15 septembre 2011

Chérie, n'oublie pas de passer prendre du Petrus au Cora...

Vous avez certainement entendu cette pub pour Nissan qui passe à la radio ces derniers temps:

-"Chérie, quand tu vas chercher les enfants, n'oublie pas d'acheter une nouvelle Nissan Micra, ça fera plaisir aux enfants".

-"D'accord, mais il faut que je passe chercher mon chéquier" (ben oui, en France, on en est encore aux chèques).

-"Non, pas la peine, chérie, c'est sans apport".

Petrus.jpgTu es Petrus...

C'est sympa, comme pub. Le but est bien entendu de dédramatiser l'achat de la voiture. Un achat, qui, pour la plupart des familles, reste une grosse dépense, et donc une décision réfléchie. Mais là, non, avec la Micra, ça devient aussi banal que d'acheter une baguette en sortant du boulot.

Bien sûr, en ces temps de crise, avec la menace boursière, les banques qui dégraissent, et même les constructeurs automobiles qui dégraissent, c'est un peu osé. Mais la pub, c'est un autre monde. Un peu de rêve. Un peu d'illusion. La neige en été, plein les narines.

Si je vous en parle, c'est parce que cela m'évoque irrésistiblement les grands vins qu'on trouve à cette période dans les rayons de la Grande Distribution.

-"Chérie, quand tu passes au Cora, ramène-moi une caisse de Petrus". Bon, là, il faudra payer tout de suite. A moins bien sûr que votre Chérie ait la carte de crédit revolving du magasin.

C'est bien, une carte de crédit revolving. Revolving, ça veut dire que ça te revient direct dans la machoire, comme un boomerang. Mais tu as le temps de te faire à l'idée. Tu sais que tu vas payer pas mal d'intérêts, d'accord, mais tu ne vois pas tout de suite ce que tu dépenses. C'est mieux.

C'est comme avec la crise économique, tous les deux-trois ans; on la voit venir, ils en parlent à la télé, entre experts; alors on a le temps de se préparer au pire, on n'est pas licencié tout de suite. Et puis, tout le monde ne passe pas du revolving au revolver.

Et en définitive, tant qu'à devenir endetté chronique, autant que ce soit pour un pinard qui en jette, non? Pensez à la tête de la belle-doche... 

Incidemment, ça m'a fait penser encore à autre chose.

Pas mal de clients qui commandent des grands crus en primeur sur des sites internet se plaignent de ne pas être livrés. Mais si c'était sans apport, comme chez Nissan? Je veux dire, on pourrait peut-être commander et ne payer que par mensualités, et une fois la livraison effectuée.

-"Chérie, tu veux bien aller sur internet me commander une caisse de Cheval Blanc?"

-"Mais Chéri, ce vin n'existe pas encore!"

-"Bien sûr, Chérie, mais notre argent non plus"...

 

23 mars 2011

Mon copain Marius

Quand j'ai rencontré Marius Peyol, il venait juste de fermer sa porte. Il partait tailler sa parcelle de la Combe au Curé, sur Vidauban. Il avait pris ses gants, son sécateur, sa brouette - une demi-bonde, de la récup, comme tout vieux vigneron qui se respecte. Quant il m'a vu, il a ramené son béret en arrière, et il s'est gratté le front d'un air dubitatif.

"Vous pouvez venir avé moi, si vous voulez", qu'il m'a lancé, mi-penaud, mi-goguenard, comme s'il voulait me tester. Je le lisais dans ses yeux: "Est-ce qu'il osera venir salir ses chaussures dans ma vigne, l'estranger?"

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J'ai dit oui, bien sûr, et je l'ai suivi sur le chemin de sa vigne. Une bien belle vigne, ma foi, bordée de cyprès, pour couper le mistral. En bas, au-delà de la restanque, un champ d'oliviers semblait onduler sous le pâle soleil d'hiver.

Marius m'a montré les ceps noueux, "plantés par le Papet, Marius, comme moi. C'était en 1895, juste après la Bestiole" - il parlait du phylloxéra.

Le courant passait bien, entre nous. Je l'ai vu sourire. Il était en train de m'accepter. On devenait copains.

Tout en taillant, Marius m'a commenté ce qu'il faisait: "Tailler, c'est de l'amour. C'est comme s'occuper des petits enfants" (il prononçait "annfins", à la Provençale). "Tu dois décider pour eux, parce qu'ils sont besoin de toi. C'est mon père qui m'a appris, et moi, je l'ai appris à mon fils. Cette année, ce seront mes dernières vendanges. Il faut savoir s'arrêter, passer la main; c'est le cycle de la vie. Nous on passe, la vigne reste..."

C'est beau, non?

Oui, mais c'est complètement faux. Marius Peyol n'existe pas, c'est juste une marque créée de toutes pièces par Castel pour ses Côtes de Provence et ses Coteaux d’Aix. J'ai donc inventé toute cette bucolique histoire. J'ai fait comme si Marius Peyol était un vrai vigneron. Comme les consommateurs sont censés le croire.

"Le positionnement sera très féminin", dit-on au service marketing de Castel. Il sera surtout complètement bidon.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Provence | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : provence, vin, marketing |