28 mars 2014

Vade retro bouchonnier

L'autre jour, lors d'un voyage de presse, j'ai dû me farcir une heure de présentation à propos des avantages supposés des produits d'un bouchonnier (si c'est lui qui le dit!).

C'est qu'il était sponsor de l'événement. Et les organisateurs ont fait le forcing pour nous faire assister à la présentation, mes collègues journalistes et moi. Dieu sait pourtant qu'on aurait préféré être ailleurs!

Pourtant, je ne vois pas comment je pourrais en parler. J'écris pour des consommateurs et les consommateurs ne choisissent pas les bouchons des vins qu'ils boivent. Ce sont les producteurs.

Une exception, peut-être; les capsules à vis. Comme elles se voient, le consommateur pourrait à la rigueur se déterminer en fonction de cette différence. A titre personnel, vous savez que je suis favorable à ce type de bouchage. Mais je ne me fais pas d'illusion sur mon influence.

Dans tous les autres cas, le consommateur ne découvre le bouchon qu'une fois la bouteille ouverte, alors je pourrais bien lui vanter le Diams, le Nomacorc ou l'Amorim que cela ne changerait rien.

Je constate quand même que nous autres journalistes sommes de plus en plus les otages de ces fournisseurs de la production, que ce soit au sein des concours que des présentations de presse.

Je profite de cette modeste tribune pour leur dire, ainsi qu'à leurs charmantes attachées de presse (qui ne font que leur boulot, bien sûr), que leur communication m'ennuie. Que même si j'en avais l'envie, je ne pourrais les aider. Et que je n'en ai pas l'envie.

Je le dis poliment aujourd'hui, mais j'ai bien peur un jour de ne plus pouvoir me retenir de le dire de manière plus véhémente, et publique, lors d'un de ces événements sponsorisés.

 

 

00:16 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : bouchon, communication, vin | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

15 novembre 2011

France, lève-toi et capsule tes vins!

En mars dernier, le cabinet Wine Intelligence a réalisé  une étude sur 1.000 consommateurs réguliers de vin en Grande Bretagne; celle-ci montre que de 2003 à 2011, le pourcentage de consommateurs prêts à acheter du vin en bouteilles à capsule est passé de 41% à... 85%.

Ce même rapport précise que le bouchon reste le bouchage de vin le plus apprécié des britanniques: à 51%, ils déclarent préférer le liège; mais ils sont maintenant 42% à préférer la capsule (contre 6% seulement en 2003).

Ce sont les femmes dans la trentaine et la quarantaine qui sont les plus ferventes adeptes de la capsule, ainsi que les jeunes.

Le même rapport montre une évolution semblable dans d'autres pays, notamment les Etats-Unis et l'Australie. Une évolution? Que dis-je, une révolution!
 
Les Suisses, autre peuple révolutionnaire s'il en est, sont passés à la capsule. Depuis plus de 30 ans. De deux choses l'une, ou ils se trompent depuis 30 ans. Ou ce sont des gens pragmatiques. J'opte personnellement pour la deuxième solution.
 
Et en France? Rien ne permet d'expliquer la faiblesse des ventes de vins capsulés, si ce n'est la faiblesse de l'offre. Pas même le type de vins vendus: en moyenne, nos voisins d'Outre-Manche achètent plus de vins de prix que nous.
Le Français s'est mis au BIB, mais il refuserait la capsule? Soyons sérieux!
 
capsule,bouchon
Déjà, Lénine, en 1917, déclarait aux foules massées devant les coopératives: "Le temps de l'impérialisme du bouchon est derrière nous. Un nouveau jour se lève, celui du vin libéré du mauvais goût. J'appelle chaque soviet, chaque cellule, chaque sommelier à oeuvrer ensemble pour la capsule à vis et contre l'obscurantisme".

Traduction libre du texte original en langue russe.
 
 
 
Tous ceux qui se réfugient derrière l'histoire et la tradition pour défendre le liège accepteraient-ils de revenir à l'amphore bouchée à la poix? Les grands vignerons qui cautionnent les campagnes des fabricants de liège acceptent-ils de gaîté de coeur que leur travail à la vigne et au chai, leur engagement de qualité, leur signature sur l'étiquette, que tout ça puisse être mis à mal par la dernière étape du procédé, la seule qu'ils ne maîtrisent pas?
 
Faudra-t-il attendre que des restaurateurs, des cavistes, des distributeurs et des sommeliers s'engagent publiquement?  Il y va de leur intérêt, les bouteilles à capsules les débarrasseraient du problème de retours de bouteilles bouchonnées, ou simplement "douteuses".
 
Peut-être les choses changeront-elles enfin quand les fabricants de liège investiront dans la capsule. Ou bien, comme Kodak, qui n'a pas su prendre à temps le virage du numérique, s'accrocheront-ils à une technologie dépassée?
 
Oui, dépassée. Car dans le monde d'aujourd'hui, qui est prêt à accepter une technologie qui présente un taux de défaillance de 2 à 5%? Voudriez-vous d'un téléphone qui ne marche que 320 jours par an? D'une voiture qui ne démarre jamais les jours fériés? D'un pack de douze yaourts dont systématiquement, un pot est avarié?
 
Ces Messieurs les Anglais ont décapsulé les premiers. Ils nous montrent la voie. La "France qui gagne", la "France qui se lève tôt" (eum), la France qui vient de redevenir le premier producteur de vin au monde ne peut quand même pas rester indéfiniment à la traîne! Vignerons de tout l'Hexagone, capsulez-vous! Cette révolution là ne tranchera aucune tête mais fera beaucoup d'heureux!
 
Article rédactionnel indépendant non parrainé par l'amicale du Liège (ni par les fabricants de capsules).