05 avril 2013

Mieux comprendre pour mieux transmettre le vin

Un de mes aînés dans la chronique des vins avait coutume de dire: "Un coup d'oeil sur l'étiquette, ça vaut 15 ans d'expérience".

C'est tellement vrai!

Reconnaître un vin, savoir d'où il vient, quel est son cépage, et même, qui l'a produit - pour autant que le producteur soit un tant soit peu connu, ce sont autant d'éléments qui vous permettent de briller en société... Ajoutez quelques commentaires joliment fleuris, et vous êtes l'homme du jour.

Je ne suis pas sûr que ce soit l'essentiel. C'est pour ça, d'ailleurs que j'ai tiqué, voici quelques jours, quand j'ai lu ce qu'on demandait aux candidats du Concours du Meilleur Sommelier du Monde (même si je sais que l'épreuve de dégustation n'est qu'une petite partie du concours).

dégustation

Au boulot, Hervé!

Si l'on parle de typicité des vins (je sais, le mot est galvaudé, tout autant que celui de terroir), si l'on parle d'identité commune, il est certainement plus intéressant de comparer une série de vins d'une même zone entre eux, d'analyser les différences et les dénominateurs communs (quand il y en a), d'essayer de comprendre ce qui les relie et les sépare, avec, en prime, la possibilité d'identifier la patte du vigneron, plutôt que de s'évertuer à reconnaître un domaine à l'aveugle, qu'il soit seul ou entre 30 anonymes.

En tout cas, pour moi, ça ne marche pas. Je me plante régulièrement, et les rares fois où je réussis l'exercice, je le mets plutôt sur le compte de la chance.

J'ai l'impression de ne pas avoir assez de mémoire olfactive; je peux repérer des sensations sur le moment, sérier les vins, les classer; mais j'oublie trop vite. Le côté synthétique (je ne parle pas du bouchon) l'emporte sur l'analytique.

Je ne dis pas que ce n'est pas possible - de bons spécialistes de telle ou telle région sont capables de reconnaître tel château, dans tel millésime. Mes copains Marc, Jim, Michel et David m'ont déjà bluffé plusieurs fois dans cette exercice.

Je leur tire mon chapeau, et je me dis que je devrais être plus méthodique, déguster plus et mieux. Par séries, plusieurs fois, noter ce qui dépasse de l'ensemble. Avec ou sans l'étiquette, peu importe. L'idée n'est pas de noter, de classer, mais de comprendre.

Ce n'est pas que je veuille jamais faire le singe savant, non. C'est juste que j'ai envie d'apprendre encore, pour apprécier mieux, et pour transmettre mieux ma passion. En pleine connaissance de cause.

C'est promis, je m'y mets demain.

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : dégustation, à l'aveugle | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

29 mars 2013

L'Italo-Suisse Paolo Basso Meilleur Sommelier du Monde

Paolo Basso, 47 ans, sommelier italien exerçant en Suisse, a remporté ce vendredi la finale du concours du Meilleur Sommelier du Monde qui se tenait ce matin à Tokyo. C'est un habitué des concours: il avait déjà obtenu le titre de Meilleur Sommelier d'Europe en 2010. Il bat en finale la Canadienne Véronique Rivest et le Belge Aristide Spies.

Bravo à lui!

Zinfandel ou tempranillo?

Je ne veux pas faire la fine bouche, mais sur la foi des documents qui ont "fuité" des demi-finales, je constate que le vainqueur n'a pu identifier aucun des deux vins rouges présentés en demi-finale; ce qu'il a pris pour un Tempranillo de la Ribera del Duero 2009 était en fait... un Zinfandel 2010, et ce qu'il a pris pour un Nemea Aleatico 2007 était... un Château des Tours 2007. Au passage, je suis surpris de voir Nemea dans cette galère - pour moi, cette appellation grecque (exclusivement rouge) est d'abord connue pour l'Agiorgitiko. Quant à l'aleatico, j'en ai bu de Toscane et de Corse., jamais de Grèce. Et surtout, c'est un cépage blanc!

Soyons clairs, je ne discute pas son titre à M. Basso, c'est juste que je trouve l'exercice tout à fait artificiel. Et ce n'est pas ce qu'un client lambda demandera jamais à un sommelier.

J'ai vu aussi dans les réponses des demi-finales, du côté des alcools blancs, que pas mal de candidats hésitaient entre un ouzo grec, une sambuca et un raki turc. Je me demande en effet qui peut faire la différence - c'est anis blanc contre blanc anis, pour moi. Surtout, qu'est-ce que ça prouve des aptitudes du sommelier? Vous en commandez souvent, vous, des rakis turcs, au restaurant?

Whisky ou Cognac?

Pour finir, je note que dans la catégorie alcools bruns, la fine fleur de la sommellerie mondiale a aussi pas mal balancé entre Cognac, Whisky et Armagnac. Voila qui devrait rassurer ces trois appellations sur leur originalité, le côté inimitable de leur production!

Heureusement, il n' a pas que cette épreuve dans la compétition; il y a aussi des questionnaires de connaissances, et puis surtout, le service des vins et alcools. Et à ce jeu là, il n'y a pas de doute: Basso a été impérial (dixit mon copain Eric Boschman, qui était sur place, et qui s'y connaît).

Toutes mes amitiés aux deux candidats malheureux que j'ai le plaisir de connaître (le premier un peu plus que le deuxième), à savoir le Belge Aristide Spies et le Franco-Australien Franck Moreau. Retentez votre chance!

11:28 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, Belgique, Suisse, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (15) | | | |