17 décembre 2013

Eléments constitutifs du terroir

Hier, sur le blog des 5 du Vin, mon confrère David Cobbold s'est intéressé à nouveau au thème de l'influence des sols sur les arômes du vin. Il apporte au débat un nouvel éclairage.

Une étude américaine récente a été consacrée aux microbes présents dans différentes zones viticoles; les chercheurs se sont posés la question de savoir si la présence d'espèces différentes sur la peau du raisin pouvait intervenir sur les arômes développés par le vin.

Ils proposent en quelque sorte d'ajouter le microbe comme "élément constitutif du terroir".


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Est-ce que j'ai une gueule de terroir?

 

Et David de plaider à nouveau pour que les mots aient un sens, pour que l'on évite de parler de la minéralité d'un vin alors qu'on ne sait pas comment les minéraux d'un sol pourraient effectivement passer la barrière des radicelles d'une vigne. Pour qu'une étude approfondie soit effectuée à ce sujet.

Je me suis permis de lui répondre, et comme j'aime que rien ne se perdre, je reproduis ici ce commentaire.

Une piste à suivre parmi bien d'autres

C’est une piste à suivre. Il nous reste tellement de choses à apprendre.

Dans la liste des facteurs constitutifs du terroir, et influençant le goût, moi, je mets l’homme au premier rang, car quels que soient le sol, le sous-sol, le climat, c’est lui qui choisit les cépages, le type de vinification, là où il plante ou pas, bref, c’est lui qui exprime, qui révèle un potentiel de terroir.

Pour ce qui est du sol et du sous-sol, de la géologie, trois remarques:

Primo, il ne faut pas confondre les arguments simplificateurs des marketteers du terroir, mot galvaudé, employé à toutes les sauces, désignant tour à tour un sol, une zone ou une région entière, et la conception originelle, qui ne devrait s’appliquer justement qu’à une unité géologique bien identifiée. Parler de terroir aussi bien au niveau d’un climat bourguignon d’un hectare que d’une appellation régionale de 125.000 ha (cf http://www.bordeaux.com: "tout sur le terroir de Bordeaux"), c’est étirer la signification du mot jusqu’à le rendre ridicule.

Secundo, pour une unité géologique, effectivement, on peut discuter de l’importance du sous-sol dans la constitution d’arômes. Mais pas seulement d’arômes. Je parlerais aussi de texture.
Il y a des géologues et des ampélographes honnêtes qui travaillent cette question depuis des lustres, qui n’ont jamais eu relié directement un arôme ou un minéral à un type de roche, mais qui constatent, en comparant les parcelles de sous sols différents, et à vinification égale, que les vins ne se ressemblent pas. C’est plus souvent nous, les journalistes, à travers le filtre des communicants, qui établissons ce raccourci. Parce ce que c’est plus facile. Parce que c’est ce qu’attendent les producteurs, aussi. Car quoi de plus rassurant pour eux que de se sentir dépositaires d’une originalité, d’une identité que personne d’autre, ailleurs, ne peut avoir.
En réalité, ils ont raison, mais pas forcément pour la raison évoquée. Leur identité existe, on ne fera jamais exactement le même vin à Marlborough et à Sancerre (cf le Clos Henri), mais c’est lié à bien d’autres facteurs que le sous-sol, là je te rejoins.

Enfin, tertio, la vérité est dans le verre, où je note des différences. A Patrimonio, par exemple, terroir calcaire dans son ensemble, il y a une petite partie d’arènes granitiques qui confère aux vins de cette sous-zone d’autres expressions; Marc et moi les avons goûtés, le même jour, il n’y avait pas photo. Seul bémol: nous le savions. Aussi il y a-t-il eu, peut-être, une recherche inconsciente de différenciation. Mais là, on entre dans le domaine de la psychologie, ce qui serait aussi un joli thème d’article.

D'autres commentaires ont suivi, le débat s'est un temps focalisé sur le sens profond du mot terroir, avec ou sans l'homme, il y avait du pour et du contre.

Puis nous nous sommes demandés s'il s'agissait d'un débat de sportifs en chambre, si la vérité n'était pas dans la fosse... Puis nous avons parlé des levures sélectionnées...

Nous n'avons certainement pas fait le tour de la question. Par contre, on a attiré du monde, et du beau!

Si je vous en parle ici, c'est juste que j'ai envie de faire avancer le schmilblick. Et de savoir aussi ce qu'en pense le buveur de base.

Amis vignerons, responsables d'AOC, confrères, consommateurs, votre avis m'intéresse.

00:01 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : terroir, vin, vignoble, cobbold, microbe, lalau | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

12 septembre 2013

Choses bues: Laroppe, un grand vin des Côtes de Toul

J'ai souvent médit (en privé comme un public) des  Côtes de Toul, notamment des Gris, redoutables pour les chaussures. Je crois bien que c'est sous cette appellation que j'ai dégusté un de pires vins de ma longue carrière.  C'était terreux, acide et doucereux à la fois. Et pas net au nez. Un festival de défauts. Je ne veux même pas me rappeler de son nom.

Je viens faire amende honorable. Il y a de bons Côtes de Toul, même de grands.

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Avant-hier midi, j'ai dégusté un Côtes de Toul 2009 de Vincent Laroppe (La Chaponière) acheté l'année dernière chez un caviste de Gérardmer. Epoustouflant. Belle maturité du fruit (pinot noir), acidité bien fondue, de la vivacité et de l'éclat - remarquable élevage. Redégusté le soir: toujours aussi beau, le nez s'était encore ouvert - fraise écrasée, grenadine,  griottines, une vraie gourmandise...

C'est mon deuxième coup de coeur pour cette maison, et pour cette cuvée dont le 2005 (si j'ai bonne mémoire) avait égayé une soirée des 5 du Vin à Angers, il y a deux ans... Donc, cette réussite n'a rien du coup de chance.

La Lorraine, nouvel eldorado du vin?

00:09 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : lorraine, toul, laroppe, lalau, découverte, vin | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |