au  fruit aussi pur.

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M. Fouassier..

Vous voulez un autre exemple? Prenez la cuvée Iconoclaste de Fouassier, un Sancerre Rouge. Fouassier, bien que biodynamiste, n'est pas entièrement convaincu par le sans soufre; c'est sa première cuvée presque sans soufre - juste un peu à la mise. Il pense que c'est plus facile pour les rouges que pour les blancs, il essaie, il expérimente.

Il doute..

Comme lui, je ne tirerai pas d'enseignements trop généraux à partir d'un vin, d'une  seule réussite, pas plus que je ne pourrais en tirer d'un seul échec. Dans l'immensité des vins du possible, le sans soufre est une voie. Ce n'est ni une voie royale - elle est très étroite, car elle exige des raisins vraiment très sains - ni une voie sans issue.

vin nature

... et son "Iconoclaste"

Quelle est l'attitude la  plus sectaire? Ne jurer que par le vin dit nature, "le seul, le vrai vin", ou qualifier tous ses adeptes d'illuminés, sur la foi de quelques dégustations?

Pourquoi choisir un "camp"? Pourquoi ne pas picorer (picoler) le meilleur de chaque côté de la barrière?

 

 

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Jura, Loire | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : vin nature |

07 octobre 2011

La petite musique des vins nature, selon Andrew Jefford

Je goûte de plus en plus la prose d'Andrew Jefford sur le site de Decanter. Et ce, bien que notre premier contact ait été plutôt conflictuel: d'un titre racoleur, dont Andrew n'était même pas l'auteur, j'avais conclu l'an dernier qu'il mettait tous les chardonnays australiens au dessus de tous les bourguignons - vous comprenez dès lors ma fureur.

Nous nous en sommes expliqués, il a admis l'erreur, et j'ai admis ma méprise. Depuis, je suis ses chroniques avec attention. Je ne suis pas forcément d'accord sur tout, mais j'adore sa finesse dans l'analyse et sa force dans l'expression.

J'en veux encore pour preuve ce passage sur les vins nature, où il introduit une très belle métaphore: celle de la musique.

"Bach, for example, never wrote for the modern piano, so his great keyboard works would first have been heard on the harpsichord, clavichord or organ.
In the 18th century, flutes were wooden and brass instruments had no valves; singers used little if any vibrato; concert pitch was different. In one sense, that’s what natural wines are: a deliberate return to a pre-development past.
Period performance sounds odd, and sometimes even discordant at first – but once the hearer has re-tuned his or her ears, a new, expressive world is opened.
So too with the best natural wines: they reveal a landscape of aroma and flavour few of us alive today ever previously had the chance to enjoy. They make interesting noises. We owe them our indulgent attention".

Attention, Andrew n'est pas un inconditionnel des vins nature. Il est même assez critique vis à vis ceux qu'il taxe d'"over-indulgence".

Mais au moins, il ne rejette pas d'emblée, et même, il est prêt à tendre l'oreille, ou plutôt, la langue, et même à la tourner plusieurs fois dans sa bouche pour essayer de comprendre.

J'aime ce genre d'attitude.

Au détour de son article, je lis aussi qu'Andrew estime que les vins nature ne seront pas qu'une mode, qu'ils sont là pour durer.

Je le pense aussi et d'une certaine façon, je m'en félicite, car je suis convaincu que comme dans tout phénomène qui dure, une sélection des opérateurs va se faire; je parie donc que les approximatifs vont disparaître ua profit des professionnels. Parce que le véritable engagement est un gage de professionnalisme.

Pour lire le reste, voir ICI

00:27 Écrit par Hervé Lalau dans Grande-Bretagne | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : vin nature, vin, vignoble, jefford |