20 décembre 2011

Kim Jong Il, bienfaiteur du Cognac, est mort

Vous savez qu'il y a des gens qui regrettent déjà Kim Jong Il, récemment rappelé au paradis communiste qui n'existe pas?

Je ne parle pas des généraux séniles qui lui faisaient office de cour. Ni aux enfants élevés dans son culte. Ni à son peuple éploré versant des larmes de crocodiles et se serrant la ceinture d'un cran supplémentaire.

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Le Soleil de Ricard? Non, celui de Martell et d'Hennessy

Non, je veux parler des producteurs de Cognac, et notamment  de Mah-tel et de He-Ne-Ssy  - pardon, de Martell et d'Hennessy, auxquels, selon le Washington Post, il achetait jusqu'à 800.000 dollars du noble alcool charentais... par an. Sans doute pas du trois étoiles ni du VSOP. Minimum XO, je dirais.

Pas en direct, non, car le pays étant totalement fermé aux produits décadents du monde capitaliste, ces alcools de prix devaient passer en toute discrétion par la Chine, à moins que ce soit par les valises diplomatiques.

L'exemple vient d'en haut, même dans les pays totalitairement égalitaires.

La cave du Guide de la Révolution nord-coréen ne contiendrait pas moins de 10.000 bouteilles de grands vins.

Je le subodorais sans pouvoir le prouver, maintenant c'est fait: ce n'est pas parce qu'on se paie des grands crus qu'on est forcément un type sympathique.

23:01 Écrit par Hervé Lalau dans Charentes, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : kim yong il, cognac, vin, vignoble, alcool |

30 septembre 2011

69.970 exploitations viticoles en France

C'est officiel, ce sont les chiffres du recensement agricole 2010: la France compte 69.970 exploitations spécialisées en viticulture, totalisant une superficie de 789.000 ha. En 2005, elles étaient 77.660 et en 2000, 92.000. La baisse est donc de 24 % en 10 ans.

Les grandes et moyennes exploitations (celles dont le chiffre d'affaires est supérieur à 25000 euros par an) ont plutôt mieux résisté à l'érosion, puisqu'elles sont passées de 55.000 unités en 2000 à 47.000 en 2010, soit une baisse de 15%.

Deux petits commentaires de mon cru:

1° Moins de 25.000 euros par an, c'est bien peu pour faire vivre une famille. Il y a bien sûr des entreprises qui ne font pas que de la viticulture, mais tout de même, cela pose la question de la viabilité.

2° La surface moyenne de l'exploitation française est de 11 hectares. Ca peut être suffisant pour vivre dans les grands crus de Bourgogne ou de Bordeaux (il faut cependant tenir compte des impôts fonciers), mais c'est notoirement insuffisant pour les régions à faible notoriété.

Deux pistes diamétralement opposées s'offrent à ces petits exploitants défavorisés: d'un côté, la valorisation (le bio, la biodynamie, les efforts qualitatifs qui permettent de sortir du lot et de vendre plus cher); de l'autre, l'abaissement des coûts de revient par l'augmentation des rendements et la mécanisation, notamment.

La première me semble promise a plus d'avenir, compte tenu des charges qui pèsent sur l'entreprise en France, et que ne connaissent pas les pays concurrents. Ces charges pèsent encore plus lourd quand on vend à bas prix.

J'oubliais deux autres "solutions", mais qui ne permettent pas de pérenniser l'exploitation: l'arrachage des vignes et la revente à des structures plus grandes. Ce sont ces deux dernières pistes qui expliquent l'évolution enregistrée par le recensement.

 

21 septembre 2011

Vendanges 2011: l'année de la pourriture?

Je ne parle pas de la pourriture noble, celle que le Sauternais appelle de ses voeux (enfin, les vignerons les plus traditionnels, ceux qui ne cryogénisent pas). Non, je pense à la pourriture grise, à celle qu'un été pourri - c'est le cas de le dire - a laissé se développer un peu partout en France. Même dans le Sud (à part le Roussillon et la Corse, peut-être).

pourriture grise botrytis2.jpgPourri de chez pourri

 

Les sauvignons, à Bordeaux, sont particulièrement touchés. De même que les pinots et le chardonnay de Champagne  - c'est Francis Boulard qui nous le dit. Les sauvignons de Touraine et du Sancerrois ne sont pas épargnés:  les élèves du Lycée agricole de Cosne parlent d'un état sanitaire moyen (bel euphémisme). Les cabernets francs de Bourgueil et de chinon ne sont pas mieux lotis.

Et les chenins du Saumurois ou du Layon ont parfois grise mine. De même que les Gamay du Beaujolais ou les blancs d'Alsace.

Ici ou là, on nous dit que les foyers sont contenus. Pardonnez ma naïveté: je pensais qu'on ne pouvait plus traiter les vignes aussi près de la récolte... et il pleut toujours, après quelques épisodes de canicule, tout ce que le botrytis aime bien...

Tout ceci a incité plus d'un vigneron à avancer les vendanges sur les cépages les plus touchés. En Champagne, par exemple. Bonjour les maturités! Bonjour la qualité, aussi: vert et pourri à la fois, il faudra de bons oenologues pour gommer ça. A Bordeaux aussi, il y a des cagettes qui font peur. Même Madame Osmose ne devrait pas suffire à rendre ça "vinifiable"...

La meilleure solution (mais aussi la plus coûteuse, sans doute), c'est plutôt la table de tri. Elle n'est malheureusement pas obligatoire. On frémit à l'idée que certains raisins non triés pourraient finir en AOC... Espérons que le contrôle qualité aval fonctionne...

Seuls endroits vraiment épargnés, pour l'instant: les services communication des interprofessions. Là, on ne trouve aucune trace de pourriture - ou alors, sous contrôle, totalement sous contrôle.

Laissons leur quelques jours encore, et on aura droit aux fadaises habituelles d'après vendange: "millésime classique", "millésime de vigneron"... peut-être même, par endroits, "exceptionnel."  L'effet terroir, les micro-climats, sans doute...

Le marketing viticole, c'est un peu la vie rêvée des bisounours. On y applique volontiers la méthode Coué: "Vous ne dites pas que c'est pourri, donc ce n'est pas pourri." Et à la dégustation? "N'anticipons pas, il sera toujours temps d'en parler à ce moment-là. Quand tu vends ta voiture, dans les petites annonces, tu n'es pas obligé de dire que les pneues sont déjà presque lisses."

Pourtant, à mon sens, toute vérité est bonne à dire. Les Français ont encore à l'esprit la pluie des derniers mois, ils auraient du mal à avaler de nouveaux communiqués de victoire! Pour être crédible quand c'est vraiment bon, il faut pouvoir dire quand c'est moins bien.

Amis vignerons, si je caricature, si c'est mieux chez vous, tant mieux, et n'hésitez pas à me le faire savoir!

14 septembre 2011

Pour en finir avec la guidite chronique

Vous ne concevez pas de vivre la rentrée sans le dernier Goncourt, ni sans un bon guide d'achat des vins?

Ne vous inquiétez pas. C'est moins grave que la maladie de Jacques Chirac. Et surtout, c'est beaucoup plus répandu, alors les labos investissent; ils vont bien finir par trouver un traitement.

En attendant, vous pouvez au moins éviter d'acheter le mauvais guide. Vous n'avez qu'à aller sur le site du Vindicateur. Il fait un tri.

C'est ICI et j'adore.

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Juste un petit commentaire.

Le taulier du site, Antonin Iommi-Amunategui, se pose la question de sa légitimité de commentateur.

Ne te la pose plus, Antonin! Est-ce que les éditeurs et les auteurs de ces guides se la posent? Et qui osera me dire qu'il n'a jamais été déçu par une sélection du Guide Hachette, du Bettane et Desseauve ou du Guide de la RVF?

Allons, tout ce qui est humain est faillible et plein d'irrationnel.

Alors continue, Antonin. Même si ça ne fait pas vendre un guide de moins, vu qu'ils sont posés près des caisses de grand crus au Coraffour, au Pasclerc, à l'Interfâché ou au Minus Casimmo, cette semaine, ton oeuvre aura au moins fait un heureux: moi.

Grâce à toi, j'ai trouvé le courage de ne pas en acheter. Même si je n'en dégoûte pas les autres. C'est qu'il y a du boulot, derrière tout ça! Et de l'argent, aussi.

A Sierre, il y a quelques jours, j'ai reçu le Guide Vinea des Vins Suisses. Ca me suffit pour le moment.

En plus, c'est très économique: comme les vins qui y sont mis en avant ne sont pas vendus chez moi, je ne suis pas tenté d'acheter!

Mais tout à coup, j'ai comme un doute.

Et si tout ça n'était qu'une vaste supercherie, une sorte de Matrix du vin? Les guides commenteraient (très bien) des vins qui n'existeraient pas (un peu comme pour les Primeurs), et nous on commenterait les commentaires.

Ah, au fait, pour le Goncourt, je ne peux rien faire. C'est à vous de voir.

09 septembre 2011

Ou l'on reparle de François Lurton (et de ses vins)

La cène se passe hier à Hal, aux Eleveurs. Oui, j'ai bien écrit la cène, parce qu'on a bien mangé. Avec Sofie en cuisine et Andy en salle, c'est la bonne adresse.

Entre deux avions, entre deux vendanges, François Lurton venait présenter en Belgique une sélection de ses vins.

IMG_8013.JPGFrançois Lurton

C'est qu'il en a, des vins, dans sa hotte: 70, pour être précis. Et des heures de vols aussi, puisqu'il passe sa vie entre Bordeaux, le berceau familial, et ces vignobles d'Argentine, du Chili, d'Espagne, et du Portugal. Sans oublier le Languedoc, la Gascogne et le Roussillon.

Voila un homme qu'on excuserait d'être blasé, lui qui côtoie les plus grands vinificateurs, et qui tutoie les plus grands terroirs - qui plus est, à la longue, il a même pu se payer le luxe de choisir où il avait envie de faire du vin.

Et bien non, la passion est toujours là; la parole est vive, mais précise. Les idées justes. Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et avec humour, aussi. En matière d'hommes comme en matière de vins, la maturité apporte la complexité. Le succès encourage, les échecs renforcent.

Au fil des années, l'ambition de bien faire ne s'est pas émoussée, elle a juste changé de dimension.

François Lurton entend toujours produire des vins marchands, des vins qui plaisent; mais aujourd'hui, plus que jamais, il veut comprendre le pourquoi et le comment. Peut-être vais-je un peu loin dans l'exégèse, ce serait à lui de le dire, mais je le soupçonne de chercher la pierre philosophale: des vins qui mettent bien en évidence leurs origines, des vins de caractère; mais jamais trop austères, ni confidentiels. Des vins pour boire.

Sous le commerçant et le patron, il y a un vigneron et un viticulteur qui prend plaisir à toucher ses vignes et à émietter ses sols.

Quelqu'un qui veut toujours mieux faire. Qui croise les expériences: il a introduit le lagar portugais au Chili, pour ses Carménères, par exemple.

Un homme de son temps, respectueux des traditions quand elles apportent manifestement quelque chose, mais prêt à les dénoncer quand elles sont juste un autre nom pour la sclérose. Comme à Toro, par exemple, où les vignes en gobelet souffrent inutilement, à son avis.

Mais aussi prêt à s'émerveiller devant les surprises de la nature, devant les exceptions à la règle: il a essayé de vinifier séparément tous ses cépages du Douro, comme il le fait partout ailleurs. Ce n'était pas très bon, alors il en est revenu à la méthode traditionnelle locale: tout récolter et tout vinifier ensemble. C'est comme ça qu'on apprend.

Bon, après ce portrait (vous aimez ça, c'est vous qui me l'avez dit), je suppose que vous voudriez maintenant connaître les vins que j'ai préférés?

Alors allons-y.

En digne fils de l'entre Deux Mers, François Lurton excelle dans les blancs. Notamment le sauvignon.

J'ai déjà dit ici le bien que je pensais de sa cuvée Fumées Blanches. Un Vin de France, pour la réglementation, ce qui en fera peut-être grimacer certains d'entre vous. Mais pour moi, un superbe produit, très bien balancé. Je ne me déjugerai pas: la version 2010, est à la fois très aromatique et pleine se sève, malgré sa légèreté en alcool.

J'ai aussi beaucoup aimé son Corte Friulano, un Argentin à l'esprit italien, vif mais élégant, avec juste ce qu'il faut de  fruit et de rondeur.

Du côté des rouges, j'ai apprécié le Quinta Beira Douro 2008, pour sa belle texture ou le carré épouse le rond, et sa belle amertume.

La Cuvée Pas de la Mule 2008, du Mas Janeil, en Roussillon, genre bouche de velours dans un gant de fer (oui, c'est moyen, l'allégorie). Alors disons grenache sur schistes.

Et puis le Château des Erles 2004, un Fitou comme on n'en fait peu; d'ailleurs, on n'en fera plus, François et son associée pour ce vin ne travaillent plus ensemble.

Dans un style un peu plus facile, il y a aussi le Carménère de Bodegas Araucano, à Lolol, et puis le Malbec de Piedra Blanca, à Mendoza. Avec eux, on traverse les Andes en se disant qu'il y du bon des deux côtés.

Mais en définitive, tous les vins de François Lurton sont faciles, dans le bon sens du terme: aussi ambitieux soient-ils, il sont toujours abordables, compréhensibles. Grand public, comme on dirait d'un bon film, par opposition à un cinéma abscons, ou pédant, ou grandiloquent.

Et je ne suis pas payé pour l'écrire!

Plus d'info: http://www.francoislurton.com

 

 

 

 

03 août 2011

Eloge du tannat

Olivier Bourdet-Pees (Plaimont Producteurs) était un des intervenants du colloque "Tannat/Madiran-Uruguay", qui s'est tenu lors de Vinexpo 2011. Fort à propos, à mon sens, il a rappelé l'importance de préserver des cépages moins diffusés, comme le tannat, alors qu’aujourd’hui, en France, 20 cépages représentent 86% du vignoble.

"Nous devons les défendre pour faire valoir notre typicité de production. Parler du tannat aujourd’hui, c’est aussi contribuer à la diversité des vins, des goûts et des émotions."

tannat,uruguay,vin,vignoble,madiranGrappe de tannat (photo Pancrat, conservatoire du vignoble charentais)

Pour Bourdet-Pees, paradoxalement, qu’il soit aussi présent en Uruguay permet de porter de message sur le continent américain où prédominent les grands cépages internationaux. Il observe aussi que le tannat est l’ambassadeur des vertus d’une consommation modérée de vin car il présente une grande richesse en polyphénols totaux.

PS. N'oublions pas les quelques AOC et IGP françaises qui proposent également du tannat à leur "assortiment", comme Irouléguy, Côtes du Brulhois, Saint Mont, Saint Sardos, Tursan ou même Cahors...

Plus d'info: Victorine Crispel, l'Agence Vini Fera, v.crispel@lagencevinifera.fr

16 juillet 2011

Quelques nouvelles du front

Non, je ne parle pas de l'Afghanistan et de nos malheureux soldats, mais de l'évolution de la consommation de vin en France.

On ne saura probablement jamais à quel point les campagnes des prohibitionnistes anti-vins, relayées jusqu'au plus haut niveau du ministère de la santé, ont porté préjudice à la consommation du breuvage de Bacchus dans ce qui passait jusqu'ici pour le pays du vin.

Mais je me permets de faire remarquer que la proportion de buveurs réguliers a chûté à peu près au même rythme que la production de vins de table.

Ou pour le dire autrement: plus la France compte d'AOC et plus elle en produit (elles représentent aujourd'hui la moitié des volumes de vins produits en France), et moins les Français boivent de vin.

Alors soit les Français n'ont plus confiance dans un système qui leur promet la qualité sans toujours la leur donner, soit ils ont peur des vins qu'ils ne comprennent pas. Déçus et timides se rejoignent dans la désaffection.

Communiquer (faiblement) sur une origine galvaudée et une typicité incertaine n'est pas de nature à susciter l'adhésion de buveurs potentiels au sein de familles où la transmission de la culture vin ne se fait plus. Voyez à ce propos, ici même, le billet d'hier...

Si vous lisez ces lignes, c'est que vous avez sans doute un intérêt pour le vin. J'ai le regret de vous informer que vous n'êtes plus représentatifs de la population française, pas plus que les lecteurs de Tintin, les gardiens de phare, les producteurs de fromage au lait cru ou les pêcheurs à la ligne. Vous êtes - nous sommes - soit en avance d'une guerre, soit complètement ringards, selon le point de vue. Notre attachement pour le fruit de la pampre fait de nous des passéistes ou des élistes aux yeux de la nouvelle génération. Nous nous déconnectons chaque jour un peu plus du nouveau corps social, du politiquement correct. Ne dites pas que je bosse dans le vin, ma mère me croit serveur dans un coffee-shop à Maastricht.

Ne vous méprennez pas; contrairement à certains jusque-boutistes, qui verraient bien la marque remplacer l'appellation, je ne souhaite pas la disparition pure et simple de l'AOC.

Mais à l'heure où une candidate à la Présidence de la République souhaite supprimer le défilé militaire du 14 juillet et un autre milite pour le mariage homosexuel, je fait remarquer que rien n'est immuable au beau pays de France, et qu'un système comme celui des AOC ne peut rester en marge de la marche du temps. 

Je ne suis pas sûr que ses créateurs, le Baron Le Roy et Joseph Capus, reconnaîtraient encore leur bébé aujourd'hui. L'assurance d'origine s'est muée en rente de situation et tente aujourd'hui de devenir une vague assurance qualité. Mais un véritable retour aux sources et au sens signifirait une diminution drastique du nombre des AOC, et une réduction des surfaces dans la quasi-totalité d'entre elles. Aucun ministre, aucun élu ne prendra jamais ce risque; qui voudrait déplaire à ce point à la base vigneronne, aussi faible soit-elle, aux coopératives et aux détenteurs d'appellations, aussi illusoires soient-elles? Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, n'ont pas cessé de rogner les moyens d'expression du vin en France et d'inventer de nouvelles contraintes aux producteurs; mais aucun n'a jamais osé enlever au vigneron français son joli hochet: l'AOC pour tous, ou au moins, l'espoir de l'AOC pour tous...

Et pour quel profit politique un gouvernement réformerait-il cette vénérable et creuse institution, la refondrait-il, lui redonnerait-on un sens? Bien sûr, ce serait mieux protéger le consommateur de vin, mais le consommateur de vin n'est pas un lobby organisé et les associations consuméristes ne sont pas très virulentes sur ce chapitre. Aucun gouvernement ne fera donc d'effort, car il y a trop de coups à prendre et guère d'électeurs à gagner. Et puis, rappelons qu'en théorie, le système est auto-géré par les vignerons eux-mêmes...

Alors, comme rien ne bougera de ce côté-là, on ne peut souhaiter qu'une chose: que les vins sans appellation décollent pour réconcilier les Français avec le vin boisson; c'est le seul moyen de dégonfler la baudruche AOC; une fois délestée des vins qui n'ont rien à y faire, une fois que l'AOC aura retrouvé un peu de son identité, de sa spécificité, peut-être pourra-t-elle conquérir les consommateurs qui s'en détournent par dépit.

Je n'y crois guère, mais je peux faire semblant si ça peut aider...

En attendant, vous comprendrez que j'aurai de plus en plus tendance à vous parler de producteurs plutôt que des mentions apposées sur leurs étiquettes.

15 juillet 2011

Trois générations de Français et le vin

Deux  enseignants-chercheurs de l'Ecole supérieure de commerce de Pau ont étudié les comportements de Français de trois catégories d'âge par rapport au vin. Avec comme postulat quelque peu discutable que, pour chaque génération, les habitudes de  consommation ne changent guère avec le temps, ils en déduisent que la baisse des volumes de vin consommés en France va s'accentuer et que la part des achats effectués en vins IGP ou AOC/AOP va croître. Selon eux, le vin sera de plus en plus perçu comme un produit emblématique d'un certain statut social, et la fréquence de consommation diminuera encore.

Ils notent tout d'abord des cassures importantes entre les trois générations étudiées (les plus de 65 ans, les 30-40 ans et les 18-30 ans). Si les 3 tranches d'âges sont d'accord sur le caractère convivial de la consommation de vin, leur fréquence de consommation varie fortement. Les plus de 65 ans consomment du vin régulièrement, presque quotidiennement, en famille et entre amis. Les 30-40 ans, eux, ont une consommation plus irrégulière, de type festif. Les jeunes, quant à eux, ne consomment du vin qu'occasionnellement, voire jamais. Cette génération semble soit considérer le vin comme un produit nocif pour la santé (les campagnes des anti-vins ont-elles atteint ce but là?), soit comme un produit de luxe. Ou les deux.

Si l'enquête repose sur un échantillon limité, et si sa méthodologie peut être discutée, elle cadre assez bien avec les chiffres diffusés par l'INSEE. Selon ceux-ci les consommateurs réguliers de vins représentent aujourd'hui 17% de la population française (contre 51% en 1980); selon les deux chercheurs pallois, ce chiffre devrait à nouveau baisser pour atteindre  13% en 2015. Parallèlement, la proportion de non-consommateurs absolus de vin (38 % en 2010, contre 19% en 1980), devrait monter à 43% à l'horizon 2015.

Ca vous étonne? Regardez un peu autour de vous. Et permettez-moi de vous rappeller vous qu'un Français sur 8 ne sait ni lire ni écrire; ou encore, que les Français gardent la même brosse à dents 9 mois en moyenne. Je ne dis pas que la baisse de la consommation de vin a un lien direct avec ces deux indicateurs sociologiques, non. Mais je constate qu'il s'agit du même peuple. Le mien.

13 avril 2011

Hennessy en grève (give 'em 50 Cent)

Des salariés de Cognac Hennessy ont fait grève ce matin pour réclamer des augmentations de salaires supérieures à celles octroyées par leur direction (+1,9% et une prime de 60 euros). Les syndicats CGT et FO, à l'origine de ce mouvement social, s'appuient sur les bons résultats de la marque de Cognac.

Ma suggestion: qu'on leur donne 50 Cent de plus. C'est un bon client, 50 Cent, comme pas mal de rappeurs afro-américans. Et puis, sinon, il pourrait en faire un slam...

"Dey're fightin for deir money, dey're fightin for deir right,

De Hen is rich

But she's a bitch

So let's join deir fight!"

14:43 Écrit par Hervé Lalau dans Charentes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cognac, vin, charentes, hennessy |

30 octobre 2010

Attention, une douelle peut en cacher une autre!

On connaissait les fraudes sur l'origine des vins, mais pas encore vraiment celles sur l'origine des bois de tonnellerie.

Cela existe, cependant, comme le prouve un jugement rendu le 26 octobre par le Tribunal d'Angoulême, à l'encontre des tonnelleries Doreau et Taransaud. A l'issue de contrôles effectués en 2008, la Répression des Fraudes reprochait aux deux tonnelleries de tromper leurs clients sur la provenance des bois. 

Le Tribunal a été pour le moins nuancé; il a, d'une part, reconnu Taransaud coupable, mais l'a dispensé de peine, prenant en compte "ses efforts remarquables de traçabilité".

Pour sa défense, la tonnellerie invoquait un usage ancien qui permettait de donner le nom d'une région à un type de grain de bois. Une douelle des Vosges devenait alors "Allier". Mais Taransaud a abandonné ce système il y a deux ans.

La tonnellerie Doreau, également reconnue coupable de fraude à l'origine, a été elle condamnée à 3000 euros d'amende.

Deux bois, deux mesures? Pas vraiment. Il était  également reproché à Doreau de ne pas respecter la durée minimale de séchage des merrains.

00:07 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Charentes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |

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