13 juillet 2014

AOC Crémant de Savoie

Au bout d'une course d'obstacles de plusieurs années, le Crémant de Savoie vient d'obtenir le feu vert de l'INAO. Les premières bouteilles portant la nouvelle mention devraient faire leur apparition sur le marché fin 2015.

Bravo à cette région de vieille tradition de bulles - Ayze et Seyssel en sont deux beaux témoignages.

Loin de moi l'idée de gâcher la fête, mais me faut tout de même faire un sort à la notion de "club d'élite des efferverscents", que reprend mon confrère Chris Mercer dans Decanter à propos des Crémants.

Certes, les Crémants sont des méthodes traditionnelles; certes, il y a un cahier des charges commun; mais un club qui regroupe en son sein des régions aussi disparates que l'Alsace, la Bourgogne, la Loire, Limoux, Die, le Jura et la Savoie, sans oublier le Luxembourg et la Wallonie manque par trop de cohésion. Même l'argument de la tradition est plus que discutable - Bordeaux, qui fait partie du club, n'en avait aucune au moment où il a été accepté. Pas plus que la Provence, qui s'est mise sur les rangs.

Par ailleurs, s'il s'agissait vraiment d'une mention d'élite, alors pourquoi les deux plus grandes régions de bulles de France, Champagne et Saumur, ne l'ont-elles pas adoptée? Ni Vouvray. Ni Montlouis.

Pour rester dans une seule région, la Loire, mes dégustations personnelles ne me permettent pas d'affirmer qu'un Crémant de Loire est meilleur qu'un Saumur. Certains élaborateurs proposent d'ailleurs les deux.

Nos amis savoyards espèrent mieux valoriser leurs excellentes bulles sous le nom de Crémant, et je leur souhaite. Ce sera en tout cas une façon de mieux revendiquer leur origine. J'en ai dégustés - et appréciés - quand ils n'étaient encore que des mousseux, je ne vois pas pourquoi je ne continuerai pas.

Mais aujourd'hui, pour moi, Crémant ne veut rien dire de plus que "autres bulles AOC".

La valeur ajoutée me semble assez faible, quand je vois l'évolution intervenue à l'exportation (le seul véritable point de référence, puisque les bulles étrangères sont virtuellement absentes du marché français). En Belgique, par exemple, le Cava et le Prosecco ont taillé des croupières aux Crémants, et je ne suis même pas sûr que certains sparklings australiens ou californiens (sans appellation) ne "performent" pas mieux que la plupart des Crémants sur le marché belge.

Il faut dire aussi que l'effort collectif de promotion des Crémants, est absolument nul.

J'attend toujours une dégustation comparative, même réservée aux professionnels, sur le territoire belge.

Si tant est que des Belges, ou des Anglais, ou des Allemands aient jamais compris le contenu du mot Crémant, le message s'est aujourd'hui perdu, les nouvelles générations ne le comprennent plus.

Une marque comme Jaillance a plus fait pour le concept de bulles multi-terroirs en un an, en Belgique, que l'"amicale institutionnelle des Crémants" en vingt. Quel consommateur belge (ou français) connaît les compositions respectives d'un Crémant de Die et d'un Crémant de Bourgogne? Qui lui expliquera les différences, la vraie promesse de chaque région au sein de la galaxie des Crémants - ou faut-il plutôt parler de nébuleuse?

 

09:38 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Savoie | Tags : aoc, crémant, savoie, die, limoux, alsace, bourgogne, bordeaux, wallonie, luxembourg | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

04 janvier 2014

Champagne 2030

Bonnes résolutions, ou wishful thinking?

Les institutionnels du Champagne préparent l'avenir de leur produit avec un plan "Champagne 2030", ce qui qui est tout à fait louable. Le défi étant bien sûr de concilier les intérêts des viticulteurs qui viticultivent et des négociants qui négocient.

Sans les premiers, pas de raisin, sans les seconds, pas de marques fortes et donc pas de ventes, surtout à l'étranger.

Or la grande exportation est la grande obsession des Champenois, qui voient leurs ventes en France se réduire, et celles des marchés les plus proches également.

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La Champagne dans la brume (Photo H. Lalau)

Pour y remédier, Pascal Férat, qui représente les vignerons, ne vise rien moins qu'à l'"excellence": "L’excellence implique le vignoble et passe par une viticulture professionnelle, formée et informée. En 2030, le monde entier doit être convaincu que le raisin de Champagne est unique et meilleur."

Vaste programme. Férat parle notamment de viticulture durable et d'allongement de la durée d’élevage.

Mais la voie est étroite: augmenter les contraintes à la production pour accroître la qualité, c'est prendre le risque de renchérir le produit alors qu'il perd déjà des marchés à cause du différentiel de prix avec, par exemple, le Cava, ou même les Crémants.

On pourrait bien sûr mieux segmenter l'appellation, établir une hiérarchie des produits en fonction de l'élevage, et plus seulement en fonction des terroirs (un peu comme le Cava l'a fait avec ses Reservas). Mais les maisons sont-elles demandeuses?

Vision d'excellence ou pas, aujourd'hui, le Champagne n'est pas forcément le meilleur des effervescents. Et surtout pas le meilleur rapport qualité-prix. Peut-il le (re)devenir d'ici à 2030? Ou bien s'agit-il seulement de le faire croire au consommateur avec un peu d'habillage cosmétique?

00:17 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne, Etats-Unis, Europe, France | Tags : champagne, cava, vin, crémant | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |