24 décembre 2011

Le soir de Noël, on danse le tango: Ernesto Catena Tikal Amorio Malbec 2008, Mendoza

Buena sangre ne saurait mentir. Ernesto Catana n’est autre que le fils de Nicolas Catena, sans doute le vigneron le plus connu et le plus récompensé d’Argentine. Il nous présente ici son projet tout neuf, Tikal, un vin d’esprit jeune (c’est le nom de son fils); un vin à la confluence entre les terroirs de Mendoza et les marchés internationaux qu’Ernesto connaît bien, pour avoir passé une bonne partie de sa jeunesse à Londres, à Milan, à New York ou Berkeley.

2008-tikal-malbec-amorio-mendoza-argentina-red-wine-750ml.jpg

Alors oui, ce 100% malbec est bien mendocino, il assemble des raisins d’Uco, d’Altamira et de Gualtallary (première à droite en quittant le ring).  Mais coté boisé, il joue la carte française (60% barriques neuves et 40% de deux vins). Ce bois est présent au nez, mais se dévoile doucement en bouche, comme une épice ; il ne bride pas le cheval fougueux qu’est ce jeune Malbec, un peu sauvage, avec ses notes florales et de cerise noire. La matière est veloutée, avec juste ce qu’il faut de fraicheur pour ne pas lasser les papilles – ce gaucho-là titre quand même 14%, et c’est au bas mot. Belle découverte. Je le vois assez bien sur une viande grillée, et même fumée…

Retrouvez ce commentaire de dégustation (et d'autres) dans le numéro de décembre d'In Vino Veritas...

00:15 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, malbec, mendoza, ernesto catena |

08 janvier 2011

Lurton l'Argentin

J'ai eu la chance l'année dernière d'interviewer François Lurton. Un homme au destin peu banal.

Héritier d'une grande dynastie vineuse girondine, formé à la comptabilité et au commerce international, François Lurton avait son avenir tout tracé devant lui: il vendrait les vins du "clan" à Bordeaux. Et pendant dix ans, il l’a fait. Mais la famille, ce n'est pas toujours facile à vivre. Et encore moins à bouger.  Ou bien était-ce vraiment l’appel du large et des terroirs? Comme en Languedoc, où il prospectait pour son père, d’abord, puis beaucoup plus loin...

François Lurton 03.jpgLurton dans la Pampa

Ses galons de chef d’entreprise et de vinificateur, en tout cas, c’est bien loin de Bordeaux qu’il les a gagnés. D’abord comme consultant, avec son frère Jacques, de la Californie à la Moldavie en passant par la Loire. Mais assez vite, les frères Lurton ont voulu faire leurs propres vins. Ils acheté des terres, planté des vignes. En Argentine, d’abord, puis en Espagne, au Chili, au Portugal, au fil des coups de cœur.  Sacré défi que de coordonner des activités réparties entre 5 pays et deux continents, de former et d’animer les équipes, de déléguer sans perdre le contact avec le terrain. D’autant que depuis 2007, François a repris seul les rênes de la société.

L’aventure est née un peu du hasard, des relations de famille. Mais François, lui, ne laisse rien au hasard. Dans le choix de ses implantations, dans les techniques de vinification, dans la recherche de l’esprit d’un lieu, dans le marketing de ses gammes, susceptibles de plaire au consommateur moderne et cosmopolite, Lurton est un perfectionniste. C’est tout cela qui s’exprime dans ses vins. Typés, mais commerciaux. Ni trop peu, ni pas assez.

Je ne vous le cache pas, voila un type, et il ne sont pas si nombreux, pour lesquels je ressent une réelle admiration.

Las Higueras.jpgLas Higueras Malbec 2009

En Argentine, François s’est installé dans la Vallée d’Uco, sur les rives du fleuve Mendoza, à 700 m au dessus du niveau de la mer. C’est un terroir d’argiles et d’alluvions, au climat quasi-méditerranéen (pas étonnant que la finca porte le nom d'Higueras, les Figuiers), et propice au Malbec. Mais aussi à la Bonarda et au Pinot Gris.

Voici ici le Malbec 2009 - sans doute le plus emblématique des cépages d'Argentine.

Une petite digression à ce propos: c'est faire preuve d'un grand manque de curiosité que d'attribuer ainsi aujourd'hui à chaque pays son cépage; ou peut-être faut-il y voir la marque de ce marketing simplet qui voudrait que tous les Touraine blancs soient des sauvignons, quand le monde croule sous le sauvignon... Simplifier pour expliquer, d'accord, mais simplifier l'offre pour ne plus avoir rien à expliquer, c'est autre chose...

Quoi qu'il en soit, notre expat' bordelais signe avec ce Malbec un vin élégant, structuré mais pas body-buildé, d’une étonnante fraîcheur. Aux fruits noirs du nez répondent de beaux épices en bouche,  de soyeux tannins.  Belle longueur, mais surtout beaucoup de délicatesse (12,8°, c'est très raisonnable, pour le Nouveau Monde).

Voici un Argentin civilisé, un hidalgo plus qu'un gaucho, dirons-nous (mais je n'ai rien contre les gauchos)...

Pour les Belges ou les frontaliers; en vente chez Delhaize, au prix modique de 4,79 euros.