21 décembre 2011

Miguel Torres Chili met sa gamme à l'heure des vallées

J'ai visité Viña Miguel Torres, à Curico, en mai dernier. J'y ai dégusté, notamment, sa gamme Cordillera. Mais voici que celle-ci se restructure, sous l'impulsion de Miguel Torres Junior (le patron de la filiale chilienne du groupe espagnol) et de son oenologue Fernando Almeda.

Celle-ci accueille en effet une nouvelle ligne, la Colección de Valles; concrètement, il s'agit de présenter au consommateur, non plus un assemblage de vins issus des différentes vallées, comme c'est la règle dans la plupart des grandes wineries chiliennes, mais une déclinaison de vins de trois des grandes vallées qui divisent le pays viticole, du Nord au Sud, et qui sont autant de dénominations d'origine. A savoir,

- pour la D.O Valle de Limarí, le Cordillera Chardonnay 2011

- pour la D.O. Valle de Curicó, le Cordillera Espumoso Pinot Noir Brut et le Cordillera Carmenere 2008 D.O

- pour la D.O Valle del Maule, le Cordillera Syrah 2008 et le Cordillera Carignan 2008

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Les vallées du Chili

Cinq vins seulement, mais une petite révolution au pays des assembleurs, où les DO existent, certes, mais sont encore relativement peu usitées, au moins par les plus grands exportateurs.

A suivre...

 


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16 juin 2011

Cono Sur (Le retour)

J'ai visité Cono Sur pour la première fois il y a deux ans, avec Brandabout, en compagnie de Louis Havaux et d'Aristide Spies. C'était mon tout premier contact avec la viticulture chilienne. Il faisait chaud, c'était en janvier, l'été, là-bas. Arrivant d'une Europe congelée, le constraste était saisissant. Et pas seulement en termes de température. Il soufflait là un vent de dynamisme dont on ne perçoit plus tellement souvent les effluves sur le Vieux Continent. Mais voila que je généralise, il y a bien sûr beaucoup d'exceptions. Sauf qu'en termes de réglementation, les producteurs chiliens ont les coudées beaucoup plus franches. J'ai déjà abordé ce problème dans maintes et maintes chroniques. Toujours est-il que chez Cono Sur, cette liberté est mise à profit pour faire des vins qui ont une personnalité, à défaut d'appellation.

Cette année, à l'occasion de ma deuxième visite, cette impression s'est confirmée.

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Il est peut être utile de rappeller ce qu'est Cono Sur; à savoir, une division du groupe Concha y Toro, mais complètement indépendante en matière de vinification et d'approvisionnements, avec comme raison d'être, les vins de spécialité (cépages rares, agriculture biologique, etc..).

 Il s'agit quand même d'une grosse entreprise (50 millions de litres de production, environ).

A l'occasion de notre visite, l'équipe technique et commerciale, jeune, internationale, sympathique et compétente, a bien fait les choses. Nous avons eu droit à une véritable revue d'effectifs, à savoir, une quinzaine de vins. Voici mes notes:

Sparkling Bio Bio Valley
Base chardonnay, 3% pinot noir et 2% riesling
Frais, facile, pomme mure verte, pain. Pour Cono Sur, le mousseux est un projet assez neuf; l'équipe a essayé plusieurs origines avant de choisir Bio Bio, pour sa fraîcheur, et l'acidité assez prononcée de ses chardonnays. Bon choix. 13/20

Cono Sur Sauvignon Reserva blanc 2010
Origine: Casablanca.  Citron vert, notes tropicales ananas un peu d'asperge verte, 3 grammes de sucre résiduel, un peu trop variétal et végétal à mon goût, mais très correct. 13/20

Cono Sur "20 Barrels Limited Edition" Sauvignon 2009
El Sentinela est une des vignobles du Chili les plus proches du Pacifique, au Sud de Casablanca; mais il se situe aussi en altitude et reçoit donc directement les brises de l'Océan. Les rendements y sont naturellement assez faibles.
Au nez, le pamplemousse et le coing  prennent le pas sur le côté végétal (asperge verte), le vin est à la fois concentré mais fin, la finale ets longue, grâce à une bonne charpente acide. 15/20

Chardonnay "Organic" San Antonio 2010
Le nez, citrique, est assez simple, avec quelques notes d'acacia. En bouche, le vin, sans être dilué, apparaît comme en sourdine. A l'aération, quelques notes de poire. 12,5/20

Cono Sur "20 Barrels Limited Edition" Chardonnay 2008
100% fermenté en barrique neuve Francois frères
Ce vin n'a rien de toasté, il est plus sur les épices et la vanille douce, et au nez comme en bouche, il reste frais,il y a pas mal de fruits blancs et d'agrumes sous la barrique; Toute ceci nous donne un vin d'une belle buvabilité, avec une finale sur l'ananas et le bois doux. 14,5/20

Cono Sur Riesling Reserva 2010
Très floral, rose blanche, pèche, pas de pétrole, mais plutôt du citron.  7g de sucre résiduel. 13/20

Cono Sur Viognier Reserva 2009
Barrique, et pêche blanche abricot, jasmin, bonne acidité, un peu amer en bouche équilibré 13/20
Ce viognier assemble des raisins de Chimbarongo et de Limari (cimats plutôts frais, en moyenne)

Cono Sur Gewurztraminer réserva 2010
Eau de ros et cannelle au nez; la bouche est assez grasse, avec des nuances de réglisse, de cumin et de mandarine. L'oenologue a su éviter le piège de la surmaturité, et c'est tant meiux, car en dépit de sa grande séduction au nez, le vin reste équilibré. 14,5/20

Pinot noir Reserva 2010 Casablanca
Fruits des bois, prune, cannelle, réglisse au nez; la bouche présente des notes fumées (le vin a passé 10 mois en fûts, mais usagés), avec un petit côté guignolet; les tannins sont fins, c'est un joli pinotassez gourmand. 13,5/20

Cono Sur 20 Barrels Casablanca
Joli fruit cerise fraise, grillé, bonne mâche, retour du fruit, notes animales tabac, bonne charpente acide mais fruit un peu cuit. Bel élévage, tout de même. 13/20

Ocio Pinot noir 2009 Casablanca
Superbe fraise gariguette, cerise de Bâle, tannins suaves, belle longueur, élégant, fin, un vin dont on se souvient longtemps. Et en parlant de souvenir; ce vin m'avait déjà plu dans son méillésime 2007, mais là, tant du côté de l'élevage que de la matière première, du fruit, du corps, je trouve qu'on a encore franchi un palier. 16/20

Cono Sur 20 barrels merlot 2008
Notes animales au nez, épices de cuisine, compote de cassis; en bouche, c'est un peu dur, le vin présente beaucoup d' extrait, on finit sur du moka un peu amer. 12,5/20

Cono Sur Carmenère Reserva 2009
Très joli nez, fruit noir mur, bouche suave, long, sapide, tannins suaves amer. 14,5/20

Cabernet Carmenère Organic 2010
Sympa, très solaire (le soleil de la Colchagua), pas mou pourtant, un peu de cuir, assez facile, des tannins un peu granuleux en finale. 14/20

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Cono Sur  20 Barrels Syrah 2008 (Limari)
Très beau fruit, frais, groseille,  olive noire,  rond et vif en bouche, bel élevage. 16/20

Cono Sur 20 Barrels Cabernet Sauvignon 2008 (Maipo)

Un vigne sur sols alluviaux, assez riches.
Au nez, une exploision de fruit noir, très gourmand; en bouche, du cassis, des tannins serrés mais suaves, un peu de fumée; le  fruit reste bien en place tout au long de la bouche, mûr mais pas compoté, la finale aporte une petite touche d'eucalyptus. 15/20



00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Chili | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, chili, cono sur |

01 juin 2011

Le Chili, longitudinalement

Mon excellente consoeur Mariana Martinez m'informe de la parution au journal officiel chilien d'un nouveau texte réglementant les mentions d'origine des vins du pays. Selon ce nouvel article 5 bis, les zones de production bénéficiant d'une Dénomination d'Origine sont ventilées entre trois groupes géographiques.

Los Andes:

Vicuña y Paiguano (del Valle del Elqui);  Monte Patria y Río Hurtado (del Valle del Limarí); Salamanca e Illapel (del Valle de Choapa);  Santiago, Pirque, Puente Alto y Buin (del Valle del Maipo); Requinua y Rengo (del valle del Cachapoal);  San Fernando y  Chimbarongo (del Valle de Colchagua);  Romeral y Molina (del Valle de Curicó);  San Clemente (del Valle del Maule).

 Entre Cordilleras:

Punitaqui (Limarí);  Panquehue (Aconcagua); Isla de Maipo, Talagante, Melipilla, Alhué y María Pinto (Maipo); Rancagua y Peumo (Cachaopal), Santa Cruz, Palmilla, Peralillo y  Marchigue (Colchagua), Rauco y Sagrada Familia (Curicó); Talca, Pencahue, San Rafael, San Javier, Villa Alegre, Parral, Linares y Cauquenes (Maule); Chillán y Quillón (Itata); Yumbel, Mulchén (Bíobío) y Traiguén (Malleco).

Costa:

Ovalle (Limarí);  San Juan  y Valle del Marga Marga (San Antonio);  Lolol (Colchagua);  Portezuelo y Coelemu (Itata); Casablanca. 

 

Cette information additionnelle n'est pas inintéressante, car la position longitudinale des vignobles influence  effectivement beaucoup les vins du Chili, au moins autant que leurs "vallées". Son utilité pratique, par contre, est discutable, le plus gros de la production étant constitué de blends de différentes régions, et exportés sans nom de DO, ou bien sous des dénomination strès cavstes comme Central Valley.

A ce propos, notons que seuls les vins issus de raisins provenant à 85% minimum de leur zones respectives pourront ajouter la mention de Costa, de Los Andes ou de Entre Cordilleras, alors que pour porter le nom de leur seule DO, le chiffre de 75% suffit. Une bizarrerie que ma consoeur ne manque pas de mettre en lumière.

 

 

00:26 Écrit par Hervé Lalau dans Chili | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignobles, chili |

08 mai 2011

De Santiago à Mendoza

Le vol n’a pas beau durer que 35 minutes et quelque, le temps d’un saut de puce au dessus des Andes, passer de Santiago à Mendoza, c’est vraiment changer de monde. Nous quittons le Chili sous la grisaille (ici, c’est comme en novembre en Europe), et à peine franchie la montagne, on se retrouve sous le ciel bleu… et au dessus d’une sorte de désert ocre et rouge zébré de routes, avec ça et là, des oasis de vert. Ca secoue sec en descendant, les vents sont forts, on est content d'atterrir.

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A droite, le Chili sous les nuages, à gauche, les contreforts des Andes.

 

Descendu de l’avion, c’est le premier contact avec une Argentine un peu endormie, en pleine chaleur (25°), un climat très sec et un ciel très pur (nous sommes à 900m d’altitude), et puis une ville très étendue, des avenues bordées d’arbres, de jolies maisons, face à des tas de ferraille.
Désolé d’imposer ces lieux communs à tous ceux qui connaissent l’Amérique latine. Mais pour les autres : le Chili et l’Argentine, ou en tout cas Mendoza, c’est aussi différent que deux pays voisins peuvent l’être, le contraste étant d’autant plus saisissant qu’on ne s’y attend pas.

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Les Andes passées, la descente vers le haut plateau entourant Mendoza, sec et quasi désert


Voilà qui devrait se traduire dans les vins... Marc et moi partons immédiatement pour Lujan de Cuyo le vérifier chez Weinert et chez Hubert Weber.

La suite au prochain numéro !

03:13 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine, Chili | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, voyage, chili, argentine |

07 mai 2011

Amayna ou les grands vins chiliens de climat frais

Au début des années 90, quelques pionniers de la viticulture chilienne ont pointé le bout de leur nez en dehors de la Vallée Centrale, à la recherche de terroirs plus frais, de sols particuliers, en un mot, en quête de différence.

Parmi les premiers dont ils purent identifier le potentiel qualitatif, on trouve celui de Leyda, dans la région de San Antonio; nous sommes ici à une centaine de kilomètres à l'Ouest de Santiago, et à une vingtaine du Pacifique.

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Le vignoble et la cave d'Amayna

Argiles sur sables et granit en décomposition, climat frais influencé par les eaux froides du courant de Humboldt, avec en corollaire la promesse d'une maturation plus lente des raisins, une bonne amplitude thermique entre jour et nuit au cours du cycle de développement du raisin, tout semblait réuni pour produire de grands vins, notamment des blancs.

Sauf une chose d'importance dans une zone aride: l'adduction d'eau. Les pionniers ont donc repris leur sac à dos pour le poser un peu plus loin au nord, à Casablanca.

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Mauricio Figari

Ce n'est qu'au tournant du millénaire qu'ils sont revenus à Leyda, le problème de l'eau ayant été en grande partie résolu grâce à un nouveau système d'irrigation puisant dans le Rio Maipo.

Parmi ces défricheurs, on trouve la famille Garces Silva, qui s'est installée à Leyda dès 1998. Le domaine compte 170 ha de vignes, dont un cinquantaine servent à produire le vin de la maison, la gamme Amayna (accalmie). Le reste étant vendu en raisin à d'autres producteurs, de plus en plus friands de la production locale. Ici, pas besoin de réacidifier les blancs, les pH sont naturellement bons.

C'est Mauricio Figari, le directeur général, qui nous reçoit par une journée maussade et fraîche - au sortir de Santiago, le temps s'est subitement mis au gris; la preuve par l'exemple que le climat chilien varie au moins autant d'est en ouest que du nord au sud.

Il nous présente l'oenologue  de la maison, Francisco Jose Ponce Sanhueza; celui-ci est convaincu du potentiel d'élégance que portent en eux les terroirs de Leyda, mais que pour cela, il faut tout faire pour préserver l'intégrité des raisins et de leur arômes: rien de très neuf dans le discours, sauf que comme nous l'allons voir, lui, il le fait; il est assisté par le consultant suisse Jean-Michel Novelle, un vrai passionné, à la vigne et au chai. La cave est d'ailleurs d'une propreté toute hélvétique, et les baies sont soignés comme des jeunes mariées (pas de contact avec le sol, réfrigération, table de tri, etc). 

Le premier vin a vu le jour en 2003. La gamme est courte: 5 vins. Un sauvignon sans barrique, un sauvignon barriqué, un chardonnay barriqué, un pinot noir et une syrah. Voici mes commentaires.

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Trois vins de la gamme Amayna

Amanya Sauvignon 2010

Mauricio Figari nous précise qu'Amayna n'utilise pas le clone n°1 de Davis, le plus courant au Chili, mais le 242 français.

Au nez, jolies notes de citron confit, de maracuja, pomelo; en bouche bourgeon de cassis, pas mal de gras, mais sans aucun côté doucereux, ce vin est d'une remarquable pureté; en finale, on retrouve les fruits tropicaux, et une petite pointe de salinité. Un vin complexe mais d'une grande buvabilité, long et frais, bref, le meilleur sauvignon chilien dégusté jusqu'à présent 17/20.

Amayna Chardonnay 2009

Pêche blanche, poire, ananas au nez; en bouche, des notes florales prennent le relais, du jasmin, notamment; l'ensemble est bien balancé, juste ce qu'il faut de rondeur et de vivacité; en finale déboulent quelques épices et un peu d'acacia. Très joli chardonnay, ample et fruité, avec une envie de revenez-y. J'ai également dégusté le 2008, très serré, bien épicé, mais dans une phase un peu plus fermée au nez, actuellement. 15/20

Sauvignon Blanc Barrel Fermented 2007

J'ai d'emblée un problème avec ce vin; je tente de faire abstraction de ce qui constitue pour moi un paradoxe: employer le bois pour un cépage aux arômes aussi flatteurs que le sauvignon.

Mais au-delà de cet a priori qu'il me faut surmonter (les notes de bois sont d'ailleurs assez légères et ne masquent pas les jolies notes de poire et de pain d'épices), je ne suis pas tout à fait convaincu par l'équilibre en bouche; la douceur apportée par le bois, la rondeur, me semble quelque peu en conflit avec l'acidité. Pas ma tasse de thé, mais c'est tout de même fort bien fait. Ma note? Joker, sur ce coup. Je me méfie trop de ma subjectivité.

Amayna Pinot Noir 2009

Au nez, de la framboise, de la groseille, quelques notes fumées; la bouche est bien droite, vive, sapide et délicatement épicée (réglisse, clou de girofle). "Ces épices derrière le fruit, c'est la marque des bons pinots du Nouveau Monde", nous confie Jean-Michel Novelle. Comme pour les blancs, la finale présente une salinité très intéressante, un petit amer aussi, c'est très pinot, mais un pinot ouvert, gourmand, pas décharné pour un sou. 14,5/20

Amayna Syrah 2008

Ce vin a besoin d'air. Malgré le carafage, j'ai été quelque peu rebuté par le premier nez (géranium, animal, etc...). A force d'agitation (modérée, tout de même), cela s'estompe; apparaissent la prune, le fruit noir.

La bouche, robuste, nous gratifie de jolies notes épicées (thym), de cuir, de tabac, de moka; les tannins sont bien présents, mais sans agressivité. 14/20.

J'ai redégusté le vin au cours du repas. Il se révélait encore mieux sur le ragoût aux haricots, ses tannins se fondant très harmonieusement avec le plat. Vu cette bonne composition, je rajoute un demi-point. 14,5. Et quel potentiel!

En résumé, Amayna est une bonne adresse à retenir!

 

 

 

 

 

 

 


14:47 Écrit par Hervé Lalau dans Chili | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : chili, vin, vignoble, amayna, leyda |

06 mai 2011

Lautaro ou le vin équitable

Du Chili viticole, en Europe, on connaît surtout les marques fortes et généralement bien markettées des gros exportateurs comme Carmen, Errazuriz, Concha y Toro, Santa Rita, Miguel Torres ou Cono Sur, et puis aussi quelques domaines de prestige, comme Clos Apalta; et bientôt Vik, que je vous ai présenté avant-hier. Mais c'est aussi tout un tissu de petits producteurs; producteurs de raisins qui vendent leur fruit aux groupes déjà cités, la plupart du temps.

Certains ont choisi d'unir leurs forces, comme la vingtaine de viticulteurs de la Vallée de Lontué, regroupés sous le nom de Lautaro.

Lautaro, c'est une figure de l'histoire du Chili, un chef indien resté célèbre pour avoir mené la lutte contre les premiers colons. Le pot de terre indigène contre le pot de fer espagnol. Une sorte de Robin des Bois local.

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La vigne organique d'un des membres de Lautaro à Lonhué

Le choix de ce nom ne doit rien au hasard: car derrière ce regroupement, qui a bien sûr des avantages en termes d'économie d'échelle, il y a surtout une réflexion d'ordre social. Lautaro a d'emblée choisi de réinvestir la plus grosse partie de ses bénéfices au profit d'actions en faveur de la communauté, de l'éducation des futurs vignerons, d'une mutuelle d'assurance maladie, etc. L'idée générale, comme l'explique Raúl Navarrete Jara, son directeur gérant, étant "de sortir de la spirale du sous-développement social".

Lautaro diffuse ses vins au travers des réseaux du commerce équitable - son premier client a été Oxfam, en Belgique.

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Don Raùl et l'oenologue de Lautaro

Et les vins, me direz-vous? Ils sont plus que corrects, souples, fruités, "easy-to-drink". Don Raùl évoque la "production propre" au sens philosophique, nous l'avons retrouvée dans le produit. A noter qu'une bonne partie de la culture est biologique.

J'ai particulièrement apprécié le Carménère Organico 2010 un joli fruit mûr, mais pas compoté, ainsi que l'Otoño Chardonnay 2009. Bois bien fondu, notes de poire, bouche ample et souple.

05 mai 2011

Chez Miguel Torres Chile, à Curico

Ce matin, nous avons quitté Vik et Cachapoal pour Curico et le siège de Miguel Torres Chile. Nous attendaient là une belle brochette de vins de cette bodega qui fut une des toutes premières entreprises étrangères à investir au Chili.

Nous avons pu déguster une bonne partie des gammes Santa Digna (certifiée Commerce Equitable) et Las Mulas (Agriculture biologique), qui regroupent des vins commerciaux au bon sens du terme, ainsi que quelques vins de la ligne Cordillera (à noter un excellent Carignan 2007 et un Carménère 2008 à la fois fruité et épicé).

Mais les clous de la dégustation ont été sans conteste le Manso de Velaco 2007 (un cabernet sauvignon à la fois puissant et frais, structuré mais élégant, épicé, juteux, avec de belles notes de cassis, de tabac et de cuir) et le Conde de Superonda 2004 (tempranillo complété de monastrell et de carménère, principalement). Un 2004 qui ne fait absolument pas son âge, avec ses fruits frais (mûre, groseille), ses notes de moka, de cannelle, de cardamome. 24 mois de barrique de Nevers et pourtant, à l'arrivée, le bois ne masque rien, il se fond, il souligne, il met en valeur. Bel exercice de style, mais surtout, grand vin et grand plaisir. Comme quoi les deux ne sont pas incompatibles.

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Miguel Torres Junior et votre blogueur

Après la dégustation, j'ai eu le plaisir d'échanger quelques mots avec Miguel Torres Junior, qui administre cette filiale du groupe. Ce fut très agréable, car autant il connaît son affaire, autant il sait aussi écouter.

Pour le peu que j'ai pu en juger,  il  se passionne pour sa mission, il a l'esprit d'analyse et de décision et il sait se faire apprécier de ses équipes.

A mon sens, Miguel Junior pourrait bien retourner un jour en Espagne, et prendre de plus hautes fonctions encore, quand son père décidera de goûter une retraite méritée. Mais c'est une autre histoire.

03:46 Écrit par Hervé Lalau dans Chili, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : torres, espagne, vin, vignoble, chili |

04 mai 2011

Vik, ou la quête du grand vin au Chili

Trois petites lettres pour un grand vin en gestation: c'est Vik, un nouveau domaine installé à Millahué, à deux cents kilomètres au Sud de Santiago environ, et à 65 km du Pacifique, dans la zone de Cachapoal. Nous sommes tout près de Clos Apalta et de Montes, mais de l'autre côté d'une barrière de collines. Le domaine s'étend sur 4.300 ha, dont un peu plus de 300 sont plantés - plusieurs petites vallées distinctes, plusieurs types de sols, plusieurs orientations, avec comme dénominateur commun l'ensoleillement, mais aussi une fraîcheur apportée par le vent qui souffle du Pacifique, à travers la cordillière de la Côte.

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Avec ce type de cactus, pas de doute, on n'est pas à Pomerol

Tout est mis en oeuvre ici pour produire le meilleur vin possible. Voire même... le premier vin chilien noté 100/100 chez Parker et consorts.

Des études de sols très précises, à partir de carotages, ont permis d'adapter les cépages et leurs différents portegreffes à chaque parcelle; les plantations sont très denses (entre 7000 et 8000 plants à l'hectare); ce qui ne gâte rien, Vik respecte au maximum l'environnement, somptueux, traite le moins possible (un quart du vignoble est déjà en bio, et le reste devrait suivre), irrigue parcimonieusement; et pour la cave à venir, qui n'est actuellement qu'un grand trou (on utilise actuellement le garage à tracteurs), on veillera à l'enterrer pour l'intégrer au site. On n'est pas chez Château Faugères, c'est le vin qu'on veut montrer.

Même avec cet outil provisoire, les vinifications sont très soignées, Vik emploie des cuves inox de petit volume pour pouvoir travailler parcelle par parcelle et cépage par cépage. Le vin est élevé dans ce qui se fait de mieux en matière de barriques.

Les assemblages, quant à eux, sont d'une précision extrême - la plus large place est donnée au Carménère, car Vik entend rester chilien, mais le "blend" comprend aussi du Cabernet Sauvignon, du Cabernet Franc, du Merlot et de la Syrah. Mais je devrais plutôt mettre tout cela au pluriel, car les différents sols et porte-greffes permettent d'obtenir une large palette, plusieurs carménères, plusieurs cabernets, plusieurs syrah, ect...

Pour ce "fine tuning", Vik s'est assuré le concours d'oenologues passionnés: Patrick Valette et Cristian Vallejo, (un ancien de Château Margaux) épaulés par Gonzague de Lambert, à l'interface technico-commerciale. C'est lui qui nous reçoit au "lodge" - un bâtiment sur pilotis, tout en bois, à la fois discret et très bien situé en surplomb d'un lac. Gonzague est le fils du propriétaire du Château de Sales, à Pomerol, venu chercher au Chili sa propre voie dans le monde du vin, un peu à l'image d'un François Lurton. Sacré décalage. Sacré défi. Ici, sans le poids de la tradition, mais avec tout à créer,  tout est possible, le meilleur comme le pire.

Avec un tel déploiement de moyens et de technologie, avec un domaine d'une telle taille, avec une telle accumulation de soins et de bonne volonté... on pouvait craindre le pire, la caricature, la bombe vineuse, le vin d'apprenti-sorcier ou le vin de tonnelier. Il n'en est rien.

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Gonzague dans ses jeunes vignes

Le Vik 2009 (le premier et le seul terminé actuellement) respecte à la lettre le "mission statement". Et en plus, il est plaisant!

Il est très dense, mais pas démesuré. Il est un peu austère, aujourd'hui, mais pas fermé.Un peu de griotte et de prune apporte la note fruitée qui donne envie d'aller plus loin. Au nez, si l'on sent l'élévage soigné (moka, cacao, un peu de grillé, mais pas de vanille, et surtout aucuin maquillage), le carménère (un peu plus de 60% de l'assemblage) apporte sa touche un peu sauvage d'éépices douces, de poivre blanc et de poivron doux, les cabernets une trame serrée mais sans excès, le merlot un peu de volume, de rondeur. Je n'ai pas retrouvé la syrah, mais il faut dire qu'elle est ici à dose quasi homéopatique.

Nous avons comparé le vin de 2009 assemblé et ses composants non assemblés pour 2010. Marc et moi nous sommes même prêtés au jeu de réaliser notre propre assemblage à partir des parcelles et cépages que nous avions préférés. Celui de Marc était plus qu'intéressant. Le mien, par contre, ne ressemblait pas à grand chose. Ce qui prouve que les conseilleurs ne sont pas les payeurs et que l'assemblage, c'est tout un art, qui repose sur l'équilibre, un dosage subtil, une sorte de jeu des vases communicants, sur la multiplicatiion plus que sur l'addition toute bête.

Nous avons regoûté le 2009 pendant le repas, carafé; il s'était bien ouvert au nez. Bien sûr, nous goûtons là un bébé, mais pas de doute, les Vik-boys ont réussi leur coup. Ils tiennent là un vin de grande classe, mais aussi un vin personnel, une vin qui s'enracine, un vrai vin capable de porter les couleurs du vin chilien. Et les vignes sont encore très jeunes, puisque l'aventure n'a commencé qu'en 2006!

Vous l'avez compris, j'ai eu un coup de coeur pour ce domaine. Je ne sais pas s'ils décrocheront jamais leur 100 chez Parker ou ailleurs, mais ce n'est pas l'important. Leur titre de gloire est déjà acquis, dans leur recherche honnête et obstinée de l'excellence. Comme pour le Graal, le voyage est parfois au moins aussi important que le point d'arrivée...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

11:55 Écrit par Hervé Lalau dans Chili | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : vik, chili, vin, vignoble |

03 mai 2011

Chassez le naturel

Et que fait un dégustateur belge livré à lui-même dans les rues de Santigo du Chili? Il boit une bière, bien sûr!

Celle-ci est une Kunstmann - jamais entendu parler, mais Marc, qui était déhydraté, a apprécié. En voila une info! Ah, si seulement on était payé pour l'écrire...

Marc Santiago.jpg Bon, je vous rassure, après ça, nous sommes allés dîner et pour notre filet de boeuf, nous avons éclusé à deux une bouteille de Casa Silva Carménère 2009 Reserva.

Restez branchés...

12:16 Écrit par Hervé Lalau dans Chili, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : chili, marc, bière, vin, vignoble |

Au Centro de Aromas y Sabores de Santiago du Chili

Marc et moi sommes arrivés à Santiago du Chili. Sacré voyage (17 heures de vols au total, avec une correspondance à Madrid, que nous avons bien failli rater par la faute d'un retard à Bruxelles). A l'arrivée, on a un peu de mal à se faire au décalage horaire (5 heures). Côté climat, par contre, bonne surprise, il fait beau pour ce qui correspond à notre mois de novembre. Matinée fraîche (4°) mais 25° vers midi.

Notre première visite est pour l'université Catholique de Santiago, qui abrite le Centro de Aromas y Sabores, un institut qui fait de la veille qualitative et de la consultance pour les caves chiliennes. Au départ, nous raconte son directeur, Gérard Casaubon, c'était pour déterminer les profils aromatiques du moscatel, pour l'industrie du Pisco, mais l'activité s'est vite étendue à tous les vins et même au-delà.

Très bien équipé, le laboratoire fait des analyses spectrométriques qui permettent d'isoler les composants chimiques aromatiques des vins. Il les compare avec les éléments recueillis auprès d'un panel de dégustateurs, afin de connaître les éléments vraiment perçus. Je ne comprends pas tous les tenants et les aboutisssants au plan technique (vous connaissez ma grande incomptétence en matière scientifique), mais ça a l'air très sérieux. D'ailleurs Géranrd est oenologue (entre autres).

Les clients du Centro sont des caves ou bien des groupements de producteurs, voire l'Etat, dans certains cas. Gérard Casauban nous montre les graphes obtenus pour plusieurs vins récemment primés lors du concours national chilien.

Nous y apprenons avec satisfaction que le type "pipi de chat" est en régression dans la famille des sauvignon chiliens, au profit du type fruité tropical; ou encore, que la pyrazine n'est pas la marque obligée du carménère. En tout cas, quand il est récolté mûr.

Car le Centro de Aromas y Sabores croise ses analyses avec différentes données: moment de récolte, parcelles, vallée, etc... Une typologie précise apparaît pour chaque cépage et chaque origine.

On voit tout l"intérêt de la manip: si les caves suivent les conseils du Centro, on pourra bien vite éliminer les défauts  les plus criants dans la production. Les faux goûts, les défauts olfactifs...

Bien sûr, me direz-vous, il n'y a pas qu'à Santiago qu'on sait faire ça. Non, sans doute, mais le fait que les vignerons chiliens se soient dotés de cet outil au sein de la plus grande université du pays, et qu'ils aient jugé important de le montrer à des journalistes est révélateur d'un état d'esprit. Le mot d'ordre, ici, c'est "toujours faire mieux".

Une belle mise en jambes pour notre périple chilien. Ce soir, petite promenade en ville. Demain, premiers travaux pratiques. Nous partons vers le Sud; chez Concha y Toro, d'abord, dans la zone de Maipo. Puis chez Viña Vik, à Millahue, dans la zone de Cachapoal.

Hasta luego, comme on dit ici...

 

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