25 septembre 2011
Château Martet: le Bordeaux, c'est belge!
Petite plongée dans le pays des vins bons et… belges de France, avec l'ami Eric Boschman. Episode 1.
Il était une bonne fois une famille belge bien connue dans le monde des vins, les Deconinck, qui s’était offerte une belle Chartreuse pès de Sainte Foy La Grange. Une belle bâtisse bâtie au XIII siècle, maison hospitalière de l’ordre des Templiers à destination des Pèlerins se rendant à Saint Jacques de Compostelle.
Les nouveaux venus s’attachèrent avant tout à transformer le vignoble et à donner un lustre éclatant à la propriété et à ses vins surtout. Situé à 25 km de Saint-Emilion, le vignoble de près de 25 hectares d’un seul tenant est positionné sur le plateau et les coteaux dominant la Dordogne, à 100 mètres d’altitude. Sur 18 hectares, le sol est de type argilo-calcaire et sur 7 hectares correspondant à la partie la plus élevée, il est de type argilo graveleux.

Juste pour votre culture, parce que là il en est question hein bande de jeunes, argilo-calcaire, ça n’a rien a voir avec un héros Binchois travaillant chez Calgon, mais bien avec une structure de sous-sol et de sol tel que l’on peut la trouver sur la majorité du plateau saint-émilionnais.
Capito? Après deux premières années d’observation, les nouveaux propriétaires ont décidé d’entamer un grand programme de restructuration du vignoble. Il débuta en 1993 et s'est terminé en 2006, dans le genre, ça prend du temps, mais c’est qu’a Bordeaux tout le monde n’est pas dans la situation de quelques joyeux turlupins qui ne savent plus comment claquer leurs tunes, d’une part, et puis, l’observation, la compréhension d’un terroir ça demande du temps.
Qui plus est, les viticulteurs ont pour habitude, enfin les vrais, pas ceux qui ne font qu’un investissement de plus, d’autant que les propriétés viticoles ne sont pas soumises à l’ISF et que souvent ces petites choses ont une furieuse tendance à perdre un peu de fric en fin d’année. Bref, dans le cas présent, nous sommes chez des gens vachement sérieux, ils ne sont pas là pour faire de la figuration, ni comparer leurs traces de bronzage. D’autant que le bronzage viticulteur, c’est un peu comme coureur cycliste... En restructurant le vignoble, ils poursuivaient dès le départ plusieurs objectifs.
Le but était d’une première part: l’arrachage des cépages mal adaptés au sol, en l’occurrence les Cabernet Sauvignon et Cabernet-Franc, qui ne connaissaient que très rarement une maturité optimale et donnaient des goûts indésirables de poivrons verts. L’air de rien, ce goût de poivron vert humide, cette note poussiéreuse, un peu comme quand on lui arrache la queue et qu’il n’est pas content (le poivron), on a trop souvent tendance à l’assimiler à celle du cabernet. Lorsque l’on goûte des cabernets mûrs, on ne la trouve plus, et pourtant la note «verte» fait souvent partie de la carte d’identité classique de bien trop de Bordeaux pour bon nombre de dégustateurs… D’autre part l’arrachage des vignes à trop faible densité de plantation qui est souvent source de vins dilués… C’est en 2005 que la dernière parcelle de ces vignes anciennes aura été remplacée. A l’exception d’un hectare et demi destiné à l’élaboration du Clairet de Martet.Depuis, les vignes sont basses, plantées à 5.500 pieds à l’hectare, à part les parcelles de vieux merlots plantées au début des années soixante qui confèrent un peu de «fond» aux cuvées maison.
En parlant de ça, la cuvée du jour se nomme Réserve de la Famille. Elle est vinifiée par un gars talentueux en diable qui fait des merveilles et c’est rien de le dire. On est sur un vin à 100% de merlot. Les grappes sont ramassées à la main. Il y a une trie sévère avant de passer à l’égrappage et au foulage. Les fermentations durent entre 3 et 4 semaines, à température contrôlées comme il se doit. L’élevage dure dix-huit mois, en barrique de chêne français à 100% neuves, mais à chauffe moyenne, pour ne pas massacrer le vin. Filtration légère et hop, roulez jeunesse, c’est le temps de la bouteille et que l’on en parle plus. Ce 07, n’a pas le permis de tuer, mais bien celui de rendre heureux, le genre de truc que l’on s’envoie derrière la cravate avant de laisser naître un sourire banane d’une oreille à l’autre.
C’est fin, élégant, plein de rondeur, avec ce côté truffe, pruneau, fruits noirs que l’on trouve souvent dans les merlots de belle extraction. C’est un vin qui arrive tout doucement à maturité, à mon sens, dans les grands volumes, genre magnum (mais sans Zeus ni Apollon) voire en Double Magnum (et sans Jonathan Quayle Higgins III non plus ) c’est le genre de bouteille qui devrait tenir encore au moins une décennie sans s’arracher. En bouteille, vous pouvez attaquer, mais si vous vous sentez des allures de sœur Anne, vous pouvez encore patienter de trois à cinq ans en matant la route qui poudroie et bleueoie en vain. Pour accompagner les plats d’automne, tenez, par exemple, une belle poêlée de cèpes de Bordeaux et un petit magret de canard grillé sur les sarments, c’est a peu près ce que l’on a fait de mieux depuis l’invention de ma chronique, c’est dire!
Eric Boschman
Château Martet Réserve de la Famille 2007. Prix: 21,6€.
Renseignements: +32 2 353 07 65
00:47 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : boschman, eric, vin vignoble, bordeaux, dordogne, martet |
30 avril 2011
Deux Bordeaux pour l'été: le Blanc et le Rosé de Jabastas
Parfois, Bordeaux m'ennuie. Un peu comme un monument classique qu'on aurait trop visité.
Je conçois à quel point ce jugement est injuste, à l'emporte-pièce. Après tout, nous autres journaleux de la treille dégustons souvent les mêmes crus, les grands, les classés, et avec tout le respect qu'on leur doit (il y en a de très bons), ce n'est pas d'eux que la surprise vient le plus facilement.
Mais quid de tous les autres, les plus obscurs? De tous ceux qui cherchent leur voie vers la notoriété? De tous ceux qui, sans renier leur région, ce nom de Bordeaux qui les porte et qui les banalise à la fois, cherchent simplement à exister par et pour eux-mêmes?

Maintenant, l'été peut arriver!
J'ai un exemple.
Je vous emmène dans un petit coin tranquille au bord de la Dordogne. En dehors des grands axes. Entre Bordeaux et Libourne, mais par les petites routes, alors. Cela s'appelle Jabastas. C'est le nom du lieu-dit, sur la commune d'Izon, et c'est le nom du château. L'appellation, c'est "Bordeaux Supérieur". Ce qui veut tout et rien dire, on est bien d'accord, mais attendez voir.
Le domaine a été racheté voici quelques années par des Belges. Ils y ont mis un peu d'argent, mais surtout beaucoup de passion et d'huile de coude. Je connais un de ces passionnés, Alain Vercouter. Pas pour ça, mais pour son activité principale: il dirige Bleuzé Wines, l'importateur de grandes maisons comme Niepoort, Gosset ou Lustau.
Jabastas, pour lui, c'est plus qu'un investissement, c'est sa passion, il y file dès que le temps le lui permet, il troque son costard-cravate contre un jean et des bottes. Oh, il n'est pas le seul à le faire, c'est sûr, mais avouez qu'entretenir une telle "danseuse" à 900 km de chez soi, ce n'est pas toujours pratique.
Jusqu'ici, Jabastas, ce n'était que du rouge. Plusieurs, d'ailleurs, car Alain joue sur les assemblages et sur l'élevage. Outre sa cuvée de base du château, il propose donc Audace (dominante de cabernet, 12 mois de barrique) et L'As, sa grande cuvée, qui a eu les honneurs du Guide Hachette en 2008. Sans oublier une édition limitée pour aller encore plus loin dans la sélection.
Mais aujourd'hui, Jabastas se lance dans le blanc et dans le rosé.
Alain m'a donné deux bouteilles. J'ai dit "merci, c'est gentil"; et puis hier, j'ai débouché. Comme je me doute que vous vous fichez comme d'une guigne que je connaisse le proprio, et qu'il soit Belge ou Patagon, le mieux est de vous dire sans plus tarder ce que je pense des vins, en faisant abstraction du relationnel. En toute objectivité, comme qui dirait (pour autant que cela ait un sens dans ce métier, mais c'est un autre débat).
Et bien pour un premier millésime, c'est un coup de maître! Voila deux vins qu'on devrait prescrire sur ordonnance, surtout en perspective des beaux jours à venir. Perso, je ne veut pas faire de tort au labo, mais je préfère nettement au Déanxit.
Le Blanc de Jabastas 2010 (sauvignon blanc, sauvignon gris, sémillon) est étonnant de fraîcheur; le nez, sans être explosif, est super séduisant avec ses notes d'agrumes - pas le citron vert, mais plutôt le pamplemousse rose bien mûr. En bouche, il y a un peu de gras derrière l'acidité, cela donne de l'équilibre, et puis c'est tellement rafraîchissant. J'ai aussi trouvé quelques petites senteurs anisées. La structure n'est pas énorme, on ne vise pas la grande garde, ni à singer Pessac-Léognan, mais Dieu que ça coule bien en bouche!
Il y a deux sortes de vins (je schématise, évidemment): ceux dont on boit un verre, ça va, deux verres, bon, on verra plus tard. Et puis les vins dont on a envie de finir la bouteille (avec modération, bien sûr, mais je parle de l'envie, et elle ne souffre pas la modération). Bref, ce vin là se range définitivement dans la deuxième catégiorie. La finale, sur des petites notes d'écorce d'orange et de pêche blanche, est très plaisante.
Et le rosé? Et bien le rosé est un peu dans le même style. Vous n'avez pas de terrasse? Vous avez déjà le vin pour aller avec. Au nez, c'est fin, petits fruits rouges et blancs, groseille, groseille à maquereau, et puis en bouche, ça vire vers des fruits un peu plus charnus, genre cerise, mûre, pêche blanche, et un poil de réglisse. C'est gourmand, mais tendu; l'acidité soutient bien le vin mais ne l'emporte pas. Ca reste souple. C'est élégant, aérien. Le mot "fluide" a parfois une mauvaise connotation, genre dilué. Ici, c'est fluide, mais ce n'est pas dilué.
Et je ne vous dis pas les possibilités gourmandes. Si vous n'avez ni terrasse ni balcon, restez dans votre cuisine et balancez une viande blanche, un poisson en sauce ou des gambas grillés, ce vin là, "ça le fait", comme on dit quand on a perdu l'usage des adjectifs; ce qui risque bien de m'arriver si je continuer à siroter ce rosé.
Bon, j'avais dit que je serais objectif, je voulais éviter les épanchements, des fois que vous me soupçonnassiez de collusion avec le propriétaire, d'agenda secret, de délit d'inititié, que sais-je encore? Non, je ne suis pas payé pour vous écire cette chronique. C'est que je vous connais, mes gaillards, méfiants comme vous l'êtes... Et là je vous réponds, d'un mot, d'un seul: "goûtez!"
Maintenant, l'été peut arriver. Pour votre terrasse, je ne peux rien faire, mais pour les vins, j'ai ce qu'il vous faut. Bordeaux, c'est ça aussi. Alors, merci qui? Merci Alain!
Plus d'info: www.jabastas.com
00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : vin, vignoble, bordeaux, été, rosé, dordogne |


