23 février 2017

Montefalco: Scacciadiavoli, ou la séduction du diable

Une légende raconte qu'au 17ème siècle, dans un hameau de Montefalco, un jeune homme possédé par le diable en a été libéré après que l'exorciste (scacciadiavoli, ou chasse-démons), lui ait fait boire du vin rouge local; il s'agissait sans doute de Sagrantino, un vin alors réservé aux sacrements, comme son nom l'indique. Le hameau a ensuite pris le toponyme de Scacciadiavoli; puis, très logiquement, le domaine viticole du lieu.

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Une cave-modèle

Quoi qu'il en soit de la légende, il s'agit d'une des plus vieilles maisons de Montefalco encore en activité: c'est en 1884, en effet, qu'un noble romain, Ugo Boncomagnoni-Ludovisi, a fondé le domaine. D'emblée, il a voulu en faire une exploitation modèle, et il s'est inspiré du nec plus ultra de la technique viticole de son époque: le château bordelais; aussi, à visiter le chai, on a un peu l'impression de se retrouver sur les bords de la Gironde...

Plus tard, dans les années 1990, sous l'impulsion de la famille Pambuffetti, Scacciadiavoli a été un des refondateurs du Sagrantino de Montefalco - ce cépage avait vu sa production tomber à peu de chose (surtout du passito, pas toujours facile à vendre).

_MG_4851_logo.jpgPhoto Christ Filippi

Aujourd'hui, moyennant de gros efforts à la vigne mais aussi une redéfinition de la typologie des vins (faute de sucre, il faut savoir dompter ses redoutables tannins), ce cépage est redevenu la fierté de Montefalco, qui lui doit sa DOCG. Et la fierté de Sciacciadiavoli, qui en tire même, aujourd'hui, deux effervescents.

J'ai particulièrement apprécié une de ces deux méthodes traditionnelles, le Scacciadiavoli Rosé Brut, issue de Sagrantino in purezza. Voici une bulle qui allie la vivacité, l'épice et le fruité à une belle structure; ces tannins qui font la célébrité du cépage ont été ici bien intégrés, sans être effacés, ce qui donne au vin une belle personnalité.

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Du côté des blancs tranquilles, une mention pour le Grechetto 2015 (IGT Umbria), aux notes florales et citronnées, et au bon équilibre acide.

La maison élabore aussi un Montefalco Rosso DOC, majoritairement issu de Sangiovese, dont j'ai aimé le millésime 2012, pour ses notes de cerise, sa bouche fumée et son acidité bien fondue

Mais c'est avec le Montefalco Sagrantino DOCG, que l'aimable Francesca nous a fait déguster sur plusieurs millésimes, en remontant jusqu'en 2006, que j'ai vraiment pu prendre toute la mesure de la qualité du travail du domaine: ici, on laisse le millésime s'exprimer, on ne le gomme pas derrière le bois ni l'extraction.

Voici mes notes:

Scacciadiavoli.jpg

 

Sagrantino 2006

Robe tuilée; notes d'évolution, de cuir; tannins très suaves. A boire.

Sagrantino 2007

Semble beaucoup plus jeune que le précédent, comme en témoigne déjà sa robe. Le nez combine la figue, la fraise et la prune, le tout bien mûr mais pas compoté; la bouche confirme, avec une puissance contenue, et des tannins robustes mais bien enrobés dans le fruit. Excellent vin.

Sagrantino 2008

Assez fermé aujourd'hui, une pointe de céleri au nez, un peu de cacao et des tannins plutôt austères en bouche; un Sagrantino de style classique, à attendre.

Sagrantino 2009

Un vin d'année solaire. Le fruit (fraise, prune) est très mur, les tannins bien ronds, juteux, c'est à la fois très charpenté et gourmand; la quadrature du cercle. La séduction du diable. Un coup de coeur.

Sagrantino 2010

Ici, on donne plus dans le floral (eau de rose et violette); la bouche, elle, évoque le cassis et le litchi, avant de partir sur le tabac blond. C'est très bien aussi, mais dans un style différent. Qui a dit qu'il fallait choisir? La magie du vin, c'est justement que les millésimes se suivent et ne se ressemblent pas,  mais peuvent pourtant nous plaire - et pour des raisons toujours différentes.

Sagrantino 2011

Encore une autre expression du Sagrantino: le côté gibier, fumé, viandeux, animal, déjà tertiaire (et c'est pourtant le plus jeune).C'est peut être un peu moins mon truc, mais je ne vous en dégouterai certainement pas, parce que dans ce genre, c'est très bien fait, avec, en finale, la fraîcheur du minéral (qu'il existe ou pas).

 

Hervé Lalau

PS. Outre les vins, l'endroit, très pittoresque et chargé d'histoire, vaut le détour.

 

15:34 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

26 janvier 2017

Qui paie quoi à l'ONU?

Aucun rapport direct avec le vin, pour ce billet, juste l'envie de partager une information que je n'ai pas entendue ni lue ailleurs à propos d'une actualité récente.

La décision de l'administration Trump de sabrer dans les contributions des Etats Unis aux organisations internationales m'a amené à m'intéresser au budget de l'ONU.

Voici les 10 principaux  contributeurs actuels de l'organisation:

État Membre

Quote-part

1 États-Unis 

22.00%

2 Japon

10,83%

3 Allemagne

7,14%

4 France

5,59%

5 Royaume-Uni 

5,17%

6 Chine

5,14%

7 Italie

4,44%

8 Canada

2,98%

9 Espagne

2,97%

10 Mexique

1,84%

Source: Nations Unis

Selon l'ONU, "la contribution de chaque État Membre est calculée selon un système de quote-part. Le principal critère utilisé par les États Membres dans le cadre de l'Assemblée générale est la capacité des pays à payer. Celle-ci est fondée sur une estimation de leur produit national brut (PNB), corrigée pour tenir compte de divers facteurs tels que la dette extérieure et la faiblesse du revenu par habitant."

J'ai été chercher le classement des 10 pays affichant les PNB les plus importants, et la voici

    Pays               $ milliards

1

États-Unis

16,720

 

2

Chine

13,390

 

3

Inde

4,990

 

4

Japon

4,729

 

5

Allemagne

3,227

 

6

Russie

2,553

 

7

Brésil

2,416

 

8

Royaume-Uni  

2,387

 

9

France

2,276

 

10

 Mexique

1,845

 

11

 Italie

1,805

 Source: Index Mundi

J'en déduis que les Etats-Unis paient beaucoup plus qu'au prorata de leur PNB: quatre fois plus que la Chine, par exemple, pour un PNB seulement supérieur de 20%; de même, la France, 9ème au classement du PNB mondial, et très endettée, est le 4ème contributeur de l'ONU; idem pour l'iIalie. A contrario, la Chine, la Russie, le Brésil et l'Inde devraient payer beaucoup plus.

Au fait, pourquoi ces dépenses ne font-elles pas l'objet d'un débat public, dans les pays démocratiques, s'entend?

09:29 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, France, Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |