27 décembre 2011

IGP Méditerranée... tu parles!

Je n'en finirai donc jamais de relever les incongruités, les fadaises, les carabistouilles des dénominations françaises.

Cette fois, cela ne concerne pas les AOC - laissons les se reposer un peu, le temps d'absorber les anciens VDQS. Non, cette fois, il s'agit des IGP.

climats.jpg

Petit rappel climatologique à l'attention des marketteers trop zélés

Et plus précisément, de l'IGP Méditerranée. Vaste territoire. Rassurez vous, pour l'exercice, on l'a limité à la France - les régions bordant la Grande Bleue mais ne relevant pas de l'administration française que le monde nous envie ne comptent pas.

En fin de compte, c'est peut-être mieux, car rien qu'en France, cet IGP taille déjà XXL.

Il y a d'abord tous les départements de Provence: Vaucluse, Bouches‐du‐Rhône, Var, Hautes‐Alpes, Alpes Maritimes et Alpes de Haute Provence.

Mais il y a aussi cinq départements de la Région Rhône Alpes. Pour la Drôme et l'Ardèche, on veut bien admettre l'influence méditerranéenne. Mais pour l'Isère, le Rhône, et la Loire, alors là, c'est du grand n'importe quoi! Concrètement, un producteur de Beaujolais ou de Côtes Roannaises peut donc produire de l'IGP Méditerranée...

Et vous savez le plus drôle: la Méditerranée, au sens IGP, ne comprend ni le Languedoc-Roussillon (ils préfèrent le Vin de Pays d'Oc) ni la Corse (une île cernée par quelle mer, déjà?).

Pourquoi ce laxisme d'un côté (au Nord) et cet ostracisme de l'autre (à l'Ouest et au Sud-Est)?

C'est une question de "bassins", une question d'interprofessions, une question de clochers. Et moi qui pensais que les IGP devaient faciliter les choses pour les producteurs et pour les consommateurs...

Passe encore que les producteurs fassent des petits arrangements entre amis avec la géographie et le climat - ils voient Midi à leur porte, et la Méditerranée où ça leur plaît.

Mais qu'il n'y ait pas eu un responsable de l'INAO, un fonctionnaire français ou européen pour rappeler à l'ordre et à la logique ce petit monde qui prend ses désirs pour des réalités, ça me dépasse.

Et dire que dans le même temps, on interdit le 100% carignan dans le Roussillon, on tractopelle un premier cru de Gevrey en toute impunité, on discute du sexe des Angevins chez Olivier Cousin...

Tiens, je ferais bien une pétition pour réclamer le retour de la Méditerranée... en Méditerranée, pour que les mots retrouvent leur sens, et pas celui que leur donnent des marketeers à la petite semaine; mais à quoi bon!

Le système est si bien verrouillé que ce n'est pas un petit journaleux de merde, un indigné en caoutchouc, qui va refaire les décrets et les dénominations, même fantaisistes!

 

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Corse, Languedoc, Midi, Provence, Roussillon | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note |

24 novembre 2011

Smith Haut Lacuisse

Le domaine se trouve à mi-distance entre Rayas et Haut Brion. Ceci, pour vous situer la qualité du terroir.

Il est planté de vieux Carignans. C'est vous dire la qualité de jus.

Il est récolté par mon copain Michel Smith et ses potes.  C'est vous dire comme j'ai salivé! Il m'en a donné une bouteille quand je l'ai vu à Epernay, un peu comme on dit un secret. Il faut dire aussi que ça fait deux ans que je le tannes avec ça. Depuis qu'il m'a parlé de ce projet de passer de la plume au sécateur, pour changer...

Et dans la bouteille? Et bien c'est tout Michel. Un peu rentre-dedans, un peu bougon, mais tout à fait honnête.

Un mélange de sauvagerie et d'élégance. De la vivacité, de la profondeur. Authentique, un peu roublard, mais sans chichis. De la cuisse. Le carignan de chez carignan, quoi!

Bon, ça va, comme ça, Michel? Je dois aussi parler de tes arômes? Réglisse, vieux cuir, fumée...

Et de ta texture? Eumm. Les comparaisons, les allégories, c'est sympa, mais ça vous emmène parfois un peu loin...

Alors disons que ton vin, il a des épaules. Et même des côtes qui dépassent du veston. Mais en finale, il a la rondeur de ton inséparable chapeau.

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Puch (not Puke)

Au fait, j'oubliais, ça s'appelle le Puch. Comme Puch Ellington. C'est Roussillanais, bien sûr. Et c'est vinifié avec la complicité du domaine des Demoiselles (charmantes, d'ailleurs, si j'en juge par celle que j'ai vu à Lille). Gros filou, va!

A propos, la donzelle m'a dit que c'était le meilleur millésime depuis la création de la cuvée. C'est un 2010. J'ai eu de la chance, d'après elle, le précédent était  moins expressif.

Vous voudriez bien en acheter, maintenant, dîtes, de ce Puch 2010?  Eh bien ça va pas être possible. C'est comme la gnôle du père de Marc Imbert, à Torraccia, c'est juste pour les amis. A la rigueur, pour les gendarmes de passage... Ou les voleurs de poules...

Alors moi aussi, ce petit billet sans queue ni texte, sans rime ni raisin, c'est pour les amis.

Allez salut Michel, et porte-toi bien! Boire ton vin, c'est un peu comme parler avec toi. La distance ne fait rien à l'affaire, quand on est bon, on est bon.

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Roussillon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : smith, roussillon, carignan |

30 septembre 2011

69.970 exploitations viticoles en France

C'est officiel, ce sont les chiffres du recensement agricole 2010: la France compte 69.970 exploitations spécialisées en viticulture, totalisant une superficie de 789.000 ha. En 2005, elles étaient 77.660 et en 2000, 92.000. La baisse est donc de 24 % en 10 ans.

Les grandes et moyennes exploitations (celles dont le chiffre d'affaires est supérieur à 25000 euros par an) ont plutôt mieux résisté à l'érosion, puisqu'elles sont passées de 55.000 unités en 2000 à 47.000 en 2010, soit une baisse de 15%.

Deux petits commentaires de mon cru:

1° Moins de 25.000 euros par an, c'est bien peu pour faire vivre une famille. Il y a bien sûr des entreprises qui ne font pas que de la viticulture, mais tout de même, cela pose la question de la viabilité.

2° La surface moyenne de l'exploitation française est de 11 hectares. Ca peut être suffisant pour vivre dans les grands crus de Bourgogne ou de Bordeaux (il faut cependant tenir compte des impôts fonciers), mais c'est notoirement insuffisant pour les régions à faible notoriété.

Deux pistes diamétralement opposées s'offrent à ces petits exploitants défavorisés: d'un côté, la valorisation (le bio, la biodynamie, les efforts qualitatifs qui permettent de sortir du lot et de vendre plus cher); de l'autre, l'abaissement des coûts de revient par l'augmentation des rendements et la mécanisation, notamment.

La première me semble promise a plus d'avenir, compte tenu des charges qui pèsent sur l'entreprise en France, et que ne connaissent pas les pays concurrents. Ces charges pèsent encore plus lourd quand on vend à bas prix.

J'oubliais deux autres "solutions", mais qui ne permettent pas de pérenniser l'exploitation: l'arrachage des vignes et la revente à des structures plus grandes. Ce sont ces deux dernières pistes qui expliquent l'évolution enregistrée par le recensement.

 

24 septembre 2011

Mieux connaître (et apprécier) les vieux vins

Je n'ai pas de vieux vins dans ma cave. Ou si peu. Juste un ou deux Rivesaltes Ambrés des années de naissance de mes enfants, et puis quelques bouteilles de Quarts de Chaume de 1985 et 1987. Un porto, aussi, peut-être, mais je ne suis plus trop sûr. Côté vins secs, s'il me reste une bouteille des années 90, c'est sans doute que je l'ai oubliée derrière les autres.

Professionnellement, je n'en déguste pas beaucoup non plus - les dégustations organisées pour nous se concentrent sur les millésimes à la vente, c'est normal, alors le jeu est plutôt de pouvoir discerner sous les arômes primaires le potentiel d'un vin. Il y a peut-être un peu d'arnaque là dedans, mais c'est un autre débat.

vin,vignoble,vieux vinLe Roussillon, temple des vins de longue garde...

Je viens donc l'avouer devant vous: je connais mal les vieux vins, ce qu'on peut en attendre, comment les déguster, dans quel esprit, avec quels plats, etc. Je ne parle pas du côté psychologique - c'est vrai que c'est bluffant de pouvoir déguster un vin historique. Ca m'est arrivé un jour à Madère, j'ai bu un dé à coudre d'un Blandy's du 18ème siècle, 1792, je crois. Émouvant, bien sûr. Et c'était encore du vin, même si ça tirait quand même un peu sur le décharné, l'acétisme et l'acétique. Mais les Madère sont des vins très particuliers, on ne peut pas généraliser.

Non, ce qui m"intéresse, c'est moins la date sur l'étiquette que la conservation du vin, la complexité supposée qu'il peut prendre, les fameux arômes tertiaires. Le genre de chose qu'on reprocherait à un vin jeune, mais qu'on attend peut-être d'un vin plus âgé, je ne sais pas. Je voudrais savoir.

Autre aspect qui me préoccuppe: les progrès de l'oenologie, qui ont permis sans aucun doute d'améliorer le niveau général des vins, et notamment de développer les arômes primaires, en faisant disparaître pas mal de faux goûts, ont-ils une influence sur le vieillissement des vins? A-t-on perdu en garde ce qu'on a gagné en plaisir immédiat?

Mes amis Marc et Jim viennent justement de faire une verticale de Chinon. Un vin qui me plaît, en général, mais que j'ai rarement eu l'occasion de goûter dans des millésimes plus vieux que 10 ans.

Eux sont remontés jusqu'à 1934.

Marc nous donne ses impressions sur le blog des 5 du vin. C'est ICI. J'espère qu'il nous fera un article plus complet bientôt, parce que vraiment, j'ai besoin de comprendre, pour pouvoir peut-être, un jour, transmettre à mon tour.

 

21 septembre 2011

Vendanges 2011: l'année de la pourriture?

Je ne parle pas de la pourriture noble, celle que le Sauternais appelle de ses voeux (enfin, les vignerons les plus traditionnels, ceux qui ne cryogénisent pas). Non, je pense à la pourriture grise, à celle qu'un été pourri - c'est le cas de le dire - a laissé se développer un peu partout en France. Même dans le Sud (à part le Roussillon et la Corse, peut-être).

pourriture grise botrytis2.jpgPourri de chez pourri

 

Les sauvignons, à Bordeaux, sont particulièrement touchés. De même que les pinots et le chardonnay de Champagne  - c'est Francis Boulard qui nous le dit. Les sauvignons de Touraine et du Sancerrois ne sont pas épargnés:  les élèves du Lycée agricole de Cosne parlent d'un état sanitaire moyen (bel euphémisme). Les cabernets francs de Bourgueil et de chinon ne sont pas mieux lotis.

Et les chenins du Saumurois ou du Layon ont parfois grise mine. De même que les Gamay du Beaujolais ou les blancs d'Alsace.

Ici ou là, on nous dit que les foyers sont contenus. Pardonnez ma naïveté: je pensais qu'on ne pouvait plus traiter les vignes aussi près de la récolte... et il pleut toujours, après quelques épisodes de canicule, tout ce que le botrytis aime bien...

Tout ceci a incité plus d'un vigneron à avancer les vendanges sur les cépages les plus touchés. En Champagne, par exemple. Bonjour les maturités! Bonjour la qualité, aussi: vert et pourri à la fois, il faudra de bons oenologues pour gommer ça. A Bordeaux aussi, il y a des cagettes qui font peur. Même Madame Osmose ne devrait pas suffire à rendre ça "vinifiable"...

La meilleure solution (mais aussi la plus coûteuse, sans doute), c'est plutôt la table de tri. Elle n'est malheureusement pas obligatoire. On frémit à l'idée que certains raisins non triés pourraient finir en AOC... Espérons que le contrôle qualité aval fonctionne...

Seuls endroits vraiment épargnés, pour l'instant: les services communication des interprofessions. Là, on ne trouve aucune trace de pourriture - ou alors, sous contrôle, totalement sous contrôle.

Laissons leur quelques jours encore, et on aura droit aux fadaises habituelles d'après vendange: "millésime classique", "millésime de vigneron"... peut-être même, par endroits, "exceptionnel."  L'effet terroir, les micro-climats, sans doute...

Le marketing viticole, c'est un peu la vie rêvée des bisounours. On y applique volontiers la méthode Coué: "Vous ne dites pas que c'est pourri, donc ce n'est pas pourri." Et à la dégustation? "N'anticipons pas, il sera toujours temps d'en parler à ce moment-là. Quand tu vends ta voiture, dans les petites annonces, tu n'es pas obligé de dire que les pneues sont déjà presque lisses."

Pourtant, à mon sens, toute vérité est bonne à dire. Les Français ont encore à l'esprit la pluie des derniers mois, ils auraient du mal à avaler de nouveaux communiqués de victoire! Pour être crédible quand c'est vraiment bon, il faut pouvoir dire quand c'est moins bien.

Amis vignerons, si je caricature, si c'est mieux chez vous, tant mieux, et n'hésitez pas à me le faire savoir!

14 septembre 2011

Pour en finir avec la guidite chronique

Vous ne concevez pas de vivre la rentrée sans le dernier Goncourt, ni sans un bon guide d'achat des vins?

Ne vous inquiétez pas. C'est moins grave que la maladie de Jacques Chirac. Et surtout, c'est beaucoup plus répandu, alors les labos investissent; ils vont bien finir par trouver un traitement.

En attendant, vous pouvez au moins éviter d'acheter le mauvais guide. Vous n'avez qu'à aller sur le site du Vindicateur. Il fait un tri.

C'est ICI et j'adore.

guide de vins,vin,matrix

Juste un petit commentaire.

Le taulier du site, Antonin Iommi-Amunategui, se pose la question de sa légitimité de commentateur.

Ne te la pose plus, Antonin! Est-ce que les éditeurs et les auteurs de ces guides se la posent? Et qui osera me dire qu'il n'a jamais été déçu par une sélection du Guide Hachette, du Bettane et Desseauve ou du Guide de la RVF?

Allons, tout ce qui est humain est faillible et plein d'irrationnel.

Alors continue, Antonin. Même si ça ne fait pas vendre un guide de moins, vu qu'ils sont posés près des caisses de grand crus au Coraffour, au Pasclerc, à l'Interfâché ou au Minus Casimmo, cette semaine, ton oeuvre aura au moins fait un heureux: moi.

Grâce à toi, j'ai trouvé le courage de ne pas en acheter. Même si je n'en dégoûte pas les autres. C'est qu'il y a du boulot, derrière tout ça! Et de l'argent, aussi.

A Sierre, il y a quelques jours, j'ai reçu le Guide Vinea des Vins Suisses. Ca me suffit pour le moment.

En plus, c'est très économique: comme les vins qui y sont mis en avant ne sont pas vendus chez moi, je ne suis pas tenté d'acheter!

Mais tout à coup, j'ai comme un doute.

Et si tout ça n'était qu'une vaste supercherie, une sorte de Matrix du vin? Les guides commenteraient (très bien) des vins qui n'existeraient pas (un peu comme pour les Primeurs), et nous on commenterait les commentaires.

Ah, au fait, pour le Goncourt, je ne peux rien faire. C'est à vous de voir.

21 juillet 2011

Un verre de Maury à la santé de la Belgique

Le 21 juillet, pour ceux qui l'auraient oublié, c'est la fête nationale belge.

Amusant, le concept, puisque depuis les années 80, il n'y a plus de nation belge, mais une Fédération de Communautés et Régions, mais bon.

Depuis plus d'un an, il n'y a plus non plus de gouvernement fédéral, ce qui commence à faire désordre, surtout au plan démocratique, mais il est de bonnes âmes pour nous dire que c'est constitutionnellement correct. Alors passons et buvons un verre avec l'ami Eric Boschman, Belge et fier de l'être.

Au détour d’une allée de Vinexpo, il y a de cela quelques jours à Bordeaux, j’ai eu l’occasion de déguster quelques gorgées de quelques flacons que je me devais de vous raconter par le détail. Grâce au sourire rayonnant de la douce Aurélie, je me suis arrêté sur un stand qui a priori ne m’attirait pas. C’est que moi, les trucs à cent mille personnes pour déguster, c’est un peu bof. Puis, il est vrai que je me souvenais d’un courrier du propriétaire du dit stand accompagnant une cuvée Grand Chelem, lors de la dernière récolte du dit par le XV Bleu, qui cocoricait à tors et à travers, proclamant un prochain titre de Champion de Mooooooooooooooonde pour l’équipe et qui m’avait profondément gavé... Tout ça pour vous dire que j’y allais d'abord pour faire plaisir, sur ce stand. Et puis là, petit bonheur, pardon, grand bonheur ! J’ai dégusté des très vieux millésimes de vins doux naturels.

vin vieux,vignoble,vin,maury,madère,rivesaltesEn Roussillon (Photo H. Lalau)

C’est qu’il n’existe que trois endroits au monde où l’on peut trouver des vins vieux, exceptionnellement vieux, achetables sans devoir hypothéquer sa maison et dégustables. Certes, nous Belges, nous rêvons toujours au Bordeaux ou au Bourgogne qui prendrait cinquante ans dans les dents sans moufeter, mais faut pas rigoler, ces vins n’existent plus que dans les mémoires des anciens qui en ont encore une. Les vins modernes, depuis le milieu des années quatre-vingts, sont faits pour être bu très vite, et c’est bien le tout quand ils tiennent deux décennies, on peut carrément parler de miracle. Mais en dehors de ces deux régions ô combien magiques, il existe quelques foyers de production de vins qui défient la logique du vieillissement, des produits qui vieillissent largement plus longtemps que les hommes. On trouve, aujourd’hui, en Madère par exemple, des vins de la fin du XVIII ème, vers 1790 et quelques. Dans le Douro, à Porto, on trouve aussi des vins qui passent le siècle, des vins hors normes. Et puis, dans le Roussillon, de Rivesaltes à Maury, on trouve des choses franchement surprenantes. C’est que la richesse de la région, longtemps, s’est faite autour de ces vins mutés, qui encaissent les affronts du temps sans rien marquer. Un peu comme Rocky dans les premiers films, ils encaissent les gnons et se relèvent toujours.

Une célèbre propriété de Maury, au pied du château de Quéribus, a développé depuis de nombreuses années un parc à bonbonne en verre de soixante litres où les vins vieillissent pendant un an, au soleil, sous la pluie, au froid de l’hiver, et j’en passe et des pires. Au bout d’un an, les vins sont groggys, mais toujours vaillants.

Vous connaissez des trucs plus solides vous? Il en va de même pour les Rivesaltes. Alors là, je vous arrête tout de suite, pas question de mélanger les trucs, il existe une foultitude de vins répondant à cette appellation, il ne faut pas tout mélanger. Les muscat, les tuilés, les ambrés, sont des vins fondamentalement différents les uns des autres. Ce dont il est question aujourd’hui est un vin rouge qui a vieilli tranquillement toute sa vie en barrique avant d’être embouteillé il y a une petite année. A Porto, cela se nomme Colheita; en France, il n’y a pas d’appellation particulière. Pourtant, le vieillissement long en bois apporte une complexité rare aux vins. Certes, le côté mono cépage ou presque des vins doux du Roussillon enlève une part de complexité, mais dans les vins datant d’avant mil neuf cent trente six, les mutages effectués, parfois, à l’Armagnac ou avec d’autres alcools finis, donnent aussi une dimension surprenante aux vins. Les parfums du temps qui passent se donnent au vin au travers des bois, petit à petit. Le résultat est tout simplement bouleversant.

Il m’a été donné de déguster des vins de la fin du XIXème issus de la région, quelle splendeur! En ce qui concerne les cuvées de cette belle dégustation initiée aux côtés de la douce Aurélie, il s’agit de coups de flair, de chance peut-être, mais aussi de recherche longues. C’est qu’il a fallu trouver, négocier patiemment et acheter les barriques de vin qui avaient passé tranquillement les décennies à l’ombre des toiles d’araignées. Puis, il y a plus ou moins un an, mettre tout ces jolis lots en bouteilles.

J’ai particulièrement aimé le Maury 1939, il était encore fringuant, tout en fraîcheur, en légèreté et en équilibre. Le Rivesaltes 1936 était un peu moins équilibré, avec un côté plus sirupeux, fatigué peut-être. Le Maury 1929 était étonnant, avec des notes de violette, du cuir chaud et humide, le côté guêpière de dominatrice en fin de journée, du tabac noir mais une petite structure en bouche un peu plate sur la fin.

Un seul regret, que l’on ne connaisse pas vraiment l’origine des vins, c’est à dire de chez qui ils viennent, de la propriété familiale de monsieur Bertrand ou d’ailleurs, cela pourrait être intéressant et aussi, une forme d’hommage aux anciens qui ont préservés les barriques par devers eux jusqu'il y a peu. Vous remarquerez que les quantités sont ultra limitées, c’est indiqué sur l’étiquette de chaque flacon. Pour ce genre de rareté, les prix sont plutôt raisonnables. Pensez donc, quand on compare avec l’indécence des Grandes Marques bordelaises en 2010, il y a de quoi s’esclaffer et plonger sans réfléchir.

Et puis, pour célébrer la peut-être dernière Fête Nationale de notre magnifique royaume, faut pas se priver. J’aime assez le paradoxe qu’il y a à déguster des vins qui ont défié le temps tout en contemplant la lente agonie de notre pays qui se délite dans le paroxysme démocratique. Allez, assez pleuré, il pleut, c’est bon signe, c’est l’été ! Quelques prix histoire de vous mettre en forme : Banyuls 1951: 165 euros; Rivelsaltes 1945: 200 euros; Maury 1929: 250  euros. 

Eric Boschman

 

17 juillet 2011

Léon en Fenouillèdes

Pour plus de visibilité, je me permets de reproduire ici le commentaire de mon ami Luc "Léon" Charlier, vigneron flamando-catalan, qu'il a laissé ce soir sur le Blog des 5 du vin, en bas d'un article de Michel Smith (autre ami précieux), à propos d'une mémorable soirée en Fenouillèdes.

Ceci, afin que nul n'en ignore, Belges, Français, Terriens, présents et à venir, comme on dit dans le Moniteur Intergalactique.

Les yeux embués de larmes et de quelques vapeurs de Casot, il me semble en effet voir dans ce commentaire comme le manifeste du parti vinique international, le texte fondateur d'un nouveau désordre mondial, celui de la convialité. Luc mélange avec un brio qui n'appartient qu'à lui les musiques, les vins, des saveurs, les bons mots, les belles images, la bonne chair et la bonne chère, le goujat sacré et le sacrément profane. Il bat les cartes, et quand il les redistribue, on dirait qu'il y en a plus. C'est ce que j'appelle un homme de partage. Sa richesse n'est pas dans ses poches, elle est dans sa tête et dans son coeur grand comme l'internationale utopiste. Comprenne qui voudra.

Cher Michel,

Nous participions toi et moi hier à la «Foire aux Vieux Cépages» de Trilla, largement co-organisée par Mechthild, la femme de ton confrère et ami Andre Dominé. Elle joue avec brio le rôle d’ajointe au maire de cette petite commune de 60 habitants. Moi, j’avais amené un blanc sec de macabeu (vigne de 60 ans d’âge) et notre vieux carignan, en plus des assemblages traditionnels de la vallée de l’Agly. Sur place, outre quelques domaines «hors sujet» venus écouler leurs cubis (?????), le ton était clairement à «Carignan über alles», la colonie germanophone de ce coin de Fenouillèdes (occitan) étant la plus active.

L’après-midi – après avoir terminé le module dont tu m’as aimablement fait cadeau, modeste contribution au bien-être du peuple cubain – nous avons pu nous régaler aux accents combinés du duo composé par la délicieuse «Mademoiselle Hortensia» et de son «one-man band» (tuba + balalaïka, inédit je crois) de compagnon: le CATASTROPHONE. Ils me font irrémédiablement penser à la paire (semi-défunte hélas) de l’irrésistible Catherine Ringer et Fred Chinchin.

La fête populaire (180 personnes) qui dura jusqu’à passé une heure du matin, sous les étoiles et sans un pet de vent, vit un amalgame étonnant d’alternatifs, de pseudo-punks, d’intermittents du spectacle, d’agriculteurs, de «djeuns», de vignerons, d’un conseiller régional, d’ex-soixante-huitards allemands ou anglais, d’un dessinateur américain, de minettes en quête de quéquette ou de cougars en quête de braquemart et, plaisir ultime, une ravissante danseuse pseudo-brésilienne sur le podium. «Oui, mais t’as vu la hauteur de ses talons?» me dit bêtement mon Héraultaise de compagne.

Enfin, incongruité majeure, la table où nous engloutîmes la paëlla (fort bonne d’ailleurs, bravo au traiteur !) rassembla une compagnie polyculturelle et polyglotte (oui, même des Français maniant espagnol, allemand, portugais et trois mots d’anglais!).

Comme, suite à une incompréhension au sein de l’organisation, le vin manqua vite à table, ne reculant devant aucun sacrifice, nous avons bradé les invendus du jour de la Coume Majou à un tarif très démocratique et toute cette joyeuse assemblée se régala des arômes mûrs de la garrigue du «Fenolheda».

Et là, mes petits amours, les capsules à vis volèrent: personne pour se plaindre de ne pas devoir sacrifier à la cérémonie du tire-bouchon, cette grande tradition hexagonale. Et Lavilliers de me chanter : «Genta fina – outra coisa...».  Mais quelle ambiance !

Luc Charlier

 

PS (de moi, pas de Luc): Amis de l'espace, saluez Paulot de ma part. Car dans capsule, il y a Paulot.

23:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Roussillon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |

16 juillet 2011

Quelques nouvelles du front

Non, je ne parle pas de l'Afghanistan et de nos malheureux soldats, mais de l'évolution de la consommation de vin en France.

On ne saura probablement jamais à quel point les campagnes des prohibitionnistes anti-vins, relayées jusqu'au plus haut niveau du ministère de la santé, ont porté préjudice à la consommation du breuvage de Bacchus dans ce qui passait jusqu'ici pour le pays du vin.

Mais je me permets de faire remarquer que la proportion de buveurs réguliers a chûté à peu près au même rythme que la production de vins de table.

Ou pour le dire autrement: plus la France compte d'AOC et plus elle en produit (elles représentent aujourd'hui la moitié des volumes de vins produits en France), et moins les Français boivent de vin.

Alors soit les Français n'ont plus confiance dans un système qui leur promet la qualité sans toujours la leur donner, soit ils ont peur des vins qu'ils ne comprennent pas. Déçus et timides se rejoignent dans la désaffection.

Communiquer (faiblement) sur une origine galvaudée et une typicité incertaine n'est pas de nature à susciter l'adhésion de buveurs potentiels au sein de familles où la transmission de la culture vin ne se fait plus. Voyez à ce propos, ici même, le billet d'hier...

Si vous lisez ces lignes, c'est que vous avez sans doute un intérêt pour le vin. J'ai le regret de vous informer que vous n'êtes plus représentatifs de la population française, pas plus que les lecteurs de Tintin, les gardiens de phare, les producteurs de fromage au lait cru ou les pêcheurs à la ligne. Vous êtes - nous sommes - soit en avance d'une guerre, soit complètement ringards, selon le point de vue. Notre attachement pour le fruit de la pampre fait de nous des passéistes ou des élistes aux yeux de la nouvelle génération. Nous nous déconnectons chaque jour un peu plus du nouveau corps social, du politiquement correct. Ne dites pas que je bosse dans le vin, ma mère me croit serveur dans un coffee-shop à Maastricht.

Ne vous méprennez pas; contrairement à certains jusque-boutistes, qui verraient bien la marque remplacer l'appellation, je ne souhaite pas la disparition pure et simple de l'AOC.

Mais à l'heure où une candidate à la Présidence de la République souhaite supprimer le défilé militaire du 14 juillet et un autre milite pour le mariage homosexuel, je fait remarquer que rien n'est immuable au beau pays de France, et qu'un système comme celui des AOC ne peut rester en marge de la marche du temps. 

Je ne suis pas sûr que ses créateurs, le Baron Le Roy et Joseph Capus, reconnaîtraient encore leur bébé aujourd'hui. L'assurance d'origine s'est muée en rente de situation et tente aujourd'hui de devenir une vague assurance qualité. Mais un véritable retour aux sources et au sens signifirait une diminution drastique du nombre des AOC, et une réduction des surfaces dans la quasi-totalité d'entre elles. Aucun ministre, aucun élu ne prendra jamais ce risque; qui voudrait déplaire à ce point à la base vigneronne, aussi faible soit-elle, aux coopératives et aux détenteurs d'appellations, aussi illusoires soient-elles? Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, n'ont pas cessé de rogner les moyens d'expression du vin en France et d'inventer de nouvelles contraintes aux producteurs; mais aucun n'a jamais osé enlever au vigneron français son joli hochet: l'AOC pour tous, ou au moins, l'espoir de l'AOC pour tous...

Et pour quel profit politique un gouvernement réformerait-il cette vénérable et creuse institution, la refondrait-il, lui redonnerait-on un sens? Bien sûr, ce serait mieux protéger le consommateur de vin, mais le consommateur de vin n'est pas un lobby organisé et les associations consuméristes ne sont pas très virulentes sur ce chapitre. Aucun gouvernement ne fera donc d'effort, car il y a trop de coups à prendre et guère d'électeurs à gagner. Et puis, rappelons qu'en théorie, le système est auto-géré par les vignerons eux-mêmes...

Alors, comme rien ne bougera de ce côté-là, on ne peut souhaiter qu'une chose: que les vins sans appellation décollent pour réconcilier les Français avec le vin boisson; c'est le seul moyen de dégonfler la baudruche AOC; une fois délestée des vins qui n'ont rien à y faire, une fois que l'AOC aura retrouvé un peu de son identité, de sa spécificité, peut-être pourra-t-elle conquérir les consommateurs qui s'en détournent par dépit.

Je n'y crois guère, mais je peux faire semblant si ça peut aider...

En attendant, vous comprendrez que j'aurai de plus en plus tendance à vous parler de producteurs plutôt que des mentions apposées sur leurs étiquettes.

15 juillet 2011

Trois générations de Français et le vin

Deux  enseignants-chercheurs de l'Ecole supérieure de commerce de Pau ont étudié les comportements de Français de trois catégories d'âge par rapport au vin. Avec comme postulat quelque peu discutable que, pour chaque génération, les habitudes de  consommation ne changent guère avec le temps, ils en déduisent que la baisse des volumes de vin consommés en France va s'accentuer et que la part des achats effectués en vins IGP ou AOC/AOP va croître. Selon eux, le vin sera de plus en plus perçu comme un produit emblématique d'un certain statut social, et la fréquence de consommation diminuera encore.

Ils notent tout d'abord des cassures importantes entre les trois générations étudiées (les plus de 65 ans, les 30-40 ans et les 18-30 ans). Si les 3 tranches d'âges sont d'accord sur le caractère convivial de la consommation de vin, leur fréquence de consommation varie fortement. Les plus de 65 ans consomment du vin régulièrement, presque quotidiennement, en famille et entre amis. Les 30-40 ans, eux, ont une consommation plus irrégulière, de type festif. Les jeunes, quant à eux, ne consomment du vin qu'occasionnellement, voire jamais. Cette génération semble soit considérer le vin comme un produit nocif pour la santé (les campagnes des anti-vins ont-elles atteint ce but là?), soit comme un produit de luxe. Ou les deux.

Si l'enquête repose sur un échantillon limité, et si sa méthodologie peut être discutée, elle cadre assez bien avec les chiffres diffusés par l'INSEE. Selon ceux-ci les consommateurs réguliers de vins représentent aujourd'hui 17% de la population française (contre 51% en 1980); selon les deux chercheurs pallois, ce chiffre devrait à nouveau baisser pour atteindre  13% en 2015. Parallèlement, la proportion de non-consommateurs absolus de vin (38 % en 2010, contre 19% en 1980), devrait monter à 43% à l'horizon 2015.

Ca vous étonne? Regardez un peu autour de vous. Et permettez-moi de vous rappeller vous qu'un Français sur 8 ne sait ni lire ni écrire; ou encore, que les Français gardent la même brosse à dents 9 mois en moyenne. Je ne dis pas que la baisse de la consommation de vin a un lien direct avec ces deux indicateurs sociologiques, non. Mais je constate qu'il s'agit du même peuple. Le mien.

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