29 septembre 2011
Au Liban, le vin redevient à la mode
Un ami oenologue, Eli Maamari, qui travaille pour le fameux château Ksara (le patriarche des vins au pays du cèdre), m'a amené à m'intéresser aux vins du Liban. Il faut dire que mon premier contact, le Prieutré de Ksara, dégusté lors des Sélections Mondiales de Québec en 2009, à été plus que probant. Ces gens savent faire du vin.

Aujourd'hui, ce vieux pays de la vigne (celui de Noé, selon la tradition) semble attirer tous les regards. Au côté des grands anciens comme Ksara, Musar ou Kefraya, on trouve bon nombre de nouveaux venus. Parmi eux, des hommes d’affaires connus pour d'autres activités, comme Carlos Ghosn, le Pdg de Nissan-Renault.
Libanais d'origine, celui-ci s'est lancé dans l'aventure en 2007 dans la ville de Jezzine, où a été créé un domaine de 66 hectares, sous le nom d’Ixsir. Il a pour consultant de luxe Hubert de Boüard, du Château Angélus (Saint-Emilion).
Les vignes sont réparties entre Batroun, au Nord du pays, Jezzine au Cud et les coteaux de la Békaa. Cultivées suivant les principes de l'agriculture raisonnée, les parcelles accueille aussi bien du cabernet sauvignon que de la syrah, du tempranillo, du caladoc ou encore du merlot (un cépage dont de Boüard est familier). Le premier millésime est sorti en 2009. Je n'ai pas encore y l'occaion d'y goûter. Je ne me prononcerai donc pas.
Mais sans préjuger de l'intérêt des vins, l'arrivée de grands hommes d'affaires (on pourrait aussi citer les Saadé, à Château Marsyas) démontre que le vin est à la mode, au Liban.
Souhaitons que la filière puisse se structurer et parvenir à comuniquer de manière efficace. Dans un pays aussi complexe, où certains responsables politiques pronent toujours l'interdiction de la consommation du vin (mais dont la base électorale comporte de nombreux apporteurs de raisins), ce n'est pas une mince affaire.
Au fait, le 28 octobre prochain, les vins du Liban dégarquent à Paris. J'y serai, et je vous raconterai.
00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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26 septembre 2011
Au Nord, c'était le Szauwerwy
Nous ne nous étions pas revus depuis Vinea. Laurent Probst (Vins Confédérés), Olivier Grosjean (Le Blog d'Olif) et moi nous sommes retrouvés par le plus grand des hasards, la semaine dernière, lors d'un voyage de presse au Szauwerli. Une première pour tous les trois.
Un peu d'histoire
Vous avez dit "Szauwerli"? Cette ancienne république autonome de l'URSS, indépendante depuis peu, se trouve sur les contreforts de l'Oural, au niveau du 72ème parallèle, et son vignoble est donc un des plus septentrionaux du Monde. Autre particularité: elle est essentiellement peuplée d'Allemands de la Volga, les Tartriks (déportés là du temps de Staline). Plus étonnant encore: on y trouve également une petite communauté de Jurassiens français, venus à l'instigation de Louis Pasteur, qui s'est rendu plusieurs fois au Szauwerli à la fin du 19ème siècle pour un cycle de conférences sur la fertilité. Malgré leur petit nombre, l'influence de ces "Zhurassniks" est réelle, surtout dans le secteur du vin. Ils occupent également des places importantes dans l'administration et la politique locale. Les deux communautés cohabitent assez harmonieusement, malgré (ou à cause de) la barrière de la langue.

Les contours du Szauwerli ne figurent pas encore sur cette carte datant d'avant l'indépendance
La petite république, grande comme le Costa-Rica et le Luxembourg réunis, ne produit qu'un seul vin. Mais quel vin! Le fameux Szauwerwy est en effet le vin le plus acide au monde. Cette acidité est d'ailleurs à la base de sa longévité.
Une question de maturité
Pour assurer la sousmaturité propice à l'obtention de vin à fort potentiel de garde, les vignes sont plantées au revers des coteaux, dans des zones à l'abri du soleil. La région bénéficiant par ailleurs d'un déficit d'ensoleillement naturel (812 heures de soleil par an relevées à la capitale, Skorb), ces vignes d'adret présentent des conditions idéales pour un cycle court de la plante, qui puise dans le sol à forte teneur en micaschistes la lumière réfléchie des étoiles. le vignoble compte actuellement 1120 ha, répartis entre 41 vignerons. 40 d'entre eux, représentant 12 ha, sont affiliés à la coopérative de Grössny, la petite capitale du vignoble szauwer.
L'autre domaine appartient au Docteur Gröss, le Maire de Grössny, également Président de l'Office National de la Vigne et du Vin, et fondateur de l'Amicale Trans-jurassienne, qui avait organisé le voyage. J'en profite pour remercier le Docteur et toute sa famille pour leur excellent accueil.
Deux qualités
Un peu de technique viticole : le mode opératoire est ici assez original. Le vigneron szauwer vendange vert au sens strict du terme, en fonction de la dureté des baies. Pour estimer le degré de sous-maturité, on utilise ici, non pas un réfractomètre, mais un casse-noix en cuivre, le Nuuskrëk. Dans les années exceptionnellement chaudes, l'ajout d'acidité est autorisé, à concurrence de 50g par litre. Cet ajout se fait traditionnellement par l'incorporation au moût de la Szauwerlikor, un concentré de jus de citron où ont été préalablement macérés des feuilles d'artichaut et des zestes de kaki, additionnés d'un peu de lait de chèvre rance.
Une qualité spéciale, le Gruh-Spehtszauwerli, est réalisée à partir de raisins exceptionnellement récoltés à maturité, avec un pourcentage de 30% minimum de raisins gris-nobles (Gruh-Edältruhbe), touchés par la pourriture grise.
Le pourcentage des baies grises (30%, 50%, 80%) détermine la catégorie du vin: 3 Pourynios, 5 Pourynios, 8 Pourynios.
Mais cette spécialité est relativement rare, et assez peu appréciée des locaux, qui raillent son côté "roubyniolos" ("efféminé"). On l'utilise plutôt dans les moutardes, à l'instar de notre verjus.
Laurent Probst et Olivier Grossjean au Fesztival des vins de Grössny
La dégustation
Laurent, Olif et moi avons pu participer à une verticale de deux millénaires de la maison Gröss, de Zsüra (à trois kiomètres à l'Est de Grössny - terroir argilo-volcanique).
Voici mes notes:
-Gröss 1612 "Tarass-Bulba" (cépage Pamur): Notes kaki sous la robe brune. Mais quelle vivacité! Rrrh! Le vin du réveil par excellence. A attendre.
-Gröss 1066, Cuvée Wilhulm (cépage Touszour-Pamur, une mutation du précédent). Urgzh!, comme disent les Grössniks. Encore du fruit sous l'acidité, quand même. Citron jaune, citron blanc. Gros potentiel.
-Gröss 800 "Karlovy" (cépage inconnu): Un vin très franc, sans concessions, sans fioritures. Attention aux chaussures tout de même.
La dégustation s'est poursuivie dans les allées du Fesztival International des Vins de Grössny, en l'agréable compagnie des trois filles du Docteur Gröss.
En résumé, ce voyage a été pour nous comme un retour aux sources de la vivacité.
Et comme on dit à Skorb: "Szauwer stërk". Taducyion libre: "toute l'acidité qui ne te tue pas te rend plus fort".
Plus d'info: Office de Tourisme de la République Démocratique Acidique du Szauwerli, www.rdas.urgh
00:06 Écrit par Hervé Lalau dans Histoire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note
| Tags : acidité, vin, vignoble |
10 avril 2011
Un peu d'histoire... le Liban
Au cours de pérégrinations parfois lointaines, comme au Québec, puis, plus récemment, aux Vinalies de Paris, j'ai pu nouer des liens avec un sympathique oneologue libanais, Eli Maamari, de Château Ksara. Mon intérêt pour ce pays en en a été titillé. Eli m'a expliqué un peu de l'histoire viticole de ce pays où la vigne remonterait à Noé - bref, elle n'est pas de la dernière averse dans la Békaa, même si la pluie y est plus rare qu'à Loudéac...
Je vous livre ici un rapide aperçu de ma toute jeune science - et oui, je suis partageur!
Si les historiens situent la "découverte" de la vigne et du vin dans le Caucase, aux alentours de -6000 avant Jésus Christ, c'est au Liban et en Syrie que l'on place les débuts de sa culture, de sa "domestication".

Les vendanges à Château Ksara
Les Phéniciens, qui peuplaient cette région, étaient un peuple d'habiles navigateurs et de commerçants qui fondèrent dès moins 3000 av J.C. de nombreux comptoirs en Méditerranée orientale. C’est même par cette expansion commerciale que la vigne va conquérir l’Europe. Le vin est partie intégrante de leur culture.
Au Liban même, après les Phéniciens vinrent les Grecs, et ensuite les Romains qui élevèrent un temple à Bacchus au premier siècle après J.C., dans l’enceinte du fameux site de Baalbek. Par la suite, avec la conquête musulmane et l’interdit religieux pesant sur l’alcool, la culture de la vigne se tourna vers la production de raisins de table.
Il fallut attendre 1857 pour voir les Jésuites renouer avec la tradition viticole. Ils plantèrent quelques vignes destinées au vin de messe au Château Ksara, qu’ils avaient acheté. Ce précurseur (aujourd'hui dans des mains séculières) garde encore une empreinte importante sur le vin libanais. Mais ce ne n'est qu’à partir du mandat français sur la région (entre 1920 et la 2è guerre mondiale) que la viticulture connaît son véritable essor.
Ksare se développe. Parallèlement, deux nouvelles caves voient le jour: Château Nakad, en 1926, et Château Musar, en 1930, le plus connu peut-être. Ensuite, durant les années 1970, les choses s’accélèrent; hélas, quinze ans de guerre civile, de 1975 à 1990, vont freiner cet élan.
Le Liban vinicole d’aujourd’hui
Une fois la paix revenue, de nouveaux investisseurs vont surfer sur le développement mondial de la production vinicole pour abattre leurs atouts dans ce pays. C’est que les conditions géo-pédologiques et climatiques y sont favorables. La «plaine» de la Békaa notamment; il s’agit en fait d’un plateau situé à 900m d'altitude et longé par deux chaînes de montagnes: le Mont Liban, qui le protège des influences méditerranéennes et l'Anti-Liban, une pro- tection contre les influences désertiques.
L'ensoleillement y est en moyenne de 280 jours par an, les hivers y sont humides avec en moyenne 500mm de précipitations, tout en étant froids - les températures passent en dessous de zéro. Par contre, les étés y sont secs et chauds, plus de 35 degrés. Le sol argilo-calcaire, la luminosité intense, le vent quotidien et les écarts de températures nuit/jour de plus de 15 degrés lui confèrent sa spécificité.
Les chiffres et l’image
Aujourd’hui, 80% des quelques 2.500 ha de vignes que compte le Liban sont situé dans la vallée de la Békaa. Cela dit, ces dernières années, on a vu d'autres régions se mettre à la vigne, comme dans les villages chrétiens du Sud-Liban, dans le Chouf, ou encore dans les collines côtières au nord de Beyrouth, vers Byblos et Batroun.
Le secteur commence à peser dans la vie agricole du pays : la vingtaine de domaines libanais produisent entre six et huit millions de bouteilles par an, dont 2 millions sont exportés. Ces vins sont donc aussi une carte de visite à l’étranger pour ce pays de gastronomie raffinée.
Merci, Eli, pour ton aide! Et aussi, bravo à Château Ksara, qui, même avec une des ses cuvées de base (Le Prieuré), m'a tout à fait bluffé l'an dernier à Québec. Du fruit, de la mâche, de l'expression, de la personnalité. Un excellent ambassadeur pour le Liban du vin.
04:45 Écrit par Hervé Lalau dans Histoire, Liban, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
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