11 janvier 2012

In Vitro Veritas

La vérité est dans le verre, lit-on souvent dans la prose vineuse. Moi-même, j’en use à l’occasion.

Une autre façon de dire que la dégustation prime. Ou bien qu’il n’y a que le résultat qui compte. Est-ce si sûr ? Faut-il tenir pour négligeable la franchise des moyens employés ?

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What's in my glass?

On peut trouve des arguments pour et contre.

Prenez le cas des vins bio. Pendant des années, leur qualité laissait à désirer. On avait beau adhérer philosophiquement au concept, le résultat n’était pas là.

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ni pour le bio, ni pour le biodynamique. Ni même pour les vins dits naturels. Les dégustations que j’ai pu faire récemment au salon Renaissance des Appellations, m’en ont définitivement convaincu.

Bien sûr, il y a du déchet dans le bio, tout n’est pas bon, loin de là. Mais du côté du «conventionnel» non plus. Alors on en revient à notre axiome du début : «In vitro veritas». Sauf qu’à qualité égale, qui ne préférerait un vin produit dans le respect maximal de l’environnement? – et de la santé des gens, consommateurs et producteurs, surtout.

Reste une petite musique discordante qui résonne dans ma tête: est-il possible de maquiller un vin au point qu’il séduise même l’amateur averti, de lui donner l’aspect d’un vin de terroir, d’un vin authentique, d’un vin d’auteur, tout en employant des méthodes productivistes et tout l’arsenal de l’œnologie correctrice ?

Quand je traversais le Chili, l’an dernier, je me suis parfois demandé si la fraîcheur de certains chardonnays n’était pas due à une réacidification.  Je n’ai pas de preuve, juste de vagues soupçons. Mais si l’on ajoute à ça l’osmose inverse, les levures sélectionnées, le mouillage, la chaptalisation, les copeaux, les moyens de rectifier un vin pour l’adapter au goût dominant sont tellement nombreuxqu’on se demande comment un nez pourrait tous les identifier dans un même vin.

C’est sans doute pour ça que nous autres journalistes aimons bien visiter les vignes et les chais  Ce n’est pas une garantie absolue, mais passer quelques heures avec  le vigneron, l’écouter raconter son vin et sa vigne, les yeux dans les yeux,  permet de comprendre bien des choses. In oculo veritas.

00:11 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : vin, vigne, dégustation |

02 décembre 2011

Jumillagate, Campogate, Millergate, Parkergate?

Résumé des épisodes précédents, pour les oenophiles qui reviendraient de Mars ou qui vivraient la tête dans le sable…

L’information initiale été révélée sur Facebook par Vincent Pousson le 26 octobre, puis reprise sur le site de Jacques Berthomeau, sous la forme d’une copie de mail. Sur ce mail, l’association des vignerons de la région de Murcia (Asovin) demandait à ses membres de payer une grosse somme d’argent pour accueillir le critique Jay Miller, représentant officiel de Robert Parker en Espagne. Le démarchage n’était pas le fait du critique lui-même, mais d’une société de relations publiques, la Wine Academy of Spain. L’Asovin se chargeait de réunir les fonds auprès des producteurs, sur la base d’une contribution par visite et par échantillon présenté (à la dégustation et au «masterclass»).

Pas de quoi fouetter un chat? Peut-être que si, quand même, comme on va le voir.

L’histoire aurait  fait moins de bruit si M. Parker n’avait déclaré, il y a bien longtemps, que ses collaborateurs comme lui-même n’acceptaient jamais aucune contribution, afin de préserver l’indépendance totale des contingences matérielles qui, selon lui, sied à un critique.

La polémique aurait même pu être étouffée dans l’œuf, car le mail d’Asovin à ses membres était  confidentiel;  diffusé sans l’autorisation de ses auteurs, ceux-ci le jugeaient donc nul et non avenu. Ce qui est un peu facile, tout de même, car dans les faits, les clauses de confidentialité ont une valeur inversément proportionnelle au nombre de gens à qui on les envoie.  

Mais ce petit message "sans existence légale" a provoqué une vague de réactions venues de là où on ne les attendait pas; de producteurs d’autres régions qui avaient refusé les propositions de la Wine Academy of Spain (car le cas de Murcia était loin d’être isolé). Ceux de la DO Madrid, notamment.

Malgré des demandes insistantes et répétées de la part de M. Campo et de ses collaborateurs, qui tentaient d’organiser une visite de Jay Miller dans la DO Madrid à son retour de Navarre, l’été dernier, les responsables de la DO ont décliné cette offre. Cette offre, vous la jugerez alléchante ou indécente  selon ce que vous pensez de la critique viticole. 

Alléchante, si vous considérez que la Wine Academy of Spain était disposée à baisser son prix de moitié (de 40.000 à 20.000 euros). Indécente, si vous considérez que les autres régions ont sans doute payé le prix plein, et surtout (mais je me situe là dans une perspective journalistique quelque peu hors de propos), si vous considérez le simple fait suivant: le refus de la DO Madrid signifie que les vins de la région, non dégustés, non visités, risquent bien de ne pas figurer à la place qu’ils méritent dans le prochain guide que Parker prépare sur les vins d’Espagne.

Des preuves de tout ce qui vient d’être dit existent, elles ont été publiées sur plusieurs sites espagnols ou britanniques.

En voici quelques uns: ICI, ICI et ICI

Et maintenant, passons aux réactions des intéressés. Quand ils daignent en faire connaître.

Malgré tout ce qui a été mis sur la place publique, Robert Parker, interpellé à ce sujet par ses lecteurs, affirme qu’il a mené sa propre enquête et que rien n’en est sorti, qu’il s’agit de rumeurs infondées. Il dit même qu’il laisse aux services juridiques de M. Campo le soin de réagir.

Pourtant, à mon sens, ce n’est pas M. Campo qui est en cause. Le système qu’il a mis en place n’a rien d’illégal, chacun est libre d’accepter ou de refuser les propositions de la Wine Academy of Spain, M. Campo joue son rôle d’impresario, un point c’est tout.

Le vrai problème, c’est plutôt que M. Jay Miller se prête à cette exploitation de son image (et de celle du Wine Advocate). Et que nolens volens, M. Parker accepte que la ligne de conduite qu’il a fixée au Wine Advocate soit transgressée.

Ce qui a commencé sous le nom de Jumillagate, puis de Murciagate, n’a pas à devenir le Campogate. Mais cela risque bien de devenir le Parkergate si M. Parker refuse de se justifier.

Je ne le souhaite pas. D’abord, parce que je n’ai aucune raison de ne pas faire confiance à M. Parker, a priori.

Mais aussi et surtout parce que je pense que cette affaire risque de décrédibiliser l’ensemble de la critique vineuse, qui ne le mérite pas. Non, nous ne sommes pas à vendre!

J’ai lu les réactions de certains confrères. Notamment celle de Michel Bettane, de retour de la conférence Wine Future de Hong Kong, organisée par M. Campo. Le grand critique français dit que les producteurs qui voudraient acheter des critiques sont des idiots. Je ne lui donne pas tort. Mais je trouve qu’il botte en touche, sur ce coup là.  Car les producteurs n’achètent que ce qui est à vendre, que ce qu’on leur propose.

En l’occurrence, ce que M. Campo propose, un «all-included  package» avec dégustation, visite de M. Miller et même, conférence. M. Campo semble d’ailleurs y puiser un argument pour dire que les dégustations sont libres, que seules les conférences sont payantes.

Cela est contredit par les documents publiés par les vignerons concernés.

Comme cet email de Pancho Campo lui-même, envoyé à la DO Madrid en date du 4 juin, à 15h30:

“Des visites privées qui ne sont pas à l’agenda prévu, comme celle-ci, sont très rares, et pas à un prix inférieur à 40.000 euros. Le fait que Jay ait accepté de rester deux jours de plus, et pour la moitié du prix habituel, est un miracle et une opportunité que Madrid aura du mal à avoir à nouveau”.

Mais surtout, c’est loufoque: qui à Madrid, à Murcia ou ailleurs, irait payer 40.000 ou même 20.000 euros juste pour écouter M. Miller? Et de quoi parlerait-il ? Vous expliquerait-il comment faire votre vin? Comment le vendre? Parlerait-il philosophie ou politique? Vous donnerait-il sa recette de l'apfelstrudel?

Non, il va de soi que le seul intérêt dans la location à la journée de M. Miller, pour une DO et pour ses producteurs, c’est que leurs vins puissent être notés et commentés, si possible avantageusement, dans le Wine Advocate et son guide.

Le reste, c’est du pipeau.

J’ai longtemps hésité à évoquer à nouveau de cette histoire, et je ne l’aurais peut-être pas fait si à plusieurs reprises, je n’avais senti la réticence de certains interlocuteurs d’en parler et surtout, d’en publier quelque chose.

Il y a d’abord ceux – les éditeurs, principalement - qui pensent que ce n’est pas leur rôle que d’accabler un concurrent, que le lecteur pourrait penser qu’il s’agit d’un règlement de compte. Ou qui se disent que le râteau pourrait bien leur revenir à la figure.

Il y a aussi ceux – les «confrères», surtout – qui pensent que c’est trop facile de vouloir jouer les Monsieur Propre, que c’est cracher dans la soupe.

Je crois qu’ils ont tort.

Personne n’a obligé M. Parker à fixer des règles de déontologie aussi draconiennes pour son Wine Advocate. Surtout quand elles semblent mettre en doute la moralité des autres critiques, moi le premier, puisque j’accepte des billets d’avion ou de train, et des chambres d’hôtel quand je me déplace dans le vignoble. Je vous rassure, je n’ai pas des goûts de luxe, et je ne mesure pas mes notes à la hauteur des plafonds ou à l’abondance du petit-déjeuner.

Aussi, si M. Parker permet qu’on transgresse ces règles, si lui ou un membre de son équipe ne se comporte pas de la façon dont il pense que les vrais critiques doivent se comporter, alors il est normal qu’on lui demande de s’expliquer.

Ce n’est pas déblatérer, c’est seulement faire preuve d’un peu de sens journalistique.

Ce sens journalistique, je ne l'invoque pas à titre personnel: cette enquête, ce n’est pas moi qui l’ai menée mais mes collègues Vincent Pousson, Jim Budd et Harold Heckle.

Je trouve que ces trois-là ont fait honneur à notre profession, si souvent taxée de compromissions, de laxisme. J’aimerais qu’on fasse montre de plus de solidarité à leur encontre dans la presse spécialisée. Qu’on ne balaie pas leurs efforts d’un revers de la main, comme s’il s’agissait de ragots, mais qu’on examine plus sérieusement le pourquoi et le comment, qu’on s’interroge aussi sur les raisons pour lesquelles ni Parker, ni Miller, ni Campo, ne se donnent la peine de répondre à des questions simples et factuelles, et se bornent à évoquer l’éventualité de poursuites en diffamation.

Quelle diffamation, à propos? Je le répète, il n’y a rien d’illégal dans tout ce qui est invoqué, c’est juste un problème entre M. Parker et son éthique personnelle.

Je lui souhaite de le régler rapidement, pour pouvoir passer à autre chose, pour pouvoir moi-même continuer à pratiquer mon métier la tête haute et même, à en vivre.


PS. Le "deal" a bel et bien été signé entre la Wine Academy of Spain et Jumilla, Jay Miller est bien venu, on en parle ICI.  La réaction d'un lecteur (anonyme) de ce dernier site est édifiante: "y cuanto nos cuesta que traigan a este hombre porque de gratis no viene" (Et combien ça nous coûte qu'on fasse venir ce type, car il ne vient pas gratuitement).

24 octobre 2011

Pic Saint Loup (3): Haut Lirou

A Saint Jean de Cuculles, le Domaine Haut Lirou est dans les mains de Jean-Pierre Rambier, qui possède également un vignoble en Costières de Nimes, le Mas du Notaire. Un homme affable et discret, et qui ne manque pas d'esprit.

Au milieu d'une pinède, dans un écrin de nature, les 60 hectares de vignes s'étagent des bords du Lirou jusqu'aux premières pentes du Pic Saint Loup. Elles encerclent un ancien relais de chasse, flanqué des bâtiments de vinification, qui respectent le style et la magie du lieu. On n'est pas à Cheval Blanc.

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Au bord du Lirou

Taille courte, labours fréquents, palissage, plantations de haute densité (6000 pieds à l'hectare) sont les points saillants de la partie viticole. Au chai,  après le tri de la vendange, les parcelles sont vinifiées séparément.

Les installations sont modernes, les barriques de qualité, le vigneron modeste, tout ici respire le bon sens et le bon goût.

Mais voyons plutôt ça dans le verre.

Domaine Haut Lirou 2010 Rosé
Grenache syrah mourvèdre.
Sympa, un peu bonbon au nez, en bouche, c'est frais et rond à la fois, beau rosé de terrasse 13/20

Domaine Haut Lirou 2010 Rouge
Syrah grenache.
Très fruité, fruit rouge légèrement confituré au nez; en bouche, de la réglisse, du fumé et quelque notes végétales. 13,5/20

Mas des Costes 2009
Superbe nez d'épices de la garrigue, myrte, cade, romarin; c'est un tourbillon d'arômes qui n'en finit pas et se compléxifie dans le verre; en bouche, une sensation de velouté et de granité, renforcée par de très beaux tannins joliment fondus. Très long en bouche. 15/20
12 mois d'élevage en barriques.

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Esprit 2009
Un assemblage de syrah, de  grenache et de mourvèdre ide tout petits rendements (10 hl/ha) ssus de parcelles d'éboulis calcaires  sur le flanc sud du Pic.

C'est le type même du vin de conversation, comme nous dit Jean-Pierre Rambier, un vin qui a besoin d'un peu de temps à table pour bien révéler toutes ses facettes. 

Au départ, c'est fruit noir, cassis, mûre, puis on part sur le cuir, un côté plus fumé, plus viandeux aussi, des épices comme la coriandre et le thym. En bouche, ce qui frappe, la jeunesse du fruit, la belle acidité, aussi, le tout enrobé de cacao et de moka. Voila un vin puissant mais doté d'une excellente buvabilité. C'est étonnant de fraîcheur, les 6 mois de barrique sont très bien intégrés, le bois ne prend pas le pas sur le vin, il l'épice un peu. 15,5/20

PS. A noter qu'Haut Lirou accueille depuis peu des cours de cuisine basés sur les produits du terroir (aujourd'hui, c'était le gibier). Savoureusement vôtre...

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Jean-Pierre Rambier ne manque pas d'Esprit


Le Terroir en dégustation

Mon ami et co-dégustateur d'IVV Youri Sokolow me fait parvenir ce rapport circonstancié d'une belle dégustation de son club d'oenophiles, avec comme thème, je vous le donne en mille... le terroir. Mais je cède la parole à Youri.

Qu’est-ce que le Terroir? C’est un des termes les plus difficiles à définir - au même titre que l’Amour. Eternel débat dans le monde du vin et de la dégustation. De manière cartésienne, le Terroir est l’adéquation entre le sol, la vigne et le climat. Tout cela serait très simple, mais alors comment expliquer la production de vins médiocres sur des grands terroirs et de grands vins sur des terroirs qui le sont moins? C’est là qu’intervient le vigneron ; qui aura une influence sur le sol (labours, herbicides, …), sur la vigne (taille, rendement, …) et jusqu’à ce jour pas encore sur le climat, quoique l’irrigation est permise dans certains pays et que l’imagination humaine n’a pas de limite. Ensuite interviendront la vinification et l’élevage, qui gommera ou transcendera le terroir originel, tout dépend du point de vue.
 
Au travers de cette dégustation, nous avons exploré différentes expressions du terroir. Nous avons débuté la soirée avec le Vin de Savoir Marin Clos de Pont du domaine Delalex, qui nous a offert une belle expression minérale et saline du Chasselas. Pour suivre nous avons exploré l’Alsace et le Riesling au travers de 3 crus et de 3 propriétaires sur le millésime 1995. Le Brand de Josmeyer était ample, mais manquait un peu de profondeur et de complexité. C’est sans conteste le Clos Saint-Hune de Trimbach qui nous a offert l’expression la plus minérale et la plus pure du Riesling (La plus marquée par le terroir, diront certains). Le Rangen de Thann de Zind Humbrecht fut le plus controversé, trop vinifié pour certains, trop jeune pour d’autres.

En rouge, nous avons commencé par 3 vin issus du terroir d’Aniane, sur le millésime 1998, un bel exemple de l’influence du vigneron sur le terroir originel ; au départ d’un même millésime, sur la même commune, la manière d’assembler, de vinifier et d’élever aura donné trois vins diamétralement opposés. De loin le Domaine de Grange des Pères a dominé les débats avec un vin suave, élégant et harmonieux. À l’inverse le Mas de Daumas Gassac était dur, austère, quasi imbuvable tant la charge tannique était importante. Le Plos des Baumes, du Domaine d’Aupilhac, bien qu’également très tannique, apparaissait plus harmonieux et les tannins plus enrobés.

Ensuite, nous nous sommes rendus en Italie pour une exploration de 3 terroirs au travers de 3 vinificateurs. Débat houleux autour du premier vin, le Vino Nobile de Montepulciano Grandi Annate 2006 d’Avignonesi, expression superbe de l’élégance du Sangiovese pour les uns, vin fabriqué pour les autres. Le Valpolicella Classico 2003 de Romano Dal Forno, bien que plus élevé, apparaît suave et équilibré, belle expression du potentiel de cette appellation souvent décriée. Pour terminer, le Toscana Vigna l’Apparita 2006 de Castello di Ama, un 100 % Merlot sur le terroir de Chianti, est apparu trop jeune et masqué par le bois actuellement, mais semble posséder un solide potentiel d’évolution.

Pour terminer, avec 3 vins oxydatifs, du domaine Macle, issus du terroir de Château Chalon, mais en appellation Côtes du Jura, assemblage de 80 % Chardonnay et 20 % Savagnin. Le 2007 allie jeunesse de fruit et tension, le 2001 est plus minéral et concentré, le 1998 est de loin le vin le plus complexe et le plus long.

Au cours de cette dégustation, nous n’avons pas trouvé de réponse à notre question initiale. Finalement le Terroir ne serait-il pas simplement l’Amour du bon vin ?

Le Classement des 14 vins dégustés

1.    Vin de Pays de l'Hérault Domaine de la Grange des Pères 1998        17,50/20
2.    Alsace Riesling Clos Sainte-Hune 1995 Domaine Trimbach        17,22/20
3.    Côtes du Jura 1998 Domaine Macle                    16,36/20
4.    Côtes du Jura 2001 Domaine Macle                    16,07/20
5.    Vin de Pays de l'Hérault Les Plôs des Baumes 1998 Domaine d'Aupilhac    15,75/20
6.    Alsace Grand Cru Rangen de Thann Clos Saint-Urbain Riesling 1995 Domaine Zind-Humbrecht                                 15,72/20
7.    Valpolicella Classico Superiore 2003 Romano Dal Forno            15,56/20
8.    Alsace Grand Cru Brand Riesling 1995 Domaine Josmeyer        15,50/20
9.    Côtes du Jura 2007 Domaine Macle                    15,36/20
10.    Vino Nobile de Montepulciano Grandi Annate 2006 Avignonesi        14,81/20
11.    Toscana Vigna l’Apparita 2006 Castello di Ama                14,43/20
12.    Vin de Savoie Marin Clos de Pont 2009 Domaine Delalex            14,25/20
13.    Vin de Pays de l'Hérault Mas Daumas Gassac 1998            13,00/20

Youri Sokolow

04 octobre 2011

Dégustations professionnelles: commentaires officiels, non merci!

Mon excellent confrère David Cobbold relatait hier sur le blog des 5 du Vin une dégustation récente des vins de Michel Laroche.

Au détour de ce billet, David évoquait le rôle tenu par Olivier Poussier, chargé de commenter en direct, et devant les dégustateurs, les vins proposés.

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David Cobbold version campagne (Photo H. Lalau)

Je n'ai pas assisté à ce dîner. Aussi ne me prononcerai-je pas sur ce cas particulier. Mon autre compère des 5, Michel Smith, parle plutôt d'une animation et de propositions d'accords vins & mets. Dont acte.

Mais quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas d'un cas isolé. Combien de fois n'ai-je pas dû, moi aussi, écouter un confrère - et plus souvent encore, un sommelier, me décrire ce que je goûtais. Récemment, à Vinea, lors d'une dégustation, c'est la charmante Marie Linder qui nous a ainsi commenté les bouteilles sélectionnées par le jury du Concours des Pinots du Monde.

Attention, je ne critique pas ce qu'elle a dit; tout comme Olivier Poussier, elle est très compétente. C'est juste qu'a priori, les dégustateurs professionnels conviés à ces dégustations le sont aussi. Faire le travail à leur place, c'est au mieux, infantilisant; et au pire, énervant.

Car quoi, ou bien nous pensons comme les sommités qui commentent à notre place, et dans ce cas, il était inutile de les déranger. Ou bien nous ne pensons pas comme eux, et c'est très perturbant, au moment même où l'on s'efforce de trouver nos propres mots, nos propres repères. D'autant qu'adoubé par le producteur, le commentateur "officiel" a sur vous une sorte de préséance, l'autorité conférée par l'institution.

Imaginez un peu que êtes au cinéma et que le type assis à côté de vous commente chaque passage, vous décrit les émotions que vous êtes censés ressentir. Même si c'était le réalisateur, vous auriez envie de lui dire de garder ça pour lui. "Cordonnier, pas au dessus de la cheville...". A chacun son boulot: "tu fais le film, et moi je le regarde"...

Sans compter que la critique de vin, c'est aussi une question de diversité. Trois personnes buvant le même vin ne tomberont jamais parfaitement d'accord sur les descriptifs aromatiques, qui ne sont jamais que des projections du langage, et donc, en quelque sorte, des étiquettes sorties des casiers obscurs de la bibiothèque des sensations collectées par chaque dégustateur au fil de sa vie de dégustateur, et restituées à un moment T.

Il y a beaucoup de subjectivité là-dedans, même si l'on s'en défend, et seule "la somme des subjectivités" permet d'approcher "une certaine objectivité". Merci, M. Mauss! Alors, entendre l'opinion d'Olivier, de Marie, de Pierre ou de Jacques, à ce moment de construction de votre intime conviction, toute proportions gardées, c'est un peu comme si  Belle-Maman vous téléphonait au plus fort d'une étreinte amoureuse avec votre chère et tendre.

Je ne pense pas que les gens qui organisent ce genre de choses, relations publiques, comités interprofessionnels, directeurs de communication, etc...  réalisent à quel point nous pouvons être déstabilisés par ce "prêt-à-sentir". Ils ne pensent certainement pas à mal. Ils sont peut-être même convaincus de nous aider dans notre tâche, ou de mettre en valeur les vins de leurs "poulains". Je ne leur lance pas la pierre. Je ne crois même pas qu'ils aient  vraiment pour but de nous influencer. Ce n'est pas le genre de la maison Laroche. Et encore moins de Christine Ontivero. Mais le résultat est là: c'est une fausse bonne idée.

En résumé, autant je peux admettre l'intérêt de semblables explications  dans le cadre d'un atelier visant à éduquer des néophytes, autant je milite pour la suppression des commentaires officiels dans les dégustations professionnelles.

Voila, c'est dit!

 

14 septembre 2011

A l'aveugle

Quand on me parlera de dégustation à l'aveugle, j'aurai maintenant à l'esprit autre chose que les chaussettes noires qui habillent les bouteilles chez In Vino Veritas (et ailleurs). Merci qui? Merci Vinocom!

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Et maintenant, chers lecteurs, je vous mâche le boulot, voici deux angles d'attaque:

1° "Lalau essaie de faire de l'audience, il ne recule devant aucune bassesse".

2° "La femme-objet, ça suffit! Et patatis, et patatas".

OK, mais moi, j'aime ce qui est beau. Et puis, que je sache, ne viennent sur mon blog que ce qui le veulent bien. Ceux qui tomberaient ici par hasard et que de tels billets insupportent n'ont qu'à vite refermer la fenêtre. Sans en dégouter les autres!

03 juillet 2011

Qu'est ce qu'on déguste!

Il y en a sûrement qui voient notre vie de dégustateurs professionnels comme un lit de roses; une jolie promenade de verre en verre, sinon un orgasme vineux permanent. Qu'il me soit permis ici de leur dessiller les yeux.

Il y a de bons moments, de très bons moments, de superbes moments... et d'autres moments. Les séries de vins qui ne vous inspirent vraiment pas; les producteurs insupportables de suffisance. Les heures de bus. Les repas où l'on ne cherche même plus à identifier le contenu de l'assiette. Les décalages horaires. Les décalages vineux. Je veux dire, quand on se demande si c'est nous, le problème, ou si c'est la chose dans le verre.

Il y a aussi des coups de pompe. J'en veux pour preuve cette photo de quelqu'un qui, avant même qu'on ait rempli les verres, n'a déjà plus soif.

IMG_5702.JPGLa solitude du dégustateur de fond (avant l'effort)

A ce moment, en début de matinée (je vous en parle en connaissance de cause), le type se dit: "mais qu'est ce que je viens faire ici? Rendez-moi mon lit". Il sourit,  mais c'est le pauvre sourire du condamné. Rassurez-vous, il a dégusté quand même, et religieusement. Il a même donné ses notes aux producteurs, et les a commentées. Pas question de décevoir ces gens qui sont venus pour ça. Si c'est pas de la conscience professionnelle...

Il y a aussi les moments où l'on boirait de tout, la mer et les poissons, d'improbables liqueurs valaches ou des bières de Patagonie, tout, sauf du vin, histoire de changer un peu. C'est ce qu'exprime la deuxième photo, dont vous remarquerez que le sujet n'a pas une tête à plaisanter.

Rassurez-vous, quelques minutes plus tard, il était à nouveau d'attaque et repartait à l'assaut des vignes du Seigneur.

L1030425.JPGAprès l'effort, une bière...

Bon, n'allez pas croire qu'on crache dans la soupe, ou plutôt dans le verre de vin. Ce métier, on l'adore, on l'a choisi, c'est le plus beau du monde, on rencontre des gens épatants, on voit des paysages somptueux, on découvre le monde, et on a en plus la chance de pouvoir en vivre un petit peu. Sans compter qu'on a le plaisir de pouvoir donner notre avis, d'aider ceux des vignerons qu'on juge méritants, et puis aussi de charger quelques moulins.

Alors, de quoi se plaint-on? Mais de rien. Si on "déguste", dans tous les sens du terme, c'est parce qu'on le veut bien, parce qu'on aime ça, la plupart du temps. Mais pour nos amis dégustateurs amateurs, ce petit avertissement: la dégustation au long cours, ça demande un sacré entraînement.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dégustation, vin, vignoble |

07 juin 2011

Aujourd'hui, j'adore le Vindicateur

Il a fait fort, hier, l'homme qui peut jouer au Scrabble rien qu'avec les lettres de son nom. Je parle d'Antonin Iommi-Amunategui... et de son nouveau Code d'Hammourabi de la dégustation.

Bon, bien sûr, je suis un peu jaloux de n'avoir pas pondu ça moi même. Mais c'est tellement bien torché que je vous le recommande quand même!

Alors allez-y donc tous, chez le Vindicateur, et dites bien que c'est pour le gaz...

C'est ICI

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13 mai 2011

J'aime/j'aime pas

Non, je ne vais pas vous parler de cette tendance du J'aime/J'aime pas qui réduit la critique vineuse à la justification verbodiarrhéique de préférences très subjectives. 

J'ai mis ce titre pour attirer l'attention (et oui, c'est du marketing du pauvre). Pour vous inciter à lire la chronique de mon excellente consoeur et amie Anne Serres. C'est ici

Je trouve que cela mérite réflexion.

Nous rêvons tous de vignerons intègres et passionnés de leurs vins. D'artisans, voire d'artistes. A longueur de rencontres, je dis aux producteurs de faire ce qui leur plaît, ce en quoi ils croient, de rester eux-mêmes, de savoir nous entendre, nous, critiques, mais aussi, de savoir ne pas trop nous écouter.

Mais puis-je vraiement vous jurer que l'étiquette d'un vin ne m'influence jamais, pas plus que les modes du vin?

La réponse est non.

14 avril 2011

A votre avis?

Est-il nécessaire pour un chroniqueur vineux de se rendre dans la zone de production pour émettre un avis autorisé dans le cadre d'un dossier - je ne parle pas d'un simple compte rendu de dégustation, mais d'un reportage étoffé sur une appellation ou une région.

Autrement dit, la vérité est-elle seulement dans le verre, ou faut-il un peu plus de recul, une compréhension plus poussée des conditions de productions, des sols, du tissu humain?

Votre avis m'intéresse. Merci de me donner un peu de votre temps et de votre réflexion.

19:48 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, dégustation |

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