16 décembre 2012

"Les experts de l'Union Européenne veulent pouvoir continuer à encadrer les plantations"

Quelle formulation mensongère que ce titre de l'AFP! En 2006-2007, dans le cadre de la réforme de l'OCM vin, il été décidé de libéraliser les plantations. Certains pays de l'Union n'ont même jamais connu de droits de plantations.

Alors, dire qu'on veut pouvoir "continuer" à encadrer les droits de plantation, c'est se moquer du monde. 

Disons plutôt que l'inertie de la France à traduire dans les textes la libéralisation (nous sommes encore dans une phase de trransition) aura été payante.

La vérité, c'est que le corporatisme à la française a poussé ses pions à Bruxelles, a troqué le soutien à la Grèce défaillante contre un revirement de dernière minute (et c'est sans doute valable pour s'autres pays), qu'elle a "retourné" la commission européenne (ou au moins le Commissaire à l'agriculture, dont la force des convictions paraît pour le moins douteuse).

Et nous voila face à u groupe d'"experts" qui se prononcent pour la régulation, dans la plus pure tradition colbertiste ou même vichyste - vérifiez, le Maréchal a fait passer bon nombre de lois protégeant l'agriculture de pépé.

Je ne suis toujours pas convaincu. Les contribuables et consommateurs des pays non producteurs n'ont aucune raison de vouloir payer plus cher le vin  français parce que les plantations sont encadrées, les jeunes candidats viticulteurs sans vignes n'ont aucune raison de devoir acheter des droits à ce qui en ont hérité, ou qui les ont achétés à l'image des candidats chauffeurs de taxi. Le système est injuste, et le concept même de l'encadrement par l'Etat d'une production agricole est inepte.

J'aimerais pouvoir dire que je m'en fous - je n'ai pas l'intention de planter de la vigne, et que peut bien me faire la future compétitivité des exportateurs français de vin? Mais non, je suis Français, je ne compte pas abandonner ma nationalité, contrairement à Gérard Depardieu. Bien que je pourrais être Belge par mariage, et depuis longtemps.

Alors j'ai honte de ces manoeuvres, de ces mensonges, de cette manipulation de l'opinion et même des vignerons, auquels on a fait croire que les AOC étaient concernées alors qu'elles ne l'étaient pas - enfin, si tant est que les AOC  font respecter leurs propres règles.

Il y en a qui doivent bien rire, aujourd'hui: les Casillero del Diablo, les Penfolds, les Gallo, les Torres. Ils continueront à tailler des croupières à nos vins sur les marchés tiers. Mais avez-vous seulement entendu parler de ces marques, mes chers compatriotes, vous dont le marché est tellement cadenassé?

Pourtant, JP Genet, Listel, Dourthe, Cordier et compagnie ne sont que des nains face à elles.

Le renom de quelques grands crus, la DRC, les primeurs... ne doit pas faire illusion: la France a loupé le virage du vin dit premium, des blends de qualité, des vins de marque. Et cela ne risque pas de changer: la liberté de planter aurait pu les aider à élargir leur base, à rééquilibrer les coûts de revient. Cette occasion sera probalement manquée par la faute de quelques obtus qui préfèrent bétonner "les droits", "l'acquis".

Mais rien n'est jamais acquis dans les marchés; les Français boivent un peu moins chaque année, le succès de nos exportations, qui repose sur quelques grands Bordeaux, quelques grands Bourgogne, la Champagne et le Cognac, ne concerne pas nos braves petits vignerons de la base. Croire que c'est avec les Coteaux Bourguignons ou le Bordeaux générique (ou même, supérieur) qu'on va changer cet état de fait, c'est se payer de mots.

Vous ne pourrez pas dire que je ne vous l'aurais pas dit.

12:40 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Vins de tous pays | Tags : droits de plantation, droits acquis, europe, vin, vigne | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

13 décembre 2012

Droits de plantation: Dacian Ciolos redit son soutien à la régulation des droits de plantations

Dacian Ciolos redit son soutien à la régulation des droits de plantation, à la veille d'une réunion au sommet où les consommateurs et contribuables européens auront peu de chances de s'exprimer, même si c'est eux qui paient.

Alors, je vous le redis aussi, Regulatorul, vous avez tort.

Contrairement à ce que vous dit la CNAOC, vous n'êtes pas sur la bonne voie, vous êtes juste en voie d'absorpsion par l'establishment syndicalo-viticole. Et pour ce qui est de la CNAOC, je souligne qu'elle se mêle de ce qui ne la regarde pas, puisque même sans les droits de plantations, les  aires des AOC ne pourront grandir que si les instances et l'INAO l'acceptent. Que n'ont-elles profiter de la réécriture de leurs décrets, avec le passsage en AOP, pour les restreindre? Le problème aurait été totalement réglé.

Vu de mon trou, M. Ciolos, votre gestion de cette question me semble pathétique; vous tournez au vent du corporatisme comme une girouette, et pour des raisons que je n'ose même pas soupçonner; et ce, en dépit de l'intérêt général et d'accords signés depuis des années.

Je doute que vous me lisiez, mais je tenais à vous renouveller ma défiance.

Vive la vigne... libre!

Et quant à vous, amis, lecteurs, je vous présente mes plus plates excuses pour avoir ainsi interrompu votre lecture d'un blog qui se veut convivial, apolitique et consumer-friendly.