23 avril 2013

Des notes de dégustation et de la pédanterie en général

"Attention, amis critiques vineux, les consommateurs décrochent".

C'est en substance ce sur révèle une étude réalisée par le distributeur britannique Laithwaites. Dans cette enquête, en effet, 55% des sondés déclarent que les descripteurs utilisés par les dégustateurs professionnels ne les aident pas à comprendre le goût du vin. Pire encore: plus de 60% des sondés ne retrouvent pas les arômes cités sur les contre-étiquettes.

Certains termes paraissent particulièrement abscons aux consommateurs interrogés, comme, “firm skeleton”, “old bones” et “nervy”. D'autres termes sont jugés peu utiles comme “wet stone”, “tongue spanking”, “haunting”, “vegetal”, “leathery”, “brooding” et “minerality” (ce dernier est pourtant très employé ces temps-ci). 

Les consommateurs sondés réprouvent le côté verbeux, suranné voire prétentieux de bon nombre de commentaires.
Ils préfèrent des termes évoquant le fruit comme “peachy”, ou bien des mots comme “fresh”, “mellow”, “zesty” et “earthy”. Ils apprécient aussi les conseils de mariages vin et mets.  

On aurait tort de passer ce genre de réactions par pertes et profits.

On peut bien sûr discuter tel et tel descripteur, se demander à quelle sorte de consommateur on a affaire - après tout, les magazines de vin parlent d'abord à des oenophiles, censés connaître un minimum le vocabulaire du vin et de la dégustation. Ce n'est pas une raison pour être pédant, ou cryptique.

Ce serait bien le comble que les critiques ne puissent pas entendre la... critique de leurs lecteurs potentiels.

D'un autre côté, une accumulation d'arômes ne décrit pas la structure d'un vin. La séduction qu'il peut exercer. La succession d'impressions qui se bousculent parfois au palais, plus pressés que dans la salle des pas perdus d'un tribunal de grande instance.

J'aime aussi à penser que nous ne sommes pas que des machines à reconnaître des odeurs - auquel cas des machines le feraient sans doute mieux que nous.

Que nous pouvons aussi mettre un peu de nous-mêmes dans nos commentaires, et même, oh, vanitas vanitatis, que certains lecteurs aiment un style autant qu'un type de descripteurs.

Je plaide coupable de ne pas employer le même vocabulaire que Parker, que Bettane, et même, que Smith, Cobbold, Budd, Vanhellemont, Siliakus, Kumor, etc...

Et j'espère que mes commentaires ne vous "gonflent" pas trop.

06:41 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

05 avril 2013

Mieux comprendre pour mieux transmettre le vin

Un de mes aînés dans la chronique des vins avait coutume de dire: "Un coup d'oeil sur l'étiquette, ça vaut 15 ans d'expérience".

C'est tellement vrai!

Reconnaître un vin, savoir d'où il vient, quel est son cépage, et même, qui l'a produit - pour autant que le producteur soit un tant soit peu connu, ce sont autant d'éléments qui vous permettent de briller en société... Ajoutez quelques commentaires joliment fleuris, et vous êtes l'homme du jour.

Je ne suis pas sûr que ce soit l'essentiel. C'est pour ça, d'ailleurs que j'ai tiqué, voici quelques jours, quand j'ai lu ce qu'on demandait aux candidats du Concours du Meilleur Sommelier du Monde (même si je sais que l'épreuve de dégustation n'est qu'une petite partie du concours).

dégustation

Au boulot, Hervé!

Si l'on parle de typicité des vins (je sais, le mot est galvaudé, tout autant que celui de terroir), si l'on parle d'identité commune, il est certainement plus intéressant de comparer une série de vins d'une même zone entre eux, d'analyser les différences et les dénominateurs communs (quand il y en a), d'essayer de comprendre ce qui les relie et les sépare, avec, en prime, la possibilité d'identifier la patte du vigneron, plutôt que de s'évertuer à reconnaître un domaine à l'aveugle, qu'il soit seul ou entre 30 anonymes.

En tout cas, pour moi, ça ne marche pas. Je me plante régulièrement, et les rares fois où je réussis l'exercice, je le mets plutôt sur le compte de la chance.

J'ai l'impression de ne pas avoir assez de mémoire olfactive; je peux repérer des sensations sur le moment, sérier les vins, les classer; mais j'oublie trop vite. Le côté synthétique (je ne parle pas du bouchon) l'emporte sur l'analytique.

Je ne dis pas que ce n'est pas possible - de bons spécialistes de telle ou telle région sont capables de reconnaître tel château, dans tel millésime. Mes copains Marc, Jim, Michel et David m'ont déjà bluffé plusieurs fois dans cette exercice.

Je leur tire mon chapeau, et je me dis que je devrais être plus méthodique, déguster plus et mieux. Par séries, plusieurs fois, noter ce qui dépasse de l'ensemble. Avec ou sans l'étiquette, peu importe. L'idée n'est pas de noter, de classer, mais de comprendre.

Ce n'est pas que je veuille jamais faire le singe savant, non. C'est juste que j'ai envie d'apprendre encore, pour apprécier mieux, et pour transmettre mieux ma passion. En pleine connaissance de cause.

C'est promis, je m'y mets demain.

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : dégustation, à l'aveugle | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |