15 août 2013

Wine Blogger: un vrai métier?

D'après une étude de la Wine Bloggers Conference, qui vient de se tenir au Canada, 30% des blogs de vins sont rémunérés et 4% gagnent plus de 4 000 $ par mois.

Primo, je me demande où ils trouvent ces revenus.

Secundo, je me demande si c'est vraiment l'esprit d'un blog.

Autant je trouverais normal que les lecteurs paient un petit quelque chose pour accéder à l'information (mais ne rêvons pas, la gratuité s'impose de plus en plus sur internet), autant je crois que le financement par des producteurs pose le problème de l'indépendance.

Moi qui pratique le blog à titre d'activité annexe et gratis pro deo, j'aimerai bien connaître le secret de mes estimés collègues.

Je me demande aussi s'il ne conviendrait pas d'indiquer plus clairement quels sont les blogs qui sont payés par des sponsors (et lesquels), et quels blogs ne le sont pas.

Un label "blog indépendant", peut-être? Ou "non-profit"?

Qu'en pensez-vous?

 

00:10 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (11) | | | |

12 août 2013

Les Français ne boivent plus assez de vin

Les dernières prévisions du Ministère de l'Agriculture font état d'une production de vin de l'ordre de 45,8 millions d'hectolitres pour 2013.

J'ai eu l'idée aussi sotte que grenue de rapporter ce chiffre à la population française, qui est actuellement de 65,8 millions de personnes (Mayotte incluse).

Si j'exclue de ce chiffre les moins de 15 ans, il me reste 53 millions de personnes.

Enlevons l'exportation de vin, qui représente environ 15,2 millions d'hectos (merci aux étrangers qui ne pensent pas tous, comme Monsieur Montebourg, qu'il faut consommer national!). Et puis la consommation industrielle (sauces, desserts...).

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Ajoutons le peu de vin que nous importons (un doigt de Porto, un trait de Madère, quelques vins du Maghreb pour les couscousseries, quelques Chiantis pour les pizzerias et du gros rouge d'Espagne pour les vins au litre). La consommation intérieure se stabilise alors autour de 30 millions d'hectos.

Rapportée à nos 53 millions de buveurs potentiels, on obtient le chiffre de 59 litres par habitant et par an. Dois-je rappeler que ce chiffre était de plus de 250 litres dans les années 1960?

Bien sûr, il faudrait tenir compte des "abstinents culturels" ou religieux, des buveurs repentis, des personnes au régime, des malades chroniques, des médecins prohibitionnistes ou de tous ceux que le vin n'intéresse plus; un nombre qu'on peut estimer à un tiers de la population hexagonale en âge de boire - à la louche.

Dans ce cas, nous n'avons plus qu'une population disponible de 35 millions de personnes, censés absorber 30 millions d'hectos de picrate.

Ce qui nous donne un chiffre de l'ordre de 90 litres par personne et par an. Soit un peu plus de 2 bouteilles par semaine. 25 centilitres par jour, et des brouettes. Deux verres.

C'est loin d'être déraisonnable. Je peux le faire. Je le fais.

Mais les chiffres sont là: en moyenne, nous n'atteignons plus ce chiffre. Certains le dépassent, l'explosent même, ce qui peut poser problème. Mais dois-je arrêter de conduire parce que mon voisin est un chauffard? Dois-je arrêter de boire parce que c'est un soiffard?

La réalité des chiffres montre plutôt que beaucoup de Français ont décroché du vin - et surtout, que les nouvelles générations n'ont jamais accroché.

Alors quand le Figaro titre que Les Français boivent toujours trop, quand mon estimé confrère mélange vin et alcools, binge drinking et vin d'honneur,  information et propagande, investigation et copier-coller, quand il relaie les "études" tronquées et dépassées de Hill et consorts, je dis: stop! Il y a belle lurette que nous ne buvons plus assez pour écluser la production. 

Certes, on pourrrait la diminuer - tous les vins produits en France sont loin d'être indispensables. Je ne demande pas mieux qu'on se concentre sur le bon. Qu'on redonne un contenu aux jolies mentions.

Mais surtout, on - je parle de nos élites, de nos gouvernants, de ceux qui ont le droit de causer dans le poste - on pourrait peut-être penser à réhabiliter un produit de culture et sa consommation modérée qui, moyennant une certaine qualité (celle du vin mais aussi celle du buveur) est notre meilleur allié contre les comportements dangereux et les addictions. Le problème n'est pas tant la moyenne de consommation que le nombre de ceux qui consomment trop (et trop de merde!) et le nombre de ceux qui ne consomment plus. La statistique mérite d'être affinée. Il faut lutter contre les excès. Mais l'abstinence n'est pas la solution; c'est juste la négation du problème. 

Parmi les addictions, je range bien sûr l'hygiénisme qui déresponsabilise en interdisant plutôt qu'en éduquant.

Aux verres, citoyens! Que le vin impur et la logorrhée des prohibitionnistes abreuvent nos sillons!

Et ne me rabattez pas les oreilles avec la consommation responsable. Je suis responsable; je pense que mes lecteurs le sont aussi; je ne les infantilise pas, je leur fais confiance.

A bas les mandarins et les gourous, éduquons nos papilles et buvons du bon!