17 mai 2012

Le prix de ce qui n'a pas de prix

Parlons chiffres – il y a t-il autre chose qui compte, aujourd’hui ?

Le flacon de Vin Jaune de 1774 mis aux enchères chez Christie’s à Genève vient de trouver acquéreur pour la jolie somme de 38.300 euros (soit 49.000 dollars US, au cours du jour).

Une affaire, puisque l’an dernier, une bouteille du même lot avait atteint 57.000 euros.

Christies_Jura_1774.jpgFine & Rare Wine

Désolé, je n’ai pas de renseignement sur la qualité du millésime : les Bettane, les Parker ou les Robinson de l’époque n’ont pas laissé de commentaires sur le web.  C'est vous dire comme on se trouve démuni. Sauf qu’une autre  bouteille du même vin, même année,  même producteur, a été débouchée en 1994 et qu’elle a donné toute satisfaction

Mais voyons un peu ce que ce prix recouvre.

On peut d’abord raisonner par comparaison. 38.300 euros, c’est le prix d’une petite voiture de sport. Mais a-t-on vraiment besoin d'une voiture de sport après 50 ans?

C'est aussi l’équivalent d’une semaine du revenu de François Pinault (base 2010). En restreignant le budget sorties-loto-carwash cette semaine-là, c'est jouable.

On peut aussi raisonner au centilitre.

La bouteille n’est pas un clavelin de 62cl, heureusement, mais une bouteille de 87cl.

Ca nous donne donc 563 dollars au centilitre. Même pas le prix d'un iPhone4. Et avec un centilitre, aucun risque de se faire retirer des points à son permis.

On peut aussi raisonner en termes d’années.

Le vin est âgé de 238 ans.  L’acquéreur a donc payé à peine 205 euros par an.

Pour améliorer son rapport plaisir-prix, il lui suffit de penser très fort à chacune de ces années en sirotant son vin. Imaginez un peu: quand on l’a vendangé, toute l'Amérique du Nord était encore anglaise. En France, Louis XVI venait juste de monter sur le trône. Le Jaune aura traversé son règne (quelque peu écourté), puis la Révolution, puis l’Empire, puis la Restauration, puis la Monarchie de Juillet, puis la Seconde République, puis le Second Empire, puis la Troisième République, Vichy, la Quatrième République, et enfin la Cinquième. Et il change de propriétaire au moment même où l'Elysée change de locataire. Oui, vraiment, c'est un vin historique.

Sûr qu'on peut apprécier l’histoire autrement: acheter de vieilles peintures, de vieux manuscripts, ou même aller à Versailles lécher les murs du Petit Trianon, qui est de la même époque.

Mais qu’est-ce qui, à âge égal, donne autant de plaisir sensuel qu’un vin bien conservé ?

Qui est l’acquéreur, au fait? «Un Français» dit le communiqué de Christie’s. J’espère que c’est François Audouze. Je sais qu’il s’intéressait à la bouteille vendue l’an dernier. Je l’espère. D’abord, parce que c’est une référence en matière de vieux vins. Et puis surtout, parce que je pense que lui boira cette bouteille, tandis que d’autres seraient tentés de la thésauriser encore, pour la revendre un jour.

Or je suis sûr que le vigneron qui a produit ce vin, lui, l’a fait en pensant au plaisir de celui qui allait le boire. Il ne se projetait certainement pas aussi loin que dans notre 21ème siècle. Mais je suppose qu’il serait fier de savoir que son nectar a réussi à traverser tout ce temps.

11:21 Écrit par Hervé Lalau dans Jura | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : enchères, jura, vin jaune, collectionneurs |

17 janvier 2012

Tous à la Percée du Vin Jaune!

La 16ème édition de Percée du Vin Jaune se tiendra à Ruffey-sur-Seilles, charmant village du Jura, les 4 et 5 février prochain. Qu'on se le dise!

Ce sera pour moi l'occasion de déguster les meilleurs jaunes, lors du Clavelinage - mais aussi bien d'autres trésors, dans les allées du Parc Jurassique, des excellents chardonnays aux singuliers poulsards et trousseaux, en passant par les Crémants. Et je ne vous parle pas de l'ambiance: à la Percée, même quand il fait froid, et c'est courant en février, on a chaud au coeur.

affiche_pvj_2012.jpg

Le Tout-Ruffey vous attend!

Cette année, In Vino Veritas y sera en force, avec, en plus de votre serviteur, Marc Vanhellemont et Johan de Groef,  en transit pour le salon des vins de Loire (bonjour le zigzag). J'espère bien aussi y rencontrer quelques aficionados transjurassiens comme Olif (pour ceux qui ne connaîtraient pas encore, cliquez) et Laurent Probst.

Publicité savoureusement gratuite: je pousserai peut-être aussi une pointe jusqu'à Arbois pour acheter quelques excellentes pralines chez Hirsinger, Place Nationale (je sais qu'il vient d'ouvrir une boutique à Tokyo, mais si je peux éviter le détour...).

Bref, venez nombreux à cette grande fête du vin, plus on est de passionnés, plus on apprécie!

 

Plus d'info: http://www.percee-du-vin-jaune.com/

 

00:29 Écrit par Hervé Lalau dans Jura | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : percée du vin jaune 2012, jura, fête |