21 février 2012

"La libéralisation des plantations, c'est la porte ouverte aux fraudes"

Lu sur Terre-Net Médias, so s la plume de Juliette Cassagnes:

"La fin des droits de plantation permettra de planter des vignes à proximité d’aires d’appellation avec le risque d’un détournement de notoriété, par l’utilisation d’une marque, du cépage, de la région de production, en jouant sur les mentions d’étiquette par exemple."

Bref, la libéralisation des plantations, c'est la porte ouverte aux fraudes.

Voila un axe de défense du système actuel des droits de plantation pour le moins original.

Et qui fera sourire notre ami Olivier Cousin, assigné au tribunal pour avoir apposé sur ses cartons la mention A.O.C. (pour Anjou Oivier Cousin) 

Cousin.png

Au fait, où en est l'affire Cousin?

Chère Mme Cassagnes, je ne souscris pas à votre argumentation. Pour la bonne raison que l'utilisation des mentions évoquant les Appellations et les IGP continuera d'être interdite. Pas question demain de produire du Vin de France "Anjou", ou du vin de France "Alsace". Ce serait induire le consommateur en erreur.

Quant aux marques, je note qu'elles savent se défendre: prenons l'exemple du Champagne, dont le budget juridique doit friser celui des achats de betterave sucrière dans le département de la Marne. Mais on pourrait citer le cas de Châteauneuf du Pape, qui lutte en justice pour que la mention Papes lui soit réservée, ou encore Côtes du Rhône, qui veut faire interdire les IGP Bouches du Rhône...

Quant au cépage, c'est une autre histoire. Mais les Vins de France produits aujourd'hui (avec droits de plantation) peuvent déjà l'utiliser, cette mention; alors, qu'est-ce qui change?

Je m'étonne aussi que ma consoeur fasse si peu de cas de nos administrations, douanes, répression des fraudes, qui demain autant qu'aujourd'hui, seront appelées à veiller sur le respect des lois.

S'il les gens de Terre-Medias Net sont en mal de croisades, plutôt que de dénoncer ce qui pourrait peut-être survenir demain (mais le pire n'est jamais sûr), pourquoi ne pas plutôt s'attaquer aux vrais problèmes d'aujourd'hui?

En vrac, je cite: la non-qualité au sein des AOC existantes, notamment du côté des polycultivateurs de raisin; le manque de cohérence et la difficulté à trouver un quelconque effet terroir au sein des appellations régionales. La cryo-extraction permise à Sauternes, même dans les grands châteaux... Les dépassements de rendements. Les niveaux de pesticides dans le vignoble. Les vendanges trop précoces en Champagne, allégrement compensées par la chaptalisation. La chaptalisation en général, dont la justification en période de réchauffement climatique est de plus en plus douteuse. La banalisation du bio...

 

Vigne.jpeg

Libérez la!

Un conseil, Mme Cassagnes: revenez en à l'argumentation classique, celle qui consiste à agiter le chiffon de l'ultra-libéralisme, de la concurrence sauvage, responsable de la mort des petits producteurs... C'est plus vendeur.

 

 

 

 

 

00:01 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : plantations, vignes, olivier cousin |

26 janvier 2012

Plantations: Clamantis in deserto

Si j'en crois ce cher Google, je suis le seul "media" français à avoir reproduit le communiqué du Comité Européen des Entreprises Vins appellant à la libéralisation des plantations de vignes en Europe, comme prévu en 2008 dans le cadre de la réforme de l'OCM vins.

Dans le même temps, plusieurs dépêches réaffirmant l'opposition de la France à cette libéralisation ont été publiées, y compris la prise de position du ministre de l'Agriculture.

Passons rapidement sur le fait que la France a voté cette mesure en 2008  - il n'y a que les convaincus qui ne changent pas d'avis.

Passons encore plus rapidement sur le fait que cette libéralisation me semble aller dans le bon sens - ce n'est que mon avis, je suis ouvert au débat - je ne prétends pas avoir raison tout seul contre tout le monde.

Non, ce qui me choque, c'est justement qu'il ne puisse y avoir de vrai débat public.

Que les rares voix discordantes soient étouffées - passe encore pour moi, je ne représente rien que moi même, mais quand il s'agit d'un groupement de producteurs couvrant toute l'Europe, c'est autre chose.

M. le Ministre Bruno Le Maire se félicitait vendredi dernier que 12 pays soutiennent le retour à l'encadrement des plantations (encadrement qui n'a jamais cessé, en France, puisque nous sommes encore en période de transition).

Dois-je lui faire l'injure de lui préciser que 15 autres pays au sein des 27 que compte l'Union soutiennent toujours la libéralisation? Eux n'ont pas changé d'avis. Qui le dit? Et qui dit le pourquoi de cette étonnante obstination? La conviction, de la part de pays qui forment le plus gros des consommateurs de l'Union, que l'on doit passer d'une viticulture d'assistés, une viticulture sous bulle, payée par le contribuable plutôt que par le buveur, à une viticulture compétitive.

Je ne demande pas aux "responsables" qui sont convaincus que l'encadrement des plantations les protège contre quoi que ce soit (à tort, selon moi) de changer d'avis. Peut-être leurs attributions, leurs engagements passés, les promesses qu'ils ont cru devoir faire à leur affiliés, ou tout simplement leurs structures mentales les en empêchent-ils.

Je leur demande seulement d'arrêter de faire croire que tout le monde pense comme eux.

 

00:10 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : plantations |