13 septembre 2011
Vieux Papes, Urbi & Orbi
Première vente de vins en volume dans la distribution française, Vieux Papes change de catégorie.
De Vin de France (mention déjà assez vaste), la marque du groupe Castel passe en "Vin de Différents Pays de la Communauté Européenne".
Le pourquoi? C'est une simple question de prix. Les cours des vins de France ont progressé de 30% l'an dernier, frisant les 60 centimes le litre. C'est donc en Espagne que la marque est allée chercher son salut. Ne me demandez pas à quel prix ils ont fait affaire, c'est sûrement moins cher que l'eau minérale. Bonne pioche, en tout cas: les consommateurs interrogés par la marque, qui parvient apparemment tout de même à dégager un petit budget marketing, s'en fichent royalement. Franchement, et ibériquement. Ils continuent de lamper jusqu'à plus soif ce jaja devenu international. Et l'on dit que les Français sont chauvins!
L'explication m'a quand même un peu déçu. Moi qui pensais que le Vieux Papes voulait symboliser l'universalité du message pontifical. Ben oui, "Urbi et Orbi". A Rome et au Monde...
00:32 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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17 mai 2011
Vin bio & industriel: Lilian Bauchet me répond
Les commentaires, c'est bien, mais c'est écrit tout petit, en bas des textes, alors ça passe parfois inaperçu. Dommage, surtout quand c'est bien argumenté. Je me permets donc de ressortir celui-ci, qui me vient de Lilian Bauchet, vigneron bio et bloggeur de première classe (http://bachelards.blogspot.com/). Je lui avais demandé son opinion à propos de la possible dérive du bio vers l'industriel, il me répond. Et ce n'est pas piqué des hannetons. Ce type a décidément plus d'une corde à son arc, plus d'un logiciel dans son ordi, et plus d'un neurone sous son crâne...
Lilian Bauchet
"Hervé, Puisque tu me demandes mon avis, je te le donne bien volontiers. Ça ne me gêne pas que le bio s'industrialise, c'est même une bonne nouvelle tous ces hectares qui vont être massivement cultivés sans pesticide ni herbicide, cessons de toujours vouloir laver plus vert que vert. Et l’exemple de l’industriel du vin cultivant ses 250 hectares, mais capable de produire un vin sans sulfite, je trouve ça marrant, ça doit rendre quelques esprits un peu trop tranchés perplexes, j’aime bien. J'ajouterai même que ces industriels du vin, en cherchant à rationaliser leur production, et à « greenwasher » leur image, finissent par mettre en œuvre des pratiques plus respectueuses de l'environnement et de nos petites santés que le péquin du coin qui lui aussi fait bio mais qui laboure ses vignes avec un vieux tracteur des années 70 pissant l'huile et dont il ne vaut mieux pas connaitre le taux de rejet en dioxyde de carbone, ça serait aussi un coup à nous plonger dans la perplexité.
Donc je ne suis pas sûr que les gentils petits artisans fassent toujours mieux que les gros industriels méchants. Toutefois, nous, péquins de base (moi, c’est un bobard k30 mon tracteur, année de mise en circulation 1974 ;-), avons toutefois un avantage indépassable par rapport à ces grosses structures, notre absence d’organisation ;-) On cherche la rentabilité certes, mais tout notre « être physique » n’est pas tendu vers cet objectif, comme l’est n’importe quel « être moral » moyen. Notre action n’est pas « orientée satisfaction clients », qui lorsque tu t’adresses à la GD signifie reproductibilité du goût du vin et de sa «qualité» (logique de marque institutionnalisée par la GD et l’industrie agro pour leurs consommateurs pour qui le Nutella doit avoir le goût du Nutella et le vin le gôut du vin, quelle drôle d'idée), disponibilité des stocks et gestion des réappros en flux tendus, analyse et gestion des risques, blablabla… autant de mécaniques d’entreprise qui laissent peu de place au hasard (un gros mot dans l'entreprise), à l’empirisme, à l’imagination, à la volonté de laisser parler parfois son intuition au détriment de sa raison. Un peu de poésie dans ce monde de bruts, bordel !
Les pratiques de ma corporation de bouseux sont donc plus aléatoires, moins maitrisées, moins contrôlées, les vinifs ne tiennent pas toujours compte de la somme des « progrès » réalisés par l’œnologie moderne, car tout vigneron sincère (puisqu’on parle de sincérité) sait que si le but de nos œnologues est bien de produire le meilleur des vins, le seul objectif qu’ils ont réussi à atteindre aujourd’hui (on peut leur rendre cet « hommage » ;-) est d’éviter d’en produire de mauvais ! Notre avantage est bien là. Ce qui fait que quand le vin est au rendez-vous, il est au rendez-vous, et quand c’est bon, c’est vraiment bon (et quand c’est pas bon, c’est vraiment pas bon je sais).
Donc finalement, je ne vois pas comment on pourrait écrire un cahier des charges pour ce genre d’approche, ou alors, en le démarrant par un truc du style de ceux que René Char était capable d' écrire : «L’aubépine en fleurs fut mon premier alphabet.» Ça a quand même une autre gueule que les procédures ISO9001 ;-)
Lilian Bauchet
PS (de moi, Hervé): Lilian parlait récemment sur son blog de fouetter tout journaliste qui colporte l'info selon lequel produire en bio coûte 30% plus cher qu'en conventionnel (il pense que c'est beaucoup plus). Comme je pense être à l'origine de cette sainte colère, et que j'ai déjà mal aux fesses, je me fais tout petit et lui avoue que je n'ai fait que diffuser, sans avoir le moyen de vérifier ce décompte...
09:51 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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