27 décembre 2011

IGP Méditerranée... tu parles!

Je n'en finirai donc jamais de relever les incongruités, les fadaises, les carabistouilles des dénominations françaises.

Cette fois, cela ne concerne pas les AOC - laissons les se reposer un peu, le temps d'absorber les anciens VDQS. Non, cette fois, il s'agit des IGP.

climats.jpg

Petit rappel climatologique à l'attention des marketteers trop zélés

Et plus précisément, de l'IGP Méditerranée. Vaste territoire. Rassurez vous, pour l'exercice, on l'a limité à la France - les régions bordant la Grande Bleue mais ne relevant pas de l'administration française que le monde nous envie ne comptent pas.

En fin de compte, c'est peut-être mieux, car rien qu'en France, cet IGP taille déjà XXL.

Il y a d'abord tous les départements de Provence: Vaucluse, Bouches‐du‐Rhône, Var, Hautes‐Alpes, Alpes Maritimes et Alpes de Haute Provence.

Mais il y a aussi cinq départements de la Région Rhône Alpes. Pour la Drôme et l'Ardèche, on veut bien admettre l'influence méditerranéenne. Mais pour l'Isère, le Rhône, et la Loire, alors là, c'est du grand n'importe quoi! Concrètement, un producteur de Beaujolais ou de Côtes Roannaises peut donc produire de l'IGP Méditerranée...

Et vous savez le plus drôle: la Méditerranée, au sens IGP, ne comprend ni le Languedoc-Roussillon (ils préfèrent le Vin de Pays d'Oc) ni la Corse (une île cernée par quelle mer, déjà?).

Pourquoi ce laxisme d'un côté (au Nord) et cet ostracisme de l'autre (à l'Ouest et au Sud-Est)?

C'est une question de "bassins", une question d'interprofessions, une question de clochers. Et moi qui pensais que les IGP devaient faciliter les choses pour les producteurs et pour les consommateurs...

Passe encore que les producteurs fassent des petits arrangements entre amis avec la géographie et le climat - ils voient Midi à leur porte, et la Méditerranée où ça leur plaît.

Mais qu'il n'y ait pas eu un responsable de l'INAO, un fonctionnaire français ou européen pour rappeler à l'ordre et à la logique ce petit monde qui prend ses désirs pour des réalités, ça me dépasse.

Et dire que dans le même temps, on interdit le 100% carignan dans le Roussillon, on tractopelle un premier cru de Gevrey en toute impunité, on discute du sexe des Angevins chez Olivier Cousin...

Tiens, je ferais bien une pétition pour réclamer le retour de la Méditerranée... en Méditerranée, pour que les mots retrouvent leur sens, et pas celui que leur donnent des marketeers à la petite semaine; mais à quoi bon!

Le système est si bien verrouillé que ce n'est pas un petit journaleux de merde, un indigné en caoutchouc, qui va refaire les décrets et les dénominations, même fantaisistes!

 

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Corse, Languedoc, Midi, Provence, Roussillon | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note |

10 novembre 2011

Small is beautiful: le muscat Casa Angeli

C’est le plus petit domaine corse, moins d’un hectare en coteau mélangeant schistes et argiles, à Stoppione, sur la commune de Tomino. C'est la Casa Angeli. Pour ceux qui se passent encore de GPS, c’est sur la route qui serpente de Campiano à la côte orientale du Cap. Ici, on ne fait que du Muscat. Du Cap Corse, bien sûr. La production est limitée: quinze hectos les bonnes années…
Trois générations, Antoine, Daniel et Antoine vivent de ce petit coin du bout Cap. La Casa Angeli élabore également d’excellentes liqueurs.

Mais voici donc le Muscat du Cap Corse de la maison.

casa angeli etiq.jpg

"Un Casa? Oui, mais Angeli!"


Zeste d’oranges amères, cédrat confit, une petite note de menthe et de mirte qui rafraîchit la bouche, c’est onctueux, mais non pâteux, c'es presque délicat sous le sucre. A l'image du Cap Corse, c'est très beau, mais plutôt sauvage.

L'étiquette est délicieusement surannée; à la voir,  à boire le produit dans la bouteille, et surtout, à embrasser le maquis du regard, on se dit qu'il est bon que certaines choses ne changent pas trop...

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Corse, France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

28 octobre 2011

Corse: Skalli revend le Clos Poggiale

Skalli vient de vendre sa filiale Terra Vecchia, le holding du Clos Poggiale, au vigneron corse Jean-François Renucci, qui, en dehors de ses activités personnelles, est aussi président de de l’Union des Vignerons de l’Ile de Beauté (UVIB). C'est d'ailleurs la force commerciale de cette coopérative qui aura désormais la charge de vendre les vins de Poggiale.

corse,poggiale

La côte orientale vue de la corniche de la Castaniccia

Le Clos Poggiale, qui se situe sur la Côte Orientale de l'île, était dans les mains de la famille Skalli depuis les années 1960, époque de l'arrivée massive des rapatriés d'Algérie dans la zone, qu'ils n'ont pas peu contribuée à mettre en valeur.

Jusqu'à présent, ses vins ne m'ont guère enthousiasmé.

00:03 Écrit par Hervé Lalau dans Corse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : corse, poggiale, skalli |

30 septembre 2011

69.970 exploitations viticoles en France

C'est officiel, ce sont les chiffres du recensement agricole 2010: la France compte 69.970 exploitations spécialisées en viticulture, totalisant une superficie de 789.000 ha. En 2005, elles étaient 77.660 et en 2000, 92.000. La baisse est donc de 24 % en 10 ans.

Les grandes et moyennes exploitations (celles dont le chiffre d'affaires est supérieur à 25000 euros par an) ont plutôt mieux résisté à l'érosion, puisqu'elles sont passées de 55.000 unités en 2000 à 47.000 en 2010, soit une baisse de 15%.

Deux petits commentaires de mon cru:

1° Moins de 25.000 euros par an, c'est bien peu pour faire vivre une famille. Il y a bien sûr des entreprises qui ne font pas que de la viticulture, mais tout de même, cela pose la question de la viabilité.

2° La surface moyenne de l'exploitation française est de 11 hectares. Ca peut être suffisant pour vivre dans les grands crus de Bourgogne ou de Bordeaux (il faut cependant tenir compte des impôts fonciers), mais c'est notoirement insuffisant pour les régions à faible notoriété.

Deux pistes diamétralement opposées s'offrent à ces petits exploitants défavorisés: d'un côté, la valorisation (le bio, la biodynamie, les efforts qualitatifs qui permettent de sortir du lot et de vendre plus cher); de l'autre, l'abaissement des coûts de revient par l'augmentation des rendements et la mécanisation, notamment.

La première me semble promise a plus d'avenir, compte tenu des charges qui pèsent sur l'entreprise en France, et que ne connaissent pas les pays concurrents. Ces charges pèsent encore plus lourd quand on vend à bas prix.

J'oubliais deux autres "solutions", mais qui ne permettent pas de pérenniser l'exploitation: l'arrachage des vignes et la revente à des structures plus grandes. Ce sont ces deux dernières pistes qui expliquent l'évolution enregistrée par le recensement.

 

21 septembre 2011

Vendanges 2011: l'année de la pourriture?

Je ne parle pas de la pourriture noble, celle que le Sauternais appelle de ses voeux (enfin, les vignerons les plus traditionnels, ceux qui ne cryogénisent pas). Non, je pense à la pourriture grise, à celle qu'un été pourri - c'est le cas de le dire - a laissé se développer un peu partout en France. Même dans le Sud (à part le Roussillon et la Corse, peut-être).

pourriture grise botrytis2.jpgPourri de chez pourri

 

Les sauvignons, à Bordeaux, sont particulièrement touchés. De même que les pinots et le chardonnay de Champagne  - c'est Francis Boulard qui nous le dit. Les sauvignons de Touraine et du Sancerrois ne sont pas épargnés:  les élèves du Lycée agricole de Cosne parlent d'un état sanitaire moyen (bel euphémisme). Les cabernets francs de Bourgueil et de chinon ne sont pas mieux lotis.

Et les chenins du Saumurois ou du Layon ont parfois grise mine. De même que les Gamay du Beaujolais ou les blancs d'Alsace.

Ici ou là, on nous dit que les foyers sont contenus. Pardonnez ma naïveté: je pensais qu'on ne pouvait plus traiter les vignes aussi près de la récolte... et il pleut toujours, après quelques épisodes de canicule, tout ce que le botrytis aime bien...

Tout ceci a incité plus d'un vigneron à avancer les vendanges sur les cépages les plus touchés. En Champagne, par exemple. Bonjour les maturités! Bonjour la qualité, aussi: vert et pourri à la fois, il faudra de bons oenologues pour gommer ça. A Bordeaux aussi, il y a des cagettes qui font peur. Même Madame Osmose ne devrait pas suffire à rendre ça "vinifiable"...

La meilleure solution (mais aussi la plus coûteuse, sans doute), c'est plutôt la table de tri. Elle n'est malheureusement pas obligatoire. On frémit à l'idée que certains raisins non triés pourraient finir en AOC... Espérons que le contrôle qualité aval fonctionne...

Seuls endroits vraiment épargnés, pour l'instant: les services communication des interprofessions. Là, on ne trouve aucune trace de pourriture - ou alors, sous contrôle, totalement sous contrôle.

Laissons leur quelques jours encore, et on aura droit aux fadaises habituelles d'après vendange: "millésime classique", "millésime de vigneron"... peut-être même, par endroits, "exceptionnel."  L'effet terroir, les micro-climats, sans doute...

Le marketing viticole, c'est un peu la vie rêvée des bisounours. On y applique volontiers la méthode Coué: "Vous ne dites pas que c'est pourri, donc ce n'est pas pourri." Et à la dégustation? "N'anticipons pas, il sera toujours temps d'en parler à ce moment-là. Quand tu vends ta voiture, dans les petites annonces, tu n'es pas obligé de dire que les pneues sont déjà presque lisses."

Pourtant, à mon sens, toute vérité est bonne à dire. Les Français ont encore à l'esprit la pluie des derniers mois, ils auraient du mal à avaler de nouveaux communiqués de victoire! Pour être crédible quand c'est vraiment bon, il faut pouvoir dire quand c'est moins bien.

Amis vignerons, si je caricature, si c'est mieux chez vous, tant mieux, et n'hésitez pas à me le faire savoir!

14 septembre 2011

Pour en finir avec la guidite chronique

Vous ne concevez pas de vivre la rentrée sans le dernier Goncourt, ni sans un bon guide d'achat des vins?

Ne vous inquiétez pas. C'est moins grave que la maladie de Jacques Chirac. Et surtout, c'est beaucoup plus répandu, alors les labos investissent; ils vont bien finir par trouver un traitement.

En attendant, vous pouvez au moins éviter d'acheter le mauvais guide. Vous n'avez qu'à aller sur le site du Vindicateur. Il fait un tri.

C'est ICI et j'adore.

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Juste un petit commentaire.

Le taulier du site, Antonin Iommi-Amunategui, se pose la question de sa légitimité de commentateur.

Ne te la pose plus, Antonin! Est-ce que les éditeurs et les auteurs de ces guides se la posent? Et qui osera me dire qu'il n'a jamais été déçu par une sélection du Guide Hachette, du Bettane et Desseauve ou du Guide de la RVF?

Allons, tout ce qui est humain est faillible et plein d'irrationnel.

Alors continue, Antonin. Même si ça ne fait pas vendre un guide de moins, vu qu'ils sont posés près des caisses de grand crus au Coraffour, au Pasclerc, à l'Interfâché ou au Minus Casimmo, cette semaine, ton oeuvre aura au moins fait un heureux: moi.

Grâce à toi, j'ai trouvé le courage de ne pas en acheter. Même si je n'en dégoûte pas les autres. C'est qu'il y a du boulot, derrière tout ça! Et de l'argent, aussi.

A Sierre, il y a quelques jours, j'ai reçu le Guide Vinea des Vins Suisses. Ca me suffit pour le moment.

En plus, c'est très économique: comme les vins qui y sont mis en avant ne sont pas vendus chez moi, je ne suis pas tenté d'acheter!

Mais tout à coup, j'ai comme un doute.

Et si tout ça n'était qu'une vaste supercherie, une sorte de Matrix du vin? Les guides commenteraient (très bien) des vins qui n'existeraient pas (un peu comme pour les Primeurs), et nous on commenterait les commentaires.

Ah, au fait, pour le Goncourt, je ne peux rien faire. C'est à vous de voir.

29 août 2011

La Quintessence du Clos Teddi

Marie Brigitte Poli exploite le domaine Teddi, à Casta. C'est dans l'appellation Patrimonio, bien qu'un peu excentré, sur le côté qui touche au désert. Non, pas le désert de Gobi, celui des Agriates, entre Saint Florent et Calvi.

Cette charmante jeune femme élabore des vins très inspirés, avec un côté "pointu", dans les blancs, surtout. J'ai adoré sa Grande Cuvée de Vermentinu 2010, mangue, pêche blanche, frangipane et une touche de bois très légère qui souligne mais ne masque pas.

Et puis, il y a son Objet Vineux Non Identifié, sa Cuvée Quintessence, un Vermentinu également, mais vendange tardive. Un Vin de Pays de l'ile de Beauté sans année - la réglementation des AOC déteste les OVNI, les trucs qui sortent du rang. Qu'importe, moi je retiens le mot "beauté".

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Marie-Brigitte Poli et sa Quintessence (photo H. Lalau)


Mais quelle que soit sa classification, voici un vin très intéressant, sa richesse au nez, ses notes d'amer et de rôti sont époustoufflantes, et malgré ça, le vin est plein de légèreté, de grâce en bouche, ni trop d'alcool ni trop de sucre, oui, vraiment, un vin venu d'ailleurs.

Bravo, Marie-Brigitte, et n'hésitez pas à en refaire... quand vous aurez vendu ces bouteilles que personne n'attendait...

00:10 Écrit par Hervé Lalau dans Corse | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : corse, clos teddi, vermentinu |

27 août 2011

Domaine Leccia, un ange passe

Au Domaine Leccia, à Patrimonio, j'ai dégusté un vin qui m'a fait forte impression. Il s'agit de la cuvée Petra Bianca 2008, un vin issu de coteaux calcaires.

J'ai aimé son nez épicé, clou de girofle, maquis, menthol, j'ai apprécié sa plénitude et son croquant en bouche, et j'ai adoré sa texture, son grain. L'extraction est bien maîtrisée (3 semaines de macération), ni trop ni trop peu, ce qui est important avec ce coquin de Niellucciu. C'est un vin bien tendu, aussi, avec beaucoup d'éclat. Très beau potentiel, aussi. Bref, je vous le recommande.  

corse, lecciaA Patrimonio, bien sûr

Je l'ai dégusté, puis bu à table, dans son écrin, au milieu des vignes qui font comme une marquetterie au pied des grandes arètes calcaires. Et je vous souhaite de retrouver en le sirotant, par la pensée, cette impression fugace qui m'a traversé, celle d'un ange qui passe, d'un monde perdu, d'un coin de nature en dehors du temps.

Je vous ai donné le nom du vin, mais pour l'imagination, c'est à vous de jouer.

11:05 Écrit par Hervé Lalau dans Corse | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : corse, leccia |

27 juillet 2011

En parlant de rosé... Mas de Cadenet 2010

J'ai beaucoup apprécié mon passage à Patrimonio, surtout pour les blancs et les rouges, un peu moins pour les rosés, que j'ai trouvés un peu légers, pour la plupart. Le genre de rosé à boire en terrasse, vite et frais. Et à oublier presque aussi vite. De l'esprit, mais pas beaucoup de matière.

provence,rosé,vin,vignobleUn rosé structuré (Photo H. Lalau)

 

Aussi, quand à mon retour, j'ai dégusté le Mas de Cadenet 2010, ce fut comme la victoire de la matière. La Sainte Victoire, même, puisque c'est un Côte de Provence de ce terroir. Calcaire et terres rouges. Pas si différents des sols de Patrimonio, mais les cépages n'on rien à voir; ici, pas de niellucciu mais du grenache et du cinsaut, complétés de syrah (20%).  et puis pour le rosé, la Provence, quoi qu'on en dise (et je ne suis pas forcément le plus grand fan), ça reste une référence.

Mais foin des états d'âme, voici mes notes:

Joli robe. Limpide, mais pas évanescente. Une vraie couleur de rosé, pas de blanc taché. Le nez est très fin, sur la cerise, l'abricot, la poire (un vrai panier de fruits), avec une pointe de fumée; belle structure en bouche, beaucoup de tension aussi, long sur l'acidité. Un vin d'amateur. Séduisant mais complexe. A apprécier aussi bien seul qu'au long d'un repas - les viandes blanches, les fruits de mer, les fruits, tout lui va, un rien l'habillera de saveurs. Ou bien c'est lui qui habillera les plats.

Le domaine, situé entre Trest et Rousset, à l'Est d'Aix en Provence, se visite; le site à lui seul vaut déjà le détour, comme l'avait bien compris Cézanne.

Plus d'info: Mas de Cadenet (Famille Négrel); +33 4 42 29 21 59

00:07 Écrit par Hervé Lalau dans Corse, Provence | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : provence, rosé, vin, vignoble |

25 juillet 2011

Facile à produire, le rosé?

Dans le dernier numéro de la Revue du Vin de France, Philippe Maurange affirme, à propos des vins rosés 2010 de Provence et de Corse: "Le rosé est un vin facile à produire et rémunérateur".

Voila deux adjectifs fort discutables, à mon humble avis.

Et vous, amis producteurs de rosé, qu'en pensez-vous?

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Corse, France, Provence | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note |

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