29 décembre 2013

Vin ou pas vin?

Un ami me demande si un produit titrant 6° d'alcool, ou un produit obtenu à partir de vin, mais désalcoolisé, peut porter la mention "vin".

D'après les textes dont je dispose, la réponse est non.

Le règlement OIV en vigueur (18/73) dit, primo, qu'un vin doit titrer au minimum 8,5°. L'Europe, dont la France, applique cette réglementation.
Par ailleurs, l'OIV dit aussi qu'un vin auquel on aurait enlevé plus de 20% de son alcool (quelle que soit la méthode soustractive) ne peut s'appeller vin.

Ces produits peuvent par contre mentionner "boisson à base de vin désalcoolisé".

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Le plus souvent, on les habille comme des vins, dans une bouteille de vin, on n'écrit rien sur la grande étiquette mais en dessous on met "sans alcool" (cf. "Bonne Nouvelle" d'UCCOAR)

Attention, cependant, ces matières évoluent assez vite (ainsi, l'interdiction de la mention "vin aromatisé" a été levée en 2012 en France). A mon grand regret.

09:30 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Vins de tous pays | Tags : vin, désalcoolisation, réglementation, oiv | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

16 mai 2013

Emploi des noms de cépages: le texte de référence

A toutes fins utiles, je vous donne ci-dessous le lien vers le texte réglementaire en vigueur en matière d'emploi des noms de cépages pour les vins sans indication de provenance en France (vous pouvez reprendre votre souffle.) Il s'agit de l'article 3 du Décret du 4 mai 2012.

Cet article stipule que: "l’étiquetage d’un vin ne bénéficiant pas d’une appellation d’origine protégée ou d’une indication géographique protégée peut être complété par un ou plusieurs noms de cépages, à l’exception des noms de cépage suivants : Aligoté, Altesse, Clairette, Gewurztraminer, Gringet, Jacquère, Mondeuse, Persan, Poulsard, Riesling, Savagnin, Sylvaner et Trousseau.
Dans l’étiquetage d’un vin bénéficiant d’une appellation d’origine protégée ou d’une indication géographique protégée, les noms de plusieurs cépages peuvent figurer, sous réserve que chacun de ces cépages représente plus de 15 % de l’assemblage du vin".

En clair, en Vin de France, il est interdit d’employer sur l'étiquette les noms d'Aligoté, Altesse, Clairette, Gewurztraminer, Gringet, Jacquère, Mondeuse, Persan, Poulsard, Riesling, Savagnin, Sylvaner ni Trousseau. On peut éventuellement en mettre dans la bouteille, mais sans le dire. Même un Alsacien qui aurait perdu l’AOC ne pourrait mettre le nom de son cépage sur son Vin de France. C’est d’ailleurs peut-être une des craintes de l’interpro: que des producteurs quittent l’AOC, ne paient plus leurs cotisations, augmentent leurs rendements et vendent leurs cépages alsaciens, ou savoyards, ou jurassiens, moins cher et sans le nom d’Alsace….

Franchement, en quoi un règlement pareil protège-t-il le buveur final? Nos responsables pensent-ils que le consommateur est trop bête pour lire une étiquette? A quoi riment les lettres AOC, alors? Ne sont-elles plus une marque de différenciation? Si l'on estime que le consommateur ne se détermine plus que par les cépage, alors autant supprimer toutes les AOC!

Au delà des petits problèmes de tambouille syndicale, de cotisations volontaires et obligatoires, je me demande bien pourquoi nous nous mettons des barrières dans une catégorie, la plus simple, la plus basique, qui est censée aider nos producteurs à concurrencer les vins du nouveau monde?

Pendant qu’on s’interdit de faire du Vin de France Riesling, à petit prix, sous prétexte de protéger les Alsaciens, l’Australie vend de l'Australian Riesling aux Anglais. Et les Alsaciens ne vendent pas plus d'Alsace Riesling aux Anglais pour autant. Ce réglement aide donc nos concurrents plutôt que nos propres vignerons.

Bien sûr, en IGP et en AOC, selon ce texte, c’est théoriquement possible de mettre ces noms de cépages sur l’étiquette... à condition que le cépage soit accepté dans l’encépagement de l'AOC ou de l'IGP. Et c'est rarement, très rarement le cas...

Tout est donc bien verrouillé, cadenassé. Le Gringet aux Savoyards, le Savagnin aux Jurassiens, le Reseling aux Alsaciens, et les moutons seront bien gardés (au moins en France). Mais ce n'est pas en érigeant des murs qu'on apprend à ceux qui vivent à l'intérieur comment aborder les marchés extérieurs. Et la planète vin rigole. Tiens, il y a trois ans, les Australiens ayant planté de l'alvarinho ont découvert que leurs pépiniéristes leur avaient refillé du savagnin, par erreur. Les voila donc contriant de chager leurs étiquette. PMais comme le saviagnin est totalement inconnu hors des frontères du Jura, ils ont préféré le rebaptiser traminer.

La morale de l'histoire? On peut protéger ce qu'on veut, on ne peut pas décider de ce qui se vend ou pas.

A côté de cela, je note que depuis que Cahors s'est réapproprié le malbec - en l'apposant sur ses étiquettes, mais sans contester à quiconque le droit de l'employer, ni aux Argentins, ni aux Chiliens, ni aux Italiens, les ventes de Cahors remontent...

S'asphyxier dans ses petites habitudes, ses traditions, ses droits acquis, à regarder son nombril; ou respirer au grand air de la concurrence... c'est un peu comme ça que je vois le débat.

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin, réglementation | Lien permanent | Commentaires (11) | | | |