01 juillet 2011
Pas de Grands Crus pour le Languedoc - qui l'eût crû?
Le CIVL ne peut utiliser le terme Grand Cru dans sa communication, a dit l'INAO. «Dès juillet 2010, nous avions alerté le CIVL sur le fait que la mention Grand Cru répondait à une définition bien précise. C’est une mention traditionnelle réservée à certaines appellations qui l’ont inscrit dans leur cahier des charges. Cette mention est protégée au niveau européen et définie dans le règlement 607-2009. Nous avions fait une présentation conjointe avec les fraudes pour bien définir le cadre juridique de cette mention», précise Catherine Richer, délégué régionale de l’INAO en Languedoc-Roussillon, à mes confrères de Vitisphere.
Mon ami Michel Smith a été un des premiers à parler de grands crus en Languedoc; mais c'était là license poétique d'auteur...
Mais il aura fallu un an au CIVL pour obtempérer.
Pour Jérôme Villaret, le délégué général du CIVL, le débat semble anecdotique: «Peu importe la mention qu’on utilise; depuis 5 ans, la réflexion est en cours pour faire émerger les meilleurs terroirs du Languedoc sans que cela aboutisse. Cette année, nous avons fait un pas de géant en lançant cette hiérarchisation. Nous avons réussi à faire savoir qu’on pouvait faire des grands vins en Languedoc. Jamais nous n’avons eu autant d’articles de presse sur les vins haut de gamme de la région. Nous allons poursuivre avec l’INAO cette hiérarchisation, l’objectif étant à termes d’obtenir le classement des meilleurs terroirs en grands crus».
Bref, si je lis entre les lignes, en utilisant illégitimement la mention grand cru, on obtient de meilleurs résultats qu'en respectant les textes. On attend l'extrême limite de la patience des autorités de tutelle, en l'occurrence l'INAO, et de la Répression des Fraudes, pour se mettre en conformité; et de cette manière, on obtient un impact supérieur. Peu importe si une certaine confusion s'installe dans les esprits, notamment hors de France. Pour nos amis d'ailleurs, en effet, curieusement, les mots ont un contenu. A force d'entendre les Français leur vanter la différence de leurs Grands Crus, à tort ou à raison, les Etrangers ont fini par y croire! Ils sont braves, ces Estrangers.
"Terroirs d'exception", dit M. Villaret. Pourquoi pas, mais ne faudrait-il pas plutôt parler de "vins d'exception", dans l'acception du regretté René Renou. Dans ce schéma, on classerait les domaines, pas des ensembles géographiques; ce serait plus conforme à la réalité - je veux dire: M. Villaret peut-il certifier que tous les vins produits dans les zones pressenties pour un éventuel classement en "terroir d'exception" le méritent?
Au fait, quelle est la taille idéale d'un terroir? Comment la mesure-t-on? C'est important si l'on veut établir un vrai lien au terroir (et non un simple lien à la coopérative, à l'intercommunale, au syndicat local, ou au potentiel de marché).
Le Grand Cru, le Premier cru, c'est une notion bourguignonne, de petite surface, de climat, de parcelles, qui ne peut pas correspondre à une zone aussi étendue qu'une appellation pluricommunale comme dans le projet du CIVL. Même les Alsaciens l'ont compris quand ils ont fondé leurs Grands Crus.
Quant à Saint Emilion, c'est le contre-exemple par excellence: cette mention n'aurait jamais dû être acceptée par l'INAO, car elle ne répond absolument pas à une notion de terroir; et d'ailleurs aujourd'hui, les Grands Crus sont plus nombreux à Saint Emilion que les Saint Emilion simple, ce qui montre bien la dérive de ce système.
Bon, que de temps perdu à discuter de choses tellement évidentes, quand on pourrait parler de bon vin; ce qui compte, c'est ce qu'il y a dans le verre, c'est que la confiance du connsommateur envers une mention soit bien placée. Raison de plus pouyr que les mots aient un sens, qu'ils n'induisent pas le buveur en erreur.
Allez en paix, M. Villaret, et ne péchez plus.
00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : vin, vignoble, cru, languedoc |
15 octobre 2010
A propos des Corbières
Sur le blog des 5 du Vin, ici mon confrère et ami Michel Smith nous offrait hier une très belle chronique sur le Cru Montpeyroux.
Si je partage globalement son analyse sur la qualité et l'antériorité de ce cru (d'autant que j'ai eu l'occasion de déguster chez Sylvain Fadat en la compagnie de Michel), j'émets quelques réserves sur une petite phrase: celle où Michel, emporté par sa verve, nous parle "des vins à la qualité aussi évidente que Faugères, Corbières ou Minervois".
Pour Corbières, notamment, je mets un petit bémol.
Pour moi, s'il y a une appellation fourre-tout, c'est bien celle-là. Promue AOC en 1985, Corbières est ce que j'appellerai une AOS - Appellation d'Origine Syndicale, voulue par "la base", les coopérateurs; et la base, à cette époque, ne manquait pas de relais en haut lieu. Il ne fallait pas désespérer Billancourt, certes; mais l'Aude non plus. Quant à l'INAO, elle n'a pas été trop regardante sur les aires classées: au total, 10 cantons, pas loin du tiers de la superficie de l'Aude en terme de territoires communaux, 13.500ha en exploitation, 600.000 hl de production.
Les Corbières côté terre et côté mer
Résultat: 10 ans après, on réfléchissait déjà à morceler ce territoire; on discernait alors 11 terroirs (Alaric, Boutenac, Quéribus, Lagrasse, Sigean...). Les crus se profilaient déjà à l'horizon, alors que l'appellation dans son ensemble avait de la peine à faire vivre ses producteurs. Mais que signifiait-elle au juste? Comment avait-on pu mettre dans le même grand sac un terroir côtier comme celui de Sigean et une zone d'arrière pays comme le Terménès ou Quéribus? Il fallait toutes les ficelles du marketing pour justifier ce grand écart. Ecrire "terroirs" avec un grand "s". Il est vrai qu'à l'époque, on ne parlait pas encore d'AOP, ni de son fameux "lien au terroir" (au singulier).
Bref, dès 1985, à mon sens, il y avait là comme un péché originel, le péché de gourmandise de ceux qui se disent: "Et pourquoi pas moi?"
Alors pour revenir au point de départ, à l'article de Michel, on peut certainement parler des qualités au pluriel (pour les meilleurs), et de la non-qualité (pour le tout venant), mais guère de "qualité Corbières".
Et Dieu sait pourtant que j'aime les bons Corbières: la Cuvée Romain Pauc, de La Voulte Gasparets, la Cuvée Marie Annick de Château Mansenoble, la Cuvée Cairo de Haut Gléon, la Réserve de Lastours, ou même, les cuvées de base de Villemajou et L'Etang des Colombes, dans les bonnes années. Sans oublier, bien sûr, les nectars de la Coop d'Embres et Castelmaure - La Pompadour et la Grande Cuvée.
Mais l'arbre ne peut cacher la forêt. Je me mets au niveau du consommateur: bien sûr, il n'est pas systématiquement volé en achetant son Corbières de hard discount, mais s'il achète parfois en dehors de ce circuit, il doit quand même avoir de la peine à comprendre comment, sous un même nom, on peut trouver des vins d'ambitions si différentes, et surtout si divers, du plus rèche au plus subtil, du plus rond au plus corsé, du plus dilué au plus robuste. Je sais bien que la "mixité" est aujourd'hui louée sous tous les tons, mais là, on est à la limite de l'erreur de casting.
Parfois, je me dis que les VDQS avaient du bon. Il paraît que les Costières de Nîmes envisagent de déclasser une bonne partie de leurs parcelles les moins qualitatives (elles passeraient en IGP), pour repartir du bon pied avec la nouvelle AOP. Voilà sans doute une piste pour les Corbières. Quitte à relancer la piste des Crus pour les zones qui produisent vraiment différent. Mais qui suis-je pour dire à des vignerons ce qu'il convient de faire de leur mention qualitative? Je peux juste dire ce que je pense des vins qui la portent. A chacun sa peine.
00:06 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : vin, vignoble, languedoc, corbières, aoc, aop, mansenoble, la voulte gasparets, l'etang des colombes, cru, inao |


