23 novembre 2011

Alcool, tabac et cancer: des chiffres

C'est intéressant, comme toujours sur Honneur du Vin

Et rappelez-vous, le vin, c'est entre 12 et 14,5% d'alcool... donc pas le produit le plus commode pour l'alcoolisation forcenée. D'autant qu'au niveau prix...

29 octobre 2011

Herdade da Comporta

Au dernier jour de notre périple à Setúbal, notre hôte Henrique Soares nous emmène déjeuner à Comporta, à l'entrée de la presqu'île de Troia, une longue langue de terre barrant le Sado, accessible par bateau ou bien au terme d'une assez longue virée par la route, entre vignes, dunes, pâtures et lagunes...

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Praia da Comporta

Vers une heure, nous arrivons à la plage, où se dresse un petit restaurant. Le lieu est charmant, avec un petit côté exotique, du sable blanc et fin comme on se l'imagine sous les Tropiques. Avec la cuisine locale (du boeuf, pour moi), nous dégustons le rouge de la quinta qui se trouve à un jet de pierre, l'Herdade da Comporta.

Herdade da Comporta 2007

Tinto 13,5% alc.
Aragonez, trincadeira, alicante, touriga franca. Sol sableux (qui l'eût cru?)
Au nez, du fruit rouge, du fruit noir, du pruneaun un côté presque muscaté (original, pour un rouge); en bouche, du cuir, de l'estragon, du poivron grillé,  du romarin, un poil de surmaturité; beaux tannins bien fondus. La finale évoque la frangipane, c'est riche, mais cela reste très buvable.

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15/20.

Plus d'info: http://www.herdadedacomporta.pt/

00:30 Écrit par Hervé Lalau dans Portugal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : portugal, setubal |

26 octobre 2011

Faucon mais vraie réussite

Tout est possible dans les appellations portugaises, même d'assembler de vieux cépages locaux comme l'Arinto et le très international sauvignon. Et à la Quinta do Falcão, au bord du Tage, cet attelage là ne tire pas à hue et à dia, il file droit vers son but: réjouir vos papilles de ses arômes de miel et d'acacia, de fleurs blanche, de pêche.

Falcao.jpgQuinta do Falcão

Le faucon, à ce qu'il semble, n'aime pas le chat, et encore moins son pipi; pas de trace non plus de buis ou de bourgeon de cassis, le sauvignon, ici, se tient en retrait et apporte surtout sa fraîcheur, sa vivacité. Un beau moment de dégustation. Pas vraiment typique? Mais quelle est la typicité du Tejo blanc? Vous la connaissez, vous? 14,5/20

00:10 Écrit par Hervé Lalau dans Portugal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tejo, vin, vignoble |

17 octobre 2011

Herdade dos Grous: la mise à jour

Au salon Vinipax, à Beja, je retrouve une maison alentejane visitée pour la première fois en 2008, avec Anibal Coutinho: Herdade dos Grous.

Je peux donc réactualiser mes données.75 ha de vignes au millieu d'un immense domaine agricole, des moyens, un oenologue réputé (Luis Duarte), de l'eau à profusion. dans une région sèche.. cette quinta ne manque pas d'atouts. Mais comment les utilise-t-elle?

Grous.jpgHerdade dos Grous (photo H. Lalau)

Herdade dos Grous "23 Barricas" 2010
Touriga nacional et syrah.
Du fruit noir mais pas compoté, un peu de cuir, une belle vivacité, des tannins très fins, 14/20

Herdade dos Grous "Moon Harvested" 2009
Alicante Bouschet.
Fruit rouge mur, mure et groseille au nez, mais beaucoup de vivacité et de finesse en bouche malgré les 14 degrés d'alcool.

Et dire qu'en France, on considère toujours ce cépage comme sous-qualitatif! Créé par un Français, M.Bouschet, il a pourtant plus de légitimité que le Primitivo, récemment  ajouté à la liste des varités légales dans l'Hexagone... 14,5/20

Herdade dos Grous Reserva 2009
Alicante, Graciano, Touriga Nacional
Pruneau. Beaucoup de fruit derrière le bois, du café vert, des tannins suaves, une belle longueur. Une autre image des rouges du Sud, plus élégante, plus civilisée malgré les degrés. 14,5/20.

00:03 Écrit par Hervé Lalau dans Portugal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grous, portugal, vin, vignoble alentejo |

12 octobre 2011

Folha do Meio

Portalegre, tout au nord de l'Alentejo et à proximité de la frontère espagnole, est une des sous-régions de la DO Alentejo. Elle compte parmi les plus anciennes - contrairement aux zones plus au Sud, on y produisait du vin bien avant l'arrivée de l'irrigation. C'est aussi la plus originale. Face à la Serra de Sao Mamede, les vignes sont situées plus en altitude, et bénéficient d'un climat à la fois plus frais et moins sec. Ses sols sont principalement composés de granite, avec quelques zones de schistes. Autre particularité: on y trouve des cépages inconnus ailleurs comme le cinsaut et le grand noir (un des développements de M. Bouschet, qui a laissé son nom à l'Alicante).

IMG_0607.jpgLa propriétaire nous présente son dernier né

C'est ici que s'est installé un nouveau domaine, Folha do Meio (la Feuille du Milieu).

J'ai dégusté son Folha do Meio Tinto 2009 (Trincadeira, Alicante, Aragonês) dont j'ao beaucoup apprécié le nez de rose et violette, la bouche bien bien mûre mais vive (jolis tannins), et la finale saline. 14/20

J'ai également dégusté le Tinto Reserva 2008, qui rappelle le premier avec un peu moins d'ampleur, peut-être (2009 est un millésime plus mur), et nez toujours très floral, mais dont le bois, en bouche, est trés bien intégré. 13,5/20

La preuve que les rouges d'Alentejo peuvent être élégants.

00:38 Écrit par Hervé Lalau dans Portugal | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, portugal, alentejo, portalegre |

09 octobre 2011

Setubal: deux muscats d'anthologie

Suite et fin de mes notes de dégustation des vins de Bacalhôa, avec deux moscatels de Setubal d'anthologie...
Un tout petit rappel sur l'élaboration, d'abord: il s'agit de  muscat d'Alexandrie, ramassé à maturité, muté à l'alcool (le produit titre environ 17 degrés à l'arrivée, pour environ 130g de sucre jeune, mais aussi, et c'est plus original, élevé en vieilles barriques entre 5 et 10 ans selon les qualités. Et ces vieilles cuvées dépassent souvent les 200g de sucre.

L1040680.JPGLe chai à barriques de Bacalhôa


Moscatel de Setúbal 2005

Celui-ci est un millésime 2005, qui a passé 5 ans dans le bois.
Explosion de fruit au nez, confiture d'abricot mêlée d'épices (cannelle, notamment), mais aussi de quinquina, de foin, de rose fanée; en bouche, on part sur le café, l'abricot à nouveau, la frangipane. On en oublierait presque le sucre. On note par contre quelques jolies notes de vieux marc et une pointe d'acidité très bienvenue? Un vin qui se mange autant qu'il se boit, si vou svoyez ce que je veux dire... 17/20

Setubal.jpgA boire, à manger, à rêver...

Moscatel de Setubal "Moscatel Roxo" 1999

Ici, on a utilisé une variante rosée du cépage, le moscatel Roxo, qui délivre quelques tannins. Côté couleur, il n'y a guère de différence cet c'est le fut qui la donne, ces muscats ont la robe d'un vieil armagnac.
 Le nez parait plus simple au premier abord, sur des notes de cognac, mais d'autres arômes prennent bientôt le relais, notamment de la poire mure, des dattes, des prunes, et puis ine belle brassée d'épices. Attention, nous sommes face à un vin multidimensionnel! Un vin qui nous emmène au tréfonds de notre bibliothèques sensorielle; je vous donne ma version, mais je suis sur que vous pouvez en trouver d'autres. En bouche, je pars sur les raisins de Corinthe, le moka et l'essence de fleur d'oranger, l'alcool est là, mais bien integré; il donne même un côté aérien à l'ensemble   Le sucre ne domine pas, il se fond. L'acidité semble un peu plus élevée que dans le précédent, ce qui réveille les papilles. Grand vin d'amateur... à prix démocratique. 18/20


00:40 Écrit par Hervé Lalau dans Portugal | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, moscatel, muscat, setubal |

08 octobre 2011

Premier jour à Setúbal: Bacalhôa

A l'invitation de mon confrère Anibal Coutinho et du salon Vinipax, me voici au Portugal, et plus précisément dans la péninsule de Setúbal, à une cinquantaine de kilomètres au Sud de Lisbonne.
Si la région est réputée pour ses muscats, ceux-ci ne représentent qu'une faible part de la production.

Je suis accueilli par Henrique Soares, l'efficace directeur de la Commission Vitivinicole de Setúbal. Je retrouve deux confrères, Guy Bonnefoit et Bernard Gheeraerd et nous partons pour notre première visite, la maison Bacalhôa.
Il s'agit rien moins que le deuxième groupe viticole portugais.
Un groupe relativement jeune, constitué par un investisseur on ne peut plus dynamique, le senhor Berardo, autour d'entreprises existantes comme JP Vinhos, Quinta de Bacalhoa et Aliança et qui couvre aujourd'hui l'essentiel des vignobles portugais.
L'unité que nous visitons à Azeitao produit à elle seule 9 millions de litres.

L1040730.JPGLa péninsule de Setubal



Nous dégustons une sélection des vins:

Catarina 2010
Un blanc de fernao pires, d'arinto et de chardonnay (33 pc chacun) élevé 6 mois en futs.
Citron, levure, miel, écorce d'orange, quelques notes d'aneth, une bonne acidité en bouche, mais du gras et une jolie finale saline. Très belle entrée en matière.
 14,5/20

Meia Pipa 2008
Castelao, cabernet sauvignon et syrah
Pas mal de fruit rouge,  un peu de grillé-fumé au nez, une bonne acidité en bouche (c'est l'influence marine de la péninsule), un vin assez suave, plutôt travaillé, qui devrait trouver un assez large public
13/20

Tinta da Anfora 2007
Aragones, cabernet sauvignon, touriga nacional, trincadeira alfrocheiro
On ne peut pas dire que l'oenologue ait voulu se faciliter la tâche avec tous ces cépages, mais à l'arrivée, c'est un peu convenu.
Du fruit mûr, fraise, cerise,  une bonne acidité, là encore, quelques notes de noisette, un peu de tannin mais pas trop, c'est un vin passe-partout. Rien à redire, mais ça manque un peu de personnalité. 12,5 /20

JP private selection 2008
100 pc Castelao - le grand cépage rouge de la région.
Belle puissance, cette fois! Au nez, des épices, du fenouil, des herbes de Provence, acidité boisé grand potentiel macérations longues 15/20

La suite demain avec "la" grande spécialité de Setúbal, le muscat...

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans Portugal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

07 octobre 2011

La Trincadeira dans tous ses états

Me voici chez Cortes de Cima, dans la région de Vidiguiera (Alentejo), pour une dégustation à thème: 7 vins de trincadeira.

Ce cépage est originaire de la région de Lisbonne. Les vins qui en sont issus se caractérisent souvent par des notes végétales, notamment du poivron mûr. Il faut veiller à modérer sa vigueur.

vin,vignoble,portugalLes vins en lice

Herdade dos Machados 2005 (Alentejo)
Cuir, goudron, fleur fanée, notes vegetales,tabac,  bouche équilibrée, fruit du bois 12,5/20

Vila dos Gamas 2008 (Alentejo)
Très beau fruit, poivre, belle fraîcheur en bouche, assez léger, la finale est très intéressante, notes raisinées, pétales de rose. 14,5/20

vin,vignoble,portugalMon préféré

 

Casa Cadaval 2008 (Tejo)
Rustique, prune, et pruneau à l'alcool au nez; en bouche, des notes de champignons, de vieux bois; c'est concentré, assez riche en bouche, mais cela ne témoigne en rien de potenteil aromatique du cépage. 12/20

Carmim 2008 (Alentejo)
Un vin de coopérative.
Fruité, moyennement concentré, assez fidèle au cépage, beau rapport qualité-prix 13,5/20

Ermelinda Freiras Trincadeira 2008
Bien fait, quelques notes évoquant la syrah, du cuir, de betterave rouge, le boisé masque un peu trop le cépage à mon goût, surtout que le vin n'a pas énormément de corps 13/20

Adega Cooperativa de Pegoes 2009
Herbes sèches, foin, plus végétal au nez; en bouche, des notes d'eau de rose,  tannins suaves, une finale un peu animale; belle couleur pour le cépage 14/20

vin,vignoble,portugalCortes de Cima

Cortes de Cima 2009
Très travaillé, belle concentration, le fruit et le végétal du cépage ressortent bien. Les 6 mois de bois usagé arrondissent le vin mais ne le marquent pas trop.Très équilibré et assez long en bouche. 14/20

En résumé: la Trincadeira est la plus séduisante jeune, sur le fruit et pas trop boisée.

00:47 Écrit par Hervé Lalau dans Portugal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, portugal |

21 juillet 2011

Un verre de Maury à la santé de la Belgique

Le 21 juillet, pour ceux qui l'auraient oublié, c'est la fête nationale belge.

Amusant, le concept, puisque depuis les années 80, il n'y a plus de nation belge, mais une Fédération de Communautés et Régions, mais bon.

Depuis plus d'un an, il n'y a plus non plus de gouvernement fédéral, ce qui commence à faire désordre, surtout au plan démocratique, mais il est de bonnes âmes pour nous dire que c'est constitutionnellement correct. Alors passons et buvons un verre avec l'ami Eric Boschman, Belge et fier de l'être.

Au détour d’une allée de Vinexpo, il y a de cela quelques jours à Bordeaux, j’ai eu l’occasion de déguster quelques gorgées de quelques flacons que je me devais de vous raconter par le détail. Grâce au sourire rayonnant de la douce Aurélie, je me suis arrêté sur un stand qui a priori ne m’attirait pas. C’est que moi, les trucs à cent mille personnes pour déguster, c’est un peu bof. Puis, il est vrai que je me souvenais d’un courrier du propriétaire du dit stand accompagnant une cuvée Grand Chelem, lors de la dernière récolte du dit par le XV Bleu, qui cocoricait à tors et à travers, proclamant un prochain titre de Champion de Mooooooooooooooonde pour l’équipe et qui m’avait profondément gavé... Tout ça pour vous dire que j’y allais d'abord pour faire plaisir, sur ce stand. Et puis là, petit bonheur, pardon, grand bonheur ! J’ai dégusté des très vieux millésimes de vins doux naturels.

vin vieux,vignoble,vin,maury,madère,rivesaltesEn Roussillon (Photo H. Lalau)

C’est qu’il n’existe que trois endroits au monde où l’on peut trouver des vins vieux, exceptionnellement vieux, achetables sans devoir hypothéquer sa maison et dégustables. Certes, nous Belges, nous rêvons toujours au Bordeaux ou au Bourgogne qui prendrait cinquante ans dans les dents sans moufeter, mais faut pas rigoler, ces vins n’existent plus que dans les mémoires des anciens qui en ont encore une. Les vins modernes, depuis le milieu des années quatre-vingts, sont faits pour être bu très vite, et c’est bien le tout quand ils tiennent deux décennies, on peut carrément parler de miracle. Mais en dehors de ces deux régions ô combien magiques, il existe quelques foyers de production de vins qui défient la logique du vieillissement, des produits qui vieillissent largement plus longtemps que les hommes. On trouve, aujourd’hui, en Madère par exemple, des vins de la fin du XVIII ème, vers 1790 et quelques. Dans le Douro, à Porto, on trouve aussi des vins qui passent le siècle, des vins hors normes. Et puis, dans le Roussillon, de Rivesaltes à Maury, on trouve des choses franchement surprenantes. C’est que la richesse de la région, longtemps, s’est faite autour de ces vins mutés, qui encaissent les affronts du temps sans rien marquer. Un peu comme Rocky dans les premiers films, ils encaissent les gnons et se relèvent toujours.

Une célèbre propriété de Maury, au pied du château de Quéribus, a développé depuis de nombreuses années un parc à bonbonne en verre de soixante litres où les vins vieillissent pendant un an, au soleil, sous la pluie, au froid de l’hiver, et j’en passe et des pires. Au bout d’un an, les vins sont groggys, mais toujours vaillants.

Vous connaissez des trucs plus solides vous? Il en va de même pour les Rivesaltes. Alors là, je vous arrête tout de suite, pas question de mélanger les trucs, il existe une foultitude de vins répondant à cette appellation, il ne faut pas tout mélanger. Les muscat, les tuilés, les ambrés, sont des vins fondamentalement différents les uns des autres. Ce dont il est question aujourd’hui est un vin rouge qui a vieilli tranquillement toute sa vie en barrique avant d’être embouteillé il y a une petite année. A Porto, cela se nomme Colheita; en France, il n’y a pas d’appellation particulière. Pourtant, le vieillissement long en bois apporte une complexité rare aux vins. Certes, le côté mono cépage ou presque des vins doux du Roussillon enlève une part de complexité, mais dans les vins datant d’avant mil neuf cent trente six, les mutages effectués, parfois, à l’Armagnac ou avec d’autres alcools finis, donnent aussi une dimension surprenante aux vins. Les parfums du temps qui passent se donnent au vin au travers des bois, petit à petit. Le résultat est tout simplement bouleversant.

Il m’a été donné de déguster des vins de la fin du XIXème issus de la région, quelle splendeur! En ce qui concerne les cuvées de cette belle dégustation initiée aux côtés de la douce Aurélie, il s’agit de coups de flair, de chance peut-être, mais aussi de recherche longues. C’est qu’il a fallu trouver, négocier patiemment et acheter les barriques de vin qui avaient passé tranquillement les décennies à l’ombre des toiles d’araignées. Puis, il y a plus ou moins un an, mettre tout ces jolis lots en bouteilles.

J’ai particulièrement aimé le Maury 1939, il était encore fringuant, tout en fraîcheur, en légèreté et en équilibre. Le Rivesaltes 1936 était un peu moins équilibré, avec un côté plus sirupeux, fatigué peut-être. Le Maury 1929 était étonnant, avec des notes de violette, du cuir chaud et humide, le côté guêpière de dominatrice en fin de journée, du tabac noir mais une petite structure en bouche un peu plate sur la fin.

Un seul regret, que l’on ne connaisse pas vraiment l’origine des vins, c’est à dire de chez qui ils viennent, de la propriété familiale de monsieur Bertrand ou d’ailleurs, cela pourrait être intéressant et aussi, une forme d’hommage aux anciens qui ont préservés les barriques par devers eux jusqu'il y a peu. Vous remarquerez que les quantités sont ultra limitées, c’est indiqué sur l’étiquette de chaque flacon. Pour ce genre de rareté, les prix sont plutôt raisonnables. Pensez donc, quand on compare avec l’indécence des Grandes Marques bordelaises en 2010, il y a de quoi s’esclaffer et plonger sans réfléchir.

Et puis, pour célébrer la peut-être dernière Fête Nationale de notre magnifique royaume, faut pas se priver. J’aime assez le paradoxe qu’il y a à déguster des vins qui ont défié le temps tout en contemplant la lente agonie de notre pays qui se délite dans le paroxysme démocratique. Allez, assez pleuré, il pleut, c’est bon signe, c’est l’été ! Quelques prix histoire de vous mettre en forme : Banyuls 1951: 165 euros; Rivelsaltes 1945: 200 euros; Maury 1929: 250  euros. 

Eric Boschman

 

29 mai 2011

Et la Belgique dans tout ça?

Cette semaine, l'ami Eric Boschman s'étonne du peu d'intérêt des exportateurs étrangers pour leurs clients belges...

"J’ai là, sous les yeux, le dossier de presse, plutôt bien fait au demeurant, de la Bourgogne, venue présenter ses vins il y a quelques jours à Bruxelles à la presse et aux professionnels. Et j’y lis, un rien atterré je vous l’avoue, que le BIVB a décidé de cibler en particulier quelques pays pour communiquer dans les années à venir. Pays dont ne fait pas partie la Belgique, bien évidemment, sinon pas de raison de s’énerver.

Belgique_régionale.jpgLa Belgique, 10 provinces, 3 langues, 3 régions, un bon bazar, mais quel marché!

Je conversais, pas plus tard qu’il y a deux jours avec une personne oeuvrant au commerce extérieur grec, qui me disait que l’association des producteurs de vins grecs avait ciblé quelques pays pour promouvoir leurs exportations dans les prochaines années. Dois-je vous signaler que la Belgique n’en fait pas partie?

J’ai eu le même genre de conversation avec des responsables de Vini Portugal il y a peu, et comme sœur Anne en attente d’un gouvernement, je ne vois au loin que la route qui poudroie et bleuoie dans le lointain.

Mais qu’est ce que c’est que ce cirque? ils sont tous cons les étrangers ou quoi ? Y’a t-il quelqu’un qui lit des statistiques dans les pays environnants? OK, je peux comprendre qu’il est plus drôle d’organiser une dégustation de prestige à Nouille York ou à Shan Gay qu’à Strépy-Bracquegnies ou Erps-Kwerps (un fantasme), mais franchement, nous sommes un des rares, sinon le seul pays d’Europe où la consommation de vin croît régulièrement (pratiquement un litre en une petite décennie), nous sommes aussi le pays d’Europe qui consacre le budget moyen le plus élevé à la bouteille. Qui plus est, grâce à nos deux ou trois marchés intérieurs, nous offrons une diversité de comportements culturels importants, ce qui offre aux producteurs et à leurs responsables (?) une vision originale du comportement des consommateurs. Alors quoi? Notre proverbiale modestie fait que nous ne frimons pas assez à l’étranger lors des dégustations? Si ce n’est que ça, j’ai bien le nom de deux ou trois sommeliers et de l’un ou l’autre collègue qui feront le poids, y’a qu’a demander. Est-ce parce que nous ne nous prenons pas assez au sérieux qu'on nous ignore?

Lorsque l’on regarde quelques chiffres, certes la Belgique n’est pas la Chine, et le fait qu’elle consomme régulièrement et beaucoup depuis des siècles ne signifie rien au regard des yeux de Chimène que font les marchés asiatiques aux finances des producteurs ; mais pourraient-ils me dire combien de voitures chinoises viennent remplir leurs coffres de pinards payés au prix fort, en espèce, pas dans les statistiques export, au cœur de l’été ? Toutes les régions de France, et même de quelques pays environnants connaissent ce phénomène. On chuchote même dans certains coins que l’on reconnaît les Belges non pas à l’immatriculation de leur véhicule, mais au fait qu'ils sont les seuls à utiliser des billets de 500 euros pour payer leurs caisses. Les esprits chagrins pourraient me rétorquer que puisque cela fonctionne bien cela n’aurait pas de sens d’en rajouter une couche. C’est loufoque, un marché ça s’entretient, c’est comme une relation amoureuse, un jour, celui qui donne tout et ne reçoit rien se fatigue et s’en va voir ailleurs comment ça se passe.

En Belgique, le désamour met longtemps à se manifester, mais quand ça bouge, ça bouge. Les producteurs de Cava se frottent les mains et les champenois assistent à un léger tassement. Pas grave pour les Champagnes, le marché mondial absorbe ce qui ne se consomme plus chez nous. Mais en fait c’est un peu con, parce que pour ouvrir un nouveau marché il faut plus d’énergie et de budget que pour en entretenir un fidèle. C’est un peu comme une histoire d’amour, j’ai comme l’impression que nous sommes dans la peau de l’amant fidèle qui donne, pardonne, accepte et se fait quand même délaisser au profit d’un analphabète violent qui n’a pour lui que le parfum de l’exotisme. C’est idiot, hein. Mais c’est comme ça, même pour les stratèges de l’exportation de vin, nous ne sommes bons qu’à consommer sans poser de questions. Allez, la semaine prochaine je serai de belle humeur, c’est promis. D’ici là, quoi que vous dégustiez, dégustez le bien."

Eric Boschman

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