06 mai 2014

Grands crus de Pommard et de Nuits: Victor Rendu, déjà...

Attendu que la demande de classement en Grand Cru de certains climats de Pommard (Rugiens, Epenots, Clos des Epeneaux) et de Nuits Saint Georges (Cru Saint Georges) a été dûment déposée à l'INAO en septembre.

Attendu que le même INAO doit maintenant avoir ouvert le classeur, ou au moins dégrafé la chemise.

Attendu que dans ce genre de dossier, l'aspect historique est primordial - il faut prouver l'antériorité de la qualité du terroir, ce même si les conditions climatiques, les technologies appliquées voire les cépages ont changé.

P1010009.JPG

Attendu que j'aime aider mon prochain (même à titre désintéressé, car les Rugiens, les Epenots et Saint Georges sont déjà trop chers pour moi).

Je porte à l'attention du sous-chef de bureau en charge de l'examen des pièces qu'un travail très complet existe sur le sujet, celui de Monsieur l'Inspecteur Général de l'Agriculture Victor Rendu (Ampélographie française, 1854-1857).

On y trouve en toutes lettres la mention: "Le vin de Saint Georges figure avec bonheur parmi les têtes de cuvée de la Côte d'Or" (p 216); il n'est pas sans analogie avec le Chambertin…". Quant à Pommard: "Ses crus les plus estimés sont Les Rugiens, la Commareine, les Frémyets, tout trois hors ligne (p 213). Comprenez: de qualité exceptionnelle.

Ce qui tant à prouver qu'instituer des Grands Crus à Pommard et à Nuits n'aurait rien d'extravagant. En tout cas, pas plus qu'ailleurs.

Il me semble que plutôt que de faire la fine bouche devant cette éventualité, l'Union des Grands Crus de M. Ligier-Belair ferait mieux de s'intéresser au contrôle de qualité au sein des grands crus existants. Car ce n'est pas tout d'hériter d'un terroir, d'un patrimoine exceptionnel, encore faut-il qu'il se retrouve dans le verre... 

PS. A l'attention de M. Le Sous Chef de Bureau: l'ouvrage de Victor Rendu est disponible gratuitement sur egoogle. Il ne risque donc pas de grever le budget de l'Institut en ces temps d'austérité. En plus, il peut servir pour d'autres recherches, à propos d'autres zones d'appellations.

00:41 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, France | Tags : bourgogne, vin, grand cru, pommard, nuits saint georges, rugiens | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

13 février 2013

Jusqu'où peut aller le journaliste?

Dans l'affaire du Quarts de Chaume 2012 du Domaine des Baumards, que j'évoquais lundi ici même, il y a la forme et il y a le fond.

Hier, mon excellent confrère Alain Leygnier évoquait les relents nauséeux que provoque chez lui un tel étalage en place publique; et sa crainte que le journaliste fasse office de procureur alors que ce n'est pas son rôle.

La question mérite d'être posée. L'inquiétude est justifiée. Je me suis donc permis de lui répondre dans les commentaires - moins pour convaincre que pour débattre.

Pour plus de visibilité, et parce que je pense que le débat que soulève Alain est d'importance, je publie ici cette réponse.

Que peut ou que doit faire le journaliste, où s'arrête l'information et ou commence la délation? Je n'ai pas la réponse. C'est peut-être une question de morale personnelle.

Dans le cas qui nous occupe, il n'y a pas mort d'homme, personne ne demande le lynchage de M. Baumard, ni même son arrestation, juste qu'il respecte un décret d'ordre administratif. C'est assez bénin. Et puis, c'est le vigneron et l'entrepreneur qui est en cause, pas l'homme, qui, jusqu'à plus ample informé, est sans doute un bon père de famille, une personne respectable avec laquelle on aurait plaisir à prendre un verre et à discuter champignons.

Mais pourquoi donc les vignerons du cru - que dis-je, du Grand Cru, qui vivent du raisin et le connaissent bien mieux que nous, et qui ont vu les grappes des Baumard, ne réagissent-ils pas eux-mêmes, pourquoi faut-il que ce soient des journalistes qui fassent le sale boulot de tenter de faire appliquer des règles qu'eux-mêmes se sont données? Et pourquoi, comme dit Jim, semble-t-il y avoir deux poids deux mesures dans notre belle démocratie, entre un Olivier Cousin et un Florent Baumard? Cette injustice-là ne mérite-t-elle pas d'être dénoncée?

Même si nous nous trompons (ce qui est toujours possible), n'est-ce pas notre rôle de demander des explications, pour pouvoir expliquer nous-mêmes.

Ce papier n'est pas tombé du ciel, il fait suite à de nombreuses démarches, des demandes d'explications, depuis plusieurs années. Sans guère de résultat. Et je rappelle que c'est Florent Baumard qui s'est mis sur le devant de la scène en déposant un recours contre le décret; et donc, contre tous ses confrères qui, à juste titre, à mon avis, estiment que grand cru veut dire terroir exceptionnel, et donc conditions naturelles exceptionnelles, qu'on n'a pas à "booster" les mauvaises années par la cryoextraction ou l'osmose inverse... On aurait donc pu s'attendre de sa part à une sorte d'exemplarité, pour appuyer sa démarche. Les documents fournis par Jim semblent montrer le contraire.

La nausée, chacun peut l'avoir à plusieurs titres dans cette histoire. Mais je pense qu'il est sain qu'il y ait des gens comme Jim, des bulldogs qui ne lâchent jamais tant qu'ils n'ont pas la réponse. Cela finit parfois par faire bouger les lignes. Je n'ai pas cette obstination, mais je peux l'apprécier chez d'autres.

PS. J'espère aussi qu'on réfléchit à Sauternes à l'interdiction de la cryoextraction.