18 février 2011
Robert Parker en route pour Remouillé
Comme moi, vous avez sans doute été surpris que Robert Parker confie certaines de ses régions fétiches comme la Californie à de nouveaux disciples. Je suis en mesure de vous en donner la raison véritable.
C’est que le grand Bob vient d’apprendre que le Gros Plant du Pays Nantais va finalement passer AOC. Et il veut être le premier à pouvoir émettre un jugement sur la nouvelle appellation. Son jet privé, le Woody One, est attendu d'un jour à l'autre sur l'astroport international de Remouillé (44140). M. le Maire a fait pavoiser la Salle des Fêtes, juste au cas où. Fébrilement, la fanfare municipale répète le Star Splangled Banner. Pour cette fois, le trombone jouera du piccolo, car il paraît que Bob se pique d'élégance, à présent.
Remouillé, ze blason
Dans le même temps, la clientèle asiatique est dans l’expectative, le négoce londonien s'affole (blanche), le buzz l'éclaire et les spéculateurs spéculent: quand les trois lettres magiques vont-elles réellement pouvoir orner les étiquettes? Millésime 2011 ou 2012? Cet insupportable suspense, digne d’un soap brésilien, est en passe de reléguer les Primeurs de Bordeaux au rang d’actualité locale.
Bon, je rigole, mais le Gros Plant revient de loin. Lors de la mise en place de la réforme européenne, qui prévoit la disparition des VDQS, en 2007, les producteurs ont d’abord pensé se rabattre sur l’Indication Géographique de Provenance (IGP), afin de pouvoir maintenir leurs rendements. En 2009, retournement de tendance, une nouvelle assemblée des producteurs opte pour l’AOC et formule une demande officielle en ce sens auprès de l’INAO (Q).
Celui-ci est beau joueur et la lui accorde: le nouveau décret est prévu pour mars 2012, prédit mon ami Jim Budd. Il faut dire que le plus gros de l’aire du Gros Plant est déjà classé AOC, et depuis 1937. C’est en effet à peu de choses près la même que l’aire du Muscadet.
Certes, la folle blanche n’est pas le melon de Bourgogne. Certes, l’aire du Muscadet elle-même est sans doute un peu large – d’ailleurs, les ventes ne suivent plus. Mais justement, à l’heure où le Pays Nantais se cherche un second souffle, l’INAO (Q) aurait eu mauvaise grâce à ne pas encourager une démarche qualitative, même de dernière minute.
Alors, bon vent à l’AOC Gros Plant, et sortez les crustacés!
On suivra quand même avec attention le dossier – l’aire de production va-t-elle être restreinte? Les rendements mieux respectés? C’est là l’enjeu. Et c'est à cette aune-là qu'on mesurera les véritables ambitions du nouveau système de "mentions de qualité" chapeauté par l'INAO (Q).
Les sigles, c’est bien, mais ce serait vraiment dommage de retrouver sous l’AOC... de l’eau citronnée. Même si Bob prône l'élégance, entre mouillé et Remouillé, il y a plus qu'une nuance...
12:39 Écrit par Hervé Lalau dans Loire, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
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25 mai 2012
Le Gros Plant aura finalement son AOC
Dans la famille des VDQS, Le Gros Plant du Pays Nantais faisait jusqu'ici figure d'exception. Alors que cette catégorie est appellée à disparaître, réforme européenne oblige, la plupart des Vins Délimités de Qualité Supérieure ont choisi de demander à passer AOC. Il y a avait d'ailleurs là une certaine logique, les VDQS ayant été conçu au départ comme l'antichambre de la consécration suprême que la France peut donner à ses meilleurs vins, j'ai nommé AOC.
Mais le syndicat du Gros Plant, lui, avait vu les choses d'un autre oeil. Le passage en AOC se traduisant notamment par une baisse des rendements, il avait plaidé pour un passage - une rétrogradation? - en IGP.
Mais cette décision n'a pas fait l'unanimité, et en 2009, une nouvelle assemblée du syndicat a impulsé une nouvelle orientation: les producteurs de Gros Plant ont donc demandé l'AOC. Bonne fillle, l'INAO est en passe de la leur donner. (pour Gros Plant simple et Gros Plant sur Lie). Selon mon ami Jim Budd, le décret serait attendu pour le printemps 2012.
Quel retournement de situation! Quel suspense! On se croirait dans un soap brésilien. La clientèle asiatique retient son souffle. L'apparition des trois lettres magiques sur les étiquettes pourraient en effet propulser le Gros Plant parmi les vins "bankables". La spéculation guette, comme à la veille de la publication des notes de Parker à Bordeaux.
Au fait, le Grand Bob a décidé de déléguer certaines des régions qu'il couvrait. Peut-être est-ce pour ajouter le Gros Plant à son tableau de chasse? Qui sait d'ailleurs si le feuilleton Gros Plant ne va pas reléguer les Primeurs de Bordeaux au rang d'actualité locale?
Bon j'arrête de persifler, car il y a des gens derrière les étiquettes. Le Pays nantais est en très mauvaise posture, suite à la chûte des exportations de Muscadet et à la faillite de gros opérateurs. Et le Gros Plant une bonne partie de son aire de production avec le Muscadet. Les producteurs produisent souvent les deux.
Dans ce contexte, on comprend l'indécision des producteurs: fallait-il miser sur le volume ou sur la qualité? De plus, qu'est-ce que le Gros Plant a de moins que la Moselle ou les Corbières? "Pourquoi pas nous?"...
De fait, l'INAO pouvait difficilement faire la fine bouche quant à la qualité du "terroir", qu'il a promu en AOC pour le Muscadet dès... 1937. Car ç'aurait été se déjuger.
Sauf qu'on peut justement se demander s'il ne faudrait pas déclasser une bonne partie de l'aire du muscadet. Et sauf que la folle blanche, ce n'est pas le melon de Bourgogne.
On suivra avec attention l'évolution de ce dossier, et notamment la délimitation définitive de l'aire (la fourchette est assez large, aujourd'hui, selon les sources, entre 1400 et 2800 ha) et la fixation du plafond de rendement de la nouvelle appellation. Il serait dommage, en effet, d'attribuer une AOC à de l'eau citronnée...
Et vive le Gros Plant, AOC ou pas.
14:17 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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