06 février 2011

On dirait que l'Emmental serait français

Hier, sur RTL radio, Jean-Luc Petitrenaud nous vantait (à gros traits) les mérites de l'IGP Emmental Grand Cru.

J'ai été surpris qu'à aucun moment, au détour de son argumentaire, il ne cite l'origine de l'emmental tout court, à savoir la vallée de l'Emmen, en Suisse. Ni qu'il ne fasse mention de l'AOC Emmental Suisse.

Cela m'a d'autant plus choqué qu'il a même fait état de la prétendue supériorité qualitative de l'Emmental Grand Cru  (IGP) par rapport à tous les autres emmentals...

Désolé, mais si l'on parle de la nourriture des animaux, du bassin de production, du lait cru... l'Emmental suisse AOC n'a rien à envier à son avatar français.

fromage, AOP, AOCEmmental Grand Cru

Bon d'accord, Petitrenaud n'a pas eu beaucoup de temps à consacrer à l'emmental dans son émission. 5 minutes, peut-être. Je me suis aussi demandé si, sur RTL, ce genre de sujet était parrainé par les producteurs, ce qui expliquerait qu'on préfère ne pas citer la concurrence, surtout en bien. Cela nous ramène à mon post récent sur le journalisme et les relations publiques. De quelle liberté journalistique un présentateur radio bénéficie-t-il aujourd'hui sur une station comme RTL? Et quel est l'objectif final d'une émission? Informer, ou promouvoir?

Comprenez moi bien, je n'ai rien contre l'Emmental Grand Cru, qui est un bon fromage. Sauf peut-être son nom, qui prête un peu à confusion.

Après tout, le Comté s'appelait naguère "Gruyère de Comté". Mais toute allusion au gruyère en a maintenant été bannie, ce qui est aussi bien pour le Comté (AOP) que pour son homologue suisse le Gruyère Suisse AOC. A chacun sa vérité.

Vous me suivez toujours? Non? Que voulez-vous, on ne peut pas faire d'un sujet compliqué une présentation simple. On doit y consacrer plus que 5 minutes. Et ne pas s'en tenir à des banalités du genre: "fromage de terroir" ou "la différence, c'est l'homme".

Les plupart des noms de fromages de tradition, comme emmental, brie ou camembert, sans mention spécifique, sont quasiment tombés dans le domaine public dans les années 1920 à la suite d'un accord international. Seuls ceux qui peuvent prouver une origine ou un mode d'élaboration spécifique, cahier des charges à l'appui, peuvent être protégés, soit par l'AOP, soit par l'IGP, en Europe et dans les pays qui ont signé un accord de respect mutuel des dénominations de qualité. Les autres fromages, eux, n'ont rien à prouver. Ce qui nous vaut le plaisir de déguster du brie de la Mayenne ou des Ardennes belges, du camembert allemand ou de l'emmental finlandais, aux côtés du Camembert de Normandie AOP, du Brie de Meaux AOP ou de l'Emmental Suisse AOC. J'ai même constaté avec stupeur que Camembert était une marque déposée en... Afrique du Sud.

Mais quoi qu'il en soit, compliqué ou pas, on peut l'expliquer. Le mieux, c'est encore de prendre les consommateurs pour des gens intelligents.

Ah, oui, j'oubliais. L'IGP, c'est un sigle à géométrie très variable puisque pour l'Emmental Grand Cru, il couvre tout le bassin laitier du Centre-Est de la France. A savoir: les départements des Vosges, du Doubs, du Jura, de la Haute-Saône, du Territoire de Belfort, de l'Isère, de la Savoie, de la Haute-Savoie et du Rhône (plus, quelques cantons limitrophes). Au bas mot, 55.000km2, soit plus que la Suisse ou que la Belgique.

Vaste territoire, aux "terroirs" assez divers. Plaine, plateau, montagne. Un peu des Alpes, un peu des Vosges, le versant français du Jura (c'est drôle, l'AOC Emmental Suisse, elle, exclue le Jura suisse) et un peu de la Bresse. Le berceau du Munster et celui du Morbier ou de l'Abondance, mis bout à bout! Mais je m'égare, car l'IGP ne se réfère pas à un terroir, juste à un territoire et à une façon de faire.

Le lien au terroir, c'est le fond de commerce de l'AOP. Le produit tire son unicité, sa spécificité de sa provenance. En résumé, on ne peut pas le faire ailleurs, Max. C'est d'ailleurs pour cela, sans doute, que dans le cas de la Feta, l'AOP couvre l'ensemble du territoire grec, îles comprises. Sacré terroir! La Grèce a bien bataillé pour se réserver cette mention. Et l'Europe lui en a finalement accordée l'exclusivité, sans se montrer trop regardante sur les modes ou les lieux de fabrication.

C'est là un des charmes de l'UE: amalgamer des pays très encadrés et des pays très laxistes. Et à nous, journalistes, on demande de faire passer le message de l'authenticité, sans rechigner, sans mettre en doute les belles phrases qui sonnent creux.

Bon, j'arrête là, car plus on creuse et plus on trouve de trous dans cette réglementation des labels de qualité. Normal, pour un emmental...

 

00:43 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Fromages, Gastronomie, Suisse | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : fromage, aop, aoc |

28 avril 2010

Petit quiz fromager

Je suis un petit fromage rond et mon nom évoque celui d'un accessoire du vigneron.

Qui suis-je?

 

 

07:43 Écrit par Hervé Lalau dans Fromages | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : quiz, fromage, france |

13 août 2009

Champion du vrai Camembert

Voici quelques mois, à l'occasion de la délirante affaire "Lactalis contre Graindorge" (voir ici), (et ici) je me permettais te tancer (gentiment) les supermarchés qui ne proposent plus de Camembert de Normandie AOP, mais les ersatz pasteurisés de grands groupes industriels, fallacieusemet affublés de jolis noms campagnards.

Et comme c'est mon magasin de référence, je pensais d'abord à Champion.

Je reviens aujourd'hui à ce thème, non pour faire amende honorable, mais pour me féliciter que les choses changent. Dans "mon" Champion, depuis quelque temps, je revois du Camembert du Normandie - au lait cru, donc. A la marque Graindorge, justement.

Si mon grain de sel a pu profiter au Graindorge, alors, tant mieux. Si quelques lignes sur ce blog ont ce petit pouvoir, alors, je ne regrette plus les heures passées devant l'écran.

Et j'en profite pour vous remercier pour votre fidélité, amis lecteurs. Car sans démago aucune: c'est vous qui me poussez à continuer.

Oserais-je vous demander encore un petit effort: si vous pensez Camembert, pensez Normandie, et Lait Cru.

21:55 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : camembert, lait cru, fromage |

23 avril 2009

D'amour et de Comté

Le Comté était à Bruxelles, mardi, pour conter fleurette à la presse; je t'aime un peu, beaucoup, intensément, aromatiquement... diversement.

En clair: il y a au moins autant de Comtés que de fruitières, et si vous multipliez cela par les terroirs, les saisons, la longueur de l'affinage, le type de caves, vous commencez à entrevoir la richesse du produit. Autant dire qu'il y a un Comté pour chaque moment et pour tous les goûts, du bébé qui fleure encore son lait au plus vieux, à la bouche pleine d'épices. Les fleurs des pâturages de printemps, le foin de la fin de l'été, la rigueur du Haut-Doubs, la douceur un peu plus méridionale de la zone bressane, les déclinaisons sont infinies. Comme les possibilités d'accords gourmands.

Comte 17

Connaissez-vous vraiment le Comté?

 

Des accords, c'est justement ce que nous proposait mon confrère Marc Vanhellemont, grand connaisseur des terroirs jurassiens, en matière de fromages comme de vins. Avec l'aide d'affineurs (dont les incontournables Bernadette Delange et Jacky Cange, certainement ce qui ce fait de mieux dans le genre passionné en Belgique), il nous en proposait sept.

Les vins choisis était éclectiques, du Riesling alsacien au Châteauneuf en passant par le fameux vin jaune, le Champagne... et un superbe Porto. Bien sûr, chacun peut y aller de sa préférence, c'est le jeu. Mais il faut reconnaître qu'il n'y avait aucun impair.

 

L'amour sage et l'amour vache

Pour certains mariages, on parlera d'amour, comme entre le Comté de la Baroche (Arnaud Juraflore) et le Porto 10 ans d'âge de Niepoort. Citons l'ami Marc, qui sait si bien manier la langue des saveurs: "Accord très précis, très pointu, dans lequel les quantités jouent un rôle important, il faut plus de fromage que de vin pour bien en apprécier l’alliage. Viennent alors spontanément la garrigue chaude de soleil, les herbes sèches, les épices, le café, l’iode. Le Porto déshabille le Comté, lui enlève tout son galbe, son embonpoint, et met en évidence sa richesse aromatique. En échange, le fromage absorbe le sucre et l’alcool et redessine les contours parfumé du lusitanien".

Dans un même ordre d'idée, il y a l'alliance entre le Comté d’Arinthod, affiné par Marcel Petite, et le Riesling Grand Cru Schlossberg 2004:  "Le Le vin se joue du fromage. Il le dépouille en un clin d’œil et ne lui laisse que ses grains minéraux. Cela ne dure qu’un temps, les parcelles aromatiques rebondissent et viennent crier amande, poivre et vanille à l’Alsacien suffisant. Ce dernier ouvre les yeux et reconnait la richesse du Comté pour qu’ensemble ils jouissent des poires fondantes presque oubliées". Que dire de mieux? Ce Blanck est une merveille.

Ou encore pour le le Comté de Rix-Trebief, affiné par Vagne, et le Châteauneuf de La Bastide Saint-Dominique 2006 (un grenache aux tannins très discrets): "Le fruit! Un accord très fruité, dont les fruits partent à l’alambic et nous distillent quelques liqueurs de fruits noirs, de fruits rouges et de fruits jaunes ; les épices réchauffent l’alcool jusqu’à ce que tout se fonde dans un flou crémeux qui réclame l’étincelle qui fera tout flamber".

Pour d'autres, on parlera plutôt d'assaut (ou d'amour vache, c'est trop facile!). Comme entre le Comté de Valdoreille, affiné par Marcel Petite, et le Château Châlon 2002. Ce n'est pas parce que l'on reste en terrain régional que le dilaogue est moins véhément: "Au chat et à la souris, comme deux gamins, ils se coursent ! Du coup, les arômes apparaissent d’une façon séquentielle. Leur complexité se perçoit quand enfin la course folle s’apaise. Se tressent alors en une natte délicate l’iode, l’amande, le poivre, le marc, les noix, … cela ne s’arrête pas ! Le fromage en rajeunit, comme le vin. L’un retrouve sa crème… fraîche, le vin son fruit croquant".

Bon, vous l'avez compris, l'exercice était des plus réussi. L'ambiance (la belle terrasse ensoleiilée du Jaloa, place Sainte-Catherine) était propice à la dégustation, à l'échange, à la découverte. La dernière bouchée avalée, je me suis retrouvé dans la rue tout esbaubi des merveilles de cette nature jurassienne, qui d'un fromage nous fait une symphonie d'arômes.

Je ne regarderai plus jamais mon assiette de Comté de la même façon. Et si à vous aussi, j'ai pu faire passer le message de cette richesse, si j'ai pu vous inciter à jouer la variété sur votre plateau de Comté, alors je n'aurais pas perdu mon temps.

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Compagnon inattendu, mais très fringant, du Comté: le tawny 10 ans d'âge de Niepoort

11:54 Écrit par Hervé Lalau dans Jura | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vin, fromage, franche-comte |

23 février 2009

Condrieu, c'est aussi... la Rigotte

Outre un grand blanc du Rhône septentrional, Condrieu abrite depuis fort longtemps un fromage, la Rigotte. Celle-ci vient de se voir attribuer l'AOC, comme l'annonce l'INAO.

 

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La Rigotte de Condrieu AOC

 

"Le 15 janvier dernier, la « Rigotte de Condrieu » est devenue le 45ème fromage AOC en France. Il s'agit d'un un fromage à pâte molle, non pressée fabriqué à partir de lait de chèvre cru entier, non standardisé. Son moulage est réalisé à la main afin de garantir une texture ferme et homogène.

Après une période minimale d’affinage de 8 jours, il se présente sous la forme d’un petit palet circulaire, de 4,2 à 5 cm de diamètre, de 1,9 à 2,4 cm de hauteur.
Il présente une flore de surface composée de moisissures de couleur ivoire, blanches ou bleues. Sa pâte est blanche à ivoire, ferme et lisse. Il renferme au moins 40 g de matière grasse pour 100 g de fromage.
La Rigotte de Condrieu est produite sur le massif du Pilat, situé au sud ouest de la ville de Lyon (Parc naturel du Pilat). La production du lait, sa transformation en fromages et l’affinage de ceux-ci ne peuvent être réalisés que dans 48 communes de cette zone.
 
Dès le 19ème siècle, ce fromage au lait de chèvre prend le nom de la commune de Condrieu qui était l’un des lieux de commercialisation.
Dès cette époque, la Rigotte de Condrieu, clairement identifiée comme un fromage de petite taille, élaboré à partir de lait de chèvre est gratifiée d’une notoriété régionale. Cette réputation est attestée durant tout le 20e siècle".
 
60 tonnes de Rigotte ont été produites en 2008 dont 35 tonnes en production fermière.
Cette production se répartit entre 16 producteurs fermiers et une fromagerie qui transforme le lait de 13 producteurs laitiers.
 

Plus d'info: www.inao.gouv.fr

08:11 Écrit par Hervé Lalau dans Rhône | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : fromage, aoc |

04 décembre 2008

Guerre du Camembert: L'avis de Périco

En écho à nos posts récents sur la "Guerre des Camemberts", je vous livre ce lien vers l'article paru dans Marianne sous la plus de Périco Lagasse. Bonne dégustation... et bon lait cru, bien entendu...

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article8700

 

11:14 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fromage |

20 octobre 2008

Camembert au lait Cru Domaine de Saint Loup: contre-expertises négatives

Suite du feuilleton Saint Loup/Lactalis.

Les contre-expertises effectuées sur les lots de Camembert de Normandie AOC du Domaine de Saint Loup retirés la semaine dernière suite à la dénonciation de Lactalis... révèlent que les fromages en question ne contenaient pas de bactéries pathogènes.

Le patron de Saint Loup, Thierry Graindorge, précise que ni la contre-analyse effectuée en interne sur des échantillons conservés, ni celles réalisées par les services vétérinaires n'ont mis en évidence de bactéries pathogènes.

Alors, de deux choses l'une. Ou bien les laboratoires de Lactalis sont très mal équipés - ce qui poserait un problème grave de santé publique: les produits de Lactalis seraient potentiellement dangereux.

Ou bien il s'agit d'une manoeuvre pour discréditer un concurrent, et plus généralement jeter le doute sur les fromages au lait cru, dont Lactalis ne veut plus. Thierry Graindorge semble de cet avis: "On n'a pas le droit de salir les gens en faisant de telles investigations sauvages sur des produits qui sont élaborés par des entreprises sérieuses", a-t-il déclaré.

Mais si, on a le droit... tant qu'on ne perd pas en justice. Pourquoi croyez-vous que Lactalis entretienne tant de juristes?

Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose...

Qui rendra à Saint Loup sa réputation?

 

 

16:57 Écrit par Hervé Lalau | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : fromage |

17 octobre 2008

Fromage au lait cru (suite)

A ceux qui me font l'honneur de suivre mon petit feuilleton sur le fromage au lait cru, je conseille d'aller voir sur le blog Plume de Presse ce qu'un confrère français a mis au jour à propos de la "guerre du fromage" menée par Lactalis, non seulement au plan de la production, mais aussi des médias.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le chargé de communication de ce groupe n'en sort pas grandi.

Si l'argent prend le pas sur toute autre considération dans un débat pluraliste, si la presse est perçue comme un produit qui s'achète, nous autres consommateurs de fromage (et d'idées) sommes mal partis.

Pour en savoir plus:

http://olivierbonnet.canalblog.com/archives/2008/01/08/7490072.html

18:08 Écrit par Hervé Lalau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fromage |

12 octobre 2008

Soutenons la Fromagerie du Domaine de Saint Loup!

Me voici à nouveau qui vous parle de fromage. Un produit noble, tout comme le vin. Enfin, dans le meilleur des cas... Mais venons-en au fait.

Les lecteurs les plus assidus ce ce blog s'en rappellent sans doute, le géant laitier français Lactalis, sous couvert de sécurité sanitaire, voulait que l'AOC Camembert de Normandie soit ouverte aux produits pasteurisés, permettant ainsi à ses fromageries de traiter plus de volume et d'abaisser ses tarifs. Les producteurs de Camembert au lait cru ne l'entendaient pas de cette oreille, et l'INAO leur a donné raison.

C'est peu dire que Lactalis admet mal sa défaite. Il a d'abord joué de la menace socio-économique, annonçant la fermeture de son usine Lepetit - puisqu'il n'entend plus respecter le processus d'élaboration de l'AOC, autant sortir carrément de la zone de production. Sous entendu: chers travailleurs, voyez à quoi nous mène la fronde de petits producteurs irresponsables.

Pour faire bonne mesure, voici que le groupe alerte les autorités françaises sur la contamination de lots de fromages au lait cru de la Fromagerie du Domaine de Saint-Loup, à Cambremer. Celle-ci exige bien sûr à une contre-expertise. Il ferait beau voir que les services de la santé se basent uniquement sur les analyses des concurrents! En attendant, les lots ont dû être rappelés, et l'image de Saint-Loup n'en sortira pas indemne.

Tout ceci laisse comme un sale goût de plâtre dans la bouche. Vous savez, comme ces pâtes molles à croûte blanche qu'on croirait sorties de chez Knauf.

Ce n'est pas parce qu'on alimente l'Europe agueusique de fromages aseptisés qu'on a le droit d'empêcher les autres de faire de bons produits. Répétons-le pour tous ceux qui reviendraient d'un long voyage sur la planète Stuc, les fromages pasteurisés sont globalement et potentiellement plus dangereux que les fromages au lait crus - la plupart des cas de contaminations ont d'ailleurs été relevés sur des fromages flash-pasteurisés. Et ils sont le plus souvent occasionnés par un mauvais stockage chez le consommateur, pas par un défaut à la production.

Comme le disent les responsables de la Fromagerie Saint-Loup, il y a derrière tout cela  un relent de guerre du Camembert. Et nous ajouterons, de pot de terre contre le pot de fer.

Lactalis est un groupe puissant, qui ne craint ni l'intimidation, ni les joutes juridiques - même dans l'affaire de la Feta aveyronnaise, il a tenu tête à la Grèce pendant des années. Ses coups de production plancher lui permettent certainement de mettre de l'argent de côté pour l'entretien d'une foule d'avocats et de communicants de haut vol.

Les petits producteurs de lait cru n'auront sans doute pas les moyens de soutenir longtemps ce type de combat. Sauf si nous, les consommateurs, nous rangeons à leurs côtés.

Refusons de céder à la panique entretenue artificiellement autour du lait cru pour des raisons commerciales!

Nous n'aurons pas le mauvais goût d'appeler au boycottage des produits de Lactalis -  nous ne les consommons déjà plus depuis longtemps. Au pays des Emmental sans croûte et du "mainstream Camembert" ,même dit "de Campagne", les borgnes sont rois.

Nous vous encourageons au contraire à consommer plus de produits au lait cru. Le seul argument qui peut faire mouche face aux grands groupes industriels, c'est la courbe des ventes.

D"avance, merci de votre soutien. Si vous pouvez faire passer l'info, ce sera déjà bien.

 

Saint Loup

13:19 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : fromage |

29 septembre 2008

Quand la machine administrative s'emballe

Mon collègue québécois Samy Rabbat me transmet cette information qui fera frémir plus d'un honnête producteur, qu'il soit Canadien ou non, fromager ou non. Ca n'arrive pas qu'aux autres...

Le 25 août dernier, la vie professionnelle de Gilles Blackburn a basculé. Agriculteur et copropriétaire de la Fromagerie Blackburn, une entreprise familiale établie à Jonquière, il apprend que le Ministère de l'agriculture, des Pêcheries et de l'alimentation du Québec (MAPAQ) s’apprête à émettre un communiqué dans lequel son entreprise sera ciblée. Une pointe de fromage, Le Mont Jacob, qu’il a produit a été saisi lors d’une intervention, le 14 août, au magasin Octofruit de Sainte-Thérèse. Les analyses effectuées par le MAPAQ indiquent que le fromage était porteur de listéria.
Il apprendra par la suite que le fromage avait été contaminé par «contamination croisée», c’est-à-dire que la pointe de fromage avait été manipulée et serait entrée en contact avec soit un couteau, une surface ou une personne qui aurait précédemment manipulé un autre produit frappé de listeria.

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C’est l’Agence canadienne d’inspection des aliments (l’ACIA) qui communique avec M. Blackburn pour lui faire part des résultats des analyses du MAPAQ indiquant une contamination à la listéria et lui ordonne de cesser la distribution de ses produits jusqu’à nouvel ordre et de fournir toutes les données pertinentes à la production de ses fromages tout en précisant que d’autres produits seraient impliqués.

UN COUPABLE À TOUT PRIX

Le jour même, le MAPAQ émet un communiqué pour annoncer la présence de listéria dans le fromage Le Mont-Jacob de la Fromagerie Blackburn, saisi chez Octofruit, à Sainte-Thérèse. Il devient alors le seul producteur de fromages du Québec a être ciblé par le MAPAQ dans ce communiqué, qui a déclenché la vague de saisies chez les distributeurs et dans les boutiques spécialisées, alors qu’aucun résultat d’analyse sur la meule du détaillant n’aient alors été confirmé.

“Le risque que pose la bactérie listeria est faible pour la plupart des gens,” affirme le docteur Jacques Goulet, microbiologiste, agronome de formation et professeur, depuis 30 ans, au département des Sciences des Aliments et Nutrition de l’Université Laval (Québec).

“On aurait du procéder autrement en s’inspirant de ce que l’ACIA a fait dans des dossiers analogues”, confie-t-il.

La Fromagerie Blackburn, lors de sa fondation, en octobre 2006, a choisi de se mettre sous une juridiction fédérale ce qui permet à la fromagerie de vendre et d’exporter ses produits en Ontario et dans le reste du Canada. Parce que le territoire à conquérir était plus vaste, la publication du communiqué du MAPAQ impliquant son entreprise dans ce cas de “listériose annoncée” rendait le problème encore plus énorme.

L’annonce a eu des répercussions à travers le pays.

“Lorsqu'on écrit que les résultats des analyses sur le morceau de fromage contaminé a démontré qu'il y avait une contamination CROISÉE, cela veut dire, explique Gilles Blackurn, qu’il peut être causé soit par le couteau, les mains du technicien qui manipule le produit ou encore que le lieu où il a été déposé était déjà contaminés. Ce n’est donc pas ma fromagerie qui devrait être mise en doute.”

Soucieux de blanchir son nom, M. Blackburn fait appel aux services d’un laboratoire indépendant (Laboratoire SM à Sherbrooke) pour analyser une meule du même lot: M8171. De son côté, l’ACIA exige des échantillons de ces mêmes produits pour faire ses propres analyses.

Les résultats de toutes ces analyses, tant celles du MAPAQ, de l’ACIA que celles du laboratoire indépendant, confirment que les fromages produits par la Fromagerie Blackburn et la meule intacte du Mont-Jacob retrouvée chez le détaillant Octofruit, étaient exemptes de contamination à la listéria.

Mais depuis la publication du communiqué du MAPAQ, le 26 août dernier, «le Canada tout entier a eu l’impression à tort que les installations de la Fromagerie Blackburn étaient insalubres puisqu’elles sont ciblées comme étant la source de l’éclosion de la listériose mais qu’aucune analyse et/ou inspection n’avaient été effectuée à la Fromagerie lors de la diffusion de ce communiqué » précise Monsieur Blackburn.

COUPABLE À LA « UNE » - INNOCENTÉ EN CATIMINI


Malgré les résultats négatifs de ces analyses, personne ne veut dire ouvertement qu’on a peut-être agi avec précipitation en ciblant la Fromagerie Blackburn :
Le 28 août, madame Denise Leduc du Centre québécois d’inspection des aliments et de santé animale affilié au MAPAQ confirme à M. Blackburn qu’il y a absence de contamination dans les fromages analysés;
Le 29 août, les analyses privées effectuées par le laboratoire SM de Sherbrooke confirment des résultats négatifs pour tous les fromages analysés à la Fromagerie Blackburn;
Le 2 septembre, madame Francine Boutin de l’ACIA communique avec monsieur Blackburn pour confirmer qu’il n’y avait « aucune trace de contamination dans aucun des lots de Mont Jacob, ni dans les autres produits analysés, non plus que dans l’environnement. »
Cependant, à l’exception du laboratoire privé auquel a fait appel monsieur Blackburn, personne ne veut confirmer sur papier, les résultats des analyses.

LE RÔLE DU MAPAQ

Le docteur Jacques Goulet s‘est dit étonné de l’attitude du MAPAQ dans cette histoire.

“Le lien de confiance qui existe entre les consommateurs et les producteurs de fromage repose essentiellement sur la qualité des produits offerts et sur l’efficacité du système d’inspection des usines et des comptoirs de vente par les instances gouvernementales concernées. La protection de la santé des consommateurs justifie certainement la mise en place de mesures extraordinaires lorsqu’il y a évidence de menaces sérieuses”.

“Il est en effet important de sonner l’alarme dans ces moments particuliers mais il est tout aussi important d’informer la population que c’était une fausse alarme quand on a des résultats qui le démontrent. Malheureusement il semble qu’au Québec on soit beaucoup plus rapide à accuser qu’à se récuser. J’ai beaucoup de sympathie pour les petites fromageries québécoises, comme celles de M. Gilles Blackburn, qui essaient de survivre dans cette tempête médiatique et qui sont accusées injustement.” de conclure le professeur Goulet.

Le docteur Goulet est un des membres fondateurs du STELA, un groupe de recherche en Science et Technologie du Lait. M. Goulet est l’auteur de rapports techniques et de travaux scientifiques respectés en microbiologie et en technologie alimentaire. Il siège à de nombreux comités scientifiques des secteurs de la biotechnologie, de l’agriculture et de l’alimentation.

Pour monsieur Blackburn, cette situation est intenable. Il a été le bouc émissaire du MAPAQ qui l’a identifié comme étant la source de l’éclosion de listériose dans les fromages avant même d’avoir reçu les résultats des analyses mais qui, aujourd’hui, refuse de le dédommager pour ses pertes financières importantes.

Monsieur Blackburn dont le chiffre d’affaires annuel oscillait entre 500 000$ et 700 000$ (une moyenne de 15 000$ de commandes par semaine) se retrouve aujourd’hui devant rien. Il n’a plus de commandes et évidemment, personne ne s’intéresse plus à lui, médias compris, alors qu’il n’a aucun moyen pour rassurer le public afin de reprendre ses opérations et de distribuer ses produits tant au Québec qu’au Canada, ce que lui permet sa licence de l’ACIA.

En plus de ces pertes, M. Blackburn avait investi cette année plus de 30 000$ pour l’achat d’équipement neuf pour améliorer le rendement de sa fromagerie et qui, pour le moment demeure inutilisé. En prévision de la saison d’automne, la fromagerie Blackburn avait préparé un stock de meules de ses produits. Il devra les détruire dans quelque temps, la date de péremption approchant et qu’après cette date, aucun produit ne peut quitter la fromagerie.


Source : Caroline Sabbagh

Plus d'info: CRÉA COMMUNICATIONS,
caroline.sabbagh@creacommunications.ca

18:24 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fromage |

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