12 janvier 2012

Vincent Pousson, blogueur

Ca y est, Vincent Pousson ne squatte plus, il blogue sur son propre espace!

Bon, je ne devrais peut-être pas trop en faire - c'est un nouveau concurrent, après tout, il va encore me faire descendre au WikioE-Machin Buzzing Classement, ou que sais-je.

Mais peu importe. La blogosphère, je la vois comme un univers en expansion, où la place se crée à mesure que les nouveaux arrivent. C'est sans doute idiot, vu que le temps moyen que chaque internaute peut consacrer aux blogs de vins n'est pas vraiment infini, mais c'est comme ça que je le ressens.

Alors bienvenue, Vincent!

A toi, maintenant, les affres de la page blanche, la déception devant les commentaires haineux ou à côté de la plaque, mais aussi, la fierté d'écrire quelque chose qui tient la route (je te fais tout à fait confiance), le plaisir de partager une émotion, un coup de coeur, la joie de faire un tout petit peu, très modestement, l'actualité. Et puis aussi, à l'occasion, de renverser le veau d'or, de "labrar el campo"...

Bon, trèves de blaba, je vous donne son adresse, c'est ICI

On y trouve évidemment pas mal de nouvelles des vins et de la gastronomie d'Espagne, vu que c'est là qu'il crèche. Et comme ce genre d'infos n'est pas si courant sur la blogosphère francophone, je vous le conseille vraiment.

 

29 décembre 2011

Faux Gras, fausse bonne idée

La radio intérieure de mon Carrefour Market me vante depuis plusieurs jours les mérites du Faux Gras de Gaia, qui prétend avantageusement remplacer le foie gras en cumulant le plaisir des papilles et "le respect des animaux'.

Vous parlez d'un respect! Que respectera-on quand on ne les élèvera plus, ces oies, faute de vendre leur foie gras? Des oies virtuelles?

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Je ne goûte pas du tout cette intrusion du pathos et du sentimentalement correct dans mon univers commercial. Est-ce la mission d'un magasin que de me laver le cerveau? Je n'ai pas besoin qu'on me dise ce que je dois acheter.

Et après tout, si Carrefour Belgium est à ce point sensible aux théories de Gaia, il n'a qu'à ne plus vendre de foie gras!

J'en achèterai ailleurs, parce que j'aime ça.

Et parce que je respecte les fermiers du Sud Ouest (ou d'Alsace) qui s'adonnent, depuis des générations, au gavage des oies - oui, j'en connais, je passe mes vacances dans la région depuis des années.

Je les respecte beaucoup plus, en tout cas, que les activistes de Gaia, dont je me refuse à subir, et encore moins à transmettre, le message simpliste et outrancier.

Qui dénoncera la "grave maltraitance" dont sont victimes les pauvres consommateurs, de la part de cette association qui entend les accabler sous des tonnes de mauvaise conscience et de sensiblerie? Et ne vous y trompez pas, pour peu qu'on les écoute, demain viendra le tour des mangeurs de boeuf, de lapin ou de poulet.

Amateurs de foie gras, levez-vous! Soyez fiers de vos goûts! Et exigez de Carrefour le retrait de cette campagne de désinformation!

J'ai écrit aujourd'hui même à la chargée de relations publiques de la chaîne pour connaître sa position précise en la matière. Je vous tiendrai informé de sa réponse.

22:37 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Gastronomie, Sud-Ouest | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : foie gras |

26 décembre 2011

Les 20 ans d'IVV... c'est pour bientôt!

Le n°151 d'In Vin Veritas vient de sortir de presse. Un vrai numéro de fêtes: la rédaction nous emmène au Cap Corse, à Mendoza, en Alsace, à Grignan, en Coteaux du Vendômois... (entre autres). Elle  nous invite même à un voyage dans le temps, avec une dégustation de grands vins du millésime 1990.

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Et 2012 s'annonce sous de meilleurs auspices encore: IVV fêtera ses 20 ans d'existence, avec force belles dégustations, de beaux dossiers...

Je ne vous dis que ça...

25 décembre 2011

Des Cupcakes et de la Clicquot pour Tonton Eric

Eric Boschman nous revient de... Noël.

Encore un de fait ! plus besoin de se fatiguer, si ce n’est pour échanger les cadeaux pourris de tante Berthe, oui, celle qui a un long poil pour jouer dans le tram sur la verrue qui orne sa joue gauche.

Et qu’est ce que l’on rédige dans les gazettes quand c’est Noël? Ben on joue avec les marronniers, on va faire parler le caviste du coin de la rue, le souffleur de ballonnets chopé avec 1,2 gr à l’entrée du viaduc Herman Debroux ou de Cheratte, sans oublier un ou deux bons samaritains, qu’ils soient remerciés sans aucune mauvaise blague d’ailleurs et bien entendu les bons conseils anti-gueule de bois.

Bon, je vais vous filer une recette imparable contre la gueule de bois. Enfin deux recettes. La première consiste à boire autant d’eau que de boissons alcoolisées, voire, si vous êtes super fort, nettement plus. Mais bon, vous pouvez aussi ne pas boire du tout, mais là, pas besoin de recette secrète. L’usage des sodas pour compléter les alcools n’est pas considéré comme de l’eau hein, pas la peine de me prendre pour une banane. Un Alka ou du citrate de bétaïne avant le dodo et normalement c’est déjà presque bon avant le coucher. Bon, faut-il encore tout garder par devers soi bien entendu.

Si vous avez oublié, ou que vous n’étiez plus en état d’absorber quoi que ce soit, voire même plus en état de vous en souvenir, j’ai un truc infaillible. Simple, au travers de vos nausées matinales, d’abord de l’eau, beaucoup d’eau. C’est une bonne base, et puis, quoi qu’il se passe, il en restera toujours quelque chose, du moins un peu. Et puis, mais là, il faudra être courageux, attaquez une demi bière ou un verre de Champagne. Le Champagne c’est pour l’élégance, la bière c’est au cas ou vous auriez tout dépensé la veille. C’est une question de trucs qui détruisent l’alcool dans votre organisme et que vous produisez en trop grande quantité à un moment de la soirée, surtout lorsque vous cessez de boire. Il vous faut nourrir maintenant ce qui reste et voilà, le tour est joué.

Certes, il vous aura fallu pas mal de courage, mais après la vie est belle et maintenant vous pouvez, enfin commencer la lecture habituelle de votre journal dominical préféré. Et c’est là que nous reprenons le cours de nos émissions. Par exemple, en fin d’année il est de coutume d’évoquer les tendances qui ont marqué l’année de leur empreinte.

Notre Marcolini national (ndlr: belge) nous fait un grand coup de comme back, c’est peut-être une tendance, en ressortant une gamme de pralines à l’alcool. Des bonbons au chocolat sublimes créés avec des alcools hyper hauts de gamme. Plutôt loin des pralines de notre enfance à base de liqueurs pourries et doucereuses. Ici, les plus puissants des whiskies se marient aux saveurs subtiles des crus de cacao, mais pas seulement les scotchs, il y a même un whisky japonais, c’est tout dire. D’autre part, on trouve des rhums, un de la Martinique, le célèbre Trois Rivières et le magnifique rhum de Chamarel, en provenance directe de l’île Maurice. Dans cette praline se mêlent les arômes subtils des bananes mûres, la fraîcheur du jus de canne à peine pressé et les épices du cacao. Bon sang de bonsoir, c’est de saison, mais je dirais même carrément bon Dieu que c’est exceptionnel. Si le bon Pierre se lançait dans une praline avec une cerise au marasquin et du kirsch, je jure de l’appeler mon chéri définitivement. 

Et puis, au niveau des tendances, moi qui déteste les cupcakes, cette espèce de cochonnerie qui nous vient, une de plus, des Estados Unidos, vous voyez, ce grand pays à la situation financière pire que la Grèce, j’ai trouvé mon bonheur il y a peu, au cours d’une dégustation de Champagne. Oui, je sais, ne frappez pas, c’est Noël, la trêves des confiseurs, on ne frappe pas les plus petits que soi.

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Bref, disons que j’ai mangé des cupcakes en buvant du Clicquot. De la Veuve et des petits gâteaux, le genre de truc qui, si vous me le racontez, je vous explose les incisives, les canines et quelques molaires au passage, même si c’est votre vieille trisaïeule qui vous y oblige. Sauf s’il y a un héritage conséquent en vue. PAS de gâteaux avec les bulles. JAMAIS! Sauf quand c’est bon. Arghhhh oui, c’est comme ça, c’est la vie. Bienvenue dans mes contradictions personnelles. Bref, quoi qu’il en soit, ces machins, dans un petit papier plissé, genre un moule à gâteaux jetable, m’ont impressionné. C’était presque l’accord parfait, et si pas tout à fait c’était le bonheur. Oui, moi, j’ai aimé un cupcake.

Pourvu que mes parents aient oublié de sortir ce matin ou que leur boulanger préféré soit en grève ou en récupération de grève ou qu’il soit fermé pour jour férié, mais s’ils apprennent que j’ai aimé ça c’est un coup à me faire déshériter. Déjà que je ne cuisine qu’à la télé, et que je passe ma vie à parler de pinards, si en plus je me mets à aimer ces choses étranges venues d’ailleurs. Certes, d’ailleurs, mais faites par les blanches mains de Carole. Car c’est un peu ça le monde du cupcake, des copines qui font des gâteaux au départ de chez elles. Tranquille, à l’aise, sans se tuer, mais avec tout l’amour du monde. Celles qui tamisent la farine entre le lave-vaisselle et le calendrier des anniversaires des copains des enfants. Celles qui se lancent sans faire trop de bruits et qui conquièrent le monde à l’aise et décontractée. Et si c’était juste un peu plus qu’une tendance, carrément un conte de Noël et que Carole devienne une star des petits gâteaux qui accompagnent les très bons champagnes?

Allez, c’était la dernière de l’année, on se retrouve l’année prochaine tranquillement et, d’ici là, quoi que vous buviez, buvez le bien avec même un petit cupcake de Carole en passant de temps en temps...

 

Cupcakes, Whoopies, Meringues, Cheese cake, Key lime pie...

http://www.mademoisellecupcake.com

20 octobre 2011

Trois rencontres en Savoie

Lors de mon court séjour en Savoie, j'ai fait trois belles rencontres. Non, pour une fois, il ne s'agit pas de vignerons, mais de collègues.

D'abord, j'ai fait la connaissance de Véronique Raisin, alias www.picrocol.com, la RVF, Bettane & Desseauve... On se demande comment ce petit brin de femme peut mener tout ça de front (et bien, en plus). Et qu'est-ce que j'apprends dans le bus qui nous mène à Monterminod: Véronique est la cheville ouvrière d'Ecrivins, un amalgameur de blogs qui liste justement... le mien - c'est vous dire le goût qu'elle a! Et un beau sourire avec ça.

L1040666.JPG V. Raisin, c'est bien elle...

Concomitamment (j'aime ce mot, et c'est la première fois que je peux le placer), concomitamment, donc, j'ai rencontré Mr Vinosolex himself, Lincoln Siliakus, qui m'a fait forte impression. Un Australien qui goûte précis et qui connaît aussi bien les vins d'Europe (sans oublier le répertoire de Deep Purple), c'est aussi rare qu'un koala qui chante à Séguret! Vérifiez vous-même ICI

L1040572.jpgMr Vinosolex en chair et en os

Last but not least, j'ai revu Florence Kennel, journaliste bourguignonne, écrivain et blogueuse de talent aujourd'hui installée dans le Jura. Ses centres d'intérêt sont la Bourgogne, la Savoie et le Jura. Ne me dites pas que c'est limité: une vie ne suffirait pas pour comprendre ces trois vignobles. Or Florence est une fille qui aime les choses bien faites, les idées bien étayées, qui pense et qui écrit juste.

En témoigne son billet récent sur la casse du terroir à Gevrey-Chambertin. C'est ICI

Et dire que l'INAO fait des misères à Olivier Cousin pour ses étiquettes!

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Florence de profil mais en action

Bien sûr, je n'oublie pas mes autres complices de cette escapade en Savoie, Marc Vanhellemont, Christian Duteil,  Dominique Hutin,  Marie-Claude Fondanaux, Jean-Moise Breitberg... Et puis Michèle Piron-Soulat, notre courageuse cicérone.

Salut, les amis, et bon vent!

11 octobre 2011

La Bataille de nos Assiettes

La semaine dernière, Arte diffusait un excellent documentaire sur la malbouffe et les manipulations des industries alimentaires. Dans quelques heures, il ne sera malheureusement plus accessible.

Je vous donne donc le lien sans plus tarder:

http://videos.arte.tv/fr/videos/la_bataille_de_nos_assiet...

14:24 Écrit par Hervé Lalau dans Gastronomie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note |

24 septembre 2011

Mieux connaître (et apprécier) les vieux vins

Je n'ai pas de vieux vins dans ma cave. Ou si peu. Juste un ou deux Rivesaltes Ambrés des années de naissance de mes enfants, et puis quelques bouteilles de Quarts de Chaume de 1985 et 1987. Un porto, aussi, peut-être, mais je ne suis plus trop sûr. Côté vins secs, s'il me reste une bouteille des années 90, c'est sans doute que je l'ai oubliée derrière les autres.

Professionnellement, je n'en déguste pas beaucoup non plus - les dégustations organisées pour nous se concentrent sur les millésimes à la vente, c'est normal, alors le jeu est plutôt de pouvoir discerner sous les arômes primaires le potentiel d'un vin. Il y a peut-être un peu d'arnaque là dedans, mais c'est un autre débat.

vin,vignoble,vieux vinLe Roussillon, temple des vins de longue garde...

Je viens donc l'avouer devant vous: je connais mal les vieux vins, ce qu'on peut en attendre, comment les déguster, dans quel esprit, avec quels plats, etc. Je ne parle pas du côté psychologique - c'est vrai que c'est bluffant de pouvoir déguster un vin historique. Ca m'est arrivé un jour à Madère, j'ai bu un dé à coudre d'un Blandy's du 18ème siècle, 1792, je crois. Émouvant, bien sûr. Et c'était encore du vin, même si ça tirait quand même un peu sur le décharné, l'acétisme et l'acétique. Mais les Madère sont des vins très particuliers, on ne peut pas généraliser.

Non, ce qui m"intéresse, c'est moins la date sur l'étiquette que la conservation du vin, la complexité supposée qu'il peut prendre, les fameux arômes tertiaires. Le genre de chose qu'on reprocherait à un vin jeune, mais qu'on attend peut-être d'un vin plus âgé, je ne sais pas. Je voudrais savoir.

Autre aspect qui me préoccuppe: les progrès de l'oenologie, qui ont permis sans aucun doute d'améliorer le niveau général des vins, et notamment de développer les arômes primaires, en faisant disparaître pas mal de faux goûts, ont-ils une influence sur le vieillissement des vins? A-t-on perdu en garde ce qu'on a gagné en plaisir immédiat?

Mes amis Marc et Jim viennent justement de faire une verticale de Chinon. Un vin qui me plaît, en général, mais que j'ai rarement eu l'occasion de goûter dans des millésimes plus vieux que 10 ans.

Eux sont remontés jusqu'à 1934.

Marc nous donne ses impressions sur le blog des 5 du vin. C'est ICI. J'espère qu'il nous fera un article plus complet bientôt, parce que vraiment, j'ai besoin de comprendre, pour pouvoir peut-être, un jour, transmettre à mon tour.

 

23 septembre 2011

Don't follow leaders (and watch your parking meters) - Dylan & moi

Je souffre depuis des années d'un mal étrange, que je qualifierai de "syndrôme Dylan".

Je vous parle d'un temps que les moins de 40 connaissent à peine. C'était vers 1965.

Bob Dylan, figure de proue de la jeune génération et plus spécifiquement du Protest Song, auteur entre autres de Masters Of War et d'une bonne vingtaine de brulots anti-guerre du Vietnam, anti-establishment, anti-cons, et poète à ses heures, fait une grossesse nerveuse. Voila qu'il ne veut plus jouer son rôle de trublion institutionnalisé. "Don't follow leaders", éructe-t-il alors, refusant d'endosser toute espèce d'autorité, et se coupant de toute une frange de ses premiers fans. En plus, il se met à la guitare électrique, deuxième trahison pour les folkeux. 

dylanDylan, 1975

Vous ne voyez pas immédiatement le rapport avec moi. Il y en a un, pourtant.

Je n'aime pas non plus les gourous, les maîtres à penser, les gens d'influence. Au point que je n'ai qu'une crainte, en devenir un moi-même, aux dépens de votre liberté de penser autrement, d'apprécier autre chose, d'autres vins, d'autres voies d'accès au vin.

Comme Dylan (mais à mon échelle beaucoup plus modeste), j'ai aussi peur de devenir le Cassandre du vin, de m'aigrir à vue d'oeil.

La cinquantaine approche à grands pas, il serait peut-être temps de penser constructif.

Bon, assez parlé de moi.

Je vous souhaite une bonne journée et de bons vins, d'où qu'ils viennent.

21 juillet 2011

Un verre de Maury à la santé de la Belgique

Le 21 juillet, pour ceux qui l'auraient oublié, c'est la fête nationale belge.

Amusant, le concept, puisque depuis les années 80, il n'y a plus de nation belge, mais une Fédération de Communautés et Régions, mais bon.

Depuis plus d'un an, il n'y a plus non plus de gouvernement fédéral, ce qui commence à faire désordre, surtout au plan démocratique, mais il est de bonnes âmes pour nous dire que c'est constitutionnellement correct. Alors passons et buvons un verre avec l'ami Eric Boschman, Belge et fier de l'être.

Au détour d’une allée de Vinexpo, il y a de cela quelques jours à Bordeaux, j’ai eu l’occasion de déguster quelques gorgées de quelques flacons que je me devais de vous raconter par le détail. Grâce au sourire rayonnant de la douce Aurélie, je me suis arrêté sur un stand qui a priori ne m’attirait pas. C’est que moi, les trucs à cent mille personnes pour déguster, c’est un peu bof. Puis, il est vrai que je me souvenais d’un courrier du propriétaire du dit stand accompagnant une cuvée Grand Chelem, lors de la dernière récolte du dit par le XV Bleu, qui cocoricait à tors et à travers, proclamant un prochain titre de Champion de Mooooooooooooooonde pour l’équipe et qui m’avait profondément gavé... Tout ça pour vous dire que j’y allais d'abord pour faire plaisir, sur ce stand. Et puis là, petit bonheur, pardon, grand bonheur ! J’ai dégusté des très vieux millésimes de vins doux naturels.

vin vieux,vignoble,vin,maury,madère,rivesaltesEn Roussillon (Photo H. Lalau)

C’est qu’il n’existe que trois endroits au monde où l’on peut trouver des vins vieux, exceptionnellement vieux, achetables sans devoir hypothéquer sa maison et dégustables. Certes, nous Belges, nous rêvons toujours au Bordeaux ou au Bourgogne qui prendrait cinquante ans dans les dents sans moufeter, mais faut pas rigoler, ces vins n’existent plus que dans les mémoires des anciens qui en ont encore une. Les vins modernes, depuis le milieu des années quatre-vingts, sont faits pour être bu très vite, et c’est bien le tout quand ils tiennent deux décennies, on peut carrément parler de miracle. Mais en dehors de ces deux régions ô combien magiques, il existe quelques foyers de production de vins qui défient la logique du vieillissement, des produits qui vieillissent largement plus longtemps que les hommes. On trouve, aujourd’hui, en Madère par exemple, des vins de la fin du XVIII ème, vers 1790 et quelques. Dans le Douro, à Porto, on trouve aussi des vins qui passent le siècle, des vins hors normes. Et puis, dans le Roussillon, de Rivesaltes à Maury, on trouve des choses franchement surprenantes. C’est que la richesse de la région, longtemps, s’est faite autour de ces vins mutés, qui encaissent les affronts du temps sans rien marquer. Un peu comme Rocky dans les premiers films, ils encaissent les gnons et se relèvent toujours.

Une célèbre propriété de Maury, au pied du château de Quéribus, a développé depuis de nombreuses années un parc à bonbonne en verre de soixante litres où les vins vieillissent pendant un an, au soleil, sous la pluie, au froid de l’hiver, et j’en passe et des pires. Au bout d’un an, les vins sont groggys, mais toujours vaillants.

Vous connaissez des trucs plus solides vous? Il en va de même pour les Rivesaltes. Alors là, je vous arrête tout de suite, pas question de mélanger les trucs, il existe une foultitude de vins répondant à cette appellation, il ne faut pas tout mélanger. Les muscat, les tuilés, les ambrés, sont des vins fondamentalement différents les uns des autres. Ce dont il est question aujourd’hui est un vin rouge qui a vieilli tranquillement toute sa vie en barrique avant d’être embouteillé il y a une petite année. A Porto, cela se nomme Colheita; en France, il n’y a pas d’appellation particulière. Pourtant, le vieillissement long en bois apporte une complexité rare aux vins. Certes, le côté mono cépage ou presque des vins doux du Roussillon enlève une part de complexité, mais dans les vins datant d’avant mil neuf cent trente six, les mutages effectués, parfois, à l’Armagnac ou avec d’autres alcools finis, donnent aussi une dimension surprenante aux vins. Les parfums du temps qui passent se donnent au vin au travers des bois, petit à petit. Le résultat est tout simplement bouleversant.

Il m’a été donné de déguster des vins de la fin du XIXème issus de la région, quelle splendeur! En ce qui concerne les cuvées de cette belle dégustation initiée aux côtés de la douce Aurélie, il s’agit de coups de flair, de chance peut-être, mais aussi de recherche longues. C’est qu’il a fallu trouver, négocier patiemment et acheter les barriques de vin qui avaient passé tranquillement les décennies à l’ombre des toiles d’araignées. Puis, il y a plus ou moins un an, mettre tout ces jolis lots en bouteilles.

J’ai particulièrement aimé le Maury 1939, il était encore fringuant, tout en fraîcheur, en légèreté et en équilibre. Le Rivesaltes 1936 était un peu moins équilibré, avec un côté plus sirupeux, fatigué peut-être. Le Maury 1929 était étonnant, avec des notes de violette, du cuir chaud et humide, le côté guêpière de dominatrice en fin de journée, du tabac noir mais une petite structure en bouche un peu plate sur la fin.

Un seul regret, que l’on ne connaisse pas vraiment l’origine des vins, c’est à dire de chez qui ils viennent, de la propriété familiale de monsieur Bertrand ou d’ailleurs, cela pourrait être intéressant et aussi, une forme d’hommage aux anciens qui ont préservés les barriques par devers eux jusqu'il y a peu. Vous remarquerez que les quantités sont ultra limitées, c’est indiqué sur l’étiquette de chaque flacon. Pour ce genre de rareté, les prix sont plutôt raisonnables. Pensez donc, quand on compare avec l’indécence des Grandes Marques bordelaises en 2010, il y a de quoi s’esclaffer et plonger sans réfléchir.

Et puis, pour célébrer la peut-être dernière Fête Nationale de notre magnifique royaume, faut pas se priver. J’aime assez le paradoxe qu’il y a à déguster des vins qui ont défié le temps tout en contemplant la lente agonie de notre pays qui se délite dans le paroxysme démocratique. Allez, assez pleuré, il pleut, c’est bon signe, c’est l’été ! Quelques prix histoire de vous mettre en forme : Banyuls 1951: 165 euros; Rivelsaltes 1945: 200 euros; Maury 1929: 250  euros. 

Eric Boschman

 

20 juillet 2011

Donnez-nous aujourd'hui notre prix quotidien

Petit complément au billet d'hier.

A lire les bancs d'essai de produits de la GD comme dans Cuisine et Vins de France, ou à entendre des passionnés de produits nobles faire la publicité de chaînes de hard discount (salut, Jean-Pierre Coffe, c'est pour toi!),  les supermarchés sont pleins de bons produits. Je me demande parfois si c'est moi qui suis trop difficile.

Comme les gentils agriculteurs qui "nourrissent la planète", les grands distributeurs se disent au service du plus grand nombre, et dans la liturgie de ce début de siècle (qui sera économique ou ne sera pas), ils nous donnent aujourd'hui notre promo quotidienne.

Qu'au passage, les gentils agriculteurs polluent la planète (au fait, les algues vertes sont revenues en Baie de Saint-Brieuc) et que la grande distribution et les grands fournisseurs tuent les petits producteurs, en allant acheter leurs fraises et leurs haricots en Chine, n'a pas grande importance.

Qu'ils nous bernent en nous présentant de faux produits de terroir (c'est ce qu'on appelle le terroir-caisse) est encore bien plus anecdotique.

Nous sommes indirectement responsables de ces dérives. Il paraît que nous avons tous notre petite sphère de compétence. Nous ne nous en laissons pas compter sur la qualité des produits qui nous intéressent. Le vin, par exemple. On ne nous fera pas prendre du Lascombes pour du Las Cases, ni du Rayas pour du Chénas.

Mais pour d'autres produits, nous acceptons le n'importe quoi, au nom du Pas Cher, de l 'Aubaine et du Saint Esprit. Comment peut-on imaginer qu'un poulet puisse être élevé dans des conditions normales et ne coûter que 3 euros? Ou qu'un T-shirt nous arrive d'Indonésie à moins de 2 euros?

En profitant de ces prix cassés, nous participons sans trop bien le savoir à un grand massacre: celui de la production à taille humaine; et nous détruisons nos emplois de proximité. Nous pesons aussi sur le bilan carbone en faisant transporter des denrées que nous pourrions trouver près de chez nous. Même pas grave, il suffit aux grands groupes d'acheter des parts dans des éoliennes à Tombouctou pour se refaire une virginité écologique.

Bien sûr, il y a le commerce équitable... mais même ça, les grandes enseignes l'ont récupéré, au point que je me demande ce que valent leurs certifications.

Je crains de ne pas avoir beaucoup d'espoir en rayon, aujourd'hui. Ca ira mieux demain... peut-être.

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