30 avril 2017

Le "roi Champagne"

Dans son dernier article, paru dans La Libre Belgique de de dimanche, sous le titre "La France, championne du monde des bulles", le chroniqueur Baudouin Havaux (Vinoprès, Concours Mondial des Vins & Spiritueux) encense le Champagne.

Un passage a retenu mon attention:

"Il est un terrain sur lequel la France n’a jamais connu de défaite, c’est celui des effervescents. Souvent copiée mais jamais égalée, la Champagne règne en maître absolu sur l’industrie des vins mousseux.

Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les prix qu’acceptent de payer les consommateurs de la planète. Et ils sont nombreux, puisque plus de 312 millions de bouchons de bouteille de Champagne ont explosé l’année dernière. Ici aussi, on retrouve les Français en tête du classement des consommateurs. Les Français boivent 52 % de leur production. La Belgique se positionne en 5e position avec une importation "taxée" de 9,2 millions de cols. Chiffre qui ne tient pas compte des achats effectués en France, soit dans les grandes surfaces frontalières, soit directement en région de production. La consommation réelle est estimée à près de 13 millions de bouteilles, ce qui place cette fois le Belge comme second consommateur de Champagne per capita".

M. Havaux oublie de mentionner les deux principaux concurrents du Champagne, à savoir le Cava et le Prosecco. Et puisqu'il évoque des chiffres belges, je me permettrai de lui rappeler ceux parus dans la revue Vino!, sous la plume de Dirk Rodriguez, en avril 2015: pour l'année 2014 (dernière année pour laquelle des chiffres comparables sont disponibles), les ventes officielles de Cava en Belgique s'étaient établies à 30,4 millions de bouteilles, soit plus de deux fois le chiffre des ventes de Champagne en cette même année.

Si l'on raisonne en termes internationaux, a fortiori, il me paraît difficile de justifier une phrase comme "La Champagne règne en maître absolu sur l'industrie des vins mousseux". Si l'on se base sur les chiffres de l'OVSE, pour l'année 2012, les ventes de Prosecco se sont élevées à 307 millions de bouteilles, contre 304 millions de cols de Champagne et 243 millions de cols de Cava. 

15:10 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne, Espagne, France, Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

23 février 2017

Montefalco: Scacciadiavoli, ou la séduction du diable

Une légende raconte qu'au 17ème siècle, dans un hameau de Montefalco, un jeune homme possédé par le diable en a été libéré après que l'exorciste (scacciadiavoli, ou chasse-démons), lui ait fait boire du vin rouge local; il s'agissait sans doute de Sagrantino, un vin alors réservé aux sacrements, comme son nom l'indique. Le hameau a ensuite pris le toponyme de Scacciadiavoli; puis, très logiquement, le domaine viticole du lieu.

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Une cave-modèle

Quoi qu'il en soit de la légende, il s'agit d'une des plus vieilles maisons de Montefalco encore en activité: c'est en 1884, en effet, qu'un noble romain, Ugo Boncomagnoni-Ludovisi, a fondé le domaine. D'emblée, il a voulu en faire une exploitation modèle, et il s'est inspiré du nec plus ultra de la technique viticole de son époque: le château bordelais; aussi, à visiter le chai, on a un peu l'impression de se retrouver sur les bords de la Gironde...

Plus tard, dans les années 1990, sous l'impulsion de la famille Pambuffetti, Scacciadiavoli a été un des refondateurs du Sagrantino de Montefalco - ce cépage avait vu sa production tomber à peu de chose (surtout du passito, pas toujours facile à vendre).

_MG_4851_logo.jpgPhoto Christ Filippi

Aujourd'hui, moyennant de gros efforts à la vigne mais aussi une redéfinition de la typologie des vins (faute de sucre, il faut savoir dompter ses redoutables tannins), ce cépage est redevenu la fierté de Montefalco, qui lui doit sa DOCG. Et la fierté de Sciacciadiavoli, qui en tire même, aujourd'hui, deux effervescents.

J'ai particulièrement apprécié une de ces deux méthodes traditionnelles, le Scacciadiavoli Rosé Brut, issue de Sagrantino in purezza. Voici une bulle qui allie la vivacité, l'épice et le fruité à une belle structure; ces tannins qui font la célébrité du cépage ont été ici bien intégrés, sans être effacés, ce qui donne au vin une belle personnalité.

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Du côté des blancs tranquilles, une mention pour le Grechetto 2015 (IGT Umbria), aux notes florales et citronnées, et au bon équilibre acide.

La maison élabore aussi un Montefalco Rosso DOC, majoritairement issu de Sangiovese, dont j'ai aimé le millésime 2012, pour ses notes de cerise, sa bouche fumée et son acidité bien fondue

Mais c'est avec le Montefalco Sagrantino DOCG, que l'aimable Francesca nous a fait déguster sur plusieurs millésimes, en remontant jusqu'en 2006, que j'ai vraiment pu prendre toute la mesure de la qualité du travail du domaine: ici, on laisse le millésime s'exprimer, on ne le gomme pas derrière le bois ni l'extraction.

Voici mes notes:

Scacciadiavoli.jpg

 

Sagrantino 2006

Robe tuilée; notes d'évolution, de cuir; tannins très suaves. A boire.

Sagrantino 2007

Semble beaucoup plus jeune que le précédent, comme en témoigne déjà sa robe. Le nez combine la figue, la fraise et la prune, le tout bien mûr mais pas compoté; la bouche confirme, avec une puissance contenue, et des tannins robustes mais bien enrobés dans le fruit. Excellent vin.

Sagrantino 2008

Assez fermé aujourd'hui, une pointe de céleri au nez, un peu de cacao et des tannins plutôt austères en bouche; un Sagrantino de style classique, à attendre.

Sagrantino 2009

Un vin d'année solaire. Le fruit (fraise, prune) est très mur, les tannins bien ronds, juteux, c'est à la fois très charpenté et gourmand; la quadrature du cercle. La séduction du diable. Un coup de coeur.

Sagrantino 2010

Ici, on donne plus dans le floral (eau de rose et violette); la bouche, elle, évoque le cassis et le litchi, avant de partir sur le tabac blond. C'est très bien aussi, mais dans un style différent. Qui a dit qu'il fallait choisir? La magie du vin, c'est justement que les millésimes se suivent et ne se ressemblent pas,  mais peuvent pourtant nous plaire - et pour des raisons toujours différentes.

Sagrantino 2011

Encore une autre expression du Sagrantino: le côté gibier, fumé, viandeux, animal, déjà tertiaire (et c'est pourtant le plus jeune).C'est peut être un peu moins mon truc, mais je ne vous en dégouterai certainement pas, parce que dans ce genre, c'est très bien fait, avec, en finale, la fraîcheur du minéral (qu'il existe ou pas).

 

Hervé Lalau

PS. Outre les vins, l'endroit, très pittoresque et chargé d'histoire, vaut le détour.

 

15:34 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |