20 juin 2011

Vinifier bio en Europe

Les pays de l'Union Européenne n'ont pas pu se mettre d'accord sur l'encadrement du vin bio, l'année dernière. Qu'à cela ne tienne, le privé prend le relai, et en l'occurrence, «l'Aiab», le «Federbio» et la «Firab», pour l'Italie, l'«Itab» et la «Fnivab» pour la France, la «Seae» pour l'Espagne, et «Bio Suisse» et «Déméter Suisse» qui lancent une Charte européenne de Vinification Biologique.

Objectif: «promouvoir l'élaboration de vins biologiques de qualité et certifiés, suppléant ainsi l'absence de règlement européen sur la vinification biologique».

Le contenu de la charte est basé sur les dernières propositions de la Commission Européenne sur la vinification biologique de janvier 2010. Les producteurs peuvent donc désormais faire certifier leur vinification selon une charte privée adhérant à CEVinBio et «en mentionnant sur les étiquettes leur participation à l'initiative CEVinBio», plaide l'Itab.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, Europe, France, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, europe, bio |

17 mai 2011

Vin bio & industriel: Lilian Bauchet me répond

Les commentaires, c'est bien, mais c'est écrit tout petit, en bas des textes, alors ça passe parfois inaperçu. Dommage, surtout quand c'est bien argumenté. Je me permets donc de ressortir celui-ci, qui me vient de Lilian Bauchet, vigneron bio et bloggeur de première classe (http://bachelards.blogspot.com/). Je lui avais demandé son opinion à propos de la possible dérive du bio vers l'industriel, il me répond. Et ce n'est pas piqué des hannetons. Ce type a décidément plus d'une corde à son arc, plus d'un logiciel dans son ordi, et plus d'un neurone sous son crâne...

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"Hervé, Puisque tu me demandes mon avis, je te le donne bien volontiers. Ça ne me gêne pas que le bio s'industrialise, c'est même une bonne nouvelle tous ces hectares qui vont être massivement cultivés sans pesticide ni herbicide, cessons de toujours vouloir laver plus vert que vert. Et l’exemple de l’industriel du vin cultivant ses 250 hectares, mais capable de produire un vin sans sulfite, je trouve ça marrant, ça doit rendre quelques esprits un peu trop tranchés perplexes, j’aime bien. J'ajouterai même que ces industriels du vin, en cherchant à rationaliser leur production, et à « greenwasher » leur image, finissent par mettre en œuvre des pratiques plus respectueuses de l'environnement et de nos petites santés que le péquin du coin qui lui aussi fait bio mais qui laboure ses vignes avec un vieux tracteur des années 70 pissant l'huile et dont il ne vaut mieux pas connaitre le taux de rejet en dioxyde de carbone, ça serait aussi un coup à nous plonger dans la perplexité.

Donc je ne suis pas sûr que les gentils petits artisans fassent toujours mieux que les gros industriels méchants. Toutefois, nous, péquins de base (moi, c’est un bobard k30 mon tracteur, année de mise en circulation 1974 ;-), avons toutefois un avantage indépassable par rapport à ces grosses structures, notre absence d’organisation ;-) On cherche la rentabilité certes, mais tout notre « être physique » n’est pas tendu vers cet objectif, comme l’est n’importe quel « être moral » moyen. Notre action n’est pas « orientée satisfaction clients », qui lorsque tu t’adresses à la GD signifie reproductibilité du goût du vin et de sa «qualité» (logique de marque institutionnalisée par la GD et l’industrie agro pour leurs consommateurs pour qui le Nutella doit avoir le goût du Nutella et le vin le gôut du vin, quelle drôle d'idée), disponibilité des stocks et gestion des réappros en flux tendus, analyse et gestion des risques, blablabla… autant de mécaniques d’entreprise qui laissent peu de place au hasard (un gros mot dans l'entreprise), à l’empirisme, à l’imagination, à la volonté de laisser parler parfois son intuition au détriment de sa raison. Un peu de poésie dans ce monde de bruts, bordel !

Les pratiques de ma corporation de bouseux sont donc plus aléatoires, moins maitrisées, moins contrôlées, les vinifs ne tiennent pas toujours compte de la somme des « progrès » réalisés par l’œnologie moderne, car tout vigneron sincère (puisqu’on parle de sincérité) sait que si le but de nos œnologues est bien de produire le meilleur des vins, le seul objectif qu’ils ont réussi à atteindre aujourd’hui (on peut leur rendre cet « hommage » ;-) est d’éviter d’en produire de mauvais ! Notre avantage est bien là. Ce qui fait que quand le vin est au rendez-vous, il est au rendez-vous, et quand c’est bon, c’est vraiment bon (et quand c’est pas bon, c’est vraiment pas bon je sais).

Donc finalement, je ne vois pas comment on pourrait écrire un cahier des charges pour ce genre d’approche, ou alors, en le démarrant par un truc du style de ceux que René Char était capable d' écrire : «L’aubépine en fleurs fut mon premier alphabet.» Ça a quand même une autre gueule que les procédures ISO9001 ;-)

Lilian Bauchet

 

PS (de moi, Hervé): Lilian parlait récemment sur son blog de fouetter tout journaliste qui colporte l'info selon lequel produire en bio coûte 30% plus cher qu'en conventionnel (il pense que c'est beaucoup plus). Comme je pense être à l'origine de cette sainte colère, et que j'ai déjà mal aux fesses, je me fais tout petit et lui avoue que je n'ai fait que diffuser, sans avoir le moyen de vérifier ce décompte...


09:51 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : bio, industrie, vin, vignoble, marques |

09 mars 2011

Pesticides: la solution

Je reviens sur l’affaire de Damery, commune champenoise privée d’eau potable pour cause de taux de pesticides dépassant les normes (voir mon post de mardi).

Le problème est mal posé.

Il ne se situe évidemment pas au niveau de la quantité de pesticides épandus dans le vignoble champenois – ces quantités sont nécessaires si l’on veut maintenir les rendements et donc, le revenu du vigneron marnais, du négociant marnais, du betteravier marnais et du concessionnaire automobile marnais, sans parler de M. Bayer, de Mme Sanofi et de la balance commerciale de la France. Car il faut garder à l'esprit l'objectif fixé par le ministre de l’agriculture: l'équilibre entre développement économique agricole et respect de l'environnement.

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Le dégustateur du futur sera plus résistant

Dans ce contexte, il convient d'abord de clouer le bec à tous ces écolos, ces bobos, ces gens qui bêlent «bio, bio» comme des moutons de Panurge. Car comme le rappelait la FNSEA, l’environnement est une chose trop importante pour être laissée aux écologistes. Les gens sérieux doivent reprendre la parole. Relativiser. Quitte à noyer le poisson. Dans une eau bien propre, bien sûr.

Et puis aussi, un peu, régler le problème.

Là, une solution vient immédiatement à l’esprit – et tant pis si elle effraie quelques esprits attardés: je veux parler des OGM.

Activons la recherche OGM sur les embryons humains. Au moyen de gènes habilement améliorés, créons une nouvelle race d’hommes et de femmes capables de résister à des niveaux de pesticides beaucoup plus élevés que les malheureux plafonds actuellement fixés par les agences sanitaires.

03 février 2011

La Champagne ne croit pas au bio

Je ne connais pas Pascal Férat, le président du Syndicat des Vignerons Champenois. Mais j'ai lu l'interview qu'il a donnée à nos excellents confrères de Vitisphère. Une partie a retenu mon attention, celle qui a trait aux pesticides. J'ai l'impression que M. Férat ne répond pas tout à fait à la question.

Mais voici le texte complet:

Vitisphère: Où en est-on sur la question des pesticides dans la population vigneronne?
 
M. Férat: "Chaque génération a connu son évolution, quand j’étais gamin, j’entendais le conflit entre le tracteur et le cheval, le tracteur qui allait tasser toutes les vignes, que plus rien n’allait pousser, etc. On a connu des tas d’évolutions, qui ont provoqué des conflits de génération, des heurts familiaux, mais je pense que c’est sain et ça permet de dialoguer. Par contre, il y a une prise de conscience au niveau champenois, on avance très fort et très vite au niveau environnemental, en lutte raisonnée durable, et mon objectif est d’emmener l’ensemble de la viticulture champenoise dans ces démarches.
C’est indiscutable, et tous les points d’évolution qu’on pourra faire, on va les faire, et à court terme. Les Champenois sont très volontaires, même s’ils râlent un peu en façade, en définitive, quand ils ont compris que c’était dans l’intérêt général, en moyenne tout le monde le fait, et tout est appliqué, contrairement à beaucoup d’autres régions d’ailleurs, mais il faut y aller par la pédagogie, pas par le forceps. Si vous arrivez à convaincre les gens que c’est la seule voie possible, et en même temps que c’est la seule voie raisonnable pour une appellation comme la nôtre…Quelque part, ils savent aussi qu’ils sont un peu leaders mondiaux sur les vins, et à partir du moment où un leader veut montrer l’exemple, tout le monde le fait. Mais il faut aller dans le bon sens, vous n’emmènerez pas 100% des Champenois dans la viticulture bio, c’est pas raisonnable, le label bio est très contesté ici, on sait très bien que ça n’ira pas beaucoup plus loin. On arrivera peut-être à monter ça à 5%, mais par contre si on met 34000 ha en viticulture durable et raisonnée, le débat est plus fort.
L’objectif est d’arriver à respecter tous les engagements du Grenelle dans les plus brefs délais. On a déjà des points de progrès énormes, malgré la viticulture septentrionale, alors que les textes ne font pas de distinction entre le nord et le sud de la France, mais nous on prend ça à bras le corps.
On vient par exemple, au niveau du CIVC, en partenariat avec la région Champagne-Ardennes et le pôle de compétitivité Industrie et Agro-Ressources (AIR) de développer un programme qui s’appelle Anaxagore, de recherche en bio molécules issues de nos propres vignes et de nos propres sous-produits, pour travailler nos propres intrants, fabriquer nous-mêmes des molécules issues de nos raisins : des produits de traitement pour la vigne, mais aussi pour le vin, ce qui nous permettra en même temps de valoriser au mieux tous nos sous-produits au lieu qu’ils soient détruits, parce que tout ce qu’on transforme, on ne le retrouve pas dans la nature, et donc on essaye d’optimiser toute la transformation de notre produit à tous les étages, pour les utiliser nous-mêmes, ou les vendre à d’autres."


Les arguments de M. Férat ne me convainquent pas. Pourquoi ce qui est possible aux Baux de Provence (90% de la production en bio) ne le serait-il pas à Epernay ou à Reims? La pression des maladies, due à la situation septentrionale?  Que dire alors des efforts accomplis en Autriche, en Allemagne et en Alsace, qui sont pourtant guère mieux lotis? La vraie réponse ne serait-elle pas à chercher du côté de la pression économique? La viticulture bio se traduit une baisse du rendement par rapport au "conventionnel", et cela, ce n'est pas dans la mentalité du vigneron champenois de base, apparemment.
C'est d'autant plus incompréhensible pour moi que le revenu du vigneron champenois est le plus élevé de France. Et de loin. J'aimerais bien avoir l'avis de Francis Boulard ou d'Anselme Sélosse. Comment ont-ils fait, eux, pour passer en bio et survivre économiquement? Et qualitativement?

Mais surtout, M. Férat ne répond pas à la question essentielle, celle qui me semblait en filigrane dans la question de Vitisphère: quid de l'impact des pesticides sur la santé des vignerons champenois? Ils sont les plus gros utilisateurs de produits phyto en France. Et la France est championne du monde de la spécialité.

Leur syndicat ne souhaite certainement pas qu'ils soient malades. M. Férat invoque la piste de l'agriculture raisonnée. Voila une "solution" dont on parle depuis des années. L'idée générale est de concilier profit économique et moindre impact sur l'environnement (dans cet ordre d'importance). Mais elle ne repose que sur la bonne volonté de chaque viticulteur, sans contrainte réelle.  Que survienne une mauvaise année, qu'augmente la pression des maladies, le risque sur les récoltes, et les bonnes intentions s'envoleront comme une nuée de pesticide.

21 janvier 2011

Plus Belle La Vigne... Bio

Bon, d'accord, c'est une bonne copine. Mais d'abord, c'est une pro. Du vin et du bio.

 

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Elle, c'est Evelyne Malnic. Auteur, journaliste, consoeur, quoi. Alors je ne compte même plus les bonnes raisons que j'ai de vous parler de son dernier "bébé", "Plus Belle la Vigne Bio". C'est ici. C'est inspiré. C'est actuel. C'est gourmand: elle propose même des recettes. C'est pratique: elle donne ses bonnes adresses...

Enfin, jugez vous-mêmes... Et bienvenue sur le net. Il y a du monde, mais il y a toujours de la place...

 

malnic_portrait.jpgEvelyne Malnic

07 septembre 2010

Qui veut la peau des bios du Beaujolais?

Qu'on soit favorable au bio ou pas, on ne peut que ressentir de l'indignation à la lecture de ce post de Lilian Bauchet:

"Jeudi, mes vignes ont été contrôlées par le CIBAS. Le CIBAS est un organisme indépendant, agréé par l'INAO et mandaté par les ODG du Beaujolais pour contrôler l'adéquation des pratiques des viticulteurs aux règles de production des AOC.

L'ODG, c'est l'Organisme de Défense et de Gestion de l'AOC.  Composés de professionnels de la filière, ils ont été créés après la réforme de l'INAO en 2007. L'INAO souhaitait à travers la création de ces structures redonner aux viticulteurs eux-mêmes la responsabilité du contrôle du respect des règles de l'appellation. Un contrôle par ses pairs, un "auto-contrôle de la profession" en quelque sorte.  Si ce n'est que les ODG de notre région, en concertation avec l'INAO ont finalement décidé de transférer cette mission de contrôle au CIBAS, organisme  qui existait antérieurement à la réforme et sur lequel s'appuyait déjà l'INAO pour réaliser ces contrôles...

Dans le Beaujolais, deux ODG ont été créés. Un pour les vins se revendiquant des appellations Beaujolais et Beaujolais-Village, un second regroupant les dix crus. Chaque ODG a constitué un plan d'inspection sur lequel le CIBAS s'appuie pour réaliser ces contrôles. L'inspection des vignes porte notamment sur la conformité de la taille aux règles de l'appellation, le respect des rendements autorisés à l'hectare, la densité de plantation et last but not least, l'entretien des sols...

Je n'avais pas été prévenu de la visite du CIBAS. "Visite inopinée", que la "législation" autorise.  Le principe est sur le fond plutôt bon. On fixe des règles qui définissent le cadre de l'appellation. Il faut bien s'assurer que ces règles sont respectées par ceux qui la revendiquent.

 J'étais en train de passer la débroussailleuse dans la parcelle qui se trouve devant la propriété quand j'ai aperçu quelqu'un dans mon clos. Il m'arrive de voir des gens se balader dans mes vignes mais dans le clos j'ai quand même trouvé ça étrange. Je me suis donc porté à la rencontre de ce "promeneur". Il m'informa qu'il travaillait donc pour le CIBAS et qu'il était chargé de contrôler l'état de mes vignes. Le clos est à ce jour la vigne où il me reste encore le plus de travail de désherbage. C'est la parcelle la plus proche de chez moi, planquée derrière ces murs. C'est la raison pour laquelle je la gardais pour la fin de mon travail de désherbage; je peux m'y rendre facilement à mes heures perdues.

 Après une semaine de rotofil, mes autres parcelles sont à ce jour tout à fait présentables (c'est ce que je pense en tout cas!) et je vais pouvoir enfin m'occuper du clos. Malheureusement, lors de la visite, il y avait encore pas  mal d'érigérons dans les rangs. Rien à voir avec la végétation du printemps mais quand même suffisamment de quoi susciter un sentiment "d'indignation" chez les viticulteurs conventionnels les plus zélés ...

Le gars était jeune viticulteur sur une commune voisine. Je l'informais que j'étais en bio (il ne le savait pas), que sans les herbicides c'était parfois compliqué de lutter contre l'herbe... Le CIBAS a le pouvoir de déclasser vos vignes s'il ne les juge pas conformes au cahier des charges de l'appellation. Les vins produits doivent être alors commercialisés en vin de table. Je tenais cette info de certains viticulteurs bios du Beaujolais, dont les parcelles avaient été déclassées parce qu'on avait jugé que trop de mauvaises herbes y poussaient. J'essayais de mesurer la capacité de tolérance de mon contrôleur en la matière. J'avais le tee-shirt trempé de sueur par quelques heures de rotofil sous un soleil de plomb. J'avais bon espoir qu'il compatisse....

 Il me dit alors que l'herbe, il regardait, mais pas plus que ça, que ce qui l'intéressait, c'était de vérifier les maladies, les rendements, la taille. Que le mot d'ordre au CIBAS c'était d'être plus "tolérant" par rapport à l'herbe. A moitié rassuré par cette bonne nouvelle, je l'invitais toutefois à venir faire un tour dans les autres vignes qui jouxtent la propriété pour qu'il puisse juger de l'efficacité de mon travail de "débroussaillage". Il me répondit qu'il avait juste deux parcelles à contrôler dans le secteur. Mon clos et une petite parcelle au bout de la rue. Il se trouve que cette parcelle m'appartient également...

J'avais demandé à un collègue bio comment le CIBAS procédait aux contrôles des vignes. Cet organisme n'est pas bien sûr en capacité de contrôler l'intégralité du vignoble du Beaujolais. Alors, sur quel critère objectif se basait il pour choisir les vignes à contrôler ? "Sur recommandation" me répondit il laconiquement... A moins que le récit de mes aventures de néovigneron dans les vignes sur ce blog ait intéressé à ce point les gens du CIBAS qu'ils se décident à venir y jeter un œil de plus près !

Le soir-même je me retrouvais avec quelques bios du Beaujolais. L'un d'entre eux nous informa qu'il venait de recevoir suite à un contrôle inopiné du CIBAS une notification de déclassement d'une de ces parcelles pour mauvais entretien du sol ! La "tolérance" du CIBAS en la matière avait donc des limites... Il faut reconnaître que cette notification de déclassement n'était pas définitive. Le viticulteur peut effectuer les travaux d'entretien du sol attendus et solliciter un nouveau contrôle du CIBAS avant les vendanges afin de retrouver ainsi le droit à l'appellation si le CIBAS juge la parcelle à nouveau conforme à ses critères d'éligibilité. Mais les frais engendrés par ce deuxième contrôle sont à la charge du viticulteur et notre collègue refuse  d'avoir à supporter quelque frais que ce soit dans la mesure où il estime que l'état de ses vignes n'enfreint pas les règles de l'appellation.

Quoi qu'il en soit, je ne comprends pas, qu'en 2010, on en soit encore à refuser le droit à l'appellation à un  viticulteur au motif qu'il y a de l'herbe dans ces vignes. Qui aujourd'hui respecte le mieux son sol ? Qui réellement l'"entretient" ? Celui qui refuse l'emploi des herbicides et laisse la vie se remettre en mouvement dans ces sols, avec le risque de se faire déborder par une végétation luxuriante, ou celui qui créé le désert autour de ces ceps à l'aide de produits dont on sait désormais qu'ils polluent notre ressource la plus précieuse, l'eau des nappes phréatiques ? Si les choses évoluent, que nombre de viticulteurs conventionnels prennent conscience du danger des herbicides et en "raisonnent" l'usage ou se remettent à travailler les sols, il reste parmi eux des inconditionnels de produits chimiques, dont le sol des vignes à la vieille des vendanges présente un aspect lunaire. C'est ceux là que le CIBAS devrait sanctionner. Ceux aux sols exsangues et où je me demande, à chaque fois que je les vois, comment des ceps de vignes peuvent encore y pousser, non ceux dont les sols "fouillis" ne traduisent rien d'autre que le retour de la vie dans les sols.  Et j'ajouterai non par provocation mais pour être exhaustif, qu'il en est de même dans les pratiques vinicoles. Qui peut le mieux se prévaloir de cette notion de terroir, ce socle sur laquelle se sont fondées les AOC ?  Celui qui pratique une viticulture favorable au développement des levures indigènes du raisin nécessaires à la transformation du vin, où celui qui utilise des pesticides dont on connait maintenant l'effet limitant sur ces populations levuriennes, imposant l'usage de levures exogènes du marché uniformisant le goût du vin ?

L'INAO sait cela. Mais plutôt que de revenir aux fondamentaux, elle a préféré se débarasser de la patate chaude auprès des professionnels de la filière viticole en demandant la constitution des ODG.  Et avec moins de 4% de surface en bio ou en conversion au niveau national, il va falloir encore du temps pour que la profession change ses critères de conformité aux règles des appellations. Règles dont les grandes lignes avaient  pourtant été édictées dans les années 30, à un moment où la chimie n'avait pas encore fait son apparition dans les vignes et était peu utilisée dans les chais.

Les vignerons qui ont osé les premiers sortir des chemins battus se sont vus dans l'obligation de produire des vins de table. Ces vins rencontrent aujourd'hui un succès grandissant auprès des amateurs et ce n'est que justice. A tel point que si aujourd'hui tu ne produis pas des vins de table, tu es presque considéré par certains comme un has been... Je trouve cela dommage. Je m'émerveille de ces différences subtiles mais perceptibles entre mes Beaujolais-village et mes Fleurie 2009. Des vignes situées à moins d'un kilomètre à vol d'oiseau, conduites de la même façon, vinifiées en levures indigènes et sur le même mode opératoire. Mais au final deux vins différents et surtout typés selon leurs appellations, à ce que j'ai pu en juger à la dégustation des vins du millésime de pas mal de bios du Beaujolais.  C'est cela le miracle des appellations définies par les anciens. C'est cela que les viticulteurs et leurs instances dirigeantes doivent défendre aujourd'hui, pour que les consommateurs retrouvent dans les vins la typicité à l'origine de la diversité de nos appellations.

J'espère en tout cas que ce contrôle du CIBAS sera sans conséquence. Nous verrons..."

Lilian Beauchet

"Est-ce ainsi que les AOC vivent", pour plagier Ferré? Est-ce ceci qui se profile derrière les l'oecuménisme de façade des interpros? Qu'on arrête de dorer la pilule des journalistes avec la prétendue solidarité vigneronne! Un petit "Biojolais" comme Lilian ne pèse pas lourd face aux négociants et aux coopératives, ni en termes de droits de vote, ni en termes de cotisation, ni en terme d'influence. Même s'il a raison.

Est-ce les bios qui portent atteinte à la qualité du Beaujolais? Pourquoi leur cherche-t-on des noises quand on se montre si complaisant avec les vrais fraudeurs, les sucreurs, notamment, que même Interbeaujolais a absout l'an dernier? La réponse est dans la question: il faut museler ces empêcheurs de médiocriser en rond; ils font de beaux boucs émissaires, et pendant qu'on s'occupe de leur cas, on ferme les yeux sur le reste. Avec un peu de savoir faire, on parviendra même à faire croire qu'on mène une politique de qualité.

En tous cas, voila une belle pièce à verser au dossier de la fameuse "auto-mission" Beaujolais de Jacques Berthomeau...

Pour que le Beaujolais reconquière les gosiers en France ou ailleurs, la qualité doit remonter. Les contrôles sont nécessaires. Mais des contrôles ciblés comme ceux-là, "sur recommandation", à la tête du client, non, non et non!

Que le CIBAS nous prouve qu'il traite tous les vignerons du Beaujolais, bio ou non, à la même enseigne. Et qu'il nous prouve qu'il lutte aussi contre la chimie qui annihile toute vie dans les sols. Mais suis-je bête, l'ODG n'a certainement pas mandaté le CIBAS pour ça...

PS. Pour la suite de l'histoire, voir ici et ici

24 août 2010

Bio-Sting

On savait Sting défenseur de l'environnement. On l'avait vu s'engager dans le combat des indiens contre la déforestation.

Mais saviez-vous qu'il cultivait bio? C'est que depuis 1997, Sting possède une propriété en Toscane, la "Tenuta il Palagio", près de Figline Valdarno.

 

Palagio.jpgLa "casa Sting"

Jusqu'à présent, il en vendait les produits directement sur les marchés britanniques et américains, au travers de réseaux bio. Mais dorénavant, on pourra les acheter sur place.

Début août, en effet, lui et son épouse ont ouvert une boutique à la ferme, où ils proposent leur miel, leur huile d'olive, leurs légumes, leur salami... et leurs vins. Du Chianti delle Colline Fiorentini, pour être précis.Tous bio. Et la qualité? Désolé, je n'ai jamais eu la chance de les goûter.

Quoi qu'il en soit, 10% des revenus de la ferme sont reversés à des organisations caritatives oeuvrant pour la protection de l'environnement.

Qu'on soit branché people ou pas, il faut reconnaître que le chanteur est cohérent avec son discours.

 

23 août 2010

Merci Patron!

Je reçois ce matin le nouveau guide des vins bio de Pascal Patron.

J'ai rencontré Pascal au Québec, où il vit depuis quelques années, lors des Sélections Mondiales.

Français, oenologue, il a tâté du journalisme vineux et de la consultance; bref, il essaie de vivre de sa passion pour le vin.

pic.php.jpegL'auteur et son oeuvre

J'aime son guide parce qu'il est sincère. Voila un type qui croit dans la viticulture bio, mais qui croit d'abord dans le vin de qualité. Les deux n'ont rien d'incompatible, au contraire, les vins "bio" sont de plus en plus plaisants. Il faut dire qu'ils sont aussi de plus en plus nombreux, et que la proportion de professionnels s'est grandement accrue ces 10 dernières années, au détriment des "allumés", dirons-nous -avec tout le respect que je dois à ces précurseurs, certainement bien intentionnés.

Qu'on est heureux, aujourd'hui, de pouvoir recommander des vins qui contribuent au respect de la planète (bon, je sais, reste le problème du cuivre, mais peut-être pourra-t-on un jour s'en passer...).

Si j'aime son guide, c'est bien entendu aussi pour ses choix. Retrouver dans un même ouvrage Jean Delobre (Les 7 Lunes), Laurent Combier, Marc Imbert (Torraccia), Thierry Germain (Roches Neuves) ou Frédéric Brochet (Ampelidae), ou encore, hors de France, Albet i Noia, c'est un plaisir rare: à des degrés divers, leurs vins m'enchantent.

Il y en a d'autres, bien sûr, alors à vous de les découvrir. Voila un guide qui ne dormira pas dans votre armoire, il vous accompagnera au long de vos escapades vineuses; bref, à mon sens, c'est un meilleur investissement que bien des primeurs 2009 de Bordeaux...

En creux, il est intéressant de noter que certaines régions ou pays sont sous-représentés ans le monde du vin "bio". La Champagne, Bordeaux, le Portugal, la Grèce sont ainsi bien moins gâtés dans le Guide Patron que la Loire, l'Alsace, le Languedoc, la Bourgogne ou l'Espagne.

Les optimistes du bio diront qu'il y a dans ces régions un fort potentiel de développement.

Guide Patron des Vins Bio, éditions Amerik

 

 

 

05:37 Écrit par Hervé Lalau dans Canada, France | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : vin biologique, vignoble, bio |

14 juin 2010

Les vins bios progressent dans la GD française

C'est le panéliste français IRI qui le révèle, les vins labéllsés "Agriculture Biologique" représentent 0,9% du chiffre d'affaires du secteur vin en grande distribution française, soit 31 millions d'euros. C'est très peu, mais le chiffre est en augmentation de 60% sur un an...

Preuve qu'hyper et supermarchés s'intéressent de plus en plus au bio...

 

07:38 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bio, vin |

22 mai 2010

Nouvelle réglementation du bio: les Vignerons Indépendants ont des doutes

Les Vignerons Indépendants ont lu avec attention les projets de la Commission Européenne qui visent à réglementer le vin biologique. Jusqu'ici, on le sait, il n'y a que les raisins qui peuvent être labellisés bio. Demain, ce sera le produit fini. D'où l'importance du cahier des charges des vinifications.

A ce propos, justement, les Vignerons indépendants ont des doutes. Ils jugent les maximums de soufre autorisés beaucoup trop élevés, et ils rejetent l’osmose inverse, par exemple. Ils ont donc écrit à la Commission pour que le texte soit remis sur la table.

Comme beaucoup d'adeptes du bio avant eux, les Vignerons Indépendants craignent la mainmise des industriels du vin dur la filière bio et un nivellement vers le bas des pratiques bio.

AB

 

Moi aussi.

Rappelez-vous la prédiction d'Antoine Gerbelle, voici quelques années: "Dans 20 ans, le bio sera la norme".

A l'époque, on se disait, "Dieu t'entende, Antoine." Mais si l'idée du législateur est de baisser la norme pour que tout le monde puisse se dire bio, alors, les consommateurs et la planète n'auront rien gagné.

Que l'Europe prenne garde: si elle cède aux pressions du moins-disant biologique, les vrais bio trouveront un autre nom, fonderont d'autres labels, pour satisfaire ceux qui veulent voir dans le bio plus qu'un sigle ou un logo, une réalité, un message d'espoir pour la santé humaine et pour l'environnement.

 

 

 

21:14 Écrit par Hervé Lalau dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bio, normes, environnement, europe |

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