06 mars 2015

AFP not dead?

Conséquence de l'annonce prématurée de la mort de Martin Bouygues, mais aussi, sans doute, des défauts dans l'organisation que cette affaire a laissé entrevoir, l'AFP a décidé de licencier son Directeur France et son Rédacteur en Chef France.

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Deux fusibles situés assez haut dans la hiérarchie, ce qui peut susciter quelques interrogations. Leur mise à pied va-t-elle améliorer en quoi que ce soit le fonctionnement de l'agence?

Ne faudrait-il pas plutôt revoir les procédures de vérification de l'information, le recoupement?

Et si c'était un problème d'effectifs? 

J'ai eu l'occasion, à plusieurs reprises, ici-même, de dénoncer certaines erreurs dans des dépêches AFP, qu'elles soient de type court - le scoop, toujours dangereux - ou de type long, qui donne en général plus de temps pour l'analyse. Encore faut-il bien sûr qu'on se donne la peine de contacter des spécialistes, et cela ne semble pas toujours le cas. Dans ma petite sphère de compétence, en tout cas.

Il serait cependant trop facile de tirer sur l'ambulance AFP quand c'est tout l'hôpital qui se fout de la charité.

Je veux dire: ceux qui publient les dépêches de l'AFP, sans aucune vérification, sans en changer une virgule, parce que c'est plus facile, parce que le journal a un abonnement, parce que ça évite de réfléchir, sont aussi coupables à mes yeux que les "petits télégraphistes" de l'agence.

Quand même l'Union de Reims, journal champenois, recopie une dépêche de l'AFP où le nom de Vranken est mal orthographié (Vrancken), on se dit que la presse, régionale ou nationale, n'est plus ce qu'elle était. On finit par mettre en doute la presse en général, ce qui est grave pour la démocratie, dont elle est censée être un des piliers. Un contre-pouvoir, dit-on dans les écoles de journalisme. A condition d'être crédible.

Bon, bien sûr, l'erreur est humaine. Il n'y a pas mort d'homme - non, justement. 

Mais il faudra plus qu'un double et spectaculaire licenciement pour que l'AFP ne devienne pas l'Agence France Potins. 

Cette affaire pose pour moi un problème beaucoup plus vaste: quelle importance accordons-nous à la qualité de l'information. Quel prix sommes nous prêts à lui donner, à l'heure des journaux gratuits, des chaînes d'info, des blogs, des réseaux sociaux.

Il n'est pas normal, à mon sens, que l'information se fasse en 140 signes sur Tweeter. 

Il n'est pas normal que les journaux n'aient plus les moyens de bien traiter l'information.

Martin Bouygues finira bien par mourir - comme nous tous - mais cette rocambolesque affaire a déjà fait une victime: la confiance.

 

09:49 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : afp, information | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

09 janvier 2014

Vin, presse et politique: le cas Dassault

Comment la rédaction d'un journal doit-elle traiter son actionnaire de référence?

Non, ce n'est pas qu'un sujet pour école de journalisme, c'est une question d'actualité pour les journalistes du Figaro.

Depuis quelques semaines, Serge Dassault est sous le coup d'une demande de levée de son immunité parlementaire. La justice le soupçonne d'avoir acheté des votes dans son fief de Corbeil-Essonnes. L'info circule dans la presse... sauf au Figaro, "son" journal.

Hier, le bureau du Sénat a rejeté cette levée de l'immunité, par 13 voix contre douze. Curieusement, personne, à gauche, ne se rappelle avoir voté contre. Le résultat est pourtant là.

Mais même cette information plutôt favorable à l'avionneur de 87 ans ne se retrouve pas dans les pages internet du Figaro. Ah si: une petite brève, sans commentaire, dans le Flash info AFP, hier, à 14h17. Mais on ne la voit déjà plus ce matin.

Alors que ce matin, l'info est abondamment commentée en une de la version web du Monde, qui s'interroge sur les coulisses du vote. On la trouve aussi sur le site de Libération, de Ouest-France, de L'Humanité et plus discrètement, sur le site de La Croix.

Je trouve cela troublant. "Sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur", lisait-on dans Le Mariage de... Figaro. Et sans la liberté d'en parler du tout?

Je vous ai mis les liens pour que les lecteurs du Figaro qui viendraient ici puissent quand même avoir l'info - je les rassure, surfer, de temps à autre, sur les sites de journaux d'autres obédiences, ça n'est pas pécher.

Maintenant, ma crainte est la suivante: les journalistes du Figaro vont-ils aussi devoir boycotter Château Dassault?

 

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 Ce serait dommage, car jusqu'à présent, le "vin du patron" s'en tire plutôt bien dans les pages vins du Figaro; 16/20 pour le 2012, 16/20 pour le 2011, 16/20 pour le 2010, 16/20 pour le 2009.

Même le Rafale ne fait pas d'aussi jolis tirs groupés. Et pourtant, il n'y a pas d'effet millésime dans l'aviation.

07:04 Écrit par Hervé Lalau dans France, Pour rire | Tags : information, liberté, dassault, château dassault, figaro | Lien permanent | Commentaires (14) | | | |