09 mars 2015

Deux grands noms de l'oenologie

Vous allez dire que je suis dur avec l'AFP...

Est-ce ma faute à moi si notre agence officielle se mélange si souvent les pinceaux, ces temps-ci?

Prenez son communiqué sur les vins chinois passés au crible par Bettane et Desseauve.

bettane et desseauve

Michel Bettane

Je vous donne l'intro: "Pékin, 7 mars 2015 (AFP) - Le sourire sur les lèvres bleuies par la dégustation, Michel Bettane et Thierry Desseauve, deux grands noms français de l'œnologie, ont salué vendredi à Pékin la qualité croissante des vins chinois, dont une trentaine seront intégrés à la deuxième édition en mandarin de leur célèbre guide."

Ce n'est pas faire injure aux deux dégustateurs que de rappeler qu'ils ne sont pas oenologues (pas plus que moi, d'ailleurs). Ce sont donc sans aucun doute de grands noms de la critique vineuse, voire de l'oenophilie, si ce terme existe, mais pas de l'oenologie.

bettane et desseauve

Thierry Desseauve

Cela vous semble un détail? Moi, j'aime que les mots disent ce qu'ils doivent dire. Surtout quand ils émanent d'une source "de référence"...

 

00:23 Écrit par Hervé Lalau dans France, Pour rire | Tags : bettane, desseauve, oenologie, critique viticole | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |

14 janvier 2015

Saveurs de l'année

L'autre jour, à Paris, je suis tombé sur une bouteille de Vouvray de Félicien Brou portant le macaron "Saveurs de l'Année". Je connais mal cette opération, et je ne suis guère convaincu par les macarons en général - combien de Vouvrays étaient en lice? Combien d'effervescents?

Car un peu comme dans les concours, c'est toujours le même problème: ne participent que ceux qui le veulent bien. Que le jury soit composé d'experts ou de consommateurs lambda ne change rien: personne ne peut jamais garantir de ne pas être passé à côté d'une autre médaille d'or, d'une autre "saveur de l'année".

Mais ce macaron a eu au moins un mérite: celui de me faire m'intéresser à ce Félicien Brou. Je suis donc allé sur le site de Saveurs de l'Année pour voir ce qu'on en dit.

J'ai d'abord appris que ce n'est pas une, mais deux de ses cuvées qui sont Saveurs de l'année: le brut et le demi-sec. Beau doublé!

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Surtout, j'ai pu lire les commentaires des produits, d'une part par des professionnels, de l'autre par le panel de consommateurs.

Voici ceux relatifs au brut.

D'abord celui des "experts":

"Le Vouvray Demi-Sec présente des notes de citron, de coing confit et de fruits mûrs avec de légères notes grillées. Très bel équilibre entre le sucre et l'acidité qui confère à cette cuvée élégance et harmonie."

Puis celui des consommateurs:

"Odeur entrainante, bulles légères, goût fruité et sucré. Son coloris (sic) jaune pâle lui donne une apparence festive agréable".

Ce petit exemple montre bien l'écart qu'il y a entre le vin tel que nous autres professionnels le percevons, et le vin vu par le consommateur.

Je ne sais pas si cet écart grandit ou non, je ne sais pas s'il est "normal" ou pas, et même si nous devons nous efforcer de le réduire.

Mais j'y vois plusieurs explications.

D'une part, il y a la question du bagage. Il n'est guère difficile à des pros qui dégustent tous les jours d'avoir à leur disposition plus de mots pour le dire, et même - on l'espère du moins - plus d'aptitude à reconnaître tel ou tel arôme, telle ou telle saveur.

D'autre part, le pro déguste pour décrire, tandis que l'amateur déguste pour boire.

Cela m'a fait poser la question qui tue: sommes-nous utiles? Nos descriptions aident-ils le consommateur dans son choix? Le rassurent-ils ou le perturbent-ils? Faisons-nous figure de modèles ou de repoussoirs? 

Mais ne suis-je pas en train en généraliser? Il y a tellement de consommateurs différents! Faut-il, sous prétexte d'être accessible au plus grand nombre, au parfait néophyte, en revenir au degré zéro de la communication, renoncer à tout espoir d'élever le niveau?

Je réponds non. 

08:01 Écrit par Hervé Lalau dans France, Gastronomie | Tags : saveurs de l'année, critique viticole | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |