18 avril 2011
Vin et Poiré (merci Laurent)
Je ne connais pas le vin dont il est question, mais à lire le commentaire de Laurent Gibet (In Vino Veritas Toulouse), je subodore qu'il s'agit d'un vin dit nature. Il y a des allusions qui ne trompent pas.
Si Laurent ressort ce commentaire, c'est que ce vin vient de faire l'objet d'un avis enthousiaste dans Madame Figaro (grand bien lui fasse).
Voici donc les notes de Laurent:
"Champignon Magique de Pierre Beauger, un chardonnay d'Auvergne capsulé: est-ce du vin ou du poiré? Encore un produit pour encanailler les bobos de la rue de la Roquette? Propos d'un des invités : plus d'avant-garde que de garde..."
Et pour le Beau Sexe, voici le lien vers le commentaire de Madame Figaro
http://madame.lefigaro.fr/feminin/lastuce-ladresse-de-pierre-jancou-150411-149083
S'il y a des gens qui aiment ce genre de vin, bien sûr, c'est leur droit. De même que c'est mon droit, à moi, avec tout l'amour que je porte à la nature qui m'a tant gâté (heum!), et tout le respect que j'ai pour tous les vignerons nature qui soignent leurs vinifications (et il y en a plus qu'on ne pense)... de dire ceci: ce goût de poiré, quand il se retrouve dans toute une série de vins de différents terroirs, est la marque d'un problème technologique, plus que du respect de la nature.
PS. J'adore le poiré. C'est mon ascendance normande, je suppose. Mais quand j'en achète, il y a poiré sur l'étiquette. Et oui, que voulez-vous, je suis très classique, limite ringard. Pas le genre à tremper un crucifix dans l'urine, comme certains artistes subventionnés. Ringard, je vous dis.
15:33 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
| Tags : vin, poiré, nature |
15 février 2011
Dégoût
Ce matin, la FNSEA a fait part de son «dégoût».
L’objet d’une réaction aussi forte? La campagne d'affiches de France Nature Environnement mettant en cause les dérives de l'agriculture productiviste (OGM, algues vertes). Il est vrai qu’à la veille de la "Grand Messe paysanne" du Salon de l’Agriculture, ce genre de mise en perspective ne pouvait pas lui plaire. Il n’y a que la vérité qui blesse. Tellement que les syndicats des filières porcines et bovines, Inaporc et Interbev, ont voulu faire interdire la campagne en référé. Ils ont été déboutés.
Fermer les yeux?
Les porte-paroles de la FNSEA, toujours majoritaire en France, malgré une forte érosion, sont prompts à monter sur leurs grands chevaux - pardon, sur leurs tracteurs, toujours plus gros, et qui tassent les sols. Le plus surprenant, c’est qu’ils trouvent toujours une oreille complice dans la France nostalgique d'une ruralité disparue. Et donc dans les médias.
"Touche pas à mon paysan!" Sauf que la paysannerie, comme classe sociale, n’existe plus. Ni son prétendu bon sens paysan, ni même sa prétendue qualité de vie. Quelle bonne blague! Les agriculteurs paient un lourd tribut au cancer professionnel, au même titre que les ouvriers de l'amiante. Ils sont les premières victimes des pesticides qu'ils épandent, comme une affaire récente l'a à nouveau mis en évidence dans la viticulture. Et la FNSEA nous parle de l'agriculteur, "jardinier de la nature!"
Mais de qui ce syndicat censé représenter toute une profession est-il le porte-voix, en vérité? De Marcel Chombier, cultivateur de citrouilles bio à Trifougnette-les-Oliviers? De Soizic Ledantec, gaveuse d'oie Label Rouge à Trebeurmaria? Pas principalement. La FNSEA représenterait plutôt les gros céréaliers et les gros éleveurs. Ce sont eux qui paient le plus de cotisations. Ce sont eux qui ont le pouvoir. Rien de répréhensible à cela: tout le monde a bien le droit de former son lobby; et puis personne n’est obligé d’adhérer, il y a d’autres syndicats, qui représentent d’autres sensibilités. Si Marcel et Soizic s'y trouvent mieux, la porte est grande ouverte.
Mais la FNSEA reste l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics en matière agricole. La meilleure courroie de transmission des initiatives gouvernementales (et en contrepartie, la meilleure pompe à subventions). Aussi ses prises de position ne sont-elles pas anodines. En période pré-électorale, elles pourraient même influencer la politique agricole dans son ensemble.
Et le mot d’ordre aujourd’hui, c’est «fermez les yeux». Et envoyez les violons. Le gros céréalier et le gros éleveur qui jouent au petit chimiste pour encore augmenter leur production "nourrissent la planète" et "contribuent à la balance commerciale française". Bref, ni leurs représentants syndicaux, ni l'Etat ne les poussent à modifier leurs comportements polluants et productivistes. Ils se bornent donc à les habiller de "culture raisonnée", ce qui n'engage à rien. Et à nier l'évidence. La bonne nouvelle de la semaine: renouant avec la grande tradition chiraquienne, le président Sarkozy inaugurera le 19 février le Salon de l'Agriculture. Pas de risques, à la Porte de Versailles, qu'il glisse sur un tapis d'algues.
Les éleveurs porcins peuvent même se payer le luxe de jouer les vierges effarouchées quand on leur montre l'effet de leurs nitrates sur la Baie de Saint Brieuc. Même le président de la Région Bretagne les soutient en dénonçant "une attaque caricaturale". Son argumentation est imparable: "Un plan a été lancé l'an passé pour le ramassage de ces algues". C'est bien, mais si l'on s'attaquait à la source?
Même réaction outrée du côté de l'Office de Tourisme régional. C'est que les réservations ont à peine commencé. Et puisqu'on vous dit qu'on va tout ramasser... Alors, touche pas à ma Bretagne!
Oubliée, la mort de l'ouvrier qui compostait ces algues à Lantic, en septembre 2009. Et celle du cheval à Saint Michel en Grève, en juillet de la même année. Certains Bretons ont une mémoire de plus en plus sélective. On espère que ce n'est pas un effet de la laitue de mer.
Alors étonnez vous après ça que le dégoût du porte-parole de la FNSEA... me dégoûte. Les "paysans" de ce syndicat se grandiraient tellement en reconnaissant leurs erreurs et en y remédiant. Pour eux, pour nous, pour tous. Je ne peux pas croire que tous ses adhérents sont des irresponsables!
21:39 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : nature, environnement, fnsea, algues vertes, liberté d'expression |
16 octobre 2010
On a mis Lapierre en bière
Eric Boschman revient sur la disparition de Marcel Lapierre; et s'emporte au passage contre certains dévoyés du nature... (non, Olif, ce n'est pas pour toi).
On a mis Lapierre en bière
J’aurais préféré l’inverse, mais on ne peut pas toujours choisir. Saleté de vie. Je me demande pourquoi, comme sur les étiquettes des bouteilles de vin, personne ne met de pictogramme sur nos bulletins de naissance pour bien démontrer que vivre tue. Presque toujours trop rapidement. Marcel Lapierre est mort, et cela ne fera pas les choux gras de votre, habituelle, gazette à people. Marcel Lapierre est mort alors que beaucoup trop tant d’autres vivent encore. Et on dira encore que la vie est injuste. Ce n’est pas injuste, c’est carrément inique, amer.
Je vois bien que vous avez l’impression que là je suis en train de me répandre pour moi et deux ou trois super initiés et que vous avez envie de vous tirer pour lire les résultats de Jean-Michel Saive en page quarante deux. Faites comme bon vous semble, l’avantage de la presse c’est qu’elle permet de lire les deux articles sans manipulations excessives. Il suffit pour cela de tourner les pages dans un sens ou dans l’autre. Pas besoin d’appuyer sur le bouton rouge de votre zapette ou Dieu seul sait quelle autre singerie encore. En parlant de Dieu, je ne voudrais pas médire, mais j’ai l’impression que là-haut, il devait y avoir pénurie depuis quelques temps a voir le nombre de ses serviteurs talentueux faiseurs de pinard qu’il rappelle à lui, ça sent presque la mobilisation générale. Oh, là-haut, puisque l’on arrête bien le progrès, il serait pas temps d’arrêter les bêtises ? Il y a un tas d’autres gars rappelables, en pleine force de l’âge, même des qui font du sport en short dans les bois et tout et tout. Pourquoi les rares mecs que je connais vaguement dans le vignoble sont-ils tous candidats au départ prématuré ? MARRE à la fin. Mais bon, sang, ne tournez pas la page aussi vite. Restez, je vais vous raconter un peu qui était le Marcel avant d’être dévoré par le crabe.
D’ailleurs, suivant en cela l’exemple de Pierre Desproges, c’est décidé, ce soir, je vais bouffer un crabe pour me venger. Aujourd’hui, enfin jeudi, lors de la mise en terre de l’homme, les langues se sont déliées. Lui qui parlait vrai, peu, bien droit et surtout pas de bois, il doit tellement se retourner dans sa tombe à entendre les officielles éloges de circonstance que l’on pourrait le transformer en tunnelier. Parce que, pas de chance pour lui qui voulait surtout vivre tranquille le reste de son âge, l’homme est devenu une icône. Malgré lui presque. En faisant le vin tout simplement, suivant la voie tracée par Chauvet principalement, mais aussi quelques autres, il a ouvert une autoroute a un tas d’autres. C’est dément le nombre de médiocres pinardiers qui se réclament de lui aujourd’hui alors qu’ils ne sont que des nains sectaires.
Marcel Lapierre était jusqu'à la semaine dernière un genre de Pape, mon doigt vient de glisser et j’ai corrigé très vite, mais le premier mot apparu sur mon écran était papa, c’est peut-être plus vrais dans son cas. Il était, tentais je d’écrire, devenu le symbole des producteurs de vin nature. Alors qu’il était si loin de ces singeries. Lui, il rendait hommage à sa terre, à ses racines, a celles de ses vignes mais aussi à celles de ses ancêtres. Faire du vin est un acte simple qui demande énormément de travail. Et au moins il y d’apparences, plus il y a de boulot. Chauvet, pas celui de la grotte, le dieu du pinard, Lapierre, des gens simples, normaux, qui n’avaient pas besoin de s’uniformiser pour exister. Même pas membres d’une secte ni d’un courant, comment être à la fois membre et courant? Le Christ était-il Chrétien? Je sais, pour moi aussi c’est dimanche matin ou presque et ce genre de question entre le Nesquick et le pistolet à l’américain, ça me laisse un peu perplexe. Je vais me renseigner.
Pour en revenir au Marcel, grâce à un Goret de mes amis, il y presque vingt ans, je l’ai rencontré pour la première fois. Pas encore une star à l’époque. Non, calmez-vous, lui n’est jamais devenu une star, mais il n’était pas encore starifié par une bande de branleurs qui portent les mauvais vins, mais "NATURE", en bandoulière comme les stigmates d’une différence exceptionnelle. Ces c... ont oubliés que le vin est avant tout un plaisir, et qu’il doit le rester. Pas être pris en otage par des formes exclusives et des looks totaux assortis. Parce que, mazette, à Pèèèèèèris, pour aimer le vin nature, il ne s’agit pas d’oser se déguiser en bourge ou en bobo, il faut revêtir les oripeaux de l’appartenance souffreteuse, car la consommation de vin nature n’est pas à la portée des simples c... Il faut être initié. C’est un peu comme pour les films japonais en noir et blanc sous titrés en serbo-croate et restaurés par des Vénézuéliens refusant le régime de Chavez. Personne n’a envie de les voir tellement c’est hermétique, mais tout le monde s’en réclame, histoire de se positionner socialement.
Aujourd’hui le vin nature est un cordon de miss que les pseudo-intellos du pinard se mettent autour de la poitrine, histoire de justifier leurs tristes mines et leurs goûts douteux. Mais le Morgon de Lapierre, avant que d’être un étendard porté bien haut par un tas de gens qui ne comprennent rien au vin et à sa terre, était un vin rock & roll. Rock et vin, comme à l’époque ou le rock se demandait s’il allait mourir mais où il jouait avant de calculer. Depuis, il tourne en boucle et à un plan de carrière au départ de son garage, et le vin nature a généré une secte d’adorateurs un peu chiants.
Grâce un goret de mes amis, un jour de Rock et de vin, au Botanique à Bruxelles, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans auront un peu de mal à connaître, j’ai mis le nez dans un verre de son gamay. Depuis, j’ai cette odeur si particulière calée quelque part au fond de mes neurones. Mélange d’épices, de poivre noir, de paille coupée, de cour de ferme, entre le rustique et le complexe. Personne ne parlait alors de vin nature. On parlait de vin difficile à faire sans soufre, mais personne ne faisait du vin pour souffrir. La rédemption dans la douleur, c’est tout un programme, ça fait marcher pas mal de monde depuis quelques années, mais c’est loin de l’idée du vin de l’homme. Le Beaujolais est fait pour être bu, simplement, comme tous les autres vins. Pas pour être glacé, torturé ou galvaudé par quelque producteur de jolies fleurs. Mais Marcel Lapierre lui a donné des nouvelles lettres de noblesse. Il y aura désormais l’avant et l’après. «Marcel, tu seras la pierre sur laquelle je bâtirai mon gamay». Je ne me rappelle plus vraiment qui a dit ça, mais c’est tellement vrai. A l’heure où la lumière semble poindre sur l’horizon économiquement extrêmement difficile du Beaujolais, un des hommes qui lui a rendu sa dignité et sa fierté tire sa révérence et s’en va au hasard sur les route du ciel. Ne serait pas là un signe de suprême élégance de la part de celui qui ne voulait pas être un maître ?
Eric Boschman
Les vins de Marcel Lapierre sont disponibles en Belgique chez Jean-François Basin : 0496 28 48 48
00:56 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais, Bourgogne | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
| Tags : lapierre, boschman, nature |
09 février 2010
Des antibios dans les vins
Je n'ai pas pu ne pas lire dans la presse les avatars (le mot est décidément à la mode) des vins argentins refusés en Allemagne pour cause de présence d'antibiotiques.
Rappellons-les faits.
La natamyicine, alias pyramicine est un antibiotique fréquemment employé dans la fabrication de fromages et de produits de charcuterie. Ce qui se discute, sans doute, mais ce qui est tout à fait légal.
Ce qui l’est moins, c’est qu’on en trouve dans le vin. Et notamment, récemment, dans plusieurs lots de vins argentins exportés en Allemagne.
Alertés sur ce problème dès 2009, les autorités allemandes ont contrôlé 237 vins allemands, espagnols, chiliens, sudafricains, mexicains, californiens et argentins.
Seuls ces derniers présentaient des teneurs quantifiables en natamycine. Huit lots de vins ont donc été retirés de la vente à la mi-janvier, pour un volume total de 120.000 bouteilles.
Même si les résidus ne présentaient pas de toxicité apparente, Wines of Argentina, qui promeut les vins argentins, a fait réaliser des études complémentaires par un laboratoire français, Excell. Sur la base de 500 échantillons, celui-ci a révélé la présence de quantités dosables de natamycine (plus de 5 microgrammes/l) dans d’autres vins (un espagnol et un italien) ainsi que de traces dans certains vins sud-africains, néo-zélandais et français
(entre 2 et 5 microgrammes/l). Mais ces analyses ont surtout confirmé que l’Argentine est la plus touchée : 50% des échantillons contrôlés en contiennent.
L’élément rassurant est que les teneurs identifiées sont généralement très faibles , ce qui élimine l’éventualité d’un ajout délibéré de natamycine dans le vin. On évoque donc plutôt la possibilité d’une contamination accidentelle, la natamycine étant autorisé comme produit décontaminant pour le matériel de cave.
Et comme je voulais en savoir plus, j'ai contacté mon confrère argentin Daniel Lopez-Roca, qui m'a répondu de manière assez laconique: "Cette histoire est tout à fait anecdotique. Je l'ai suivie ici, et c'est à peine si l'on en parle".
Alors, ne faut-il voir là dedans qu'un nouveau soufflé médiatique qui retombe?
Mais, au fait, ne nous répète-t-on pas à longueur de journée qu'il faut éviter la surutilisation des antibiotiques. On les déconseille pour les traitements de maladies, mais on les autorise pour la prophylaxie animale ou vinicole? Cherchez l'erreur.
07:44 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : medecine, vin, nature |


