23 novembre 2011
Alcool, tabac et cancer: des chiffres
C'est intéressant, comme toujours sur Honneur du Vin
Et rappelez-vous, le vin, c'est entre 12 et 14,5% d'alcool... donc pas le produit le plus commode pour l'alcoolisation forcenée. D'autant qu'au niveau prix...
19:18 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, Argentine, Australie, Autriche, Belgique, Brésil, Canada, Etats-Unis, Europe, France, Grande-Bretagne, Grèce, Hongrie, Italie, Liban, Luxembourg, Maroc, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Portugal, République Tchèque, Slovénie, Suisse, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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16 octobre 2011
Eric au Luxembourg
La chronique dominicale et grand ducale de notre ami Eric Boschman
Le Luxembourg, c’est un peu comme la Suisse, en dehors des banques, il y a une vie. Même si elle est un peu cachée. Tenez, par exemple, au lieu de croire qu’ils ne font que des vins pour les moules, suivez moi, on va découvrir un truc.
Un vignoble en plein essor
La Moselle coule en toute peinardise, entre vignes et coteaux, sur 42 km. C’est pas gigantesque hein. De Schengen, ville favorite des politiciens français, jusqu’à Wasserbillig, petite localité située au confluent de la Moselle et de la Sûre, à la frontière allemande. Situé au centre de l’Europe, ce vignoble présente un tas de caractéristiques originales et nettement plus complexes que ce que l’on pourrait croire habituellement. Les progrès qualitatifs réalisés par les producteurs ces dernières années sont remarquables, ça vaut le coup de suivre ce qui se passe là. Aujourd’hui, les vignerons luxembourgeois élaborent de vrais grands vins, et la demande grimpe en flèche. Ceci, particulièrement chez nous, où les vins blancs et les bulles ont le vent en poupe, ce ne sont pas les producteurs de Cava et autres bubulles du monde qui me contrediront. La grande diversité des vins et crémants de Luxembourg laisse entrevoir de quelle manière une toute petite région viticole peut être grande. Jamais les cépages et les spécialités du terroir n’ont été aussi divers. Même si c’est parfois compliqué à comprendre au niveau des différents organismes et groupements de producteurs divers et variés, mais, c’est promis, on nous promet une harmonisation dans les plus ou moins brefs délais. Quand on est Belge, on évite de faire des commentaires à qui que ce soit sur l’absurdité des multiplications de niveaux de pouvoir et de décision, à ce que je sache au Luxembourg, il ne semble y avoir qu’un seul gouvernement et un nombre de ministre fort raisonnable, l’air de rien.
La bouteille du jour
Diversité
Pour en revenir à nos pinards de chez nos voisins méridionaux, on compte sur ce minuscule vignoble une belle brochette de cépages aux caractéristiques propres. Du riesling, plutôt minéral, au pinot gris opulent en passant par le pinot blanc nerveux et le rivaner tant décrié à tors par les «amateurs» alors qu’il donne des vins de soif sans prise de tête, sans oublier en rouge le pinot noir, et, depuis peu, le Saint Laurent qui semble donner de très beaux résultats, la palette est large et le travail des vignerons offre de multiples facettes à déguster sans tarder. Pour les découvrir, le meilleur moyen est de faire un saut jusque-là. A la limite, si vous n’avez pas encore tout rapatrié, vous pouvez couponner le matin et déguster l’après-midi le long de la route du vin.
Nombreuses sont les caves et les restaurateurs qui permettent de déguster les productions locales. Le bien connu Guide Hachette des Vins consacre tout un chapitre aux vins de la Moselle Luxembourgeoise et il vous aidera un peu si vous n’avez pas de connection locale. Car au Grand Duché, le secret n’est pas un « vin » mot et si vous voulez trouver les perles rares, il vous faudra vous armer de patience et pratiquer votre luxembourgeois. Le portugais n’est pas une option valable pour l’achat des vins, sachez-le. L’œnotourisme est en plein développement dans les villages pittoresques le long de la rivière et une nuit sur place après de belles libations est peut-être la meilleure solution.
Un peu de réglementation aussi. L’air de rien on est là pour voir autre chose que des cartes postales…
Depuis le 12 mars 1935, (soit quelques mois avant la création de la première AOC en France) le vignoble luxembourgeois s’est doté d’une certification d’origine et de qualité appelé « Marque Nationale – Appellation Contrôlée ». Pour obtenir cette mention, le vin doit être soumis à des examens analytiques et organoleptiques au laboratoire de l’Institut Viti-vinicole. En fonction des résultats, les vins luxembourgeois peuvent revendiquer les mentions: Vin Classé, Premier Cru, Grand Premier Cru. Dans la réalité, seules les dénominations «Premier Cru» et «Grand Premier Cru» se distinguent sur les étiquettes. La mention « Marque-Nationale-Appellation contrôlée » figure quant-à-elle sur une contre-étiquette rectangulaire apposée au dos de la bouteille. La Marque Nationale-Appellation contrôlée « Crémant de Luxembourg » a quant-à-elle été créée le 4 janvier 1991. Tout comme pour les vins tranquilles, cette mention est liée à un examen analytique et organoleptique. Les Crémants doivent en outre répondre à des critères supplémentaires de qualité, tel le taux d’extraction du moût, limité à 100l pour 150 kg de raisin et une surpression de CO2 au moins égale à 4 bars après dégorgement. Les étiquettes de vin luxembourgeois peuvent aussi porter les mentions «Vendanges Tardives », « Vin de Glace » et « Vin de Paille ». Comme ça, vous ne direz plus que vous ne saviez pas et que vous n’étiez pas prévenus !
La bouteille du jour vient de chez Vinsmoselle. Il s’agit d’un pinot gris Grand Premier cru Wellenstein Foulschette de la série Art et Vins, dont l’étiquette est signée par le célèbre architecte luxembourgeois François Valentiny. Bon d’accord, l’étiquette vous vous en foutez, et vous avez tors, moi j’aime. Le vin est vraiment bien foutu. Gras sans être lourd, en fruité mais sans sucrosité idiote, c’est un bel exemple de Pinot gris bien maitrisé et à découvrir sur une volaille en waterzooie, par exemple. A boire dans les cinq ans.
Plus d’info: www.vins-cremants.lu
Eric Boschman
00:23 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, Luxembourg | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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21 septembre 2011
Vendanges 2011: l'année de la pourriture?
Je ne parle pas de la pourriture noble, celle que le Sauternais appelle de ses voeux (enfin, les vignerons les plus traditionnels, ceux qui ne cryogénisent pas). Non, je pense à la pourriture grise, à celle qu'un été pourri - c'est le cas de le dire - a laissé se développer un peu partout en France. Même dans le Sud (à part le Roussillon et la Corse, peut-être).
Pourri de chez pourri
Les sauvignons, à Bordeaux, sont particulièrement touchés. De même que les pinots et le chardonnay de Champagne - c'est Francis Boulard qui nous le dit. Les sauvignons de Touraine et du Sancerrois ne sont pas épargnés: les élèves du Lycée agricole de Cosne parlent d'un état sanitaire moyen (bel euphémisme). Les cabernets francs de Bourgueil et de chinon ne sont pas mieux lotis.
Et les chenins du Saumurois ou du Layon ont parfois grise mine. De même que les Gamay du Beaujolais ou les blancs d'Alsace.
Ici ou là, on nous dit que les foyers sont contenus. Pardonnez ma naïveté: je pensais qu'on ne pouvait plus traiter les vignes aussi près de la récolte... et il pleut toujours, après quelques épisodes de canicule, tout ce que le botrytis aime bien...
Tout ceci a incité plus d'un vigneron à avancer les vendanges sur les cépages les plus touchés. En Champagne, par exemple. Bonjour les maturités! Bonjour la qualité, aussi: vert et pourri à la fois, il faudra de bons oenologues pour gommer ça. A Bordeaux aussi, il y a des cagettes qui font peur. Même Madame Osmose ne devrait pas suffire à rendre ça "vinifiable"...
La meilleure solution (mais aussi la plus coûteuse, sans doute), c'est plutôt la table de tri. Elle n'est malheureusement pas obligatoire. On frémit à l'idée que certains raisins non triés pourraient finir en AOC... Espérons que le contrôle qualité aval fonctionne...
Seuls endroits vraiment épargnés, pour l'instant: les services communication des interprofessions. Là, on ne trouve aucune trace de pourriture - ou alors, sous contrôle, totalement sous contrôle.
Laissons leur quelques jours encore, et on aura droit aux fadaises habituelles d'après vendange: "millésime classique", "millésime de vigneron"... peut-être même, par endroits, "exceptionnel." L'effet terroir, les micro-climats, sans doute...
Le marketing viticole, c'est un peu la vie rêvée des bisounours. On y applique volontiers la méthode Coué: "Vous ne dites pas que c'est pourri, donc ce n'est pas pourri." Et à la dégustation? "N'anticipons pas, il sera toujours temps d'en parler à ce moment-là. Quand tu vends ta voiture, dans les petites annonces, tu n'es pas obligé de dire que les pneues sont déjà presque lisses."
Pourtant, à mon sens, toute vérité est bonne à dire. Les Français ont encore à l'esprit la pluie des derniers mois, ils auraient du mal à avaler de nouveaux communiqués de victoire! Pour être crédible quand c'est vraiment bon, il faut pouvoir dire quand c'est moins bien.
Amis vignerons, si je caricature, si c'est mieux chez vous, tant mieux, et n'hésitez pas à me le faire savoir!
00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace, Beaujolais, Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Charentes, Corse, France, Jura, Languedoc, Loire, Luxembourg, Midi, Pour rire, Provence, Roussillon, Sud-Ouest | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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14 septembre 2011
Pour en finir avec la guidite chronique
Vous ne concevez pas de vivre la rentrée sans le dernier Goncourt, ni sans un bon guide d'achat des vins?
Ne vous inquiétez pas. C'est moins grave que la maladie de Jacques Chirac. Et surtout, c'est beaucoup plus répandu, alors les labos investissent; ils vont bien finir par trouver un traitement.
En attendant, vous pouvez au moins éviter d'acheter le mauvais guide. Vous n'avez qu'à aller sur le site du Vindicateur. Il fait un tri.
C'est ICI et j'adore.

Juste un petit commentaire.
Le taulier du site, Antonin Iommi-Amunategui, se pose la question de sa légitimité de commentateur.
Ne te la pose plus, Antonin! Est-ce que les éditeurs et les auteurs de ces guides se la posent? Et qui osera me dire qu'il n'a jamais été déçu par une sélection du Guide Hachette, du Bettane et Desseauve ou du Guide de la RVF?
Allons, tout ce qui est humain est faillible et plein d'irrationnel.
Alors continue, Antonin. Même si ça ne fait pas vendre un guide de moins, vu qu'ils sont posés près des caisses de grand crus au Coraffour, au Pasclerc, à l'Interfâché ou au Minus Casimmo, cette semaine, ton oeuvre aura au moins fait un heureux: moi.
Grâce à toi, j'ai trouvé le courage de ne pas en acheter. Même si je n'en dégoûte pas les autres. C'est qu'il y a du boulot, derrière tout ça! Et de l'argent, aussi.
A Sierre, il y a quelques jours, j'ai reçu le Guide Vinea des Vins Suisses. Ca me suffit pour le moment.
En plus, c'est très économique: comme les vins qui y sont mis en avant ne sont pas vendus chez moi, je ne suis pas tenté d'acheter!
Mais tout à coup, j'ai comme un doute.
Et si tout ça n'était qu'une vaste supercherie, une sorte de Matrix du vin? Les guides commenteraient (très bien) des vins qui n'existeraient pas (un peu comme pour les Primeurs), et nous on commenterait les commentaires.
Ah, au fait, pour le Goncourt, je ne peux rien faire. C'est à vous de voir.
09:21 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace, Beaujolais, Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Charentes, Corse, France, Jura, Languedoc, Loire, Luxembourg, Midi, Pour rire, Provence, Rhône, Roussillon, Sud-Ouest, Suisse, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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25 août 2011
Crémants d'ici et d'ailleurs
Le directeur de la Fédération française des Crémants, Olivier Sohler, pense qu'il est temps pour les Crémants de revendiquer leur propre identité et de s'abstenir de toute comparaison avec le Champagne, par exemple.
Il a mille fois raison.
Mais de quelle identité parle-t-on? De l'identité alsacienne, ou jurassienne, ou encore bourguignonne?
Pourvu en tout cas que ce ne soit pas celle du Crémant de Bordeaux, dont je me demande bien ce qu'il vient faire dans ce «club». Il paraît que pour y rentrer, dans ce «club», il faut prouver une antériorité, une tradition de la bonne bulle. Je cherche toujours celle de Bordeaux, qui n'a ni l’expérience, ni les cépages pour en faire, au point qu'on lui a en a rajoutés pour lui permettre d'en faire.
A ce compte-là, demain, ce sera peut-être le tour de la Provence?
Au fait, n'oublions pas le Luxembourg, qui lui, fait déjà partie du «Club». Et demandons-nous au nom de quoi quelque Sekt régional allemand ne pourrait pas s'y ajouter (de Baden ou de Pfaltz, par exemple, eux ont l'antériorité). Sans oublier la Tchéquie ou la Suisse. Ou encore, dans quelques années, qui sait, les effervescents du Kent ou de Belgique...
Comment peut-on postuler? A qui envoyer le dossier? Il y a-t-il cooptation?
Peut-être serait-il plus logique d'accueillir d'abord le Saumur et le Vouvray, par exemple. Mais s'y intéressent-ils? Quelle serait la plus-value? Quelles seraient les contraintes? A combien se monteraient les cotisations?
Et pourquoi tant de producteurs, même en Loire, où ils ont tant de belles appellations de bulles, se mettent-ils à faire du mousseux sans indication de provenance? Jusqu'à Bouvet-Ladubay, récemment, avec sa Petite Bulle, dont j'attends toujours la composition.
Vous savez, M. Sohler, pas mal de consommateurs se fichent peut-être bien de savoir ce qu'est vraiment un Crémant. Mais si aux journalistes, on envoie des dossiers tendant à prouver la grande exigence du cahier des charges des Crémants, alors de deux choses l'une, ou on applique le cahier des charges, partout et en tout point, ou bien en s'expose à ce que les communiqués finissent à la poubelle.
Vive le bon Crémant... quand même!
00:30 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Loire, Luxembourg, République Tchèque, Suisse, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
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22 juillet 2011
A vendre vignoble... plus grand que le Luxembourg
Le domaine viticole argentin "Punta del Ague" est à vendre. La mise à prix est coquette (6,8 millions d'euros), à la mesure d'un grand cru classé. Mais il ne s'agit pas d'un grand cru classé. Il s'agit d'une grande... surface: 4.003 km2. Ou 400.318 ha, si vous préférez. La superficie du département du Jura. Ou encore, plus d'une fois et demi celle du Grand Duché de Luxembourg.
Au Nord de Mendoza, au pied des Andes et de la frontière chilienne
Le domaine, situé dans la province de San Juan, au pied des Andes, a été cultivé, mais ne l'est plus depuis 20 ans. Ses sols limoneux sont adaptés à la vigne, précise l'agent immobilié chargé de la vente, Savills. Il y a aussi de l'eau (le domaine est traversé par deux rios). Mais quelques détails sont encore à régler. Pas d'électricité. Pas de route (mais on en prévoit une, qui devrait relier le domaine aux ports du Chili).
Je ferais bien une enchère, question d'avoir un petit pied à terre où je ne sois pas gêné par les voisins. Mais je manque un peu de liquidités, en ce moment.
11:25 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine, Chili, Luxembourg | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
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16 juillet 2011
Quelques nouvelles du front
Non, je ne parle pas de l'Afghanistan et de nos malheureux soldats, mais de l'évolution de la consommation de vin en France.
On ne saura probablement jamais à quel point les campagnes des prohibitionnistes anti-vins, relayées jusqu'au plus haut niveau du ministère de la santé, ont porté préjudice à la consommation du breuvage de Bacchus dans ce qui passait jusqu'ici pour le pays du vin.
Mais je me permets de faire remarquer que la proportion de buveurs réguliers a chûté à peu près au même rythme que la production de vins de table.
Ou pour le dire autrement: plus la France compte d'AOC et plus elle en produit (elles représentent aujourd'hui la moitié des volumes de vins produits en France), et moins les Français boivent de vin.
Alors soit les Français n'ont plus confiance dans un système qui leur promet la qualité sans toujours la leur donner, soit ils ont peur des vins qu'ils ne comprennent pas. Déçus et timides se rejoignent dans la désaffection.
Communiquer (faiblement) sur une origine galvaudée et une typicité incertaine n'est pas de nature à susciter l'adhésion de buveurs potentiels au sein de familles où la transmission de la culture vin ne se fait plus. Voyez à ce propos, ici même, le billet d'hier...
Si vous lisez ces lignes, c'est que vous avez sans doute un intérêt pour le vin. J'ai le regret de vous informer que vous n'êtes plus représentatifs de la population française, pas plus que les lecteurs de Tintin, les gardiens de phare, les producteurs de fromage au lait cru ou les pêcheurs à la ligne. Vous êtes - nous sommes - soit en avance d'une guerre, soit complètement ringards, selon le point de vue. Notre attachement pour le fruit de la pampre fait de nous des passéistes ou des élistes aux yeux de la nouvelle génération. Nous nous déconnectons chaque jour un peu plus du nouveau corps social, du politiquement correct. Ne dites pas que je bosse dans le vin, ma mère me croit serveur dans un coffee-shop à Maastricht.
Ne vous méprennez pas; contrairement à certains jusque-boutistes, qui verraient bien la marque remplacer l'appellation, je ne souhaite pas la disparition pure et simple de l'AOC.
Mais à l'heure où une candidate à la Présidence de la République souhaite supprimer le défilé militaire du 14 juillet et un autre milite pour le mariage homosexuel, je fait remarquer que rien n'est immuable au beau pays de France, et qu'un système comme celui des AOC ne peut rester en marge de la marche du temps.
Je ne suis pas sûr que ses créateurs, le Baron Le Roy et Joseph Capus, reconnaîtraient encore leur bébé aujourd'hui. L'assurance d'origine s'est muée en rente de situation et tente aujourd'hui de devenir une vague assurance qualité. Mais un véritable retour aux sources et au sens signifirait une diminution drastique du nombre des AOC, et une réduction des surfaces dans la quasi-totalité d'entre elles. Aucun ministre, aucun élu ne prendra jamais ce risque; qui voudrait déplaire à ce point à la base vigneronne, aussi faible soit-elle, aux coopératives et aux détenteurs d'appellations, aussi illusoires soient-elles? Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, n'ont pas cessé de rogner les moyens d'expression du vin en France et d'inventer de nouvelles contraintes aux producteurs; mais aucun n'a jamais osé enlever au vigneron français son joli hochet: l'AOC pour tous, ou au moins, l'espoir de l'AOC pour tous...
Et pour quel profit politique un gouvernement réformerait-il cette vénérable et creuse institution, la refondrait-il, lui redonnerait-on un sens? Bien sûr, ce serait mieux protéger le consommateur de vin, mais le consommateur de vin n'est pas un lobby organisé et les associations consuméristes ne sont pas très virulentes sur ce chapitre. Aucun gouvernement ne fera donc d'effort, car il y a trop de coups à prendre et guère d'électeurs à gagner. Et puis, rappelons qu'en théorie, le système est auto-géré par les vignerons eux-mêmes...
Alors, comme rien ne bougera de ce côté-là, on ne peut souhaiter qu'une chose: que les vins sans appellation décollent pour réconcilier les Français avec le vin boisson; c'est le seul moyen de dégonfler la baudruche AOC; une fois délestée des vins qui n'ont rien à y faire, une fois que l'AOC aura retrouvé un peu de son identité, de sa spécificité, peut-être pourra-t-elle conquérir les consommateurs qui s'en détournent par dépit.
Je n'y crois guère, mais je peux faire semblant si ça peut aider...
En attendant, vous comprendrez que j'aurai de plus en plus tendance à vous parler de producteurs plutôt que des mentions apposées sur leurs étiquettes.
00:14 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace, Beaujolais, Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Charentes, Corse, Europe, France, Fromages, Gastronomie, Jura, Languedoc, Loire, Luxembourg, Midi, Pour rire, Provence, Rhône, Roussillon, Sud-Ouest, Suisse, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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19 janvier 2011
Droits de plantations, la polémique continue... mais est-ce la bonne?
Trois ans après de vote de la nouvelle Organisation Commune des Marchés "Vin", ratifiée par tous les pays membres de l'Union Européenne, des voix se font toujours régulièrement entendre pour remettre en question une de ses mesures phare, la suppression des droits de plantation. Il faut dire que pour certains pays comme la France, ces droits font partie de l'histoire: ils datent du Front Populaire, ou pour s'en tenir au vin, à la création des AOC.
C'est là que commence à mon sens la confusion.
Libérer les plantations pour permettre aux Européens de lutter à armes égales avec leurs concurrents du Nouveau Monde, en produisant des vins à meilleur coût, à première vue, voila qui me semble bien vu. Ne serait-ce que pour répondre aux attentes des buveurs aux habitudes de consommation les moins sophistiquées, chez nous comme ailleurs. Je parle bien sûr des vins sans indication d'origine, des vins de cépage, des vins sur lesquels ne doivent peser qu'un minimum de contraintes, tant au plan des rendements qu'au plan du lieu de plantation.
Les contestataires ne sont pas directement concernés
Pourtant, qui conteste aujourd'hui la libéralisation des droits de plantation? Les organisations représentant les AOC, comme la CNAOC.
Voila qui est paradoxal: avec leurs ODG, leurs cahiers des charges, leurs contrôles qualité en amont, en aval, les AOC bénéficient pourtant sur le papier d'un bel arsenal pour contrôler la production.
Libéralisation ou pas, elles pourront continuer à fixer le rendement, les cépages, les méthodes culturales et de vinification. Rien ne les empêchera non plus de fixer de nouvelles délimitations géographiques, en clair, de restreindre leurs aires d'appellation. Cela demande du courage, bien sûr, mais c'est leur raison d'être, ou je me trompe?
Pincez-moi ou j'hallucine: ce sont donc ceux qui sont les moins concernés qui dénoncent! Voila qui me rappelle furieusement la querelle du rosé de coupage... Rappelez-vous, à l'époque, les AOC, qui pouvaient facilement continuer à exclure les rosés de coupage de leurs cahiers des charges, se sont mobilisées. Pourquoi? Mais parce que qu'elles craignaient de voir des producteurs se détourner d'elles: qui n'aurait pas été tenté de valoriser ses blancs en les teintant de rouge, à petit prix, même sans AOC? Leur argument massue, celui de la préservation d'une prétendue qualité, n'était qu'un écran de fumée; ils mettaient en avant les Côtes de Provenance, (pardon, de Provence) mais seuls les vins sans indication de provenance étaient concernés. Et dire que le plus gros de la presse a marché dans la combine!
Le raisonnement est le même aujourd'hui: la libéralisation des plantations ne fait peser aucune menace sur la qualité de la production des AOC, mais elle porte en germe une concurrence. Et soyons terre-à-terre: moins d'hectos en AOC, c'est moins de cotisations.
La CNAOC évoque déjà ses craintes de voir planter des vignes dans la plaine, là où elles n'ont pas leur place, selon elle. Au passage, c'est oublier (et faire oublier aux pauvres buveurs) que les AOC sont déjà dans la plaine, pour une bonne partie de leurs aires!
Que les AOC en reviennent à leurs fondamentaux!
Par ailleurs, regardons les chiffres; la part des AOC dans la production française n'a jamais cessé d'augmenter. ces 50 dernières années. Elle frise les 50%. C'est anormal. Comment une bouteille sur deux produite en France pourrait-elle prétendre être représentative d'un terroir et d'une origine! C'est là qu'est l'abus. Dans ce contexte, la libéralisation des plantations, ce n'est pas un danger qualitatif, c'est juste un danger pour la détestable rente de situation de ceux qui produisent insipide au sein des AOC, et malheureusement, aujourd'hui, en toute impunité.
Permettre le développement d'un autre type de produits, à moindre coût et hors AOC, aurait pourtant un avantage pour le consommateur: en concurrençant les productions à bas prix indignes des AOC, cela permettrait à celles-ci de renouer avec leurs fondamentaux: redevenir ce qu'ils n'auraient jamais dû cesser d'être, des pépinières de vins d'expression, de terroir, en un mot, le sommet de la pyramide de l'identité. Moins nombreux, sans doute, mais dignes d'arborer leur mention particulière à la face du monde.
Notez bien que je n'ai pas écrit le mot "qualité", car c'est un concept par trop trop subjectif, et qui n'a pas sa place ici. Dire d'une indication de provenance que c'est un signe de qualité (au sens de "meilleure qualité," tel qu'il est compris par le commun des mortels), c'est duper les consommateurs, sans parler des législateurs européens.
Ne sont-ils pas fatigués d'entendre la CNAOC et ses semblables évoquer la qualité à tout bout de champ quand celle-ci n'y est pas? Ni en termes d'identité, ni en termes de qualité absolue. L'origine n'est pas une garantie de qualité. On trouve même quelques contre-exemples fameux. Je veux parler de tous ceux, en Italie, en France, en Espagne, qui sont sortis des AOC pour produire meilleur ou en tout cas, s'affranchir de règles désuètes et non-qualitatives (l'obligation de mettre du blanc dans le rouge, par exemple, ou encore la longueur de l'élevage).
Qui a dit que les AOC ont le monopole de la qualité?
Je rappelle aussi qu'un des vins les plus prisés de l'Hémisphère Sud, l'Australien Grange, de Penfolds, que tout le monde prend pour un grand cru, est un assemblage des meilleurs parcelles de plusieurs appellations très distantes et qu'à ce titre, s'il était français, il peinerait à décrocher l'AOC, ou alors, seulement une AOC régionale de type Bordeaux ou Bourgogne. Imagine-t-on en France que l'étendard vineux du pays n'ait qu'une AOC régionale, ou pas d'AOC du tout? Qu'on puisse assembler Château Margaux et Château Montus? Limoux et Meursault? Voila qui choquerait notre esprit classificateur, notre besoin maladif de tout étiquetter. Et pourtant, rien de plus normal en Australie, où c'est la marque qui prime.
J'ai dégusté voici quelques semaines un chardonnay de Patriarche vendu comme Vin de France; il est produit en Languedoc mais ne le revendique pas (à moins qu'il n'y assemble un peu de Bourgogne). Il est excellent - plus fruité, plus gras, plus expressif, plus frais et plus typé que la plupart des blancs d'appellations communales de Bourgogne qu'il m'a été donné de goûter au cours de la même semaine lors d'une dégu d'In Vino Veritas. Il faut dire que le millésime (2008) était difficile. Mais si l'on va jusqu'au bout de la démarche prétenduement qualitative soutenue par la CNAOC, on finit pas se demander s'il fallait déclarer en AOC un millésime aussi médiocre dans cette région!
Je sais, je pousse le bouchon un peu loin. Mais ce n'est pas moi qui prétend vouloir assurer la qualité totale!
Un autre type de viticulture
N'étant ni eurocrate ni producteur, dont en aucune façon expert, je suis bien sûr ouvert à la discussion. Mais sans faux semblants.
J'aimerais déjà qu'on m'explique les vrais enjeux de cette libéralisation des plantations pour l'économie viticole, en mettant de côté les arguments prétenduement qualitatifs. La CNAOC évoque le danger de l'arrivée de gros opérateurs pour le tissu viticole français, déjà si affaibli. C'est une éventualité. On ne peut pas l'exclure.
Mais cela pose un autre type de problème. Dans un contexte de baisse de la consommation française, et de stagnation de la consommation mondiale, j'ai du mal à concevoir, que des investisseurs se lancent à corps perdu dans des plantations dont la production ne pourrait que grossir des excédents, à moins bien sûr qu'ils ne gagnent des parts de marché sur des producteurs existants. Au sein des AOC, notamment. Surtout si celles-ci n'apportent pas un plus en termes d'identité. Mais est-ce à la Commission Européenne de privilégier les producteurs existants au détriment des producteurs potentiels, elle qui compte en son sein un commissaire à la concurrence? Est-ce à elle décréter ce que le consommateur veut boire?
Et n'est-ce pas une solution à courte vue que d'empêcher les gros opérateurs de grossir chez nous, au risque de voir leurs concurrents le faire ailleurs? Ou même, de voir nos opérateurs délocaliser sous des cieux plus accueillants, à l'image d'un Pernod Ricard, groupe français qui n'a pas de vigne en France, mais poids lourd du vin aux Antipodes...
Les tenants du statu quo nous disent benoîtement que c'est notre modèle de viticulture à visage humain qui est en jeu. Je serais plus convaincu si ce modèle permettait réellement à nos petits vignerons de vivre, en l'absence de débouchés, en l'absence de ce que les anglo-saxons appellent l'unique selling proposition. Quand le tonneau de Bordeaux est coté en dessous du prix de revient, peut-on dire que Bordeaux est encore un nom qui faire vendre? Et les faillites ont-elles un visage humain? S'il est un autre modèle de viticulture qui permet aux bons viticulteurs de vivre mieux, en faisant apparaître plus clairement la distinction entre vin industriel et vin d'auteur, je suis preneur.
Qu'on m'explique aussi pourquoi il faudrait déjà revenir sur l'OGM vin avant même qu'elle ne s'applique pour les droits de plantation. La France ayant obtenu un délai jusqu'en 2018, s'il y a renégociation, l'accord passé en 2008 aura été un jeu de dupes.
Accessoirement, qu'on m'explique pourquoi le projet initial a déjà été sérieusement édulcoré - j'emploie ce mot à dessein, car vous vous rappellez sans doute que dans sa version initiale, il prévoyait l'interdiction de la chaptalisation - une idée qui semblait pourtant à la fois aller dans le sens de l'authenticité, de la maîtrise des volumes et de la qualité, mais que les AOC n'ont guère soutenue, à l'époque.
Protection, ou handicap?
Mais restons en là: après Mme Merkel, le président Sarkozy vient de se prononcer pour le maintien des droits de plantation. La messe est dite. L'Elysée a tranché: surtout ne touchons à rien. Après tout, M. Sarkozy ne boit pas.
Il ne reste qu'un espoir pour les partisans du changement: qu'une majorité de pays de l'Union continue à soutenir l'OGM vins, et ne le laissent pas détricoter. Ce n'est pas gagné d'avance, tant ces sujets sont propices au marchandage. Je crains fort qu'il me faille avaler cette couleuvre-là aussi.
Alors, faisons contre mauvaise fortune bon coeur: samedi, je pars en Afrique du Sud. Un pays où l'apartheid a été aboli, et où l'on plante ce qu'on veut, où l'on veut. Où les aides à l'exportation sont très faibles, où l'Etat ne subventionne plus grand chose, où la distillation de crise est inconnue, et où, par voie de conséquence, on ne produit à peu près que les vins qu'on est sûr de pouvoir vendre. Coïncidence, en moyenne, ils sont plus que corrects. Un peu techno, pour beaucoup, mais loyaux et marchands. Pas sûr qu'à l'étranger, tous les consommateurs sachent situer Robertson par rapport à Worcester. Ici, les marques sont souvent plus fortes que les appellations. Logique: seuls une minorité de producteurs revendiquent vraiment un terroir. Mais quand ils le font, c'est le plus souvent justifié. La pyramide de l'identité qu'on nous vante en France, avec les bons terroirs tout en haut, n'est souvent qu'un leurre; ici, pourtant, elle retrouve un sens. Est-ce un hasard si ce pays a vu ses surfaces de vignoble augmenter de 20% en dix ans, et le nombre de ses caves tripler dans le même temps?
Ces chiffres devraient faire réfléchir nos gouvernants et nos vignerons: nos protections, nos barrières, nos interdits nous protègent-ils vraiment ou nous handicappent-ils?
00:04 Écrit par Hervé Lalau dans Allemagne, Autriche, Belgique, Chypre, Espagne, Europe, France, Grande-Bretagne, Grèce, Italie, Luxembourg, Nouvelle-Zélande, Portugal, République Tchèque, Slovénie, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
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04 décembre 2008
Succès de la Fête des Vins & Crémants Luxembourgeois
Mon confrère et ami Romain Batya m'adresse cette actualité de la scène luxembourgeoise du vin:
"La 5e Fête des Vins et Crémants Luxembourgois, qui s'est tenue du 27 au 30 novembre en plein centre de la capitale du Luxembourg a connu un succès sans précédent. Il s'agit de la plus importante action annuelle commune des vignerons de la place.
En effet, les organisateurs ont compté presque 5.000 entrées, soit plus du double du nombre de visiteurs de l'an dernier.
Vu le grand nombre de non-luxembourgeois ayant trouvé leur chemin jusqu'au "Knuedler" (Place Guillaume), lieu de la manifestation, la popularité du vin Luxembourgeois va grandissant."
Merci Romain!

La Place Guillaume
11:35 Écrit par Hervé Lalau dans Luxembourg | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : vin |
14 mai 2008
Domaine Thill (Bernard Massard) gagne un prix de packaging
J'essaie de vous rendre compte des efforts qualitatifs louables de la Moselle luxembourgeoise (voir la rubrique Luxembourg, sur ce blog). Malheureusement, nos amis luxembourgeois sont des gens plutôt discrets, aussi l'actualité n'est pas si fréquente.
Heureusement, il y a les "Communication & Design Awards 2008", événement médiatique 100% luxembourgeois. Le 29 février dernier, un de ces prix a été décerné au nouvel habillage de la gamme Thill's (un des domaines de Bernard Massard).
Ces prix sont pas réservés au vin, mais concernent toute l'industrie graphique. La marque de Bernard Massard était donc en compétition avec des compagnies d'aviation, des villes, des banques... et même la police grand-ducale.
Sources: Bernard Massard et Tagesblatt
09:24 Écrit par Hervé Lalau dans Luxembourg | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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