12 janvier 2012

Vincent Pousson, blogueur

Ca y est, Vincent Pousson ne squatte plus, il blogue sur son propre espace!

Bon, je ne devrais peut-être pas trop en faire - c'est un nouveau concurrent, après tout, il va encore me faire descendre au WikioE-Machin Buzzing Classement, ou que sais-je.

Mais peu importe. La blogosphère, je la vois comme un univers en expansion, où la place se crée à mesure que les nouveaux arrivent. C'est sans doute idiot, vu que le temps moyen que chaque internaute peut consacrer aux blogs de vins n'est pas vraiment infini, mais c'est comme ça que je le ressens.

Alors bienvenue, Vincent!

A toi, maintenant, les affres de la page blanche, la déception devant les commentaires haineux ou à côté de la plaque, mais aussi, la fierté d'écrire quelque chose qui tient la route (je te fais tout à fait confiance), le plaisir de partager une émotion, un coup de coeur, la joie de faire un tout petit peu, très modestement, l'actualité. Et puis aussi, à l'occasion, de renverser le veau d'or, de "labrar el campo"...

Bon, trèves de blaba, je vous donne son adresse, c'est ICI

On y trouve évidemment pas mal de nouvelles des vins et de la gastronomie d'Espagne, vu que c'est là qu'il crèche. Et comme ce genre d'infos n'est pas si courant sur la blogosphère francophone, je vous le conseille vraiment.

 

28 décembre 2011

Un Rioja pour réchauffer l'hiver: Finca Valpiedra Reserva 2005 (Familia Martínez Bujanda)

Un petit coup de blues entre les fêtes? Mon complice des 5 du Vin, j'ai nommé Marc Vanhellemont, nous remonte le moral et nous réchauffe le coeur avec un de ces commentaires de vin d'hiver dont il a le secret, poétique et détaillé.

C'est espagnol, riojano, même; mais ça n'a rien de poussiéreux. C'est Valpiedra...

Finca Valpiedra (3).jpg

La même en version 2004

Grenat carminé aux nuances améthyste, il respire les aiguilles de pin sur lequel gît quelques airelles, une poignée de framboises, trois grains de poivre. Le grain tannique extrêmement fin tisse une trame serrée et résistante comme un lin des Flandres, souple comme la batiste. Le linge trempe dans une liqueur de baies sauvages relevée de baies de genévrier, adoucie d’amande, rafraîchie de jus de groseille. L’élevage y apporte un je-ne-sais-quoi venu d’Orient ou d’Amérique, un goût de santal et de fève de tonka. L’ultime goutte avalée semble éclater et nous remémorer tous les parfums sentis et goûtés.

Assemblage de 90% Tempranillo, 5% de Cabernet Sauvignon et Mazuelo et 5% Graciano. Élevage de 22 mois en barriques neuves de chêne français.

Marc Vanhellemont


Valpiedra, kes aco?

La finca Valpiedra s'étend sur 80 ha de vignes, à Fuenmayor, au bord de l'Ebre, étagées sur trois terrasses successives plantées entre 1972 et 1998.

Elle est la propriété de Carlos et Pilar Martínez Bujanda, qui possèdent également la Finca Antigua, dans la Mancha.

Historiquement, Finca Valpiedra est une des premières propriétés de la Rioja à avoir osé produire un vrai vin de domaine, sans apports d'autres raisins des autres sous-zones, comme c'est le plus courant dans la région.

Importateur en Belgique: Bleuzé Wines

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

16 décembre 2011

Un apéro avec Miguel Torres Senior

Ce n'est pas pour me vanter, mais mardi dernier, j'ai pris l'apéro avec Miguel Torres Senior, à Barcelone.

Comme ce n'était ni le lieu ni le moment d'échanger nos adresses de vacances, nous avons parlé des vieux cépages catalans qu'il s'évertue à faire revivre - périodiquement, il met des annonces dans les journaux locaux pour qu'on lui fasse connaître des plants non identifiés.

Il les fait examiner, il en fait faire des boutures, il les fait planter, et parfois, quand le résultat est à la hauteur des espérances, il les multiplie; ce sont deux de ces plants sauvés de la mort commerciale, le Tarro et le Samso, qui ont été plantés au domaine de Grans Muralles, en Conca de Barbera. Ils portent les noms des viticulteurs qui les ont trouvés. Les vins que Torres en tire sont tout bonnement époustouflants.

Miguel-Torres.jpg

Miguel Torres

La démarche est d'autant plus intéressante que si l'on s'en rappelle bien, Torres est réellement sorti de l'anonymat, dans les années 70, grâce aux cépages internationaux - le cabernet sauvignon de son Mas La Plana, notamment, celui-là même qui a battu Latour dans une grande dégustation, propulsant au passage, non seulement Torres, mais toute l'Espagne, sur le devant de la scène viticole.

On dirait qu'il y a deux Torres, l'un, le tycoon qui vend des millions de bouteilles (très bien faites, d'ailleurs), et l'autre, le bon pater familias qui s'engage pour la sauvegarde du patrimoine viticole, et au delà, pour le développement durable, la lutte contre le réchauffement climatique...

Mais non, c'est le même. Seul le succès du "business" permet à Torres Miguel d'entretenir les "danseuses" écologiques de Miguel Torres. Et puis d'ailleurs, qui sait si demain, ces danseuses ne deviendront pas le mainstream du groupe?

Ou peut-être ne faut-il pas chercher si loin? Miguel Torres me semble tout sauf arrogant, blasé, compliqué. C'est un homme affable, aux idées claires, au verbe précis, aux manières exquises. Le genre de type avec lequel je reprendrais bien l'apéro, tiens.

Les chats ne font pas des chiens: j'ai rencontré son fils, Miguel Junior, au Chili, et il m'a fait lui aussi forte impression.

00:08 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |

12 décembre 2011

Pancho Campo, Master of Wine et dégustateur discuté

J'ai lu avec attention le compte rendu très argumenté d'Antonio Casado sur sa brève expérience de conférencier au sein de l'équipe de la Wine Academy of Spain, ainsi que ses descriptions des deux principaux personnages en cause dans l'affaire du Jumillagate, à savoir Pancho Campo et Jay Miller.

C'est ICI

Deux choses me choquent, qui dépassent le strict cadre de l'affaire, et qui me semblent mériter ce nouveau billet.

Tout d'abord, il y a la présentation des méthodes de dégustation appliquées par M. Miller, qui ne tiendrait pas compte des températures de service des vins (blancs ou rouges de tous types): voila qui incite à la méfiance quant aux résultats des dégustations; et puis, sa méconnaissance totale des vins espagnols: au point qu'on se demande pourquoi diable Robert Parker n'appointe pas pour chaque pays ou région des gens passionnés par ce pays ou cette région - et même, pourquoi pas, lâchons le mot, des autochtones, des non-Américains.

Ensuite, et c'est au moins aussi interpellant, il y a les appréciations d'Antonio sur les capacités de dégustateur de Pancho Campo, qu'il qualifie carrément de "médiocres".

master of wine,vin,vignoble

The proof of the pudding...

 

Ayant pu déguster à maintes reprises avec Antonio, d'abord dans le cadre d'un concours à Bordeaux, puis dans celui d'un voyage de presse en Toscane, deux occasions où il a démontré sa connaissance des vins du monde, et la précision de son palais (n'a-t-il pas été à l'école de Peñin?), je peux confirmer que ce dernier a le niveau pour en juger. Je lui fais donc confiance a priori.

Ce qui pose une autre question, assez grave, au moins pour ceux qui attachent une importance aux titres et aux formations officielles: comment Pancho Campo peut-il porter le titre de Master of Wine si ses compétences de dégustateur sont aussi peu évidentes?

Si on ajoute la désormais sulfureuse réputation de M. Campo comme homme d'affaires, voila deux bonnes raisons pour le prestigieux Institut de Londres de remettre en cause son appartenance au club si fermé des MW.

Je n'ai évidemment aucune autorité pour trancher le débat et je n'ai jamais rencontré M. Campo - auquel je me dois donc de laisser le bénéfice du doute. J'aimerais tout de même que ce débat ait lieu, non sur la place publique, au café du commerce ou sur des blogs, mais au sein de l'Institute of Masters of Wine.

Or, jusqu'à présent, l'Institut n'a fait aucune communication en la matière, et aucun de ses membres, pas même les plus prestigieux, ne s'est exprimé officiellement, ès qualités, sur le sujet.

Ils devraient pourtant être gênés que l'ombre même d'un doute puisse planer sur la validité de leur diplôme, et l'honorabilité des membres de l'institution.

De deux choses l'une, ou M. Campo a effectivement le niveau requis d'un bon dégustateur et ses activités sont exemptes de toute irrégularité et de tout mensonge - ou bien non. Une enquête diligentée par l'Institut et  menée par les pairs de M. Campo permettrait rapidement de le déterminer. Et rappelons que la propriété du titre reste toujours à l'institut, qui peut le suspendre ou le retirer à sa guise.

A défaut d'une telle démarche, on peut craindre que demain, les deux fameuses lettres "MW" accolées à un nom ne suscitent plus le respect, mais la méfiance.

Plus le temps passe, plus les révélations s'accumulent, et plus je me dis que le cas de M. Campo (qui mérite bien sûr qu'on lui donne l'occasion de se défendre) pose des questions bien plus larges et bien plus fondamentales sur le fonctionnement de notre petit monde de la critique vineuse.

 

 

10:53 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : master of wine, vin, vignoble |

10 décembre 2011

Fallait-il parler de Jay Miller et de Pancho Campo?

Fallait-il dénoncer les méthodes de travail de M. Campo, et indirectement, celles de M.Miller et du Wine Advocate, dans ce qu'on appelle couramment le Jumillagate? A savoir, la vente des visites de M. Miller, évoquée dans plusieurs correspondances entre la société de M. Campo et certaines appellations espagnoles?

Certains commentateurs en doutent. Pour eux, il n'y a pas de délit, c'est juste un problème d'éthique personnelle. Après tout, personne n'obligeait les appellations à payer. Sans compter que les investigateurs agacent: "Et puis, d'abord, qui sont les accusateurs? Des fouille-merde! Des gens qui se prennent pour des saints... A d'autres!"

Une autre catégorie de lecteurs, au départ favorable à une certaine transparence, pense à présent qu'on en fait trop, que l'histoire est close. Qu'il faut passer à autre chose. "Donnez nous des notes de dégustation, des belles photos de vignerons sympas, plutôt!". Et puis, sous-jacente, il y a peut-être une crainte: "Ce n'est pas bon pour le business!".

Ces deux catégories de commentateurs s'expriment à loisir sur les blogs, que ce soit sur Jim's Loire, sur Catavino ou sur Winediarist, par exemple. Et c'est très bien.

J'ai quand même envie de leur répondre que si l'apprentissage de la lecture est obligatoire, la lecture de tel ou tel article de presse, ou de tel ou tel blog, elle, ne l'est pas. Et puis, on peut comprendre que les journalistes qui ont exposé l'affaire aient envie d'aller jusqu'au bout, de donner un maximum d'arguments - après tout, ils sont sous la menace d'actions en diffamation.

De plus, les versions données par M. Campo sur les faits varient beaucoup: un jour, les dégustations étaient liées au Wine Advocate, une autre jour, elles ne l'étaient pas. Ce sont ces revirements qui incitent les enquêteurs à continuer leur travail.

Quoi qu'il en soit, cette discussion montre bien qu'il y a plusieurs types de communication dans le domaine du vin comme dans d'autres, indépendamment du support choisi (presse ou blogs).

L'information, d'une part, qui doit être étayée, vérifiée, retracée.

Le commentaire, de l'autre, qui est libre (dans les limites de la loi).

Sans la première, le second n'existerait pas.

Je trouve donc qu'on ne peut pas reprocher à Vincent Pousson, à Jim Budd et à Harold Heckle de vouloir ne laisser "aucune pierre non retournée", comme dit l'adage anglais. Même si la succession des articles sur un même thème peut lasser (c'est un phénomène qu'on constate également dans l'affaire DSK, par exemple),  je crois que c'est le prix à payer pour une information complète.

Pour rester dans le vin, il me semble que lorsque la parole médiatique est à ce point monopolisée par quelques uns, et va toujours dans le même sens (comme dans le cas des Droits de Plantation), ou que certains problèmes ne sont pas traités par l'autorité compétente (comme dans le cas du concassage au tractopelle d'un terroir protégé, à Gevrey-Chambertin), il est sain que la presse puisse jouer son rôle de contre-pouvoir jusqu'au bout. Que ce soit au travers des blogs ou des supports plus traditionnels.

Par ailleurs, il est bon que les blogs puissent échapper à la dictature de la ligne rédactionnelle, à une stratégie éditoriale; et qu'on puisse donc y publier ce qu'on veut et quand on veut, sans devoir respecter un quelconque équilibre.

Ici même, sur ce blog, je me rends bien compte que certains de mes billets plaisent plus que d'autres, que certaines thématiques lassent plus vite que d'autres, mais c'est la rançon de l'effet "carnet de bord". Chaque jour est un nouveau jour, il n'y a pas de recherche d'une stratégie d'ensemble, à vous de picorer ce qui peut vous intéresser dans ce qui, moi, m'a intéressé, interpellé, fait sourire, fait grincer des dents ou claquer la langue.

07 décembre 2011

Jay Miller "Paid to sip?" se demande le Baltimore Sun

La polémique à propos des dégustations espagnoles de Jay Miller (voit les épisodes précédents) n'est plus seulement l'affaire de quelques "bloggeurs de second rang", comme les qualifiait encore récemment Pancho Campo: elle fait les titres de la presse américaine, et notamment du Baltimore Sun.

ICI

A lire cet article, Jay Miller aurait bel et bien été abusé.

21:31 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, Etats-Unis, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : miller, parler, campo |

05 décembre 2011

Premier cas grave de Parkerson

On savait Robert Parker désireux d'alléger son emploi du temps. C'est la raison pour laquelle, ces derniers mois, il a confié le soin à des collaborateurs de couvrir certaines zones viticoles qu'il s'était jusque là réservées.

Mais voici qu'on apprend que le grand critique américain est atteint d'une affection rare. La Parkerson.

parker,miller,campo

L s myst r s insondabl s du c rv au (photo Sci nc Mus um d  Londr s)

Cette affection, qu'on n'ose encore qualifier de maladie tant sa découverte est récente, se caractérise par une déconnection temporaire et sélective de certains centres nerveux et se traduit donc par une mise en sommeil plus ou moins involontaire des fonctions cognitives de l'intéressé.

C'est ainsi que, malgré ce qu'il appelle lui-même des "recherches approfondies", le sujet Robert n'a rien trouvé à redire au modus operandi des voyages de son bras droit Jay Miller en Espagne.

Les éléments matériels publiés par plusieurs sites internet, copies de correspondances, tarifs, messages émanant de M. Campo (grand chambellan de M. Miller); éléments qui prouvent que les visites de M. Miller étaient monnayées par M. Campo, en contradiction avec les règles édictées par M. Parker... tout ça a été complètement zappé par M. Parker.

Un peu comme quand on saute des lettr s en lisant un mot qu'on croit r connaîtr .

Mais il y a peut-être pire.

Alors que M. Miller vient de lui demander d'être déchargé de sa mission au Wine Advocate (tout en protestant de sa bonne foi), M. Parker le remercie de ses efforts passés en faveur des vins d'Espagne, "région émergente".

A ce stade, les scientifiques s'interrogent. Le diagnostic est posé, mais comment traiter? Faut-il employer la manière forte, les électrochocs, les douches glacées, une cure d'un an chez Caudalie?

Ou carrément isoler le sujet Robert et lui éviter dorénavant toute exposition, même courte, au monde du vin?

Je suggère une troisième piste: l'hypnose.

"Robert, tes paupières sont lourdes. Tu écoutes ma voix; ma voix est tout ce qui compte maintenant. L'Espagne n'est pas une région émergente du vin. Les Romains vantaient la qualité de ses vins plus de 100 ans avant Jésus Christ. Et encore n'étaient-ils que les héritiers des Phéniciens, des Grecs et des Carthaginois. qui y avaient planté des vignes. Aujourd'hui, l'Espagne possède le vignoble le plus étendu au monde. Il y a même un article de loi qui dit que le vin fait partie intégrante de la culture espagnole. Au fait, Robert, l'Espagne n'est pas une région, c'est un pays. Maintanant, tu vas te réveiller dès que je prononcerai la phrase clef: Remember Pancho Campo."

 

 

14:03 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, Etats-Unis | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : parker, miller, campo |

Jumillagate, Murcia Gate... Miller is at the gate

Incroyable: Jay Miller quitte le Wine Advocate pour la consultance... et précise que cela n'a rien à voir avec le Jumillagate. Mais  Robert Parker n'a-t-il pas dit qu'il n'y avait pas de Jumillagate...

C'est à lire ICI sur Dr Vino.

 

12:31 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, Etats-Unis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

02 décembre 2011

Jumillagate, Campogate, Millergate, Parkergate?

Résumé des épisodes précédents, pour les oenophiles qui reviendraient de Mars ou qui vivraient la tête dans le sable…

L’information initiale été révélée sur Facebook par Vincent Pousson le 26 octobre, puis reprise sur le site de Jacques Berthomeau, sous la forme d’une copie de mail. Sur ce mail, l’association des vignerons de la région de Murcia (Asovin) demandait à ses membres de payer une grosse somme d’argent pour accueillir le critique Jay Miller, représentant officiel de Robert Parker en Espagne. Le démarchage n’était pas le fait du critique lui-même, mais d’une société de relations publiques, la Wine Academy of Spain. L’Asovin se chargeait de réunir les fonds auprès des producteurs, sur la base d’une contribution par visite et par échantillon présenté (à la dégustation et au «masterclass»).

Pas de quoi fouetter un chat? Peut-être que si, quand même, comme on va le voir.

L’histoire aurait  fait moins de bruit si M. Parker n’avait déclaré, il y a bien longtemps, que ses collaborateurs comme lui-même n’acceptaient jamais aucune contribution, afin de préserver l’indépendance totale des contingences matérielles qui, selon lui, sied à un critique.

La polémique aurait même pu être étouffée dans l’œuf, car le mail d’Asovin à ses membres était  confidentiel;  diffusé sans l’autorisation de ses auteurs, ceux-ci le jugeaient donc nul et non avenu. Ce qui est un peu facile, tout de même, car dans les faits, les clauses de confidentialité ont une valeur inversément proportionnelle au nombre de gens à qui on les envoie.  

Mais ce petit message "sans existence légale" a provoqué une vague de réactions venues de là où on ne les attendait pas; de producteurs d’autres régions qui avaient refusé les propositions de la Wine Academy of Spain (car le cas de Murcia était loin d’être isolé). Ceux de la DO Madrid, notamment.

Malgré des demandes insistantes et répétées de la part de M. Campo et de ses collaborateurs, qui tentaient d’organiser une visite de Jay Miller dans la DO Madrid à son retour de Navarre, l’été dernier, les responsables de la DO ont décliné cette offre. Cette offre, vous la jugerez alléchante ou indécente  selon ce que vous pensez de la critique viticole. 

Alléchante, si vous considérez que la Wine Academy of Spain était disposée à baisser son prix de moitié (de 40.000 à 20.000 euros). Indécente, si vous considérez que les autres régions ont sans doute payé le prix plein, et surtout (mais je me situe là dans une perspective journalistique quelque peu hors de propos), si vous considérez le simple fait suivant: le refus de la DO Madrid signifie que les vins de la région, non dégustés, non visités, risquent bien de ne pas figurer à la place qu’ils méritent dans le prochain guide que Parker prépare sur les vins d’Espagne.

Des preuves de tout ce qui vient d’être dit existent, elles ont été publiées sur plusieurs sites espagnols ou britanniques.

En voici quelques uns: ICI, ICI et ICI

Et maintenant, passons aux réactions des intéressés. Quand ils daignent en faire connaître.

Malgré tout ce qui a été mis sur la place publique, Robert Parker, interpellé à ce sujet par ses lecteurs, affirme qu’il a mené sa propre enquête et que rien n’en est sorti, qu’il s’agit de rumeurs infondées. Il dit même qu’il laisse aux services juridiques de M. Campo le soin de réagir.

Pourtant, à mon sens, ce n’est pas M. Campo qui est en cause. Le système qu’il a mis en place n’a rien d’illégal, chacun est libre d’accepter ou de refuser les propositions de la Wine Academy of Spain, M. Campo joue son rôle d’impresario, un point c’est tout.

Le vrai problème, c’est plutôt que M. Jay Miller se prête à cette exploitation de son image (et de celle du Wine Advocate). Et que nolens volens, M. Parker accepte que la ligne de conduite qu’il a fixée au Wine Advocate soit transgressée.

Ce qui a commencé sous le nom de Jumillagate, puis de Murciagate, n’a pas à devenir le Campogate. Mais cela risque bien de devenir le Parkergate si M. Parker refuse de se justifier.

Je ne le souhaite pas. D’abord, parce que je n’ai aucune raison de ne pas faire confiance à M. Parker, a priori.

Mais aussi et surtout parce que je pense que cette affaire risque de décrédibiliser l’ensemble de la critique vineuse, qui ne le mérite pas. Non, nous ne sommes pas à vendre!

J’ai lu les réactions de certains confrères. Notamment celle de Michel Bettane, de retour de la conférence Wine Future de Hong Kong, organisée par M. Campo. Le grand critique français dit que les producteurs qui voudraient acheter des critiques sont des idiots. Je ne lui donne pas tort. Mais je trouve qu’il botte en touche, sur ce coup là.  Car les producteurs n’achètent que ce qui est à vendre, que ce qu’on leur propose.

En l’occurrence, ce que M. Campo propose, un «all-included  package» avec dégustation, visite de M. Miller et même, conférence. M. Campo semble d’ailleurs y puiser un argument pour dire que les dégustations sont libres, que seules les conférences sont payantes.

Cela est contredit par les documents publiés par les vignerons concernés.

Comme cet email de Pancho Campo lui-même, envoyé à la DO Madrid en date du 4 juin, à 15h30:

“Des visites privées qui ne sont pas à l’agenda prévu, comme celle-ci, sont très rares, et pas à un prix inférieur à 40.000 euros. Le fait que Jay ait accepté de rester deux jours de plus, et pour la moitié du prix habituel, est un miracle et une opportunité que Madrid aura du mal à avoir à nouveau”.

Mais surtout, c’est loufoque: qui à Madrid, à Murcia ou ailleurs, irait payer 40.000 ou même 20.000 euros juste pour écouter M. Miller? Et de quoi parlerait-il ? Vous expliquerait-il comment faire votre vin? Comment le vendre? Parlerait-il philosophie ou politique? Vous donnerait-il sa recette de l'apfelstrudel?

Non, il va de soi que le seul intérêt dans la location à la journée de M. Miller, pour une DO et pour ses producteurs, c’est que leurs vins puissent être notés et commentés, si possible avantageusement, dans le Wine Advocate et son guide.

Le reste, c’est du pipeau.

J’ai longtemps hésité à évoquer à nouveau de cette histoire, et je ne l’aurais peut-être pas fait si à plusieurs reprises, je n’avais senti la réticence de certains interlocuteurs d’en parler et surtout, d’en publier quelque chose.

Il y a d’abord ceux – les éditeurs, principalement - qui pensent que ce n’est pas leur rôle que d’accabler un concurrent, que le lecteur pourrait penser qu’il s’agit d’un règlement de compte. Ou qui se disent que le râteau pourrait bien leur revenir à la figure.

Il y a aussi ceux – les «confrères», surtout – qui pensent que c’est trop facile de vouloir jouer les Monsieur Propre, que c’est cracher dans la soupe.

Je crois qu’ils ont tort.

Personne n’a obligé M. Parker à fixer des règles de déontologie aussi draconiennes pour son Wine Advocate. Surtout quand elles semblent mettre en doute la moralité des autres critiques, moi le premier, puisque j’accepte des billets d’avion ou de train, et des chambres d’hôtel quand je me déplace dans le vignoble. Je vous rassure, je n’ai pas des goûts de luxe, et je ne mesure pas mes notes à la hauteur des plafonds ou à l’abondance du petit-déjeuner.

Aussi, si M. Parker permet qu’on transgresse ces règles, si lui ou un membre de son équipe ne se comporte pas de la façon dont il pense que les vrais critiques doivent se comporter, alors il est normal qu’on lui demande de s’expliquer.

Ce n’est pas déblatérer, c’est seulement faire preuve d’un peu de sens journalistique.

Ce sens journalistique, je ne l'invoque pas à titre personnel: cette enquête, ce n’est pas moi qui l’ai menée mais mes collègues Vincent Pousson, Jim Budd et Harold Heckle.

Je trouve que ces trois-là ont fait honneur à notre profession, si souvent taxée de compromissions, de laxisme. J’aimerais qu’on fasse montre de plus de solidarité à leur encontre dans la presse spécialisée. Qu’on ne balaie pas leurs efforts d’un revers de la main, comme s’il s’agissait de ragots, mais qu’on examine plus sérieusement le pourquoi et le comment, qu’on s’interroge aussi sur les raisons pour lesquelles ni Parker, ni Miller, ni Campo, ne se donnent la peine de répondre à des questions simples et factuelles, et se bornent à évoquer l’éventualité de poursuites en diffamation.

Quelle diffamation, à propos? Je le répète, il n’y a rien d’illégal dans tout ce qui est invoqué, c’est juste un problème entre M. Parker et son éthique personnelle.

Je lui souhaite de le régler rapidement, pour pouvoir passer à autre chose, pour pouvoir moi-même continuer à pratiquer mon métier la tête haute et même, à en vivre.


PS. Le "deal" a bel et bien été signé entre la Wine Academy of Spain et Jumilla, Jay Miller est bien venu, on en parle ICI.  La réaction d'un lecteur (anonyme) de ce dernier site est édifiante: "y cuanto nos cuesta que traigan a este hombre porque de gratis no viene" (Et combien ça nous coûte qu'on fasse venir ce type, car il ne vient pas gratuitement).

26 novembre 2011

La Buena Vida, la bonne adresse

Quand on parle de vins, on parle souvent des producteurs, et c'est normal. Parfois aussi, des oenologues, des consultants ou même des chroniqueurs, des gourous du vin.

Il y a pourtant une autre catégorie de gens très importants dans la diffusion du vin; et idéalement, du bon vin. Ce sont les importateurs. Qu'ils soient agents de marques ou vrais importateurs, qu'ils achètent et revendent le vin ou qu'ils touchent des commissions.

Pour les consommateurs des pays non producteurs, ils sont les intermédiaires indispensables, les passages obligés. Que le producteur choisisse le mauvais importateur, et son vin, aussi intéressant soit-il, peinera à trouver son public. Dans bien des cas, même, le producteur se découragera et abandonnera ses efforts, déduisant que le pays en question n'est pas intéressé.

En Belgique, par exemple, cela nous vaut de ne connaître qu'une petite partie de l'offre de vins sud-africains. Aussi, quand j'entends mes confrères belges me dire qu'ils n'ont jamais rien bu de vraiment bon qui provienne de ce pays, je trouve dommage qu'ils doivent se faire une idée sur la foi d'une sélection incomplète.

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Au Mas d'en Gil, dans le Priorat (Photo H. Lalau)

Il y a des contre-exemples, bien sûr. Certains importateurs sont des passionnés au moins autant que des vendeurs, ils tiennent à proposer l'offre la plus pointue et la plus large possible.

C'est dans cette catégorie que je range Wim Vanleuven, de La Buena Vida.

Comme son nom l'indique, il est Flamand. Comme le nom de son entreprise l'indique, il est spécialisé en vins espagnols.

Et quand je dis spécialisé, je devrais plutôt dire "hanté". Son offre, c'est sa promesse: proposer le meilleur de l'Espagne. Vaste programme, mais qu'il parvient à tenir.

Voyez plutôt ICI

Son site, ce n'est pas seulement un catalogue, c'est une petite encyclopédie du vin espagnol...

Je ne sais pas ce qui est le plus remarquable chez lui. Qu'il parvienne à attirer les grands noms, les Vega Sicilia, les Toro Albala, les Raul Pérez, les Pingus, les Mas d'en Gil, les Palacios, les Albet i Noia, les Pazo de Senorans, les Vina Mein, les Gramona, les Valdueza..., tous ces noms qu'on retrouve année après année dans les guides ou dans les magazines (et même sur ce blog, parfois, car  j'en ai visité plusieurs). Ou bien qu'il mette son point d'honneur à proposer les étoiles montantes de toutes les dénominations qui peinent à sortir de l'anonymat, de Valdeorras à El Hierro en passant par Mentrida, Terrerazo ou Mallorca...

En plus, et ce n'est pas pour me déplaire, il a la fibre écologique - la plupart des domaines qu'il représente sont bio, biodynamiques ou sympathisants.

La semaine dernière, chez In Vino Veritas, nous avons pu apprécier quelques unes de ses dernières trouvailles; le superbe PX Cream de Toro Albala, qui pourrait inspirer un commentaire long comme un jour sans vin. Artazu, aussi, dont nous n'avons finalement pas retenu l'Artazuri - et ce n'est pas faute de l'avoir défendu! Peut-on vraiment reprocher à un vin d'être trop séducteur? 

Pour en revenir à Wim et à la Buena Vida, ils illustrent parfaitement mon propos: le vin, c'est d'abord une affaire d'hommes et de femmes. Pour que la rencontre se fasse entre un vin et son consommateur, il faut d'abord qu'une autre rencontre ait lieu, celle entre le producteur et son  ambassadeur. Celui qui devra en porter les couleurs sur son marché. Traduire le message pour des consommateurs qui ne partagent ni la langue de l'élaborateur, ni son style de vie, ni ses habitudes alimentaires, mais qui n'en sont pas moins, on l'espère, ouverts à la découverte.

Tant qu'il y aura des gens comme Wim, je ne me fais pas trop de soucis pour cette découverte et pour l'avenir des beaux vins dans ce pays.

Chronique libre de toute publicité - ça vient du coeur, pas du portefeuille!

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Espagne | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |

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