25 janvier 2012

AOC ou AQC?

A M. Norbert, qui persiste à penser que la qualité est au coeur de la notion d'AOC  (c'est ce qu'il écrit assez joliment dans un commentaire déposé hier sur ce blog), je voudrais dire ceci.

S'ils avaient voulu l'appeller Appellation de Qualité Contrôlée, les pères de l'AOC l'auraient fait.

S'ils ne l'ont pas fait, je pense, c'est qu'ils savaient que l'origine peut s'objectiver, par une aire, une limite, des conditions d'élaboration; alors que la qualité, elle, est subjective.

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Signe de qualité?

Ce qui est drôle, c'est que les défunts VDQS, censés représenter une catégorie inférieure à l'AOC, une sorte d'antichambre, étaient dits "de qualité supérieure"...
Mais tout est sujet à interprétation, dans ces sigles, puisque l'AOC, ce n'est que le nom français du Vin de Qualité Produit dans une Région Déterminée, au plan européen...

Définissons les termes

Le Larousse nous rappelle utilement que la qualité est une notion assez floue:

Qualité, n.f.

1° Aspect, manière d'être de quelque chose, ensemble des modalités sous lesquelles quelque chose se présente: Photographe attentif à la qualité de la lumière.
2° Ensemble des caractères, des propriétés qui font que quelque chose correspond bien ou mal à sa nature, à ce qu'on en attend: Du papier de qualité moyenne.

3° Ce qui rend quelque chose supérieur à la moyenne : Préférer la qualité à la quantité.


4° Chacun des aspects positifs de quelque chose qui font qu'il correspond au mieux à ce qu'on en attend : Cette voiture a de nombreuses qualités.

5° Trait de caractère, manière de faire, d'être que l'on juge positivement: Qualités morales. Des qualités de cœur.

6° Condition sociale, civile et juridique de quelqu'un ; titre au nom duquel on agit: Décliner ses nom, prénoms, âge et qualité.

Au sens n°1, tout a une qualité, y compris les vins AOC. Au sens n°3, c'est plus discutable: depuis que les AOC représentent plus de la moitié de la production de vin en France, on ne peut plus opposer leur qualité à la quantité.

Quoi qu'il en soit, la qualité ne se décrète pas, elle se contrôle, éventuellement, et surtout, elle se renforce quand on se donne la peine de trier le bon grain de l'ivraie. La plupart des AOC sont trop vastes, trop laxistes, elles sont comme diluées par leur nombre et la quantité de vin produite.

J'aime le concept, pourtant, car il peut permettre la transmission d'un héritage. Je voudrais donc lui voir un avenir, mais il faudrait l'élaguer, en revenir à des dimensions gérables et crédibles.

Comme on ne peut pas mettre un gendarme derrière chaque cuve et chaque vigne, et que de plus, il ne suffit pas de respecter des décrets pour faire du vin de terroir, je me demande si l'AOC n'est pas condamnée à être l'inaccessible étoile, le sommet qu'on ne fait que désirer.

L'idée même que 100 ou 1000 vignerons puissent partager le même trésor patrimonial, l'AOC Bordeaux, ou Corbières, ou Côtes du Rhône, ou Muscadet, peu importe, et lui rendre un hommage unanime, au moyen de vins qui seraient de qualité homogène, cela me semble tellement peu dans l'esprit français...

Mais le thème est riche, intéressant, Norbert.

Le doigt, la forêt, la lune...

A M. Léon, qui doute, je voudrais dire que la forêt ne doit pas cacher le doigt de celui qui regarde la lune, ni les trains qui parfois, arrivent à l'heure.

Je ne crois pas qu'il faille jeter les AOC avec l'eau du bain sous prétexte qu'une bonne partie d'entre elle ne veulent rien dire, ou que même au sein des meileures, on trouve des margoulins ou des médiocres juste bons à se laisser trainer par les locomotives de leur cru. Enoncée comme cela, ma "défense" paraît accabler un peu plus encore les AOC. Je suis parfaitement conscient des dérives du système, comme ceux que Léon dénonce: produire la totalité d'une récolte sur une petite partie de son domaine (ce qui détourne la limite de rendement), par exemple... Et j'ajouterai la trahison des idéaux de départ: quand l'AOC Touraine se détourne du chenin au profit du sauvignon, elle ne préserve pas son héritage, elle fait du marketing, elle surfe sur une vague. Le pire, c'est que la vague est déjà retombée, mais c'est une autre histoire. Quand une bonne partie des AOC du Languedoc et du Roussillon ont opté pour la syrah et négligent leurs vieux carignans, elles renient l'histoire, les usages constants et loyaux que l'AOC était censés pérenniser.

Oui, le système souffre dans ses fondements comme dans sa crédibilité.

Je crois qu'il faut le réformer. Le re-former, lui redonner du contenu. Ce n'est pas à l'Etat de le faire, mais aux vignerons eux-mêmes. A eux d'exclure les nuisibles, à eux d'édicter des règles plus strictes. A eux de faire que l'AOC redevienne l'exception qualitative et non la règle.

Difficile mission pour les élus, les responsables, quand bon nombre de leurs ouailles voient la mention comme un droit acquis.

Mission capitale, pourtant, si l'on veut que demain, le consommateur qui n'y comprend plus rien, qui constate des écarts de prix et de qualité invraisemblables au sein d'une même AOC, accorde à nouveau sa confiance à trois lettres décrédibilisées - ce n'est pas moi qui le dis, mais les Vignerons Indépendants. Eux qui, aujourd'hui, conseillent à leur adhérents de cultiver leur propre savoir-faire et de développer leur marque, plutôt que de mettre en avant leur appellation.

Affaire à suivre...

00:22 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : aoc, france, vin, vignoble |

23 janvier 2012

Générations perdues

C'est un vigneron du Beaujolais, Paul Henri Thillardon, qui le dit à mes confrèresde Vitisphère:

"En deux générations, le Beaujolais a réussi à passer d'une vignoble menacé par son succès (qui l'avait mené à la surproduction) à la reconquête d'une image positive par des vignerons qui se sont posé les bonnes questions de fond au bon moment et qui ont produit moins pour gagner en qualité."

Acceptons-en l'augure, M. Thillardon, mais poussons un soupir sur les deux générations perdues qui ont acheté leur Beaujolais pour ce qu'il n'était plus, malgré la pseudo-garantie des AOC, des crus...

Tiens, peut-on retirer l'AOC à tire rétroactif (et rembourser le trop perçu)?

Ce serait rigolo, non?

08:15 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : beaujolais, aoc, rembourser |

13 décembre 2011

Bordeaux va découvrir les charmes du Vin de France

Selon une charte signée le 9 décembre dernier par les différents acteurs de la filière vins, et à l'instigation du CIVB,  il sera bientôt possible pour les producteurs de vins de Bordeaux de commercialiser leurs vins en "Vins de France", en rouge, en rosé et en blanc. Aucune référence à Bordeaux ne figurera sur les étiquettes. Seule la mention du cépage et du millésime sera autorisée, conformément aux normes des Vins Sans Indication Géographique.

Cela m'a fait réfléchir. Vous savez comme je suis taquin.

 

abordeauxsuperieur.jpg

De l'estuaire de la Gironde à Langon, un seul "terroir"?

Comme on n'imagine pas que les Bordelais se mettent immédiatement à planter spécialement de nouvelles vignes pour cette nouvelle catégorie de vins (et quand bien même, il faudrait attendre qu'elles puissent arriver en production), c'est donc bien du bon vin de Bordeaux - enfin, du vin produit selon les normes en vigueur actuellement dans l'aire d'AOC - qui va être vendu sans appellation. Est-ce à dire que tout le vin produit à Bordeaux jusqu'ici ne méritait pas l'AOC?

 

On parle en tout cas de "déclasser" entre 250 à 300.000 hl , soit à peu près  5% de la récolte.

Notez bien, je ne peux que me féliciter de cette décision si elle signifie que les AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur vont maigrir un peu, au profit d'une meilleure "typicité", d'un vrai lien au terroir. Je sais, ces mots ne veulent pas dire grand chose, mais ce n'est pas moins qui les ai employés en premier, je ne suis que commentateur.

Par ailleurs, comme les plafonds de rendements n'existent pas dans les Vins Sans Indication Géographique, les producteurs amortiront mieux leurs coûts.

Ce n'est pas que je veuille compliquer encore les choses, mais si l'on devait s'en tenir à une stricte définition du lien au terroir, celui-ci ne pouvant pas s'appliquer à un vignoble aussi vaste que la région bordelaise (ou bourguignonne, ou alsacienne, ou rhodanienne), toutes les AOC régionales devraient disparaître pour se transformer en Indication Géographique de Provenance (IGP); en effet,  les vins qui en sont issus sont liés au territoire, pas au terroir (c'est la distinction européenne). Car il n'y a pas UN terroir commun à tout le Bordelais (125.000 ha, c'est beaucoup). Pas plus qu'un n'y a UN terroir commun à toute la Toscane, et c'est pour cela qu'au delà de Chianti ou de  Montalcino, les Toscans ont conçu l'Indicazione Geografica Tipica Toscana (IGT est l'équivalent italien de notre IGP).

Dans cet esprit, en France comme ailleurs, à mon sens, seules des AOC communales ou sous-régionales garantissant le fameux "lien au terroir" pourraient subsister. Mais ne rêvons pas.

Et buvons sans trop chercher à conprendre; la vérité est dans le verre et à chaque propriétaire la sienne, en définitive...

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, aoc, bordeaux |

19 novembre 2011

Valoriser les bons Cahors

Voici une version réduite d'un article sur Cahors publiée sur le blog des 5 du Vin, que je vous offre, non par paresse, mais dans le but de toucher un maximum de lecteurs. Avec un blog comme celui-ci, je ne gagne rien à faire monter l'audience; mais par contre, quand il me semble important de pouvoir faire entendre certaines idées, notamment concernant la valorisation des vins d'appellation, je me dois de me servir de tous les vecteurs possibles. Maintenant, en route!

Jeudi et vendredi dernier, j'ai pris mes quartiers à la Villa Cahors, le nouvel espace de dégustation des Cahors situé place Mitterrand, en plein centre de la ville. Je suis là à l'invitation de l'Union interprofessionnelle des vins de Cahors, pour déguster quelque 150 Cahors de deux millésimes, 2008 et 2009.

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La Villa Cahors occupe le rez de chaussée d'un belle immeuble de la grande place de Cahors, à l'ombre de Gambetta.

En moyenne, j'ai été rassuré de la qualité des Cahors, de leur personnalité, de leur aptitude à vieillir. 

Plus important que ce qui précède, il y a mon impression très forte que Cahors a un avenir, un grand avenir, qu'il peut se glisser à nouveau parmi les grands noms du vin de France et du Monde... à condition de savoir trier le bon grain de l'ivraie.

Au risque de ne pas me faire que des amis, je suggère à ceux qui vinifient du "Cahors de supermarché", à boire vite et à oublier encore plus vite, et à ceux qui le vendent à des prix trop bas, de sortir de l'appellation. Bien sûr, comme le démontre David, on trouve parfois des vins à 9 euros qui en valent d'autres, proposés à 60. Le prix ne dit pas grand chose de la qualité. Sauf qu'en dessous d'un certain seuil, on peut être sûr de ne pas avoir grand chose dans la bouteille. Pour Cahors, et pour le marché français, 4 euros me paraît vraiment un minimum, compte tenu des rendements autorisés. A moins de vendre à perte, pour écouler d'autres cuvées. Mais qui ferait ce calcul-là? Au delà de la question, importante, de la rentabilité de ces ventes, il y a celle de la crédibilité de l'appellation sur l'étiquette.

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Les dégustateurs à l'oeuvre à la Villa Cahors

Le problème ne touche pas que le marché français, hélas!

L'exemple belge est édifiant: chez Carrefour Market, actuellement, les prix des 3 Cahors présents (un 2008 et deux 2009) vont de 3,69 à 5,25 euros (enlevez les taxes et accises, vous n'êtes pas loin du plancher). Et surtout, la comparaison avec d'autres AOC de la région, tourne nettement à l'avantage de ces dernières: le Madiran (un 2006, s'il vous plaît) est à 6,54 euros et le Saint Mont (2009) est à 4,19. Expliquez moi donc pourquoi on brade le Cahors et pas le Madiran? Et pourquoi on ne laisse pas au premier le temps de se faire afin de le mettre en rayon.

 

Cahors-Tradition.JPG

 La tradition à 3,69 euros, accises comprises, c'est pas cher...

Le prix le plus bas est proposé par la Cave de Parnac; c'est sa cuvée Tradition, que l'étiquette électronique de Carrefour persiste à désigner comme "Carte Noire", c'est vous dire comme la GD fait grand cas des désignations commerciales de ses fournisseurs. "Bon sang, Momo, t'as 'cor pas changé le sticker sur l'étiquette électronique!? - Pas grave, chef, c'est la même boîte".

Cette Cave de Parnac, ne l'oublions jamais, a été à l'origine de la résurrection de Cahors dans les années 60 -  grâce ne lui en sera jamais assez rendu. Demandons-nous quand même pour quelle raison bizarre elle continue à vendre ses cuvées d'entrée de gamme à si bas prix, pesant sur les cours de toute l'appellation, alors qu'elle pourrait les vendre aussi bien sous un nom d'IGP. Ou même en Vin de France, vu la notoriété de la marque Carte Noire. Sans compter qu'elle pourrait même au passage alléger les contraintes de ses coopérateurs: leurs plafonds de rendements seraient considérablement augmentés.

Tout le monde en profiterait.

Les petits apporteurs de la coopérative, qui, à 80-90 hectos à l'hectare, amortiraient mieux leur frais qu'à 50.

Les vignerons vendant en vrac au négoce, qui verraient le cours du Cahors remonter.

Les caves particulières, qui se situent dans une autre logique, plus qualitative, mais qui peinent à affirmer leur différence quand au sein d'une même appellation, avec la même "garantie objective de l'AOC" les prix varient de 1,2 à 60 euros. Imaginons que le prix le plus bas de l'appellation remonte, ne serait-ce qu'à 5-6 euros. C'est toute l'image de Cahors qui en serait améliorée.

Il y a bien sûr d'autres perspectives, comme la mise sur pied d'une hiérarchie de crus. On en parle depuis longtemps, même si cela n'avance pas trop. Pourquoi pas? C'est une piste.

 

Madiran.JPG

Bien rares seraient les consommateurs belges qui citeraient Madiran dans une liste des grands vins de France. Bien moins nombreux que pour Cahors, en tout cas. Et pourtant, c'est Cahors le moins cher, chez Carrefour Belgium...

Mais ne trouvez-vous pas qu'avant de se demander où sont les meilleurs terroirs, il conviendrait d'abord d'élaguer de l'arbre AOC les vins de ceux qui, bon terroir ou pas, s'inscrivent de toute façon dans une logique de volume, produisent des vins passe-partout et pour lesquels énoncer le concept de lien au terroir est plus qu'un abus de langage: une cahade - pardon, une cagade.

 

Je ne sais pas s'il se trouvera un jour une majorité à Cahors, parmi les vignerons, pour voter des mesures de production plus restrictives de nature à écarter des vins visiblement, buvablement non typés. J'ai mes doutes.

Alors je pense que cela devrait venir des gros opérateurs eux-mêmes, de la Cave de Parnac, d'Advini, de Vigouroux et consorts. Ils se grandiraient s'ils renonçaient d'eux-mêmes à utiliser le nom de Cahors pour des cuvées pas chères qui, je le répète, qui se vendraient tout aussi bien sans la mention. Il leur resterait bien assez de vins de domaines pour continuer à se réclamer de l'ancrage cadurcien!

Si la réforme européenne de d'OCM vin a un seul mérite, avec la mise en place des IGP et des vins sans indication d'origine, aux contraintes abaissées,

- primo, de faciliter l'élaboration de vins pouvant concurrencer les premiers prix du Nouveau Monde sur les marchés tiers;

- et secundo, de pouvoir éliminer ces mêmes vins des appellations.

Encore faut-il, bien sûr, que ceux qui ont pris (à tort) l'AOC comme un levier commercial et rien de plus, acceptent cette nouvelle voie.

Cette réflexion, je me la suis faite il y a bien longtemps. Mais nulle part, peut-être, autant qu'à Cahors, je n'en ai ressenti l'urgence. Il est grand temps qu'un nouveau jour se lève sur Cahors. La réappropriation du malbec par la région qui l'a vu naître, la mise en avant du Black Wine, tout cela était bien vu et bienvenu, car cela a refait sortir Cahors de l'oubli. Mais il s'agit à présent de préserver le contenu de la mention.

Messieurs les gros faiseurs, laissez vivre les producteurs de Cahors, laissez les faire fructifier leur appellation, laisser les profiter de leurs efforts de qualité! Pensez collectif! En plein Sud-Ouest, pays de Rugby, c'est bien le moins que vous puissiez faire, non?

 


00:05 Écrit par Hervé Lalau | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cahors, aoc, valorisation |

12 octobre 2011

"Interdit d'interdire", qu'ils disaient, Cousin...

Ceci n'est pas permis, car l'administration n'a aucun humour:

IMG_0869.JPG

Par contre, ceci, si...

algues_vertes_20070928-xl.jpg

 

Et ceci aussi...

Dommage qu'on ne demande pas aux citoyens ce qu'ils préféreraient voir interdire. Après tout, les lois sont faites au nom du peuple, non? Et le Roi n'est pas mon Cousin.

28 septembre 2011

Pas d'AOC les mauvaises années? L'exemple de Château Chalon

Je me permets de publier ici, pour plus de visibilité, un commentaire d'Olif du Blog d'Olif, concernant Château Chalon.

D'abord, parce qu'il est intéressant.

Et puis aussi, parce qu'il démontre que mon idée de suspendre une AOC en cas de mauvaise année... n'est pas si idiote.

A Château Chalon, une commission, comprenant des vignerons et des membres de l'Inao décide de l'attribution ou non de la mention au niveau de toute l'aire.

"Il y a un suivi régulier des parcelles pouvant prétendre à l'appellation, des prélèvements réfractométriques au moment des vendanges (si le degré est inférieur à 12,5 au moment des vendanges, il n'y aura pas de Château Chalon, comme en 2001) ainsi que des dégustations d'agrément à la mise en bouteille.
Tout est là: http://chateauchalon.free.fr/decret.htm
Un refus d'agrément n'interdit nullement d'élaborer du vin jaune, par contre, qui sera alors commercialisé en Côtes du Jura. Le bon vigneron décidera souvent alors de ne pas produire de vin jaune cette année-là, mais uniquement du vin blanc de savagnin".

Mais pourquoi ne pas développer une si belle initiative?

10:47 Écrit par Hervé Lalau dans France, Jura | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jura, vin, vignobkle, château chalon, aoc, suspension |

16 juillet 2011

Quelques nouvelles du front

Non, je ne parle pas de l'Afghanistan et de nos malheureux soldats, mais de l'évolution de la consommation de vin en France.

On ne saura probablement jamais à quel point les campagnes des prohibitionnistes anti-vins, relayées jusqu'au plus haut niveau du ministère de la santé, ont porté préjudice à la consommation du breuvage de Bacchus dans ce qui passait jusqu'ici pour le pays du vin.

Mais je me permets de faire remarquer que la proportion de buveurs réguliers a chûté à peu près au même rythme que la production de vins de table.

Ou pour le dire autrement: plus la France compte d'AOC et plus elle en produit (elles représentent aujourd'hui la moitié des volumes de vins produits en France), et moins les Français boivent de vin.

Alors soit les Français n'ont plus confiance dans un système qui leur promet la qualité sans toujours la leur donner, soit ils ont peur des vins qu'ils ne comprennent pas. Déçus et timides se rejoignent dans la désaffection.

Communiquer (faiblement) sur une origine galvaudée et une typicité incertaine n'est pas de nature à susciter l'adhésion de buveurs potentiels au sein de familles où la transmission de la culture vin ne se fait plus. Voyez à ce propos, ici même, le billet d'hier...

Si vous lisez ces lignes, c'est que vous avez sans doute un intérêt pour le vin. J'ai le regret de vous informer que vous n'êtes plus représentatifs de la population française, pas plus que les lecteurs de Tintin, les gardiens de phare, les producteurs de fromage au lait cru ou les pêcheurs à la ligne. Vous êtes - nous sommes - soit en avance d'une guerre, soit complètement ringards, selon le point de vue. Notre attachement pour le fruit de la pampre fait de nous des passéistes ou des élistes aux yeux de la nouvelle génération. Nous nous déconnectons chaque jour un peu plus du nouveau corps social, du politiquement correct. Ne dites pas que je bosse dans le vin, ma mère me croit serveur dans un coffee-shop à Maastricht.

Ne vous méprennez pas; contrairement à certains jusque-boutistes, qui verraient bien la marque remplacer l'appellation, je ne souhaite pas la disparition pure et simple de l'AOC.

Mais à l'heure où une candidate à la Présidence de la République souhaite supprimer le défilé militaire du 14 juillet et un autre milite pour le mariage homosexuel, je fait remarquer que rien n'est immuable au beau pays de France, et qu'un système comme celui des AOC ne peut rester en marge de la marche du temps. 

Je ne suis pas sûr que ses créateurs, le Baron Le Roy et Joseph Capus, reconnaîtraient encore leur bébé aujourd'hui. L'assurance d'origine s'est muée en rente de situation et tente aujourd'hui de devenir une vague assurance qualité. Mais un véritable retour aux sources et au sens signifirait une diminution drastique du nombre des AOC, et une réduction des surfaces dans la quasi-totalité d'entre elles. Aucun ministre, aucun élu ne prendra jamais ce risque; qui voudrait déplaire à ce point à la base vigneronne, aussi faible soit-elle, aux coopératives et aux détenteurs d'appellations, aussi illusoires soient-elles? Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, n'ont pas cessé de rogner les moyens d'expression du vin en France et d'inventer de nouvelles contraintes aux producteurs; mais aucun n'a jamais osé enlever au vigneron français son joli hochet: l'AOC pour tous, ou au moins, l'espoir de l'AOC pour tous...

Et pour quel profit politique un gouvernement réformerait-il cette vénérable et creuse institution, la refondrait-il, lui redonnerait-on un sens? Bien sûr, ce serait mieux protéger le consommateur de vin, mais le consommateur de vin n'est pas un lobby organisé et les associations consuméristes ne sont pas très virulentes sur ce chapitre. Aucun gouvernement ne fera donc d'effort, car il y a trop de coups à prendre et guère d'électeurs à gagner. Et puis, rappelons qu'en théorie, le système est auto-géré par les vignerons eux-mêmes...

Alors, comme rien ne bougera de ce côté-là, on ne peut souhaiter qu'une chose: que les vins sans appellation décollent pour réconcilier les Français avec le vin boisson; c'est le seul moyen de dégonfler la baudruche AOC; une fois délestée des vins qui n'ont rien à y faire, une fois que l'AOC aura retrouvé un peu de son identité, de sa spécificité, peut-être pourra-t-elle conquérir les consommateurs qui s'en détournent par dépit.

Je n'y crois guère, mais je peux faire semblant si ça peut aider...

En attendant, vous comprendrez que j'aurai de plus en plus tendance à vous parler de producteurs plutôt que des mentions apposées sur leurs étiquettes.

31 mai 2011

L'exception française (2): cépages, héritage, etc...

Je suis fier de faire partie de la nation élue. Celle aux frontières de laquelle s'arrêtent les nuages radioactifs et les concombres contaminés, mais aussi, et on en parle moins, les hectos de vins espagnols.

La France a bien d'autres titres de gloire, heureusement. N'est-elle pas le pays du Professeur Benvéniste, le théoricien de la mémoire de l'eau?

Moi, je milite plutôt pour la mémoire du vin. Et notamment, la mémoire des cépages. De plus en plus de nos amis étrangers sont persuadés que le malbec est argentin, que le chenin est sud-africain, et que le sauvignon est néo-zélandais. Que pèse la vérité historique face aux réalités commerciales?

Le choix des AOC françaises de ne pas afficher leurs cépages (à de rares exceptions près comme en Alsace) était motivé par la volonté de privilégier le terroir, comme l'expose très bien mon confrère David Cobbold (c'est ici).

vin,vignoble,france,aocOcio, où quand le Chili s'éprend de la Bourgogne Cono Sur, co-starring Martin Prieur)

Le résultat: ces cépages (qui sont pourtant un élément du terroir) ne leur appartiennent plus. Aujourd’hui, Cahors revendique bien son malbec, mais il est bien tard: le malbec couvre 25.000 ha en Argentine, contre à peine 6.000 en France. La locomotive se trouve à Mendoza, aujourd’hui.
On pourrait multiplier les exemples: le merlot, le cabernet sauvignon, le chardonnay, la syrah. Sans oublier un des cépages les plus connus au monde: le fût de chêne.

Bref, à lire la presse étrangère (et même française, parfois), la France du vin est on ne peut plus «has been».
C’est vrai qu’elle s’est endormie sur ses lauriers. C’est vrai que sa réglementation est souvent bien opaque. C'est vrai que ses responsables cultivent l'exception française sur un mode intensif. Quand ce n'est pas l'exception berrichonne, l'exception alsacienne, l'exception bretonne ou savoyarde...

Mais à quelle région les gens de Cono Sur, au Chili, se comparent-ils quand ils cherchent à faire un grand pinot, (comme leur superbe Ocio) si ce n’est à la Bourgogne? Et à quel système le Chili, ce pays de la libre-entreprise, se réfère-t-il pour mettre sur pied ses premières véritables appellations?

Pendant que la France se dote du Vin de France, le blend absolu, l’arme marketing suprême, les pays du «on produira ce que vous voulez» songent à se compliquer la vie avec des idées aussi éculées que le zonage, les limitations de rendement, etc…

Je trouve ça marrant.

La morale de l'histoire? Nous ne sommes peut-être pas aussi ringards qu'il y paraît. Et si l'on commençait par redonner un contenu aux AOC que le monde nous envie? En arrêtant à leurs frontières les vins qui n'ont rien à y faire, par exemple?

Facile à dire. Mais comment faire? On en reparle un jour?

00:24 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, france, aoc |

06 février 2011

On dirait que l'Emmental serait français

Hier, sur RTL radio, Jean-Luc Petitrenaud nous vantait (à gros traits) les mérites de l'IGP Emmental Grand Cru.

J'ai été surpris qu'à aucun moment, au détour de son argumentaire, il ne cite l'origine de l'emmental tout court, à savoir la vallée de l'Emmen, en Suisse. Ni qu'il ne fasse mention de l'AOC Emmental Suisse.

Cela m'a d'autant plus choqué qu'il a même fait état de la prétendue supériorité qualitative de l'Emmental Grand Cru  (IGP) par rapport à tous les autres emmentals...

Désolé, mais si l'on parle de la nourriture des animaux, du bassin de production, du lait cru... l'Emmental suisse AOC n'a rien à envier à son avatar français.

fromage, AOP, AOCEmmental Grand Cru

Bon d'accord, Petitrenaud n'a pas eu beaucoup de temps à consacrer à l'emmental dans son émission. 5 minutes, peut-être. Je me suis aussi demandé si, sur RTL, ce genre de sujet était parrainé par les producteurs, ce qui expliquerait qu'on préfère ne pas citer la concurrence, surtout en bien. Cela nous ramène à mon post récent sur le journalisme et les relations publiques. De quelle liberté journalistique un présentateur radio bénéficie-t-il aujourd'hui sur une station comme RTL? Et quel est l'objectif final d'une émission? Informer, ou promouvoir?

Comprenez moi bien, je n'ai rien contre l'Emmental Grand Cru, qui est un bon fromage. Sauf peut-être son nom, qui prête un peu à confusion.

Après tout, le Comté s'appelait naguère "Gruyère de Comté". Mais toute allusion au gruyère en a maintenant été bannie, ce qui est aussi bien pour le Comté (AOP) que pour son homologue suisse le Gruyère Suisse AOC. A chacun sa vérité.

Vous me suivez toujours? Non? Que voulez-vous, on ne peut pas faire d'un sujet compliqué une présentation simple. On doit y consacrer plus que 5 minutes. Et ne pas s'en tenir à des banalités du genre: "fromage de terroir" ou "la différence, c'est l'homme".

Les plupart des noms de fromages de tradition, comme emmental, brie ou camembert, sans mention spécifique, sont quasiment tombés dans le domaine public dans les années 1920 à la suite d'un accord international. Seuls ceux qui peuvent prouver une origine ou un mode d'élaboration spécifique, cahier des charges à l'appui, peuvent être protégés, soit par l'AOP, soit par l'IGP, en Europe et dans les pays qui ont signé un accord de respect mutuel des dénominations de qualité. Les autres fromages, eux, n'ont rien à prouver. Ce qui nous vaut le plaisir de déguster du brie de la Mayenne ou des Ardennes belges, du camembert allemand ou de l'emmental finlandais, aux côtés du Camembert de Normandie AOP, du Brie de Meaux AOP ou de l'Emmental Suisse AOC. J'ai même constaté avec stupeur que Camembert était une marque déposée en... Afrique du Sud.

Mais quoi qu'il en soit, compliqué ou pas, on peut l'expliquer. Le mieux, c'est encore de prendre les consommateurs pour des gens intelligents.

Ah, oui, j'oubliais. L'IGP, c'est un sigle à géométrie très variable puisque pour l'Emmental Grand Cru, il couvre tout le bassin laitier du Centre-Est de la France. A savoir: les départements des Vosges, du Doubs, du Jura, de la Haute-Saône, du Territoire de Belfort, de l'Isère, de la Savoie, de la Haute-Savoie et du Rhône (plus, quelques cantons limitrophes). Au bas mot, 55.000km2, soit plus que la Suisse ou que la Belgique.

Vaste territoire, aux "terroirs" assez divers. Plaine, plateau, montagne. Un peu des Alpes, un peu des Vosges, le versant français du Jura (c'est drôle, l'AOC Emmental Suisse, elle, exclue le Jura suisse) et un peu de la Bresse. Le berceau du Munster et celui du Morbier ou de l'Abondance, mis bout à bout! Mais je m'égare, car l'IGP ne se réfère pas à un terroir, juste à un territoire et à une façon de faire.

Le lien au terroir, c'est le fond de commerce de l'AOP. Le produit tire son unicité, sa spécificité de sa provenance. En résumé, on ne peut pas le faire ailleurs, Max. C'est d'ailleurs pour cela, sans doute, que dans le cas de la Feta, l'AOP couvre l'ensemble du territoire grec, îles comprises. Sacré terroir! La Grèce a bien bataillé pour se réserver cette mention. Et l'Europe lui en a finalement accordée l'exclusivité, sans se montrer trop regardante sur les modes ou les lieux de fabrication.

C'est là un des charmes de l'UE: amalgamer des pays très encadrés et des pays très laxistes. Et à nous, journalistes, on demande de faire passer le message de l'authenticité, sans rechigner, sans mettre en doute les belles phrases qui sonnent creux.

Bon, j'arrête là, car plus on creuse et plus on trouve de trous dans cette réglementation des labels de qualité. Normal, pour un emmental...

 

00:43 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Fromages, Gastronomie, Suisse | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : fromage, aop, aoc |

12 janvier 2011

La phrase du jour

C'est celle de mon confrère et ami Michel Smith, à propos du projet de remonter à nouveau le rendement de l'AOC Saumur Champigny: "Une appellation, ça se mérite".

Comme c'est vrai! Ou plutôt, comme ça l'a été! Et comme ça devrait l'être...

00:53 Écrit par Hervé Lalau dans Loire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : aoc, mérite, vin, vignoble |

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