05 décembre 2011

Fontfroide, l'abbaye, les vins, les gens

J'ai connu l'abbaye de Fontfroide il y a une vingtaine d'années, comme touriste; je l'ai visitée par une chaude journée d'été, je me souviens encore de la beauté sobre de son cloître et sa fraîcheur. J'y suis revenu quelques années plus tard, comme journaliste, à l'invitation des vignerons des Corbières, pour un concert.

Puis, voici quelques mois, j'en ai  entendu parler à nouveau, à la télévision, lors d'une émission de Racines et des Ailes consacrée au Patrimoine de France. On y relatait l'arrivée des nouveaux occupants, venus de  Paris pour redonner un nouveau souffle à la vieille demeure - pas facile de démarrer cette nouvelle vie, mais à coeur vaillant, rien d'impossible...

La vigne, à Fontfroide, a beau être une histoire de plus de 900 ans, elle a connu bien des vicissitudes. L'abbaye elle-même a bien failli disparaître: elle a été rachetée et sauvée de la destruction en 1908 par un  certain Gustave Fayet. Aujourd’hui, ce sont ses descendants qui ont repris le flambeau, qui dans la viticulture, qui dans l'organisation de spectacles et d'expositions, qui dans la restauration des jardins...

L1050015.jpg

Laure de Chevron Villette nous présente une de ses cuvées

 

Et puis l'autre jour, à Lille, sur le salon des Vignerons Indépendants, voila que je tombe sur le stand des vins de Fontfroide. Pas de doute, il s'agit bien de l'abbaye. Je me présente à la dame qui tient le stand - Laure de Chevron Villette - celle que j'avais vue dans le reportage; joli sourire, beaucoup d'élégance. Et je commence à déguster - les cuvées ont des noms latins, on se croirait à Saint Honorat. Ou à Westvleteren, chez les Pères Trappistes...

Tout en écrivant les commentaires qui suivent, j'apprends que le domaine renferme 35 ha de vignes; que les propriétaires actuels ont repris le domaine il y a 7 ans; qu'à l'époque, Fontfroide ne vendait pas en bouteilles.

Ces notes, les voici:

Oculus 2010
Beaucoup de fraîcheur malgré l'alcool - cet "oeil" a beaucoup de profondeur. Un séducteur. 14,5/20 Syrah-grenache.

Deo Gratias 2008
Épicé, mais soyeux, charmeur, le bois (usagé) est très bien fondu. Belle finale sur le fruit noir, le noyau de cerise. 15/20

Laudamus 2010
Dès l'abord, du fruit; et des  épices de la garrigue; pas de bois,  Très charnu et bien mûr, en bouche; des moines, il a la rondeur et l'onctuosité de langage, le débit étudié; mais des épaules bien carrées, tout de même. Mourvèdre, grenache, syrah. 15,5/20

Fontfroide.JPG

Monacale, la gamme...

Si vous passez dans le coin, emmenez la famille: l'abbaye, outre le caveau et ses vins, c'est un ensemble unique, une véritable petite cité close dont les bâtiments retracent l'histoire monastique du 11è au 18ème siècle. Et puis une roseraie (3000 plants), un restaurant gastronomique...

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : languedoc, vin, vignoble, aude, fontfroide |

27 octobre 2011

Ventes aux Enchères du Pic Saint Loup: les vins les plus cotés

La
 21ème
 Vente
 aux
 Enchères
 du
 Grand
 Pic
 Saint‐Loup
 (raison première de mon déplacement dans la région) s’est
 déroulée
 ce dimanche
 à Saint Jean de Cuculles.
 Les
 27
 lots
 uniques
 (
de
 150
 bouteilles chacun),
 présentés
 par
 Olivier
 Bompas,
 Président
 des
 Sommeliers
 du
 Languedoc‐Roussillon 
et
 Vallée
 du 
Rhône 
Sud, 
ont 
été
 vendus 
sous
 le 
marteau
 de
 Me
 Andrieu.


Pic.jpg

Le Pic au couchant (Photo H. Lalau)

Le lot individuel ayant atteint le prix le plus élévé est celui du domaine du Haut Lirou, adjugé pour 4000 euros au Comptoir des Vignes, devant le lot du Clos des Augustins, adjugé pour 3.200 euros à la Communauté de Communes du Pic Saint Loup (j'ai moi-même beaucoup apprécié les vins de ce domaine en biodynamie).

A noter que les deux lots du Président (un
 panachage
 de
 6
 bouteilles
 de
 chaque
 Cuvée)
 sont
 partis
 pour
 un montant
 global
 de
 10.
400
€,
 somme
 versée 
intégralement 
aux 
Restaurants
 du
 Cœur
 de 
l’Hérault.


Le lot n°1 a été acheté par le restaurant triple-étoilé du Clos des Cimes, à Saint Bonnet le Froid; le lot n°2 par Christian Têtedoie, Meilleur Ouvrier de France installé à Lyon.

Plus d'informatio
n :
Sarah 
Hargreaves
 
sarah.presse@orange.fr

17:37 Écrit par Hervé Lalau dans Languedoc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pic saint loup, languedoc |

Au Trinquefougasse et nulle part ailleurs

C'est une institution à Montpellier, improbable croisement entre un wine bar, un bar à tapas et un club de jazz, cela s'appelle le Trinquefougasse.
On y trinque, en effet, et on y mange - entre autres, une excellente fougasse. On peut y choisir sa bouteille ou son verre parmi un très grand choix de vins, principalement languedociens, et sélectionnés avec goût.

C'est là que j'ai passé la dernière soirée de mon périple en Pic Saint Loup.

Et comme Pascal Vallet, notre hôte de la Communauté des Communes du Grand Pic Saint Loup, est tout sauf sectaire, il nous a fait ouvrir quelques bonnes bouteilles venues du reste de l'Hérault. Outre un bon Montpeyroux de Sylvain Fadat, dont j'ai déjà eu le plaisir de vous entretenir, nous avons ainsi pu déguster un Saint Chinian Berlou de derrière les fagots, le 2005 du domaine Rimbert.
Dès le premier nez, c'est une explosion de fruit rouge, framboise Pie-Qui-Chante, d'épices douces, aussi; en bouche, c'est très enlevé, très solaire, mais avec le côté sérieux des vins de schistes; un méridional avec de la conversation, et du fond.

IMG_0641.jpgJ'ai la Berlou, ou quoi?

Et puis nous passons en Minervois La Livinière, avec la Cuvée La Féline, de la Borie de Maurel 2009
Grosse présence au nez, du fruit noir bien mûr (mais pas compoté), du cuir; ça se confirme en bouche, on a affaire à un beau bébé, robuste, genre pilier de rugueby, ça déménage un peu du côté des tannins, mais l'athlète en maillot grenat ne manque pas d'élégance et vous décoche le sourire d'une finale gagnante, une belle corbeille de fruits noirs qui vous reste longtemps au palais... des sports.

IMG_0642.jpg

La Féline: le fauve est lâché


Trinquefougasse, 1581 route de Mende F-34090 Montpellier

Tél +33 4 99 23 27 00

00:23 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc, Midi | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : languedoc, montpellier |

24 octobre 2011

Pic Saint Loup (3): Haut Lirou

A Saint Jean de Cuculles, le Domaine Haut Lirou est dans les mains de Jean-Pierre Rambier, qui possède également un vignoble en Costières de Nimes, le Mas du Notaire. Un homme affable et discret, et qui ne manque pas d'esprit.

Au milieu d'une pinède, dans un écrin de nature, les 60 hectares de vignes s'étagent des bords du Lirou jusqu'aux premières pentes du Pic Saint Loup. Elles encerclent un ancien relais de chasse, flanqué des bâtiments de vinification, qui respectent le style et la magie du lieu. On n'est pas à Cheval Blanc.

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Au bord du Lirou

Taille courte, labours fréquents, palissage, plantations de haute densité (6000 pieds à l'hectare) sont les points saillants de la partie viticole. Au chai,  après le tri de la vendange, les parcelles sont vinifiées séparément.

Les installations sont modernes, les barriques de qualité, le vigneron modeste, tout ici respire le bon sens et le bon goût.

Mais voyons plutôt ça dans le verre.

Domaine Haut Lirou 2010 Rosé
Grenache syrah mourvèdre.
Sympa, un peu bonbon au nez, en bouche, c'est frais et rond à la fois, beau rosé de terrasse 13/20

Domaine Haut Lirou 2010 Rouge
Syrah grenache.
Très fruité, fruit rouge légèrement confituré au nez; en bouche, de la réglisse, du fumé et quelque notes végétales. 13,5/20

Mas des Costes 2009
Superbe nez d'épices de la garrigue, myrte, cade, romarin; c'est un tourbillon d'arômes qui n'en finit pas et se compléxifie dans le verre; en bouche, une sensation de velouté et de granité, renforcée par de très beaux tannins joliment fondus. Très long en bouche. 15/20
12 mois d'élevage en barriques.

photo.JPG



Esprit 2009
Un assemblage de syrah, de  grenache et de mourvèdre ide tout petits rendements (10 hl/ha) ssus de parcelles d'éboulis calcaires  sur le flanc sud du Pic.

C'est le type même du vin de conversation, comme nous dit Jean-Pierre Rambier, un vin qui a besoin d'un peu de temps à table pour bien révéler toutes ses facettes. 

Au départ, c'est fruit noir, cassis, mûre, puis on part sur le cuir, un côté plus fumé, plus viandeux aussi, des épices comme la coriandre et le thym. En bouche, ce qui frappe, la jeunesse du fruit, la belle acidité, aussi, le tout enrobé de cacao et de moka. Voila un vin puissant mais doté d'une excellente buvabilité. C'est étonnant de fraîcheur, les 6 mois de barrique sont très bien intégrés, le bois ne prend pas le pas sur le vin, il l'épice un peu. 15,5/20

PS. A noter qu'Haut Lirou accueille depuis peu des cours de cuisine basés sur les produits du terroir (aujourd'hui, c'était le gibier). Savoureusement vôtre...

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Jean-Pierre Rambier ne manque pas d'Esprit


26 septembre 2011

"Grands Crus" du Languedoc: attendre et voir

Il n'y a pas que moi à être sceptique sur la hiérarchisation des crus du Languedoc, comme en témoigne ce billet de mon collègue et ami québécois Marc André Gagnon. Et même Decanter s'y met...

C'est ICI

13:51 Écrit par Hervé Lalau dans Canada, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : languedoc, crus, inao, gagnon, québec |

06 juillet 2011

Avé, Avéla!

Sur l'étiquette de sa cuvée Théodore 2006, qu'il a eu la gentillesse de m'envoyer, Franck Avéla se présente comme vigneron éleveur.

Rarement description aura été aussi exacte. D'abord, parce que s'il a choist de me faire déguster un 2006n c'est qu'il estime que c'est à présent qu'il est prêt. Voila qui n'est pas banal pour un "simple" Vin de Pays de l'Hérault. Mais vous savez qu'il faut se méfier des mentions sur l'étiquette. Ensuite, parce qu'à déguster son vin, c'est tout à fait la notion qui me vient à l'esprit: il s'agit à l'évidence d'un vin bien élevé, rond, suave, où tout est bien intégré, y compris le bois, qui souligne mais ne domine pas. Un vin bien assemblé, aussi, carignan, grenache, syrah. J'ai plus reconnu les deux premiers que la troisième, au moins au nez.

Avéla.jpgLa vie, Théodore

Du fruit noir bien mûr, de la prune au nez; en bouche, du poivre, du cuir, de la myrte, on est dans un registre déjkà un peu évolué, mais absolument pas passé. C'est encore très juteux. On est dans le registre du bon vin de garde ouvert au bon moment.

Le domaine est situé à Creissan, au dessus de Béziers. Un petit coin de Languedoc encore très nature que je n'ai pas la chance d'avoir visité à ce jour..

C'est sans doute pour ça que je ne connais pas Franck Avéla - d'ailleurs, c'est lui qui m'a connu, via la blogosphère; ici ou sur les 5 de Vin, je ne sais plus. Mais s'il ressemble à son vin, alors c'est un vrai Monsieur.

Ce Franck, je l'imagine à la fois ouvert et rigoureux. Mesuré, mais capable d'enthousiasme, quand même. Modeste, mais fier de son travail. Tout sauf ostentatoire, en tout cas. Oui, ça existe encore, des gens et des vins comme ça.

 

 

01 juillet 2011

Pas de Grands Crus pour le Languedoc - qui l'eût crû?

Le CIVL ne peut utiliser le terme Grand Cru dans sa communication, a dit l'INAO. «Dès juillet 2010, nous avions alerté le CIVL sur le fait que la mention Grand Cru répondait à une définition bien précise. C’est une mention traditionnelle réservée à certaines appellations qui l’ont inscrit dans leur cahier des charges. Cette mention est protégée au niveau européen et définie dans le règlement 607-2009. Nous avions fait une présentation conjointe avec les fraudes pour bien définir le cadre juridique de cette mention», précise Catherine Richer, délégué régionale de l’INAO en Languedoc-Roussillon, à mes confrères de Vitisphere.

vin,vignoble,cru,languedocMon ami Michel Smith a été un des premiers à parler de grands crus en Languedoc; mais c'était là license poétique d'auteur...

Mais il aura fallu un an au CIVL pour obtempérer.

Pour Jérôme Villaret, le délégué général du CIVL, le débat semble anecdotique: «Peu importe la mention qu’on utilise; depuis 5 ans, la réflexion est en cours pour faire émerger les meilleurs terroirs du Languedoc sans que cela aboutisse. Cette année, nous avons fait un pas de géant en lançant cette hiérarchisation. Nous avons réussi à faire savoir qu’on pouvait faire des grands vins en Languedoc. Jamais nous n’avons eu autant d’articles de presse sur les vins haut de gamme de la région. Nous allons poursuivre avec l’INAO cette hiérarchisation, l’objectif étant à termes d’obtenir le classement des meilleurs terroirs en grands crus».

Bref, si je lis entre les lignes, en utilisant illégitimement la mention grand cru, on obtient de meilleurs résultats qu'en respectant les textes. On attend l'extrême limite de la patience des autorités de tutelle, en l'occurrence l'INAO,  et de la Répression des Fraudes, pour se mettre en conformité; et de cette manière, on obtient un impact supérieur. Peu importe si une certaine confusion s'installe dans les esprits, notamment hors de France. Pour nos amis d'ailleurs, en effet, curieusement, les mots ont un contenu. A force d'entendre les Français leur vanter la différence de leurs Grands Crus, à tort ou à raison, les Etrangers ont fini par y croire! Ils sont braves, ces Estrangers.

"Terroirs d'exception", dit M. Villaret. Pourquoi pas, mais ne faudrait-il pas plutôt parler de "vins d'exception", dans l'acception du regretté René Renou. Dans ce schéma, on classerait les domaines, pas des ensembles géographiques; ce serait plus conforme à la réalité - je veux dire: M. Villaret peut-il certifier que tous les vins produits dans les zones pressenties pour un éventuel classement en "terroir d'exception" le méritent?

Au fait, quelle est la taille idéale d'un terroir? Comment la mesure-t-on? C'est important si l'on veut établir un vrai lien au terroir (et non un simple lien à la coopérative, à l'intercommunale, au syndicat local, ou au potentiel de marché).

Le Grand Cru, le Premier cru, c'est une notion bourguignonne, de petite surface, de climat, de parcelles, qui ne peut pas correspondre à une zone aussi étendue qu'une appellation pluricommunale comme dans le projet du CIVL. Même les Alsaciens l'ont compris quand ils ont fondé leurs Grands Crus.

Quant à Saint Emilion, c'est le contre-exemple par excellence: cette mention n'aurait jamais dû être acceptée par l'INAO, car elle ne répond absolument pas à une notion de terroir; et d'ailleurs aujourd'hui, les Grands Crus sont plus nombreux à Saint Emilion que les Saint Emilion simple, ce qui montre bien la dérive de ce système.

Bon, que de temps perdu à discuter de choses tellement évidentes, quand on pourrait parler de bon vin; ce qui compte, c'est ce qu'il y a dans le verre, c'est que la confiance du connsommateur envers une mention soit bien placée. Raison de plus pouyr que les mots aient un sens, qu'ils n'induisent pas le buveur en erreur.

Allez en paix, M. Villaret, et ne péchez plus.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, cru, languedoc |

26 février 2011

Cal Demoura "Paroles de Pierre 2008"

Si je vous dis chenin, vous me répondez "Loire", bien sûr. Pourtant, d'aucuns prétendent que le véritable berceau de ce cépage se situe dans le Rouergue - et plus précisément, à Estaing.

Sur ce point, je ne me prononcerai pas, d'abord parce que je ne suis pas ampélographe; et puis parce que j'ai des amis  dans la Loire... Excusez ma veulerie...

vin,vignoble,cheninParoles de Pierre (Photo H. Lalau)

Toujours est-il que pas loin d'Estaing, il y a les Terrasses du Larzac, et Cal Demoura, qui nous propose justement un chenin-roussane (en VT, car les AOC ont souvent quelque décalage avec l'histoire...). Cela s'appele Paroles de Pierre, te rarement vin a mieux porté son nom, vu la minéralité du produit...

Au nez, une volée d'agrumes et d'épices (gingembre, herbes de Provence - pardon, du Languedoc). En bouche, beaucoup de minéral, un côté presque métallique. C'est très tendu, mais il y a aussi un peu de gras, et l'amertume en fin de bouche réveille les papilles.

A essayer d'urgence, non seulement pour refaire l'histoire des cépages, mais surtout pour se faire plaisir...

 

 

17:55 Écrit par Hervé Lalau dans Languedoc | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, chenin, languedoc, cal demoura |

19 février 2011

Eric Boschman: "Languedoc is beautiful"

Il y en a qui adoptent un enfant déshérité; il y en a qui adoptent un vieux (si si, au Québec); il y en a qui adoptent un vigneron. Moi, j'adopte un sommelier. Je lui donne un toit tous les week-ends qu'il veut. Lui, c'est Eric Boschman, bien sûr... Voici sa livraison de la semaine... Brut de cuve.

Il y a quelques jours à peine, tard dans la nuit, la cinq française rediffusait un reportage tourné en 2006/07 dans le Languedoc, à propos de la crise que traversait la région. Un documentaire parfois poignant, c’est le but aussi, lorsqu’il évoquait la misère économique de certains qui, il me revient un exemple frappant, n’avaient pas pu aligner cent cinquante euros pour aller assister à un match de rugby en Angleterre. Un documentaire parfois très énervant quand il montrait des réunions interminables où les tenants des micros, assis derrière une table face aux autres péroraient interminablement à propos de ces salauds de négociants ou d’acheteurs de grandes surfaces qui les faisaient crever à force de vouloir des baisses tarifaires. Enervant, exaspérant, le documentaire quand il montrait des gars qui attendaient un ou deux ans de plus avant d’arracher parce que les primes allaient monter de façon conséquentes.

vin,vignoble,languedoc

Dans mon lit, je fulminais. Non pas que je me borne à croire que travailler plus permette de gagner plus, que si on a pas une Rolex à cinquante piges, on n’a plus qu’a dire aux petits cons de se casser, mais simplement qu’il y a plus de vingt ans que j’entends le même discours. Lorsque j’étais un jeune sommelier plein d’avenir et non à la barde de Panda en rut, j’ai moi aussi eu l’occasion de pérorer. C'était dans le cadre de la féria de Béziers, au milieu d’un forum vigneron répondant au doux nom du Chameau Ivre. Depuis, c’est devenu un des meilleurs magasins et bar à vin d’Europe au minimum, mais ça c’est pour une autre fois. A l’époque, la ville voulait créer un mouvement qui rendrait aux vignerons leur fierté, leurs envies de progrès et leurs capacités à croire en eux mêmes. Depuis, la mairie a changé de mains et ce projet s’est transformé en hôtel des vins de la région ou un truc du genre.

Quoi qu’il en soit, il y a toujours des producteurs pour continuer à vouer aux gémonies la terre presque entière parce que leurs vins ne se vendent pas. Ahhhhhhhhhh, il est où le bon temps où l’on foutait le feu aux camions de vins en vrac venant d’Italie ou d’Espagne, où l’on faisait péter l'hôtel des impôts de telle ou telle riante bourgade pour montrer que l’on était pas content, qu’il n’y avait pas assez de primes ou que la concurrence était férocement déloyale. Dame, pensez donc, il y a même des salauds qui osent acheter des vins d’autres régions, et, plus crapuleux encore, à l’ETRANGER ! Là où les règles ne sont pas les mêmes, où ils font tout ce qu’ils veulent et j’en passe et des meilleures. Salauds d’étrangers qui se permettent tout, même de faire parfois meilleur et moins cher. Voire, salauds d’étrangers qui se permettent de boire d’autres choses. Et quoi encore?

Bon, allez, je me calme, je commence à avoir des crampes aux doigts. La crise languedocienne dure pour certains depuis au moins 1907, allez voir Wikipédia pour comprendre. Mais pour d’autres, c’est un des plus chouettes vignoble du monde, un laboratoire à ciel ouvert ou tout et son contraire sont possibles. Le Languedoc, terre de grandes gueules, en fait pas tellement plus que le reste de l’Hexagone, mais surtout, terre de qualité qui a besoin de se faire chatouiller, titiller par un tas d’étrangers. Qu’ils entrent à la production, qu’ils restent chez eux pour faire venir les vins de là-bas ici ou ailleurs, qu’ils froncent le nez ou aient les yeux de Chimène après une dégustation, ces étrangers, nous en résumé, apportent un regard, une lumière qui change la vie.

En fait cette sublime région que j’adore est une petite synthèse à elle seule de la problématique viticole contemporaine européenne et plus particulièrement franchouillarde. Pour commencer il y a les complexes: à force de se croire au dessus des autres, tant dans les vins que vis-à-vis des lois et de fournir, en dehors des lumières du jour, des camions citernes servant a remonter les vins d’autres régions, et que personne n’ose me dire que cela n’existe plus, j’ai les lèvres gercées, à force de tout cela, une certaine partie de la production estime avoir des droits, et oublie qu’il y a quelques devoirs à respecter pour équilibrer ses droits.

D’autre part, à force de se faire assister, certains estiment que c’est normal, et qu’il faut en profiter un max. On sait les difficultés françaises avec la Pac, l’énorme arrosage de certaines branches de l’agriculture locale par les mânes européennes, quand on pense que des salauds d’étranger sauraient même le toupet de vouloir aussi en recevoir un peu chez eux… On sait le poids de certaines institutions syndicales, certaines ententes de négociants, on sait aussi certaines vilennies quand le tout venant devient du Pinot Noir surtout bon pour ces crétins d’Américains. On sait que les gens qui devraient prendre leurs responsabilités prennent surtout le chemin de la planque.

Tout ça, malheureusement, oblitère le côté magnifique de la vitalité viticole locale (ndlr: bonjour l'alitération, pas facile à dire!). Mais ces images moches et lamentables ne montrent, une fois de plus, que les pommes pourries qui sont sur le dessus du panier. Dessous, ça vaut nettement le coup de s’attarder, de découvrir, de goûter. Ne croyez pas que le cabernet ou le merlot soient des fatalités, il existe des cépages nettement plus intelligents, découvrez, par exemple, les subtilités des carignans, blancs et rouges, un des cépages les plus méconnus du coin et pourtant, souvent, un des plus subtils. Découvrez les nuances entre les origines, quand elles ne sont pas noyées sous le chêne.

Bref, vous l’aurez compris, plutôt que de vous emmerder la vie à faire semblant de redécouvrir bobonne et vous ruiner lundi pour un colifichet, profitez de votre dimanche pour découvrir un monde qui vaut largement le temps que vous lui consacrerez et dont on ne divorce pas facilement. Fermez les yeux et pensez aux odeurs qui montent du sol quand le cagnard écrase tout, écoutez le vent qui souffle en rafales sur les crêtes, écoutez cette région qui loin des plages et des camps pour touristes rubiconds vous rappelle que le vin c’est parfois une histoire passionnelle.

Eric Boschman

20 décembre 2010

C'est fou ce que les consommateurs ont mûri

Je vous parlais hier de cette AOC suisse supprimée par Berne. Et je faisais le parallèle avec notre pléthore de dénominations. Je rappelais aussi le projet du regretté René Renou, et de sa hiérarchisation des AOC entre AOC simples et "d'excellence".

A ce propos, je crois utile de citer la réaction de Jean-Benoît Cavalier, président du syndicat de défense de l'appellation Coteaux-du-Languedoc de l'époque (nous étions en 2004, autant dire, à la préhistoire). Celui-ci disait craindre "un système d'AOC à plusieurs vitesses pouvant créer la confusion dans l'esprit du consommateur".

Six ans plus tard, le Conseil Interprofessionnel des Vins de Languedoc ne partage plus cette crainte. Celui-ci vient justement de rendre publique sa nouvelle fusée à trois étages: "Trois grandes catégories sont créées, à savoir l'AOC Languedoc, Grand Vin du Languedoc et Grand Cru du Languedoc. Ces deux dernières appellations apparaîtront sur les étiquettes dès 2011." C'est qu'on ne traîne pas, quand il s'agit de qualité.
Selon les responsables, "cette nouvelle classification des AOC des vins du Languedoc permettra aux consommateurs de faire leur choix et de réguler les prix".

De deux choses l'une. Ou bien M. Cavalier n'avait pas perçu le sens de l'histoire. Ou bien les consommateurs ont mûri; ils perçoivent beaucoup plus facilement les nuances et les différences de qualité que leurs aînés. Plus de risque de les "confuser". D'ailleurs, preuve de leur nouvelle sagacité: ils boivent moins. 

Maintenant, amis Languedociens, il ne reste plus qu'à donner un contenu à tout ça. Une vraie différence. Mais pas question, non plus, que l'AOC Languedoc simple devienne la poubelle des deux autres niveaux...

Je reviens un instant sur la régulation des prix. Dois-je comprendre, par exemple, que le hard discount devra se contenter de l'AOC Languedoc, et que les deux autres niveaux d'appellations s'interdiront ce genre de circuit de distribution?

Plus généralement, le CIVL aura-t-il un mandat de l'Etat pour encadrer les prix?

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Languedoc | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, aoc, languedoc |

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