30 mars 2015

Loi Santé: éviter l'abus, ou la consommation même de vin?

Reçu à l'instant de Stéphane Defraine, vigneron de l'Entre Deux Mers, ce texte frappé au coin du bon sens:

  
Le 23 février dernier, en visite sur le Pavillon des Vins au Salon de l’agriculture, le Premier Ministre était questionné sur le futur projet de loi de santé publique et sur les craintes du secteur concernant le renforcement des mesures relatives à la publicité. Il répondait alors : «Votre filière doit être soutenue et encouragée. […]: « Comment pourrait-on stigmatiser un produit phare qui contribue à l’identité de la France dans le monde ? Il faut que nous gardions cette force.»

Pourtant, alors que l'Assemblée nationale a débuté l'examen du projet de loi de santé publique, la Commission des affaires sociales a pris une orientation substantiellement différente. En effet, le rapporteur du projet a proposé une disposition qui vise à fixer, par voie d’arrêté ministériel, le message sanitaire prévu à l’article L.3323-4 du code de la santé publique. Par cette modification, l’objectif recherché est de supprimer toute référence à l’abus en stigmatisant la consommation d’alcool.

Ainsi, la Commission des affaires sociales prend à son compte les préconisations extrémistes visant à attaquer toute consommation d'alcool, en contradiction avec les recommandations de l'OMS.

En effet, l'OMS a clairement établi que c'est l'excès de consommation d'alcool qui constitue un danger contre lequel il convient de lutter. C'est le sens de la recommandation relative aux repères de consommation mais également de sa stratégie mondiale visant à réduire l'usage nocif de l'alcool.

hygiénisme, Loi Evin

La prohibition, les ligues de vertu, on a déjà donné...


L'OMS souligne d'ailleurs dans cette stratégie que "le risque d’usage nocif de l’alcool varie en fonction de l’âge, du sexe et d’autres caractéristiques biologiques du consommateur et selon le contexte dans lequel la consommation d’alcool a lieu. Certains groupes et individus vulnérables ou à risque sont plus sensibles aux propriétés toxiques, psychoactives et dépendogènes de l’éthanol. Dans un même temps, les modes de consommation présentant peu de risques au niveau individuel ne sont pas nécessairement associés à des conséquences sociales et sanitaires négatives ou à une probabilité nettement accrue que de telles conséquences surviennent."

Elle établit ainsi très clairement une distinction entre usage et risque, celui-ci devant être apprécié en fonction des caractéristiques propres à chaque population cible.

L'amendement voté en commission des affaires sociales va sans nuance dans le sens d'une volonté prohibitionniste et hygiéniste, dont la pertinence et l'efficacité ne sont ni portées par des institutions de référence, ni avérées dans les faits. Les associations de prévention de l'alcoolisme elles-mêmes font la distinction entre les usages nocifs qui engendrent des troubles des autres usages.

C'est donc une approche purement politique qui prévaut, sans aucun souci d'efficacité à l'égard des consommateurs, lesquels ont parfaitement intégré le sens du message sanitaire "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé" et son invitation à une consommation modérée.

La mobilisation de tous est donc déterminante à quelques jours de l'examen en séance plénière à l'Assemblée nationale, à partir du mardi 31 mars 2015.
Il convient que chacun fasse clairement entendre aux parlementaires dans chaque région l'opposition absolue que suscite un tel amendement et la logique prohibitionniste qui le sous-tend.

hygiénisme, Loi Evin

09:54 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, Europe, France | Tags : hygiénisme, loi evin, vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

12 août 2013

Les Français ne boivent plus assez de vin

Les dernières prévisions du Ministère de l'Agriculture font état d'une production de vin de l'ordre de 45,8 millions d'hectolitres pour 2013.

J'ai eu l'idée aussi sotte que grenue de rapporter ce chiffre à la population française, qui est actuellement de 65,8 millions de personnes (Mayotte incluse).

Si j'exclue de ce chiffre les moins de 15 ans, il me reste 53 millions de personnes.

Enlevons l'exportation de vin, qui représente environ 15,2 millions d'hectos (merci aux étrangers qui ne pensent pas tous, comme Monsieur Montebourg, qu'il faut consommer national!). Et puis la consommation industrielle (sauces, desserts...).

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Ajoutons le peu de vin que nous importons (un doigt de Porto, un trait de Madère, quelques vins du Maghreb pour les couscousseries, quelques Chiantis pour les pizzerias et du gros rouge d'Espagne pour les vins au litre). La consommation intérieure se stabilise alors autour de 30 millions d'hectos.

Rapportée à nos 53 millions de buveurs potentiels, on obtient le chiffre de 59 litres par habitant et par an. Dois-je rappeler que ce chiffre était de plus de 250 litres dans les années 1960?

Bien sûr, il faudrait tenir compte des "abstinents culturels" ou religieux, des buveurs repentis, des personnes au régime, des malades chroniques, des médecins prohibitionnistes ou de tous ceux que le vin n'intéresse plus; un nombre qu'on peut estimer à un tiers de la population hexagonale en âge de boire - à la louche.

Dans ce cas, nous n'avons plus qu'une population disponible de 35 millions de personnes, censés absorber 30 millions d'hectos de picrate.

Ce qui nous donne un chiffre de l'ordre de 90 litres par personne et par an. Soit un peu plus de 2 bouteilles par semaine. 25 centilitres par jour, et des brouettes. Deux verres.

C'est loin d'être déraisonnable. Je peux le faire. Je le fais.

Mais les chiffres sont là: en moyenne, nous n'atteignons plus ce chiffre. Certains le dépassent, l'explosent même, ce qui peut poser problème. Mais dois-je arrêter de conduire parce que mon voisin est un chauffard? Dois-je arrêter de boire parce que c'est un soiffard?

La réalité des chiffres montre plutôt que beaucoup de Français ont décroché du vin - et surtout, que les nouvelles générations n'ont jamais accroché.

Alors quand le Figaro titre que Les Français boivent toujours trop, quand mon estimé confrère mélange vin et alcools, binge drinking et vin d'honneur,  information et propagande, investigation et copier-coller, quand il relaie les "études" tronquées et dépassées de Hill et consorts, je dis: stop! Il y a belle lurette que nous ne buvons plus assez pour écluser la production. 

Certes, on pourrrait la diminuer - tous les vins produits en France sont loin d'être indispensables. Je ne demande pas mieux qu'on se concentre sur le bon. Qu'on redonne un contenu aux jolies mentions.

Mais surtout, on - je parle de nos élites, de nos gouvernants, de ceux qui ont le droit de causer dans le poste - on pourrait peut-être penser à réhabiliter un produit de culture et sa consommation modérée qui, moyennant une certaine qualité (celle du vin mais aussi celle du buveur) est notre meilleur allié contre les comportements dangereux et les addictions. Le problème n'est pas tant la moyenne de consommation que le nombre de ceux qui consomment trop (et trop de merde!) et le nombre de ceux qui ne consomment plus. La statistique mérite d'être affinée. Il faut lutter contre les excès. Mais l'abstinence n'est pas la solution; c'est juste la négation du problème. 

Parmi les addictions, je range bien sûr l'hygiénisme qui déresponsabilise en interdisant plutôt qu'en éduquant.

Aux verres, citoyens! Que le vin impur et la logorrhée des prohibitionnistes abreuvent nos sillons!

Et ne me rabattez pas les oreilles avec la consommation responsable. Je suis responsable; je pense que mes lecteurs le sont aussi; je ne les infantilise pas, je leur fais confiance.

A bas les mandarins et les gourous, éduquons nos papilles et buvons du bon!