12 février 2012
Champagne californien... ou Californie champenoise?
A l'aéroport de Beauvais, une affiche du Consiel Régional de Picardie vantait les beaux vignobles de l'Aisne (le département engloble quelques vignes de Champagne, du côté de Château-Thierry).
Jolie photo, ma foi. Un paysage vallonné, sous le soleil couchant...
Le hic, c'est qu'il s'agissait d'une photo prise en Californie.
Le Conseil Général de Picardie parle d'erreur regrettable et va faire retirer les annonces.
Il n'est de Champagne que de Champagne, bien sûr... même picarde.
Plus d'info ICI
17:22 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne, Etats-Unis, France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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10 janvier 2012
Wishful thinking, version Crémant de Bourgogne
Suite à de nouveaux commentaires, je crois utile de remettre à l'honneur cette chronique que je persiste à signer, n'en déplaise au commentateur anonyme qui me dit que je ne connais rien au vin ni à la vérité... C'est son droit, comme c'est le mien d'en rigoler. Alors autant en rire ensemble, amis lecteurs!
Je sais que la pub est l'art de la mise en valeur, voire du maquillage. Voire du camouflage.
Mais à priori, il doit toujours y avoir un fond de vérité sur lequel appuyer les messages. Sauf à jouer le décalage complet, le contre-pied. Et encore, dans ce cas, c'est généralement de l'humour.
Dans le cas des visuels de la campagne des Crémants de Bourgogne, je ne vois ni humour, ni vérité. Juste ce que les Anglais appellent wishful-thinking. En bon bourguignon: "prendr' ses désirs pour des réalités, vindju".
Jugez plutôt:

A croire avec modération
Je comprends mieux à présent la mention "A consommer avec modération" (inutile à l'export). Elle n'est pas tant là pour les consommateurs que pour les publicitaires. Parce que le jour où New York aura "reconnu" le Crémant de Bourgogne, on aura fumé toute la moquette dans les agences.
En attendant, il me semble qu'à la Grosse Pomme, on préfère encore le Champagne (français ou californien), ou à défaut, le Prosecco.
Dans la plus proche et plus francophile Belgique, le Champagne a bien perdu un peu de sa superbe, ces dernières années, mais ce n'est pas le Crémant de Bourgogne qui en profite, mais le Cava. D'ailleurs, on aimerait bien en boire plus, du Crémant de Bourgogne. Mais encore faudrait-il qu'on en trouve dans les magasins, chez les cavistes, et puis qu'on connaisse les marques. Parce que des campagnes génériques, c'est bien, mais en définitive, dans les mousseux, ce sont des marques qu'on achète.
Il faudrait donc que les marques investissent aussi. Il y en a, au fait? Demandez au consommateur belge dans la rue, je pense qu'il peut vous citer deux ou trois marques de Cava (Freixenet et Codorniu, ou bien peut-être Pere Ventura, ou encore Ferriol); mais un nom de Crémant de Bourgogne, alors ça, non, je ne crois pas.
Avec tout mon respect pour la Veuve Ambal (déjà qu'elle a perdu son mari!) ou la Cave de Bailly, c'est une réalité que les belles affiches de publicité newyorkaises ne suffiront pas à changer...
19:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Bourgogne, Etats-Unis | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
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27 décembre 2011
Que boit Lady Gaga?
On apprend aujourd'hui que Lady Gaga est très exigeante vis-à-vis de ses assistantes - journées interminables, nuits interminables, disponibilité de tous les instants. Au détour d'une plainte en justice contre la vedette, voici que sa dernière "Nounou" (car comment qualifier autrement quelqu'un qui la maternait à ce point?) révèle quelques facettes cachées de la vie de la chanteuse - si tant est que c'est son vrai métier. Je ne parle pas de la couleur de ses petites culottes - elle les montre abondamment dans son oeuvre filmée. Non, je parle de sa vie hors caméras.
Lady Gaga (photo Giulio Pugliese)
Malgré ces sulfureuses, futiles mais lucratives révélations (que je vous invite à lire dans les Ga-gazettes), il y a une chose d'elle qu'on ne sait pas encore: que boit-elle?
Préfère-t-elle le Champagne, le Prosecco ou le Cava?
Le Pommard ou le Barolo?
La Napa ou la Sonoma?
Martini ou Campari?
La Romanée Conti ou le Clos des Lambrays?
Latour ou Cheval Blanc?
Petrus ou Angelus?
Smirnoff ou Eristoff?
Hennessy ou Martell?
Havana Club ou Bacardi?
Coke ou Pepsi?
Autant vous le dire tout de suite, je n'en ai aucune idée. Et même, je m'en contrefiche.
Mais si j'ai pu, ne serait-ce qu'une minute, amener un seul consommateur de "pipoles" à réfléchir au côté superficiel des stars dont on le gave; si j'ai pu, ne serait-ce qu'une seconde, lui faire percevoir qu'il y a une vie derrière les marques, le clinquant, la bestialité, le surfait, le plagiat, le copier-coller, le racolage, la vulgarité markettée, l'argent facile, alors je n'aurai pas perdu mon temps.
Auprès des autres, je m'excuse par avance de les avoir dérangés dans leur rêve éveillé. Je les laisse à leur Slut Academy, et à leur dilemme: à quelle Lady Gaga, à quelle Paris Hilton, à quel Justin Bieber devront-ils (ou elles) ressembler demain à l'école, à l'université, au boulot, au Carrefour, dans la vraie vie?
Ce qui, incidemment, me fait penser que même dans le vin, nous avons nos idoles kitsch, nos fausses valeurs, nos vacuités montées en neige.
Les starlettes montrent leurs culs; les grands crus montrent leurs prix. Le plus indécent n'est peut-être pas celui qu'on pense.
Et si je vous dis ça, ce n'est pas seulement parce que je ne suis pas dans le groupe cible, côté portefeuille. Non, c'est parce que je sais que le prix de revient à la bouteille ne dépasse jamais les 50 euros.
Bon, je sens encore que je ne vais pas me faire que des amis!
19:15 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, Pour rire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : vulgarité, vin |
11 décembre 2011
Le coffre de Coca-Cola, ou l'information non signifiante
Hier, j'évoquais à nouveau l'affaire du Jumillagate et m'interrogeais: fallait-il en parler?
10:39 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : information, désinformation, futilité |
10 décembre 2011
Fallait-il parler de Jay Miller et de Pancho Campo?
Fallait-il dénoncer les méthodes de travail de M. Campo, et indirectement, celles de M.Miller et du Wine Advocate, dans ce qu'on appelle couramment le Jumillagate? A savoir, la vente des visites de M. Miller, évoquée dans plusieurs correspondances entre la société de M. Campo et certaines appellations espagnoles?
Certains commentateurs en doutent. Pour eux, il n'y a pas de délit, c'est juste un problème d'éthique personnelle. Après tout, personne n'obligeait les appellations à payer. Sans compter que les investigateurs agacent: "Et puis, d'abord, qui sont les accusateurs? Des fouille-merde! Des gens qui se prennent pour des saints... A d'autres!"
Une autre catégorie de lecteurs, au départ favorable à une certaine transparence, pense à présent qu'on en fait trop, que l'histoire est close. Qu'il faut passer à autre chose. "Donnez nous des notes de dégustation, des belles photos de vignerons sympas, plutôt!". Et puis, sous-jacente, il y a peut-être une crainte: "Ce n'est pas bon pour le business!".
Ces deux catégories de commentateurs s'expriment à loisir sur les blogs, que ce soit sur Jim's Loire, sur Catavino ou sur Winediarist, par exemple. Et c'est très bien.
J'ai quand même envie de leur répondre que si l'apprentissage de la lecture est obligatoire, la lecture de tel ou tel article de presse, ou de tel ou tel blog, elle, ne l'est pas. Et puis, on peut comprendre que les journalistes qui ont exposé l'affaire aient envie d'aller jusqu'au bout, de donner un maximum d'arguments - après tout, ils sont sous la menace d'actions en diffamation.
De plus, les versions données par M. Campo sur les faits varient beaucoup: un jour, les dégustations étaient liées au Wine Advocate, une autre jour, elles ne l'étaient pas. Ce sont ces revirements qui incitent les enquêteurs à continuer leur travail.
Quoi qu'il en soit, cette discussion montre bien qu'il y a plusieurs types de communication dans le domaine du vin comme dans d'autres, indépendamment du support choisi (presse ou blogs).
L'information, d'une part, qui doit être étayée, vérifiée, retracée.
Le commentaire, de l'autre, qui est libre (dans les limites de la loi).
Sans la première, le second n'existerait pas.
Je trouve donc qu'on ne peut pas reprocher à Vincent Pousson, à Jim Budd et à Harold Heckle de vouloir ne laisser "aucune pierre non retournée", comme dit l'adage anglais. Même si la succession des articles sur un même thème peut lasser (c'est un phénomène qu'on constate également dans l'affaire DSK, par exemple), je crois que c'est le prix à payer pour une information complète.
Pour rester dans le vin, il me semble que lorsque la parole médiatique est à ce point monopolisée par quelques uns, et va toujours dans le même sens (comme dans le cas des Droits de Plantation), ou que certains problèmes ne sont pas traités par l'autorité compétente (comme dans le cas du concassage au tractopelle d'un terroir protégé, à Gevrey-Chambertin), il est sain que la presse puisse jouer son rôle de contre-pouvoir jusqu'au bout. Que ce soit au travers des blogs ou des supports plus traditionnels.
Par ailleurs, il est bon que les blogs puissent échapper à la dictature de la ligne rédactionnelle, à une stratégie éditoriale; et qu'on puisse donc y publier ce qu'on veut et quand on veut, sans devoir respecter un quelconque équilibre.
Ici même, sur ce blog, je me rends bien compte que certains de mes billets plaisent plus que d'autres, que certaines thématiques lassent plus vite que d'autres, mais c'est la rançon de l'effet "carnet de bord". Chaque jour est un nouveau jour, il n'y a pas de recherche d'une stratégie d'ensemble, à vous de picorer ce qui peut vous intéresser dans ce qui, moi, m'a intéressé, interpellé, fait sourire, fait grincer des dents ou claquer la langue.
06:24 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, Etats-Unis, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (42) | Envoyer cette note
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07 décembre 2011
Jay Miller "Paid to sip?" se demande le Baltimore Sun
La polémique à propos des dégustations espagnoles de Jay Miller (voit les épisodes précédents) n'est plus seulement l'affaire de quelques "bloggeurs de second rang", comme les qualifiait encore récemment Pancho Campo: elle fait les titres de la presse américaine, et notamment du Baltimore Sun.
A lire cet article, Jay Miller aurait bel et bien été abusé.
21:31 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, Etats-Unis, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : miller, parler, campo |
05 décembre 2011
Premier cas grave de Parkerson
On savait Robert Parker désireux d'alléger son emploi du temps. C'est la raison pour laquelle, ces derniers mois, il a confié le soin à des collaborateurs de couvrir certaines zones viticoles qu'il s'était jusque là réservées.
Mais voici qu'on apprend que le grand critique américain est atteint d'une affection rare. La Parkerson.

L s myst r s insondabl s du c rv au (photo Sci nc Mus um d Londr s)
Cette affection, qu'on n'ose encore qualifier de maladie tant sa découverte est récente, se caractérise par une déconnection temporaire et sélective de certains centres nerveux et se traduit donc par une mise en sommeil plus ou moins involontaire des fonctions cognitives de l'intéressé.
C'est ainsi que, malgré ce qu'il appelle lui-même des "recherches approfondies", le sujet Robert n'a rien trouvé à redire au modus operandi des voyages de son bras droit Jay Miller en Espagne.
Les éléments matériels publiés par plusieurs sites internet, copies de correspondances, tarifs, messages émanant de M. Campo (grand chambellan de M. Miller); éléments qui prouvent que les visites de M. Miller étaient monnayées par M. Campo, en contradiction avec les règles édictées par M. Parker... tout ça a été complètement zappé par M. Parker.
Un peu comme quand on saute des lettr s en lisant un mot qu'on croit r connaîtr .
Mais il y a peut-être pire.
Alors que M. Miller vient de lui demander d'être déchargé de sa mission au Wine Advocate (tout en protestant de sa bonne foi), M. Parker le remercie de ses efforts passés en faveur des vins d'Espagne, "région émergente".
A ce stade, les scientifiques s'interrogent. Le diagnostic est posé, mais comment traiter? Faut-il employer la manière forte, les électrochocs, les douches glacées, une cure d'un an chez Caudalie?
Ou carrément isoler le sujet Robert et lui éviter dorénavant toute exposition, même courte, au monde du vin?
Je suggère une troisième piste: l'hypnose.
"Robert, tes paupières sont lourdes. Tu écoutes ma voix; ma voix est tout ce qui compte maintenant. L'Espagne n'est pas une région émergente du vin. Les Romains vantaient la qualité de ses vins plus de 100 ans avant Jésus Christ. Et encore n'étaient-ils que les héritiers des Phéniciens, des Grecs et des Carthaginois. qui y avaient planté des vignes. Aujourd'hui, l'Espagne possède le vignoble le plus étendu au monde. Il y a même un article de loi qui dit que le vin fait partie intégrante de la culture espagnole. Au fait, Robert, l'Espagne n'est pas une région, c'est un pays. Maintanant, tu vas te réveiller dès que je prononcerai la phrase clef: Remember Pancho Campo."
14:03 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, Etats-Unis | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : parker, miller, campo |
Jumillagate, Murcia Gate... Miller is at the gate
Incroyable: Jay Miller quitte le Wine Advocate pour la consultance... et précise que cela n'a rien à voir avec le Jumillagate. Mais Robert Parker n'a-t-il pas dit qu'il n'y avait pas de Jumillagate...
C'est à lire ICI sur Dr Vino.
12:31 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, Etats-Unis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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02 décembre 2011
Jumillagate, Campogate, Millergate, Parkergate?
Résumé des épisodes précédents, pour les oenophiles qui reviendraient de Mars ou qui vivraient la tête dans le sable…
L’information initiale été révélée sur Facebook par Vincent Pousson le 26 octobre, puis reprise sur le site de Jacques Berthomeau, sous la forme d’une copie de mail. Sur ce mail, l’association des vignerons de la région de Murcia (Asovin) demandait à ses membres de payer une grosse somme d’argent pour accueillir le critique Jay Miller, représentant officiel de Robert Parker en Espagne. Le démarchage n’était pas le fait du critique lui-même, mais d’une société de relations publiques, la Wine Academy of Spain. L’Asovin se chargeait de réunir les fonds auprès des producteurs, sur la base d’une contribution par visite et par échantillon présenté (à la dégustation et au «masterclass»).
Pas de quoi fouetter un chat? Peut-être que si, quand même, comme on va le voir.
L’histoire aurait fait moins de bruit si M. Parker n’avait déclaré, il y a bien longtemps, que ses collaborateurs comme lui-même n’acceptaient jamais aucune contribution, afin de préserver l’indépendance totale des contingences matérielles qui, selon lui, sied à un critique.
La polémique aurait même pu être étouffée dans l’œuf, car le mail d’Asovin à ses membres était confidentiel; diffusé sans l’autorisation de ses auteurs, ceux-ci le jugeaient donc nul et non avenu. Ce qui est un peu facile, tout de même, car dans les faits, les clauses de confidentialité ont une valeur inversément proportionnelle au nombre de gens à qui on les envoie.
Mais ce petit message "sans existence légale" a provoqué une vague de réactions venues de là où on ne les attendait pas; de producteurs d’autres régions qui avaient refusé les propositions de la Wine Academy of Spain (car le cas de Murcia était loin d’être isolé). Ceux de la DO Madrid, notamment.
Malgré des demandes insistantes et répétées de la part de M. Campo et de ses collaborateurs, qui tentaient d’organiser une visite de Jay Miller dans la DO Madrid à son retour de Navarre, l’été dernier, les responsables de la DO ont décliné cette offre. Cette offre, vous la jugerez alléchante ou indécente selon ce que vous pensez de la critique viticole.
Alléchante, si vous considérez que la Wine Academy of Spain était disposée à baisser son prix de moitié (de 40.000 à 20.000 euros). Indécente, si vous considérez que les autres régions ont sans doute payé le prix plein, et surtout (mais je me situe là dans une perspective journalistique quelque peu hors de propos), si vous considérez le simple fait suivant: le refus de la DO Madrid signifie que les vins de la région, non dégustés, non visités, risquent bien de ne pas figurer à la place qu’ils méritent dans le prochain guide que Parker prépare sur les vins d’Espagne.
Des preuves de tout ce qui vient d’être dit existent, elles ont été publiées sur plusieurs sites espagnols ou britanniques.
En voici quelques uns: ICI, ICI et ICI
Et maintenant, passons aux réactions des intéressés. Quand ils daignent en faire connaître.
Malgré tout ce qui a été mis sur la place publique, Robert Parker, interpellé à ce sujet par ses lecteurs, affirme qu’il a mené sa propre enquête et que rien n’en est sorti, qu’il s’agit de rumeurs infondées. Il dit même qu’il laisse aux services juridiques de M. Campo le soin de réagir.
Pourtant, à mon sens, ce n’est pas M. Campo qui est en cause. Le système qu’il a mis en place n’a rien d’illégal, chacun est libre d’accepter ou de refuser les propositions de la Wine Academy of Spain, M. Campo joue son rôle d’impresario, un point c’est tout.
Le vrai problème, c’est plutôt que M. Jay Miller se prête à cette exploitation de son image (et de celle du Wine Advocate). Et que nolens volens, M. Parker accepte que la ligne de conduite qu’il a fixée au Wine Advocate soit transgressée.
Ce qui a commencé sous le nom de Jumillagate, puis de Murciagate, n’a pas à devenir le Campogate. Mais cela risque bien de devenir le Parkergate si M. Parker refuse de se justifier.
Je ne le souhaite pas. D’abord, parce que je n’ai aucune raison de ne pas faire confiance à M. Parker, a priori.
Mais aussi et surtout parce que je pense que cette affaire risque de décrédibiliser l’ensemble de la critique vineuse, qui ne le mérite pas. Non, nous ne sommes pas à vendre!
J’ai lu les réactions de certains confrères. Notamment celle de Michel Bettane, de retour de la conférence Wine Future de Hong Kong, organisée par M. Campo. Le grand critique français dit que les producteurs qui voudraient acheter des critiques sont des idiots. Je ne lui donne pas tort. Mais je trouve qu’il botte en touche, sur ce coup là. Car les producteurs n’achètent que ce qui est à vendre, que ce qu’on leur propose.
En l’occurrence, ce que M. Campo propose, un «all-included package» avec dégustation, visite de M. Miller et même, conférence. M. Campo semble d’ailleurs y puiser un argument pour dire que les dégustations sont libres, que seules les conférences sont payantes.
Cela est contredit par les documents publiés par les vignerons concernés.
Comme cet email de Pancho Campo lui-même, envoyé à la DO Madrid en date du 4 juin, à 15h30:
“Des visites privées qui ne sont pas à l’agenda prévu, comme celle-ci, sont très rares, et pas à un prix inférieur à 40.000 euros. Le fait que Jay ait accepté de rester deux jours de plus, et pour la moitié du prix habituel, est un miracle et une opportunité que Madrid aura du mal à avoir à nouveau”.
Mais surtout, c’est loufoque: qui à Madrid, à Murcia ou ailleurs, irait payer 40.000 ou même 20.000 euros juste pour écouter M. Miller? Et de quoi parlerait-il ? Vous expliquerait-il comment faire votre vin? Comment le vendre? Parlerait-il philosophie ou politique? Vous donnerait-il sa recette de l'apfelstrudel?
Non, il va de soi que le seul intérêt dans la location à la journée de M. Miller, pour une DO et pour ses producteurs, c’est que leurs vins puissent être notés et commentés, si possible avantageusement, dans le Wine Advocate et son guide.
Le reste, c’est du pipeau.
J’ai longtemps hésité à évoquer à nouveau de cette histoire, et je ne l’aurais peut-être pas fait si à plusieurs reprises, je n’avais senti la réticence de certains interlocuteurs d’en parler et surtout, d’en publier quelque chose.
Il y a d’abord ceux – les éditeurs, principalement - qui pensent que ce n’est pas leur rôle que d’accabler un concurrent, que le lecteur pourrait penser qu’il s’agit d’un règlement de compte. Ou qui se disent que le râteau pourrait bien leur revenir à la figure.
Il y a aussi ceux – les «confrères», surtout – qui pensent que c’est trop facile de vouloir jouer les Monsieur Propre, que c’est cracher dans la soupe.
Je crois qu’ils ont tort.
Personne n’a obligé M. Parker à fixer des règles de déontologie aussi draconiennes pour son Wine Advocate. Surtout quand elles semblent mettre en doute la moralité des autres critiques, moi le premier, puisque j’accepte des billets d’avion ou de train, et des chambres d’hôtel quand je me déplace dans le vignoble. Je vous rassure, je n’ai pas des goûts de luxe, et je ne mesure pas mes notes à la hauteur des plafonds ou à l’abondance du petit-déjeuner.
Aussi, si M. Parker permet qu’on transgresse ces règles, si lui ou un membre de son équipe ne se comporte pas de la façon dont il pense que les vrais critiques doivent se comporter, alors il est normal qu’on lui demande de s’expliquer.
Ce n’est pas déblatérer, c’est seulement faire preuve d’un peu de sens journalistique.
Ce sens journalistique, je ne l'invoque pas à titre personnel: cette enquête, ce n’est pas moi qui l’ai menée mais mes collègues Vincent Pousson, Jim Budd et Harold Heckle.
Je trouve que ces trois-là ont fait honneur à notre profession, si souvent taxée de compromissions, de laxisme. J’aimerais qu’on fasse montre de plus de solidarité à leur encontre dans la presse spécialisée. Qu’on ne balaie pas leurs efforts d’un revers de la main, comme s’il s’agissait de ragots, mais qu’on examine plus sérieusement le pourquoi et le comment, qu’on s’interroge aussi sur les raisons pour lesquelles ni Parker, ni Miller, ni Campo, ne se donnent la peine de répondre à des questions simples et factuelles, et se bornent à évoquer l’éventualité de poursuites en diffamation.
Quelle diffamation, à propos? Je le répète, il n’y a rien d’illégal dans tout ce qui est invoqué, c’est juste un problème entre M. Parker et son éthique personnelle.
Je lui souhaite de le régler rapidement, pour pouvoir passer à autre chose, pour pouvoir moi-même continuer à pratiquer mon métier la tête haute et même, à en vivre.
PS. Le "deal" a bel et bien été signé entre la Wine Academy of Spain et Jumilla, Jay Miller est bien venu, on en parle ICI. La réaction d'un lecteur (anonyme) de ce dernier site est édifiante: "y cuanto nos cuesta que traigan a este hombre porque de gratis no viene" (Et combien ça nous coûte qu'on fasse venir ce type, car il ne vient pas gratuitement).
00:27 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, Etats-Unis | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
| Tags : jumillagate, parker, critique vineuse, dégustation |
23 novembre 2011
Alcool, tabac et cancer: des chiffres
C'est intéressant, comme toujours sur Honneur du Vin
Et rappelez-vous, le vin, c'est entre 12 et 14,5% d'alcool... donc pas le produit le plus commode pour l'alcoolisation forcenée. D'autant qu'au niveau prix...
19:18 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, Argentine, Australie, Autriche, Belgique, Brésil, Canada, Etats-Unis, Europe, France, Grande-Bretagne, Grèce, Hongrie, Italie, Liban, Luxembourg, Maroc, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Portugal, République Tchèque, Slovénie, Suisse, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : tabac, alcool, cancer, addictions |


