12 février 2014

Irréductible 2012, de La Bégude

Je vous ai déjà parlé des Tari et de leur Domaine de la Bégude; et même de leur cuvée Irréductible.

Peut-être, cette fois-ci, que je devrais commencer par vous dire ce que ce vin... n'est pas.

Ce n'est ni un rosé facile, ni un rosé de piscine. Tant mieux, puisqu'on est en février!

Ce n'est pas un rosé clair. Tant pis pour la mode. D'ailleurs Nicolas Hulot l'a dit: il faut sauver le corail.

Ce n'est pas un Bandol AOC. Tant pis, puisque l'appellation n'en veut plus; ou l'inverse; ou les deux.

Ce n'est pas un rosé à boire vite. La plupart des producteurs commencent à faire goûter leurs 2013, mais les Tari m'envoient leur 2012.

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Irréductiblement coloré, corsé, savoureux... en bref, hors des modes

Et si on le dégustait?

Dès la première inspiration, une giclée de grenadine m'a explosé au nez, suivie de près par les épices, et une jolie note d'amandes fraîche. La bouche est concentrée, c'est du vin, pas de l'eau colorée. Les tannins sont bien marqués, sans être rêches. Rien de lourd ni d'alcooleux, mais de la structure. Retour des épices en finale (poivre noir), avec une pointe de truffe.

A l'aveugle, on croirait un rouge. C'est sans doute son côté mourvèdre. Et dire qu'avant le phylloxera, ce cépage était la base des rouges de Provence!

Et dire que le Français moyen, sous son bob Ricard, est persuadé que les rosés les plus pâles sont les meilleurs! Et même les sommeliers - qui ne sont pourtant pas des imbéciles, puisqu'ils sont sommeliers!

Qu'est-ce que je pourrais bien faire de plus, qu'est-ce que je pourrais écrire de mieux pour changer ça?

Il faut de tout pour faire un monde du vin, c'est sûr. Mais des gens qui se déterminent encore d'après la couleur, tout de même, en 2014... C'est pas beau.

00:14 Écrit par Hervé Lalau dans France, Provence | Tags : tari, bégude, bandol, provence | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

21 novembre 2011

Domaine Tempier (Bandol), 1990-2003, par Youri Sokolow

Mon ami Youri Sokolow m'a confié un de ces comptes-rendus de dégustations dont son club d'oenophiles a le secret.

Celui-ci concerne le Domaine Tempier, à Bandol, et plus particulièrement ses 3 cuvées spéciales:

-La Migoua qui est élaborée avec en général 50 à 65 % de Mourvèdre

-La Tourtine qui contient 70 à 80 % de Mourvèdre

-La Cabassaou, qui, elle, atteint 95 % de Mourvèdre.

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Un domaine, trois cuvées, cinq millésimes


Lors de notre dégustation, sur cinq millésimes (1990, 1995, 1998, 2000, 2003), nous avons préféré la Cuvée Cabassaou (16,74/20), devant la Migoua (15,98/20), et La Tourtine (15,68/20).

Nous avons commencé par le millésime 1998, où la Migoua est à boire, la Tourtine proche de la maturité, à l’inverse de la Cabassaou, qui apparaît élégante et complexe mais d’une jeunesse impressionnante.

Dans le millésime 1995, à l’inverse, la Tourtine semble avoir dépassé son apogée, alors que la Migoua est superbe d’élégance et d’équilibre. A nouveau la Cabassaou domine les débats avec un vin plus complexe et plus jeune.

Le millésime 2000 est de loin le millésime qui nous a procuré le plus de plaisir.

La Migoua présente un nez puissant sur des notes de cassis, de fumé, une touche métallique et goudronnée, qui évolue vers le floral et l’amande. Bouche à l’attaque ample, un superbe fruit, une matière riche et concentrée, des tannins magnifiquement racés, une longue finale charnue. Un vin magnifique à boire sur cet équilibre mais pourra sans problèmes encore évoluer quelques années. A nouveau, La Cabassaou a  dominé les débats, avec un vin au nez complexe sur l’orange sanguine, le minéral, notes de fruits rouges et noirs confiturés, touche mentholée, qui évolue vers la fourrure et le cassis. Bouche tout aussi superbe, riche, concentrée, tannique, sur la réserve mais avec un potentiel gigantesque. Un vin massif à revoir dans 10 ans. Pour finir la Tourtine offrait un nez puissant sur des sanguines, agrumes, menthol, fourrure, goudron, romarin. La bouche était la plus élégante des 3, avec des tannins soyeux et fondus et une finale équilibrée, malgré une légère pointe d’amertume. Le plus aimable des vins, il est prêt à boire.

Sans surprise, le millésime 2003 est apparu extrêmement chaud et opulent, avec des vins d’une richesse à la limite de l’écœurement, et dont il est difficile de prévoir l’évolution. A nouveau, le seul qui sort son épingle du jeu, fut la Cabassaou, dont le coté strict équilibrait, autant que faire se peut, la richesse alcoolique.

La dernière série, celle des 1990, fut hétéroclite; notre seule déception de la soirée fut de voir une Cabassaou 1990 fatiguée, austère et manquant d’équilibre, à l’inverse du Château Pibarnon 1990, notre vin pirate, qui se montrait élégant et fondu.

Youri Sokolow
 
Plus d'info: http://domainetempier.com/

00:08 Écrit par Hervé Lalau dans Provence | Tags : bandol, provence, domaine tempier | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |