12 février 2012

From Australia with love (and bubbles)

En gros, cette fois-ci, Eric Boschman nous entretient de Saint Valentin, des bulles et de l'Australie dont il vient juste de rentrer.

Allez, plus que deux fois dormir et ce sera le moment de sortir vos vieilles fleurs, de ne pas vous tromper dans la couleur de la cravate ou la taille des sous-vêtements, de vous faire un resto cher et chiant et hop, c’en sera fait d’une St V de plus.

Un peu d'histoire

Certaines habitudes ont la peau plus que dure. C’est rien de le dire. Prenez moi par exemple, je n’arrive pas à écrire mes papiers plus de quelques heures à l’avance. Certes, penserez-vous, au moins comme ça c’est de l’ultra frais, mais les pages «maga» d’un quotidien, c’est un truc qui devrait se gérer cool, tranquille, mais voilà, c’est une vilaine habitude. C’est un peu comme la Saint Valentin. Franchement, tout le monde s’en fout de ce gars qui serait mort pour que les marchands de lingerie puissent oublier la morosité des soldes. Sur Wikipédia, ont parle des origines vachement sérieuses de la St V comme ça : L’association du milieu du mois de février avec l’amour et la fertilité date de l’antiquité. Dans le calendrier de l’Athènes antique, la période de mi-janvier à mi-février était le mois de Gamélion, consacré au mariage sacré de Zeus et de Héra. Dans la Rome antique, le jour du 14 février était nommé les lupercales ou festival de Lupercus, le dieu de la fertilité, que l’on représente vêtu de peaux de chèvre. Les prêtres de Lupercus sacrifiaient des chèvres au dieu et, après avoir bu du vin, ils couraient dans les rues de Rome à moitié nus et touchaient les passants en tenant des morceaux de peau de chèvre à la main. Les jeunes femmes s’approchaient volontiers, car être touchée ainsi était censé rendre fertile et faciliter l’accouchement. Cette solennité païenne honorait Junon, déesse romaine des femmes et du mariage, ainsi que Pan, le dieu de la nature. Le rapprochement entre la Saint-Valentin et l’amour courtois n’est mentionné dans aucune histoire ancienne et est considéré par des historiens comme une légende. Il ne faut cependant pas oublier que la plupart des fêtes chrétiennes se sont substituées à des fêtes païennes.

Bon, nous avons déjà tous les éléments, d’une part le vin, d’autre part les chèvres, heu, non, pardon, les trucs sexuels rapport, si j’ose dire, à la fertilité. Je présume que les cadeaux font partie du lot. Cette année, c’est décidé, pas de sortie en tête à tête ce soir là, restrictions budgétaires obligent. C’est la crise pour les amoureux aussi. Alors, si l’on reste atome comme disent les Anglois, autant découvrir un petit quelque chose de plus que l’être aimé. Je vous propose une belle bulle.

Le monde a soif d'amour... et de bulles

Pour faire court, ayant déjà bouffé la moitié de mon article avec les origines étranges de cette fête un rien bidon, il me faut d’abord parler de l’évolution des vins effervescents dans le monde ces dernières années. C’est que ça bouge à la vitesse d’un bouchon de Champagne mal maîtrisé en ce moment. La mise au point des techniques d’élaboration des vins mousseux a pris des siècles. Avec, au cours des trois dernières décennies, des progrès fulgurants. Ce sont les plus grosses entreprises champenoises qui ont peaufiné, recherché, développé, de nouvelles méthodes et technologies afin d’améliorer, de rentabiliser au mieux et de régulariser au maximum la production de vin pétillant. Une bulle de qualité, régulière, des vins fins, capables de vieillir longtemps, des millésimes respectés complètement (ne vous gaussez pas, manants, c’est relativement récent, on en reparlera un jour). Tout ça pour notre plus plus grand bonheur. Oui, mais voilà, le Champagne, c’est plus ou moins trois cent millions de flacons par vendange, et pas des masses de plus à l’horizon. Et comme les consommateurs du monde ont une furieuse tendance à tout confondre et à appeler Champagne tout ce qui bulle, malgré les efforts violents du CIVC, il a bien fallu trouver une parade.


Jabobs Creek.png

Jacob's Creek Sparkling Reserve


Comment gérer le marché mondial de la frustration ? En élaborant des vins de qualité, souvent sous des marques bien connues de Champagne, mais en montrant bien que même si c’est bon, ce n’est pas aussi grand que l’original, toujours copié, jamais égalé. Pour que les bulles de la planète soient belles et régulières, il a fallu transférer les technologies, aider tout le monde à marcher d’un même pas, ou, a tout le moins, dans une même direction. Ce qui est fait depuis quelques années. Quoi de mieux pour maîtriser la concurrence que de l’aider d’une manière ou d’une autre. Je ne sais pas si tout ça relève du fantasme ou de la réalité, mais toujours est il qu’aujourd’hui, dans le monde, on élabore de plus de plus de bulles excellentes, souvent à des prix très raisonnables.

Back from Down Under

Lors d’un séjour récent en Australie, il m’a été donné de déguster un petit panel de bulles locales. Elles tiennent plus que la route, les bulles australiennes. Plutôt fermes, longues en bouche, avec ce qu’il faut de pétillant pour titiller la langue et, lorsqu’elles ne sont pas trop dosées, très fraîches, un rien ingénues presque. Ce qui m’amène à la bouteille d’aujourd’hui, c’est qu’en plus de bien se tenir dans leur jeunesse, elles vieillissent bien. Bon, ok, je manque un peu de recul pour déterminer si elles tiennent allégrement une trentaine d’années, à l’instar de leurs cousines rémoises, mais en tout cas, celles que j’ai goutées sont meilleures un peu plus adultes.

Ce Jacob’s Creek Sparkling Reserve, par exemple, est parfaitement exemplatif de mon propos. Ayant dégusté deux millésimes côte à côté, le plus vieux des deux est ample, généreux, délicat aussi, avec une complexité surprenante pour ce genre de vin. Oui, je sais, moi aussi j’ai des a priori, y’a pas de raison. Alors que le millésime le plus récent était encore fermé, un rien en dessous de ce qu’il avait comme potentiel.

C’est aussi l’avis de l’importateur en Belgique qui garde les bouteilles en stock plus longtemps pour que les vins soient plus mûrs. Et ça porte ses fruits puisque, si j’ai bien retenu les chiffres que l’on m’a donnés, la Belgique est le premier marché mondial pour ces vins-là. Parce que nous aimons les vins plus racés, plus profonds. Même à des prix normaux.

Voilà donc un joli cadeau de Saint Valentin à partager. Offrez-vous une douzaine de flacons, vous en torchez une le soir du quatorze, et mettez les autres en cave pour les attaquer en tête à tête un rien plus tard au cours de l’année, par exemple. Facile, le bonheur quand on veut, non?

Eric Boschman

Jacob’s Creek Réserve Sparkling 2008, en Belgique chez Delhaize pour 11,49€

29 janvier 2012

Au bout coule une rivière… Australia

La parole est à Eric Boschman, l'homme du Bush...

Une petite tournée down under comme disent les ceusses qui papottent l’anglais ailleurs que dans leur thé du matin. Un petit saut en été, avec une météo sauvage, digne des plus belles présentations de Tatiana Silva au meilleur de sa forme.

Quel bonheur mes amis, par la grâce de quelques coups d’aile, me voilà à me méfier des coups de soleil. Bon, ça va j’arrête mon char, vous vous en foutez de mes difficiles conditions de travail, de mon côté galérien de compétition. Et vous avez raison. Bon, c’est pas tout ça, je suis en Australie, le soleil envisage de se coucher et avant qu’il ne fasse noir, je voulais introduire les articles à venir qui vous parlerons de pinard, en vous parlant de la situation locale.

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Sheep Australian humour


C’est que c’est pas évident à comprendre pour nous, petits Belges, plutôt bons consommateurs et pas trop regardant à la dépense. Chez nous la moyenne des achats se situe aux environs de cinq euros, un peu moins, mais pas des masses. Je sais, ça paraît peu, mais c’est énorme par rapport à nos voisins directs et même un peu plus loin; pour faire simple, à part les Suisses, en Europe, nous sommes les premiers de la classe en matière de dépense moyenne pour une bouteille de vin. Pour une fois que nous sommes premiers en quelque chose, il fallait que ce soit en pinard. Nous sommes, relativement, moins confrontés que nos voisins à la pression tarifaire, ce qui nous épargne les mono-cépages aux prix tirés vers le néant et de moins en moins rentables pour les producteurs. Ce qui ne fait pas le bonheur du monde, mais nous assure un niveau de qualité moyen plutôt élevé. Chance pour nos palais et plaisir pour pas mal de nos fournisseurs. Oui, mais voilà, l’étroitesse, relative, de notre marché ne nous donne pas un poids suffisant vis à vis de la production et nous ne pouvons pas influencer le cours des vins au niveau mondial.


La Belgique n’est pas tout à fait la Chine, qu’on se le dise. Tout ça pour vous expliquer ce qui se passe dans un pays comme celui qui m’abrite en ce moment. La production est basée, pour l’essentiel, sur un véritable modèle industriel, c’est à dire que l’on est souvent loin du vigneron qui pose ses tripes sur la table et qui fait du pinard en se disant que vogue la galère on verra bien comment les choses se mettent en place. Dans le cas d’une stratégie industrielle, on calcule d’abord et on construit le vin en fonction de son calcul. Bien entendu lorsqu’il s’agit d’un pays, un propos global souffrira toujours d’exception, mais disons que quand la situation concerne pas loin de quatre-vingt cinq pour cent de la production on peut se dire que ça tient la route. Une fois ces calculs mis en place, on élabore des vins que l’on positionnera de manière concurrentielle sur le marché mondial.

Evidemment là, il y à un début de bug. C’est que sur le marché mondial, il y a pléthore de pinards vaguement similaires, à base de quelques cépages internationaux hyper répandus. Les chardonnays, syrah, et autre cabernets sont devenus des marques plutôt que des cépages et leurs origines sont plus nettes sur les étiquettes que sur les papilles. A force de jouer la rentabilité, on doit industrialiser les procédés d’élaboration, c’est à dire les standardiser et à force, on va aussi uniformiser les goûts.

Donc, les seules différenciations évidentes se situeront, malheureusement pour les producteurs à moyen terme, au niveau tarifaire. Et pour contrer la concurrence, on joue au plus serré, au prix le plus bas ; Dans le cas de l’Australie, les marchés anglo-saxons, Angleterre et USA en tête, ont fait les beaux jours des exportations de l’île continent. Pendant au moins une grosse vingtaine d’années. Et puis, le style des vins développés ici là été en considérant les désidératas des «critiques» vinicoles en fonction de leur influence. Influence toute relative soit dit en passant, du moins au niveau des ventes directes, mais énorme vis-à-vis des professionnels aux deux extrémités de la filière, de la production à la distribution ça fait pas un pli.


Donc, d’une part on modélise un produit en fonction d’un goût internationalement dominé par quelques marchés particuliers, d’autres part on se positionne plutôt bas pour gagner des parts de marché. Oui, mais voilà, lorsque la bise fut venue… ben c’est la déconvenue. La marché US se racrapote et c’est rien de le dire. Oui, il y a des arguments patents, des choses indéniables, la crise, l’arrivée en masse des vins du Chili et d’Argentine, le manque de rentabilité des productions australiennes et hop, le tour est mal joué et ça dégringole. Même cas de figure en Grande Bretagne. Certes, il y a la Chine pour se refaire, 70% et des bricoles d’augmentation de parts de marché l’année dernière. Mais pour combien de temps ?

Et la Belgique là dedans ? Ben nous sommes la gentille exception, le marché augmente doucement, les prix se maintiennent et les vins d’Australie présent sur le marché sont de plus en plus nombreux. C’est peut-être le fruit d’un travail de fond établi par les distributeurs, peut-être aussi parce que le marché n’est pas dominé par les soldeurs, peut-être simplement parce que nous, consommateurs, aimons des choses un rien plus typées et originales que nos voisins? La réponse n’est pas évidente.  C’est une combinaison de facteurs, mais elle indique surtout que les pays et les producteurs qui se lancent sur les terres du discount se lancent à un moment ou à un autre sur un mur. Des vins a des prix justes, pour la premiers prix, c’est un truc ou tout le monde y gagne, y compris les clients finaux, vous et moi. Bon, allez, justement, la semaine prochaine, on parle de pinards, a des prix normaux. D’ici là, quoi que vous buviez, buvez le bien.

A suivre...

Eric Boschman

00:48 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : australie, vin, vignoble |

23 novembre 2011

Alcool, tabac et cancer: des chiffres

C'est intéressant, comme toujours sur Honneur du Vin

Et rappelez-vous, le vin, c'est entre 12 et 14,5% d'alcool... donc pas le produit le plus commode pour l'alcoolisation forcenée. D'autant qu'au niveau prix...

24 octobre 2011

Anne et la Coupe du Monde de Rugby

Excellente série de billets de ma consoeur Anne Serres sur les équipes de la Coupe du Monde de Rugby... et le vin.

C'est ICI

J'attends le portrait des Kiwis avec impatience. Aka faut qu'on.

Tiens, en parlant de rugby, j'étais à Montpellier hier au moment de la fin de la finale contre les Blacks, les supporteurs français rentraient chez eux, parfois enveloppés dans leurs drapeaux, tristes mais fiers. Grand moment de francitude, Ségolène! Que ceux qui n'aiment pas n'en dégoûtent pas les autres...

13:32 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, Grande-Bretagne | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |

20 octobre 2011

Trois rencontres en Savoie

Lors de mon court séjour en Savoie, j'ai fait trois belles rencontres. Non, pour une fois, il ne s'agit pas de vignerons, mais de collègues.

D'abord, j'ai fait la connaissance de Véronique Raisin, alias www.picrocol.com, la RVF, Bettane & Desseauve... On se demande comment ce petit brin de femme peut mener tout ça de front (et bien, en plus). Et qu'est-ce que j'apprends dans le bus qui nous mène à Monterminod: Véronique est la cheville ouvrière d'Ecrivins, un amalgameur de blogs qui liste justement... le mien - c'est vous dire le goût qu'elle a! Et un beau sourire avec ça.

L1040666.JPG V. Raisin, c'est bien elle...

Concomitamment (j'aime ce mot, et c'est la première fois que je peux le placer), concomitamment, donc, j'ai rencontré Mr Vinosolex himself, Lincoln Siliakus, qui m'a fait forte impression. Un Australien qui goûte précis et qui connaît aussi bien les vins d'Europe (sans oublier le répertoire de Deep Purple), c'est aussi rare qu'un koala qui chante à Séguret! Vérifiez vous-même ICI

L1040572.jpgMr Vinosolex en chair et en os

Last but not least, j'ai revu Florence Kennel, journaliste bourguignonne, écrivain et blogueuse de talent aujourd'hui installée dans le Jura. Ses centres d'intérêt sont la Bourgogne, la Savoie et le Jura. Ne me dites pas que c'est limité: une vie ne suffirait pas pour comprendre ces trois vignobles. Or Florence est une fille qui aime les choses bien faites, les idées bien étayées, qui pense et qui écrit juste.

En témoigne son billet récent sur la casse du terroir à Gevrey-Chambertin. C'est ICI

Et dire que l'INAO fait des misères à Olivier Cousin pour ses étiquettes!

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Florence de profil mais en action

Bien sûr, je n'oublie pas mes autres complices de cette escapade en Savoie, Marc Vanhellemont, Christian Duteil,  Dominique Hutin,  Marie-Claude Fondanaux, Jean-Moise Breitberg... Et puis Michèle Piron-Soulat, notre courageuse cicérone.

Salut, les amis, et bon vent!

04 septembre 2011

Ninth Island, au Sud c'étaient les pinots...

Ninth Island, vu par l'ami Eric Boschman...
 
Après l’île fantastique, la mystérieuse et celle de Fifi Brindacier, voici une nouvelle version de celle au trésor.
 
Une de ces îles qu'on regrette de n’avoir pas découvert soi-même en des temps tellement anciens que l’on en serait devenu le propriétaire par la force des choses, parce qu’avec mon salaire actuel, c’est pas demain que je m’offrirai une île, même sur la Lesse.

9th-island-tasmania-australia-pinot-noir-2004.jpgAu Sud, c'était les pinots...

L’île dont il est question aujourd’hui se trouve juste, mais tout juste vraiment, à côté de la Tasmanie. Tellement à côté que vu d’ici, on a l’impression que c’est la même chose. Je sais pour vous la Tasmanie, c’est au mieux, la terre de naissance de la future reine du Danemark, au pire, la patrie de Taz, le diable de Tasmanie. Et pourtant, dans cette île, on cultive un des plus grands cépages rouges du monde. Et maintenant résonnez buccins, tourner crécelles, et défoncez-vous trompettistes de tout poils, ajoutez, pour faire bonne mesure un ou deux roulements de tambour, voire, pour faire joli, un gong frappé par un Numide huileux a qui, pour éviter les soucis, on ne parle jamais sèchement.

Donc, écrivais-je plus avant, le sujet du jour est un pinot noir de Tasmanie. Pour les ceusses qui ont préféré le bistrot d’en face aux leçons du prof de géo, cette île se trouve au sud de l’Australie, grosso modo, en bas en dessous d’Adélaïde et Melbourne. Entre elle et le pôle Sud, à part quelques cétacés et des navires usines japonais destinés à les exterminer, y’a pas foule. Allez, je vous concède quelques phoques et machin du genre. C’est dire s’il ne fait pas chaud là-bas. Dans la sud, parce que dans le nord, il fait déjà nettement plus supportable. La preuve étant que l’on y cultive certains parmi les meilleurs Pinot Noir du monde. Et aussi un peu de chardonnay.

La production locale est tellement bonne, que quelques maisons, même des françaises très connues, achètent des raisins dans le coin pour élaborer des vins effervescents de qualité sur l’île continent. C’est que notre pinot demande surtout un climat régulier et bien équilibré. Pas trop de chaleur, sinon il se transforme en chewing-gum immonde et sans grâce, mais pas trop de fraîcheur, sinon il reste trop acide. C’est un machin complexe, de ce genre de cépage qui ne supporte pas les cons. Si cette catégorie est relativement importante lorsqu’il s’agit de cépages blancs, elle est nettement plus rare en matière de rouge.

La nature est bonne fille, sauf en ce qui concerne le pinot noir. Parce que bon sang de bon soir, qu’est ce que j’en goûte des pinots noirs de médiocre engeance, des vins aussi drôles qu’un spectacle de Bigard, ou une mimique de Clavier; des vins aussi légers et délicats qu’une plainte de Wafelman. Alors que quand c’est grand, le pinot noir, c’est comme un coucher de soleil sur l’Océan indien, un sourire de ma fille ou une chronique de Thomas Gunzig le matin.

C’est tout en même temps la fraîcheur et la puissance, la finesse et la structure, les tannins et le fruit, le vin immédiat qui pourra durer des décennies sans se faner. Bref, c’est grand. Comme le vin du jour, quel bonheur!

Je vous le promet, lorsqu’au détour de mon Delhaize préféré, j’ai vu ces bouteilles en haut du rayon, c’était comme quand j’étais petit garçon et que ma mère me donnait les quelques francs pour m’offrir une boîte de modèle réduit Airfix. Le genre de choses qui vous traverse de bas en haut, un grand frisson de bonheur: ah, il est de nouveau là!

Car pendant tout un temps je ne l’avais plus vu en magasin et, comme un viel ami trop longtemps parti en voyage, il me manquait. Et là, bonheur intégral, pour pas très cher, même pas treize euros, il est là. J’ai tourné la capsule à visser, même si je préfère le liège pour les beaux rouges qui peuvent vieillir un peu en général. Et, nonobstant ce que croit la voisine de mes parents, que l’on surnomme je ne sais pour quelle raison au juste Trottinette, non la qualité des bouchons ne va pas en déclinant, fort au contraire, elle s’améliore de façon incroyable ces dernières années.

Bon, passons, les bouchons, ce sera pour une autre fois en détails, c’est promis. J’ai donc tourné la capsule à visser, et je me suis servi un verre. Un beau verre INAO tout simple, pas un machin compliqué de Super Mario le spécialiste, bien rempli, ni trop, ni trop peu. J’ai regardé la robe, dans la lumière de ce joli jeudi après-midi ensoleillé de rentrée des classes qui sentait quand même déjà un peu l’automne. La robe rubis a joué dans cette lumière. Puis, tranquillement, j’avais mis mon téléphone en silencieux, j’ai plongé le nez dans le verre. C’est complexe, riche, aux arômes de fruits rouges mûrs, de la groseille rouge, de la fraise des bois, mais aussi de la framboise et un peu de feuilles mortes.

Avec un rien d’imagination je me suis offert de la truffe et du poivre noir, sans oublier de la vanille en arrière plan. Puis, je me suis fait une gorgée, une belle gorgée, que j’ai fait tourner dans ma bouche. J’ai mâché la chose, j’ai joué un peu avec et j’ai avalé. Oui, je sais, c’est terrible. Normalement je n’avale pas, je crache, surtout à la première fois, quand je ne sais pas à qui j’ai affaire, on n’est jamais trop prudent. Mais là, je n’ai pas pu résister. Et j’ai eu bien raison, même si on ne goûte pas mieux en avalant, on fait juste moins de taches, le plaisir fut plus complet. La bouche racontait grosso modo la même chose que le nez, avec une note un rien plus fraîche en fin. Le genre de touche qui équilibre vachement bien l’ensemble et lui confère une texture qui défie un peu le temps. C’est que les grands pinots noirs ne sont pas des vins qui se donnent tout de suite en une seule fois, faut pas rêver. Il y a d’ailleurs fort peu de grands vins qui se donnent d’un coup. Il faut un peu batailler avec eux. Pour aller chercher la trame, la complexité qui se niche derrière une étonnante impression de facilité primaire.

Bon, je ne vais pas en faire des tonnes, le reste c’est pour vous, une expérience du bonheur à un prix tout à fait raisonnable, y’a de quoi se précipiter. D’ailleurs, moi, à votre place, c’est que je ferai. A zut, c’est fermé le dimanche, va falloir patienter encore une nuit. Cool les gars, les bouteilles ne vont pas s’évaporer, hein, c’est sûr.  Mais bon sang, mais c’est bien sûr, j’allais oublier un ou deux détails essentiels, dont le fait que la Tasmanie ne voit plus de Taz depuis trop longtemps, on n’en trouve plus que dans les Zoos et puis, aussi, que cette belle bouteille est issue d’une propriété aux mains d’un groupe belge. Y’ a de quoi cocoriquer comme des brutes. En parlant de ça, j’y pense, là-bas, on élabore aussi un brut hors normes sous le nom de Kreglinger. On en trouve parfois dans la même enseigne, s’il vous arrive d’en croiser une au détour d’un rayon et que vous n’en vouliez pas pour une raison quelconque, n’hésitez pas à me le faire savoir, je suis preneur. Allez, c’est pas tout ça, je m’en vais aller rêver a d’autres gorgées de ce très beau vin, je vous laisse donc à vos pistolets. C’est ce que l’on nomme, une juste répartition des rôles. Bon appétit !
 
Ninth Island, 12,90 € chez Delhaize.

18:30 Écrit par Hervé Lalau dans Australie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |

31 juillet 2011

Morella, ou une wallaby dans les Pouilles

En réponse à ma question du mois dernier, "Qu'est-ce qui vous intéresse sur un blog?", quelques uns d'entre vous ont évoqué les portraits de vignerons ou de vigneronnes, les histoires d'hommes et de femmes. Qu'à cela ne tienne, je peux vous parler d'une belle recontre que j'ai faite dans les Pouilles, lors du concours Radici.

La dame (car c'est une vigneronne) s'appelle Lisa Gilbee. Elle est Australienne, et elle a d'abord exercé ses talents d'oenologue dans la Margaret River. Mais cela fait une bonne quinzaine d'années qu'elle traine ses guêtres en Italie, d'abord au Nord, puis dans les Pouilles, où elle a rencontré Gaetano Morella, son mari. C'est le nom de son domaine et de ses enfants.

L1030676.jpgLisa Gilbee (Photo H. Lalau)

Lisa a une jolie tête bien pleine; elle parle en mots simples de sa carrière, de son parcours, de ses aspirations, de ses vins. On devine en elle le bouillonnement des sentiments, l'attachement à sa nouvelle terre, et le désir d'en tirer le meilleur.  Il faut parfois venir d'ailleurs pour se rendre compte du potentiel, pour pouvoir passer outre les usages, les habitudes, les banalités. Lisa sait faire, car c'est est une fonceuse, une femme de caractère; aussi aime-t-elle les vins de caractère, si vous me permettez ce raccourci facile.

En tout cas, elle s'est mise en tête de réhabiliter les vieilles vignes de Primitivo, les "bush vines", comme elles les appelle - n'y voyez aucune allusion à son Australie natale, c'est comme ça que les Anglophones appellent les vignes en gobelet.

Avant de faire la conversation à ces vieilles signoras, j'ai dégusté le blanc du domaine, un fiano:

Morella Fiano 2010
De la poire, de l'aubépine et de jolies notes fumées au nez, une belle bouche très lisse, crémeuse, un boisé harmonieux, et en finale, une superbe amertume. Un vin puissant 14/20


J'ai poursuivi avec les rouges. D'abord un assemblage de jeunes vignes vinifiées en "open fermenters".

Morella Primitivo negroamaro 2008
On a bien le fruit noir du negroamaro au nez, les notes sauvages et épicées du primitivo arrivent plutôt en bouche; final un peu sur le bois, mais pas exagéré 14/20


J'ai aussi dégusté un assemblage inhabituel:

Morella Primitivo Malbek 2008
Au nez, c'est plus serré, on donne dans la cerise et la groseille à maquereau; en bouche, c'est frais, plus tannique, avec de belles notes fumées en finale. 13,5/20. Notez l'orthographe local de Malbek. Un cépage qu'on prend pour local, dans les Pouilles, depuis qu'il a été planté ici par les Bordelais à l'époque du phylloxéra.

 

Passons maintenant aux choses sérieuses... ou en tout cas, à ce qui passionne la belle Lisa; et notons que sa technique semble s'améliorer un peu avec chaque millésime. Je veux dire, on voit qu'elle sait vinifier, c'est sûr. Mias elle gagne en précision dans l'approche de ses vignes et de leur potentiel.

Enfin, pour autant qu'un quart d'heure avec elle et ses vins me permettent d'en juger. Un portrait, c'est chouette à faire, mais il faudrait vivre un peu avec les gens pour affiner le trait... Mais il y avait d'autres vins à déguster ce jour-là, c'était la présentation qui préludait au concours.

Morella Old vines primitivo 2007
Grenade, amande amère, moka au nez; en bouche, cacao, fumé, une belle interprétation du primitivo, de superbes tannins lisses, et aussi une très belle fraîcheur acide. La preuve qu'on peut être à la fois un vin sérieux et gourmand. 16/20

Morella La Signora 2007
Nez plus austère,  fruit noir cuir, notes grillées; en bouche, une belle profondeur, les tannins sont plus rugueux, on note aussi pas mal de salinité. A attendre. 14,5/20. Il s'agit d'une parcelle de clones différents, les vignes ont 60 ans

Morella La Signora 2005
Fruit sauvage, cassis, réglisse au nez; en bouuche, du cacao, des épices, des herbes du maquis; un vin plus sauvage,  le Primitivo reprend le dessus. 15/20

Morella Old vines  Primitivo 2001
Plus poussiéreux au nez; en bouche, la texture est presque crayeuse; c'st plus strict, plus sévère. En finale déboule du fruit cuit, confituré amis c'est un peu court.13/20


04 avril 2011

Jacob's Creek dans le Gotha des vins

Qu'est-ce qui fait qu'une marque appartient au Gotha des Vins? L'ancienneté? Les classements? Le prix? Mais non, la contrefaçon, bien sûr!

On vient de découvrir à Londres 340 bouteilles de Jacob's Creek contrefaites.

Moi, si j'étais un grand cru classé de Bordeaux, je m'inquiéterais. Quand le piratage touche le milieu de gamme, c'est que tout le marché est en train de changer...

19 février 2011

Vous voulez boire bon dans l'avion? Choisissez Qantas...

Malgré les efforts d'Olivier Poussier, qui sélectionne depuis plusieurs mois les vins d'Air France, la compagnie nationale du plus grand producteur de vin au monde, j'ai nommé la France, ne figure toujours pas au palmarès des compagnies présentant les meilleures cartes de vins à leurs clients.

Ce palmarès, réalisé chaque année par le magazine britannique Business Travel, a récompensé cette année essentiellement des compagnies du Moyen Orient et d'Océanie. Et notamment Qantas.

Voici son classement:

Les vins primés en classe affaires
Blanc : American Airlines (Wegeler Bernkasteler Doktor Riesling 2007, Bernkastel, Mosel, Allemagne).
Rouge : Air New Zealand (Matariki Syrah 2007, Hawkes Bay, Nouvelle-Zélande).
Pétillant: Qatar Airways (Laurent Perrier Grand Siècle 1996, champagne, France).
Doux liquoreux : Qatar Airways et All Nippon Airways (Taylor's 20 ans d'âge, Porto, Douro, Portugal).

Les vins primés en première classe
Blanc : Qantas (Peter Lehmann Wigan Eden Valley Riesling 2004, Barossa, Australie).
Rouge : Qantas (Clonakilla Shiraz Viognier 2006, Canberra, Australie).
Pétillant : Qantas (Taittinger Comtes de Champagne 1999, Champagne, France).
Moelleux : Qatar Airways (domaine Weinbach Clos des Capucins
Grand Cru Furstentum, Vendanges tardives Gewurztraminer 2005, Alsace, France).

Palmarès de la classe affaires
1. Qantas
2. Air New Zealand
3. Qatar Airways
4. Malaysia Airlines
5. American Airlines

Palmarès de la première classe
1. Qantas
2. Qatard Airways
3. All Nippon Airways
4. Cathay Pacific
5. Thaï Airways

Bon, qu'attendent les compagnies européennes pour relever la tête? Une compagnie aérienne n'est-elle pas la vitrine de la nation dont elle porte les couleurs? Est-ce à la Qantas de proposer du Latour, de la Romanée ou du Vega Sicilia?

09 février 2011

International, Vinexpo?

International, Vinexpo? Ce n'est pas l'image qu'en ont certains pays du Nouveau Monde, qui préfèrent Pro Wein ou la London Wine Fair pour établir une tête de pont dans la vieille Europe.

C'est qu'au contraire des marchés allemands et britanniques, la France reste un pays protectionniste, en matière de vins. A tort ou à raison, les Australiens, les Californiens, les Sud Africains et consorts ont donc parfois l'impression que les visiteurs ne viennent pas pour eux. L'impression de jouer les faire-valoir. Ou pire, de venir se jeter dans la gueule du loup bordelais. Et quelques mésaventures récentes ou moins récentes (climatisation déficiente, dédouanement très délicat, fonctionnaires très zélés...) les ont confirmés dans leurs réticences.

Pas sûr que le nouveau conseil de surveillance de Vinexpo, désigné en décembre, les rassure: à l'exception d'un représentant de Miguel Torres (dont le prénom sera sans doute dévoilé quand Miguel Torres aura désigné son successeur), et de Constance Savage (Kobrand, le propriétaire américain de Louis Jadot), il s'agit tous de Français.

A savoir: Alexandra Marnier-Lapostolle (Marnier-Lapostolle), Pierre Lurton (Château Cheval Blanc et Château d’Yquem), Jérôme Philipon (Champagne Bollinger), Xavier de Eizaguirre (Président du Conseil), Cécile Bassot (ex-SIAL, aujourd'hui Sopexa), Pierre Castel (Castel Frères), Jean-Marie Chadronnier (CVBG), Christian Delpeuch (Groupe Taillan), Pierre-Henry Gagey (Maison Louis Jadot), Dominique Hériard-Dubreuil (Rémy Cointreau), Louis-Fabrice Latour (Maison Louis Latour) et Denis Mollat (CCIB).

Deux étrangers sur 14... vous avez dit "international"?

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