02 février 2012

Bordeaux Circus, Commedia di Brunello

Le Consorzio de Montalcino a décidé de faire déguster ses 2007 en primeur des primeurs à quelques primadonnas de la critique vineuse, ce qui, bien sûr, ne plaît pas au reste de la profession ("Pourquoi eux et pas moi?")

Toute ressemblance avec ce qui se passe aux Primeurs de Bordeaux n'est sans doute pas fortuite. Les mauvaises habitudes, c'est ce qu'il y a de plus contagieux dans le monde de la communication.

Je vous dirais bien que je m'en fous, vu que je ne pratique pas les Primeurs ("Pourquoi si tôt, et pas quand le vin peut vraiment être apprécié?").

Je vous en parle quand même, parce que mon copain Franco Ziliani s'est mobilisé sur la question, et que je veux le soutenir. Qui ne dit mot consent, dit le proverbe; et en l'occurrence, je ne consens pas.

J'ai aussi beaucoup apprécié le message de Fred Nijhuis, argumenté, mais non dénué de poésie, à propos ce cette nouvelle pièce de la Commedia del Arte...

Jean-Antoine_Watteau_-_Italian_Comedians.JPG

Le théatre italien vu par Watteau

C'est en Anglais.

The Consorzio of Brunello di Montalcino decided to let some journalists taste the new vintage of Brunello before the others at the regular Anteprima tasting Benvenuto Brunello.
Many colleagues reacted. So far, not one applauding the Consorzio’s choice and making all kind of comparisons with, for instance, the Bordeaux Primeur Circus.
I like to add my personal feelings.
 
Some call it a clever PR-campaign, you can also call it a cheap cry for attention.
Some call it business, you can also call it selling your soul.
Some call it marketing, you can also call it prostitution.
 
I think it’s wrong to offer yourself to the bidders who promise the highest scores.
If a desperate heroine prostitute offers her body for the cheapest price, you can/should say ‘no’.
The ones really not to be trusted are the ones who take advantage of someone else’s weakness.
 
I like private lunches with the winemaker’s family at wineries, I detest lush dinners with PR-bunnies.
I do accept an occasional bottle of wine, I do not accept cases, luxury gifts or cheap primeurs.
I choose not to participate in the Bordeaux Primeur Circus and the exorbitant dinners at some of the Chateaux, because I don’t believe in ‘the new clothes of the emperor’.
I don’t believe in ‘all wine writers are equal, but some are more equal than others’.
 
I’m not a saint, but do have a conscience and can and do say ‘no’ often enough.
I’m an independent, honest, positive wine critic, not a employee or slave of any producers or Consorzio.
I don’t want to punish many hard working people in Montalcino by not tasting their wines.
I do think it’s important that these producers know, what we think of the new strategy of the Consorzio, which does/should act on their behalf.
 
 
I will go to Montalcino and taste Brunello 2007, but could support a strong ‘message’ to the Consorzio, like showing up at the Award ceremony, interrupting it by offering a statement and all leave the room silently, giving them something to think and talk about, while we do our job.
 
Ciao

Fred Nijhuis

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Italie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |

28 janvier 2012

Le Sant'Antimo existe, j'en ai dégusté

Les vrais amoureux de Montalcino le savent: si l'on veut y faire autre chose que du Brunello, ou même du Rosso, et donc employer d'autres cépages que le Sangiovese, on n'est pas obligé de demander à grands cris une modification du discplinare de l'une de ces deux dénominations. Il suffit d'en choisir une autre, qui recouvre exactement la même aire: Sant'Antimo (du nom d'une l'abbaye romane fondée au 8ème siècle, à Montalcino). D'aucuns d'iront qu'elle est moins connue. Et donc moins employée. Je réponds: ça dépend.

Il n'y a pas longtemps, Francesco Marone Cinzano précisait que lui, chez Col d'Orcia, utilisait volontiers la dénomination Sant'Antimo, et qu'il en était satisfait.

J'en ai la preuve aujourd'hui: je viens d'ouvrir un bouteille de son Sant'Antimo blanc. Un Pinot Grigio 2011.

Abbazia di Sant'AntimoIMG_0732.jpg

Aucune confusion possible avec le Brunello, c'est sûr!

Aucune confusion avec les pinots gris du type alsacien non plus. On est sur un nez très aromatique, pamplemousse, acacia, tilleul, avec quelques notes de levure de bière et de fumé; une bouche très vive, bien enveloppée dans la chair du vin, mais pas molle pour un sou. C'est long, plein de sève. C'est précis, droit, très bien vinifié. Fringant, si vous avez l'allégoruie équestre. Absolument pas l'idée classique qu'on se fait des blancs de Toscane, sur la foi de ce qu'on en reçoit hors frontières: à savoir, des vins souvent très boisés, et qui, lorsqu'ils ne choisissent le Trebbiano, recourrent généralement, pour les cuvées d'exportation, au chardonnay.

Je ne parle pas de la Vernaccia de San Giminiano qui est sans doute l'exception - très intéressante - qui confirme la règle.

Bref, même à Montalcino, il y a une vie - et même beaucoup de vie - après le sangiovese... cela s'appelle Sant'Antimo. Rappellez-vous ce nom!

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

05 janvier 2012

La Campanie, version Mustilli

La Campanie, ce n'est pas que la patrie de la Mozzarella di Bufala!
Depuis quelques années, la région redécouvre le charme de ses vieux cépages, ce qui ne la rend que plus attirante à mes yeux. Ce fut une de mes belles découvertes lors du dernier Radici del Sud, le festival des vignobles autochtones du Sud de l'Italie, auquel Nicola Campanile (Pro Papilla) et mon confrère Franco Ziliani m'avaient gentiment convié.

L1030655.jpg

Mustilli et son Aglianico

Quel meilleur exemple de cette tendance que Mustilli? C'est cette cave de Sant'Agata, en effet, qui a virtuellement sauvé de la disparition la falanghina, un plant local qui a longtemps remonté les blancs du négoce napolitain grâce à sa bonne acidité. Voici un exemple que ce que l'on peut faire de beau avec ce cépage tout simple, tout en pureté:

Sant'Agata de' Goti DOC Falanghina Mustilli 2010

Au nez, de belles notes d'ananas, de pomme bien mûre, de fruits tropicaux, de levure de bière; en bouche, c'est très franc, très frais aussi; la finale un peu mordante et légèrement fumée m'a fait penser à un bon bitter italien. Fermentation et élevage en cuve, bâtonnages.

 De cette cave, je vous recommande également deux rouges très différents, le Sannio Piedirosso 2010  (type Beaujolais napolitain!) et surtout, dans un genre plus robuste, le Sant'Agata Aglianico Vigna Cesco di Nece 2007, à la fois tannique et fruité (cerise, rhubarbe), avec pas mal de sucre résiduel - un type traditionnel dans la région.

Contact: info@mustilli.com

Plus d'info pour Radici del Sud: Nicola Campanile, info@ivinidiradici.com

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |

13 décembre 2011

Bordeaux va découvrir les charmes du Vin de France

Selon une charte signée le 9 décembre dernier par les différents acteurs de la filière vins, et à l'instigation du CIVB,  il sera bientôt possible pour les producteurs de vins de Bordeaux de commercialiser leurs vins en "Vins de France", en rouge, en rosé et en blanc. Aucune référence à Bordeaux ne figurera sur les étiquettes. Seule la mention du cépage et du millésime sera autorisée, conformément aux normes des Vins Sans Indication Géographique.

Cela m'a fait réfléchir. Vous savez comme je suis taquin.

 

abordeauxsuperieur.jpg

De l'estuaire de la Gironde à Langon, un seul "terroir"?

Comme on n'imagine pas que les Bordelais se mettent immédiatement à planter spécialement de nouvelles vignes pour cette nouvelle catégorie de vins (et quand bien même, il faudrait attendre qu'elles puissent arriver en production), c'est donc bien du bon vin de Bordeaux - enfin, du vin produit selon les normes en vigueur actuellement dans l'aire d'AOC - qui va être vendu sans appellation. Est-ce à dire que tout le vin produit à Bordeaux jusqu'ici ne méritait pas l'AOC?

 

On parle en tout cas de "déclasser" entre 250 à 300.000 hl , soit à peu près  5% de la récolte.

Notez bien, je ne peux que me féliciter de cette décision si elle signifie que les AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur vont maigrir un peu, au profit d'une meilleure "typicité", d'un vrai lien au terroir. Je sais, ces mots ne veulent pas dire grand chose, mais ce n'est pas moins qui les ai employés en premier, je ne suis que commentateur.

Par ailleurs, comme les plafonds de rendements n'existent pas dans les Vins Sans Indication Géographique, les producteurs amortiront mieux leurs coûts.

Ce n'est pas que je veuille compliquer encore les choses, mais si l'on devait s'en tenir à une stricte définition du lien au terroir, celui-ci ne pouvant pas s'appliquer à un vignoble aussi vaste que la région bordelaise (ou bourguignonne, ou alsacienne, ou rhodanienne), toutes les AOC régionales devraient disparaître pour se transformer en Indication Géographique de Provenance (IGP); en effet,  les vins qui en sont issus sont liés au territoire, pas au terroir (c'est la distinction européenne). Car il n'y a pas UN terroir commun à tout le Bordelais (125.000 ha, c'est beaucoup). Pas plus qu'un n'y a UN terroir commun à toute la Toscane, et c'est pour cela qu'au delà de Chianti ou de  Montalcino, les Toscans ont conçu l'Indicazione Geografica Tipica Toscana (IGT est l'équivalent italien de notre IGP).

Dans cet esprit, en France comme ailleurs, à mon sens, seules des AOC communales ou sous-régionales garantissant le fameux "lien au terroir" pourraient subsister. Mais ne rêvons pas.

Et buvons sans trop chercher à conprendre; la vérité est dans le verre et à chaque propriétaire la sienne, en définitive...

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, aoc, bordeaux |

03 décembre 2011

Ma coiffeuse offre le Champagne... italien

Je vous ai déjà parlé de ma coiffeuse - le dernier salon où l'on cause, de tout, de rien, n'importe comment.

Pendant qu'on me coiffait, je n'ai pas pu ne pas entendre... Entre deux thèses particulièrement éclairantes sur DSK et le Prince Laurent de Belgique (il paraît qu'ils suent, tous les deux), une capillo-spécialiste a fait l'annonce suivante: la veille de Noël, le salon va offrir le Champagne à ses clients.

-"Mais quelle marque avez-vous choisie?", a demandé la cliente à laquelle l'employée avait fait cette alléchante confidence.

-"Du Martini".

martini_prosecco.jpg


D'où j'ai déduit que le CIVC avait encore du boulot pour faire comprendre, selon son slogan éculé, "qu'il n'est de Champagne que de Champagne".

Notez, je me demande s'il ne valait pas mieux que ce ne soit du Prosecco. Parce que ma coiffeuse, qui l'a essayé, le trouve un peu trop sec, et va acheter de la liqueur de cassis pour l'adoucir un peu. On aura donc un bon Kir italien.

Heureusement, ma coupe était presque terminée, alors je suis parti sans demander mon reste, avant que les inspecteurs de la répression des fraudes ne viennent embarquer ma coiffeuse. Avec les grandes oreilles du réseau Echelon, c'est sûr, les avocats du CIVC savent tout ce qui se dit sur le Champagne...

 

 

 

23 novembre 2011

Le Malbec, c'est Cadurcien, ou Argentin?

Notre ami québécois Marc André Gagnon nous répond, les deux, ou même, les trois, car il a déniché un Malbech italien.

C'est ICI

Moi aussi, d'ailleurs, j'en ai bu, du Malbech (ou Malbek) et de l'excellent, dans les Pouilles.

Celui de Morella, par exemple. Il est souvent en assemblage.

Et sans vouloir te contredire, Marc André... en Argentine, chez Tapiz, chez Toso, par exemple, je suis tombé sur quelques malbecs vraiment tanniques.

20:45 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine, Italie, Sud-Ouest | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |

Alcool, tabac et cancer: des chiffres

C'est intéressant, comme toujours sur Honneur du Vin

Et rappelez-vous, le vin, c'est entre 12 et 14,5% d'alcool... donc pas le produit le plus commode pour l'alcoolisation forcenée. D'autant qu'au niveau prix...

01 novembre 2011

Antinori fait-il toujours du vin?

Fervent défenseur du Montalcino autentico, qu'il soit Brunello ou Rosso, mon confrère et ami Franco Ziliani se félicitait voici peu du vote des vignerons du cru, qui ont repoussé le projet de leur Consorzio d'ouvrir le Rosso à d'autres cépages qu'au sangiovese.

Mais à peine les urnes rangées, voici que le Marchese Antinori lui-même rouvre cette boîte de Merlore - pardon, de Pandore.

C'est ICI

Petite variation sur le même thème: des lecteurs de ce blog, naguère, ont émis le regret de voir les critiques de vin ne jamais parler des vins médiocres. Voici pour eux un texte émanant du blog Do Bianchi. Il concerne  justement un vin d'Antinori - non, en fait, il concerne tous les vins d'Antinori:

"Although no show-stopper like the Struzziero Taurasi, the 1982 Chianti Classico Riserva by Antinori was fantastic — a wine, we all agreed, from a time before America, California, and Parker, a wine from a time when Antinori still made wine. Classic Sangiovese, with impressive acidity for a wine this old and delicious plum and red stone fruit flavor. It was a fantastic pairing for the sous-vide Wagyū tongue that chef Steve sent over to our table. Loved this wine and the now forgotten era of Tuscan winemaking for which it spoke to me".

Dire d'un bon vin d'Antinori qu'il est "de l'époque où Antinori faisait encore du vin", ce n'est pas très gentil pour l'oenologue actuel, ni pour le Marquis... Et c'est sans doute un peu fort. Mais vous, vous en pensez quoi? Quelles sont vos expériences des vins récents du Marchese?

13:29 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : antinori, toscane |

24 octobre 2011

Le Terroir en dégustation

Mon ami et co-dégustateur d'IVV Youri Sokolow me fait parvenir ce rapport circonstancié d'une belle dégustation de son club d'oenophiles, avec comme thème, je vous le donne en mille... le terroir. Mais je cède la parole à Youri.

Qu’est-ce que le Terroir? C’est un des termes les plus difficiles à définir - au même titre que l’Amour. Eternel débat dans le monde du vin et de la dégustation. De manière cartésienne, le Terroir est l’adéquation entre le sol, la vigne et le climat. Tout cela serait très simple, mais alors comment expliquer la production de vins médiocres sur des grands terroirs et de grands vins sur des terroirs qui le sont moins? C’est là qu’intervient le vigneron ; qui aura une influence sur le sol (labours, herbicides, …), sur la vigne (taille, rendement, …) et jusqu’à ce jour pas encore sur le climat, quoique l’irrigation est permise dans certains pays et que l’imagination humaine n’a pas de limite. Ensuite interviendront la vinification et l’élevage, qui gommera ou transcendera le terroir originel, tout dépend du point de vue.
 
Au travers de cette dégustation, nous avons exploré différentes expressions du terroir. Nous avons débuté la soirée avec le Vin de Savoir Marin Clos de Pont du domaine Delalex, qui nous a offert une belle expression minérale et saline du Chasselas. Pour suivre nous avons exploré l’Alsace et le Riesling au travers de 3 crus et de 3 propriétaires sur le millésime 1995. Le Brand de Josmeyer était ample, mais manquait un peu de profondeur et de complexité. C’est sans conteste le Clos Saint-Hune de Trimbach qui nous a offert l’expression la plus minérale et la plus pure du Riesling (La plus marquée par le terroir, diront certains). Le Rangen de Thann de Zind Humbrecht fut le plus controversé, trop vinifié pour certains, trop jeune pour d’autres.

En rouge, nous avons commencé par 3 vin issus du terroir d’Aniane, sur le millésime 1998, un bel exemple de l’influence du vigneron sur le terroir originel ; au départ d’un même millésime, sur la même commune, la manière d’assembler, de vinifier et d’élever aura donné trois vins diamétralement opposés. De loin le Domaine de Grange des Pères a dominé les débats avec un vin suave, élégant et harmonieux. À l’inverse le Mas de Daumas Gassac était dur, austère, quasi imbuvable tant la charge tannique était importante. Le Plos des Baumes, du Domaine d’Aupilhac, bien qu’également très tannique, apparaissait plus harmonieux et les tannins plus enrobés.

Ensuite, nous nous sommes rendus en Italie pour une exploration de 3 terroirs au travers de 3 vinificateurs. Débat houleux autour du premier vin, le Vino Nobile de Montepulciano Grandi Annate 2006 d’Avignonesi, expression superbe de l’élégance du Sangiovese pour les uns, vin fabriqué pour les autres. Le Valpolicella Classico 2003 de Romano Dal Forno, bien que plus élevé, apparaît suave et équilibré, belle expression du potentiel de cette appellation souvent décriée. Pour terminer, le Toscana Vigna l’Apparita 2006 de Castello di Ama, un 100 % Merlot sur le terroir de Chianti, est apparu trop jeune et masqué par le bois actuellement, mais semble posséder un solide potentiel d’évolution.

Pour terminer, avec 3 vins oxydatifs, du domaine Macle, issus du terroir de Château Chalon, mais en appellation Côtes du Jura, assemblage de 80 % Chardonnay et 20 % Savagnin. Le 2007 allie jeunesse de fruit et tension, le 2001 est plus minéral et concentré, le 1998 est de loin le vin le plus complexe et le plus long.

Au cours de cette dégustation, nous n’avons pas trouvé de réponse à notre question initiale. Finalement le Terroir ne serait-il pas simplement l’Amour du bon vin ?

Le Classement des 14 vins dégustés

1.    Vin de Pays de l'Hérault Domaine de la Grange des Pères 1998        17,50/20
2.    Alsace Riesling Clos Sainte-Hune 1995 Domaine Trimbach        17,22/20
3.    Côtes du Jura 1998 Domaine Macle                    16,36/20
4.    Côtes du Jura 2001 Domaine Macle                    16,07/20
5.    Vin de Pays de l'Hérault Les Plôs des Baumes 1998 Domaine d'Aupilhac    15,75/20
6.    Alsace Grand Cru Rangen de Thann Clos Saint-Urbain Riesling 1995 Domaine Zind-Humbrecht                                 15,72/20
7.    Valpolicella Classico Superiore 2003 Romano Dal Forno            15,56/20
8.    Alsace Grand Cru Brand Riesling 1995 Domaine Josmeyer        15,50/20
9.    Côtes du Jura 2007 Domaine Macle                    15,36/20
10.    Vino Nobile de Montepulciano Grandi Annate 2006 Avignonesi        14,81/20
11.    Toscana Vigna l’Apparita 2006 Castello di Ama                14,43/20
12.    Vin de Savoie Marin Clos de Pont 2009 Domaine Delalex            14,25/20
13.    Vin de Pays de l'Hérault Mas Daumas Gassac 1998            13,00/20

Youri Sokolow

19 octobre 2011

"Non Jim, t'es pas tout seul!"... ou de l'utilité des blogs de vin

Mon confrère Jim Budd rentre de Brescia, où il a assisté à l'European Wine Bloggers' Conference. Voir son billet ICI

Sur le papier, c'est une excellente idée que de se frotter ainsi aux autres blogueurs de vin. Michel Smith était là aussi, et puis Ryan Opaz, bien sûr, qui organise l'événement. Je vous cite uniquement les gens que je connais, il y en avait beaucoup d'autres.

Jim a bien écouté les interventions des conférenciers. Il nous apprend qu'elles sont souvent contradictoires, c'est normal, la blogosphère vins est plurielle, diffuse, multimorphe  (dois-je vous rappeller que j'ai moi même commis ici, avec ce goût plus que douteux qui n'appartient qu'à moi, un billet tournant en dérision certaines facettes de ce microcosme?). A Brescia, certains exposés étaient du genre "ma vie mon oeuvre", d'autres du genre "moi j'ai fait comme ça". Ou plutôt, en mode Twitter "moi g fé com ça". D'autres sont plus polémiques, d'autres encore mènent une réflexion plus générale sur leur activité...

Jim se demande cependant ce qu'il doit croire: faut-il viser à accroître son audience en élargissant sa thématique, ou au contraire se spécialiser pour devenir la référence sur un domaine précis?

Je n'ai pas de réponse et en réalité, tout cela m'ennuie royalement, comme dirait Ségolène.

Nous avons la chance, en temps que blogueurs, d'être libres de nos envies. Devons-nous abandonner cette liberté pour nous lancer dans une chasse au lecteur? Je ne le crois pas. Si les blogs se mettent au marketing, ils perdront ce qui fait leur différence: leur spontanéité.

Par rapport à la presse papier (la seule que je pratique, n'ayant jamais poussé la porte des médias audio-visuels), les blogs ont l'immense avantage de nous permettre d'échapper au formatage, au rubricage, à la ligne éditoriale...

Sur Chroniques Vineuses (pub gratuite, cliquez toujours, ça vous rajeunira de 10 mois), je me laisse guider au fil de l'actualité vineuse, de mes inspirations, de mes coups de coeur, de mes dégustations, sans devoir tenir compte des modalités pratiques de publication d'un magazine.

Dois-je abandonner cette liberté pour conquérir plus de lecteurs? Et qu'en ferais-je, de ces lecteurs?

Mon blog n'est ni payé, ni parrainé, la course à l'audience n'a donc aucun sens économique pour moi. A l'inverse, parler aux "discerning few", cela ne me déplaît pas. Je n'irai pas jusqu'à dire que plus il sont "few" et plus ils sont "discerning", mais je me rends bien compte que certains des thèmes que j'aborde sont trop pointus pour intéresser tout le monde. Au nom de quoi arrêterais-je de les traiter?

Entre "mainstream" et "cutting edge", je n'ai aucun besoin de choisir.

Jim se demande aussi si la frontière entre blogueurs et journalistes n'est pas en train de disparaître. Personnellement, je ne le pense pas. La plupart des journalistes se sont mis aux blogs, c'est une évolution inéluctable. Au départ, il s'agissait de conquérir un nouvel espace de liberté. Aujourd'hui, c'est devenu la condition pour garder une certaine visibilité, alors que le nombre de pages de vins dans les journaux se réduit et le nombre de magazines spécialisés aussi.

Mais à l'autre bout du spectre, on ne voit pas beaucoup de blogueurs devenir journalistes.

Certains analystes de la chose bloguesque, parmi les plus radicaux, se demandent s'il y a un avenir pour le journalisme vineux. Je ne suis pas devin. J'aurais envie de dire que oui, pour autant qu'il apporte quelque chose de plus. Une réflexion, un recul, une analyse. Mais je n'en suis pas bien sûr. Nos lecteurs le demanderont-ils encore dans 10 ans?

Je pense que nous sommes à une charnière: jamais l'information sur le vin n'a été aussi riche et aussi accessible. Mais le niveau de bruit est tel qu'il devient difficile pour une seule voix de se faire rentendre. Par ailleurs, le buveur change. En plus du passionné qui peut en remontrer à pas mal de journalistes (y compris votre serviteur), parce qu'il déguste des vins rares et qu'il se documente en profondeur, il y a les buveurs d'étiquette, qui veulent du statut, et qu'on doit rassurer sur leur mauvais goût, et puis les hédonistes, qui veulent tout sauf qu'on leur impose nos goûts, et puis le centre mou, qui ne sait pas trop ce qu'il veut.

Difficile de plaire à tout le monde, surtout quand tout le monde a la possibilité, aujourd'hui, de donner son avis sur tout.

Quoi qu'il en soit, je pense du blogueur ce que je pense du bon producteur de vin: il ne doit pas appliquer des recettes, il ne doit pas chercher à plaire, à adapter son produit à une hypothétique clientèle potentielle. Il doit être sincère, "fournir" quelque chose qui lui ressemble, qui soit fidèle à sa vraie personnalité.

C'est ainsi, je crois, qu'il gagne et qu'il conserve l'audience qu'il mérite. Evidemment, cela exclue la production de type industriel. Mais celle-ci, vous l'aviez déjà compris si vous suivez ces chroniques, n'est pas mon principal souci.

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