13 juin 2013

Non, je ne vais pas à Vinexpo!

C'est fou le nombre d'invitations que je reçois pour des dégustations ou des animations organisées sur Vinexpo.

Plus alléchantes les unes que les autres; des petites appellations dont on entend presque jamais parler se mettent à exister. Des producteurs aphones toute le reste de l'année font le buzz pour un jour - il paraît qu'on a tous notre quart d'heure de gloire. Moi je l'attends toujours.

Bref, c'est ze place to be.

Dommage, je n'y vais pas. Je vous explique.

D'abord, la période est délicate: mes enfants passent des examens, alors je fais le taxi.

Tous les deux ans c'est pareil, je me dis que Vinexpo va changer ses dates pour moi, et puis non, c'est toujours à la mi juin.

En outre, j'ai déjà donné. Plusieurs fois. Pour Prowein aussi. L'essai n'a guère été concluant.

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Pour des acheteurs qui veulent renouer un contact avec leurs fournisseurs, ou en trouver de nouveaux, ça doit être intéressant; mais le journaliste, lui, est non seulement perdu au milieu de tous ces stands, mais pour peu qu'il en trouve un à son goût, celui ci est souvent pris d'assaut, le producteur n'a pas toujours le temps, on déguste en coup de vent, c'est de l'abattage.

"Un monde d'opportunités", qu'ils disaient. Moi je dis, qui trop embrasse, mal étreint.

Bien des oenophiles aimeraient assister à ces grand' messes du vin; ne pensez pas que je suis blasé mais moi, elles ne m'attirent plus guère.

En matière de salon, je préfère les salons à thème, comme celui des Vins de Loire ou Vinisud (auxquels je ne vais pas systématiquement). Et puis surtout, je préfère visiter les vignerons. L'émotion de la rencontre. Sinon, autant recopier les contre-étiquettes et les fiches d'analyse.

Voila pourquoi votre fille est muette - euh, je veux dire, voila pourquoi vous ne me verrez pas à Vinexpo. Ca ne veut  donc pas dire que je suis mort ou en taule.

Et à tous ceux qui y seront: bonnes dégustations!

09:41 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Vins de tous pays | Tags : vinexpo, salon, vin | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

12 juin 2013

Nobles Crus... et nobles sentiments

Sur le blog des 5 du Vin, hier, mon copain Jim Budd consacrait un billet aux derniers rebondissement dans l'affaire du fond d'investissement Nobles Crus, suspendu à la demande des autorités de contrôle du Grand Duché de Luxembourg.

On peut craindre que bon nombre d'investisseurs (parmi lesquels pas mal de Belges) perdent tout ou partie de leur argent.

Je suppose que je devrai les plaindre. Oui, mais non.

nobles crus, les 5 du Vin

 

Au risque de vous paraître insensible - car je n'exclue pas que se trouvent parmi eux quelques veuves dans le besoin voire de petits épargnants amoureux du vin, la spéculation sur les grands crus me hérisse le poil.

Combien des vins cotés par Nobles Crus seront effectivement bus? Et le véritable objectif du vigneron n'est-il pas de produire un produit qui se boit?

Un peu d'introspection, à présent.

Suis-je, par mes écrits, un tant soit peu responsable de la spéculation sur les grands vins?
Si c'est le cas, c'est à mon corps défendant; car pour moi, la plus belle qualité d'un vin n'est pas son potentiel de garde (même si je ne crache pas dessus) mais le plaisir qu'il me donne, hic et nunc. Je ne donne pas de doubles notes (pour aujourd'hui et pour dans 5 ou 10 ans). Je note et je savoure l'instant présent.

Certes, je regrette parfois que le consommateur boive certains vins trop jeunes - j'ai constaté, en effet, que le Muscadet, le Chablis, le Sancerre, le Grüner Veltliner, le Riesling et même le Beaujolais sont presque toujours meilleurs après deux ans (mais je n'ai pas dit quinze).  J'ai eu aussi parfois de grands moments de dégustation avec des vieux Bourgueils, de vieux Bordeaux, de vieux Madères. 

Mais de là à cautionner la thésaurisation, non. Je comprends qu'il y ait des amateurs, je ne juge pas - à chacun son truc, mais moi, ce n'est pas le mien.

Et puis surtout, penser qu'on puisse gagner de l'argent sur le travail d'un autre, juste en attendant, juste en conservant ce qu'un autre a créé - n'est-ce pas foncièrement injuste pour le vigneron, l'artisan, le créateur? Excusez mon angélisme, mon côté boyscout. Mais je suis comme ça. Les nobles sentiments ne nourrissent pas son homme, bien sûr, mais à quoi bon tenir un blog si c'est pour ne pas dire ce qu'on ressent.

Je crois l'avoir déjà dit, pardon de me répéter, mais les fonds d'investissements, la spéculation sur les vins me font penser au marché de l'art ou de la musique, à tous ces peintres morts dans la misère et dont une toile, au prix d'aujourd'hui, aurait assuré de quoi vivre 100 vies.

Voilà pourquoi, tout en félicitant Jim de sa clairvoyance et son obstination (n'avait-il pas déjà tiré la sonnette d'alarme voici deux ans?) et tout en regrettant la légèreté avec laquelle les responsables du fond en question traitent leurs actionnaires, voilà pour quoi je ne verserai aucune larme, pas même de crocodile.

Il y a certainement d'autres moyens de s'enrichir, même en dormant. Elite Advisers, l'équipe qui gère Nobles Crus, conseille aussi les montres et les bijoux, par exemple. Le monde ne manque pas de placements juteux.

Juteux n'est d'ailleurs pas l'adjectif que je choisirais pour décrire un grand cru, souvent très travaillé, voire corsetté de bois.

C'est plutôt au Juliénas, au Saint-Chinian, au Fronton, au Santenay, aux Côtes du Roussillon que je le réserve. Et jusqu'à présent, même si c'est injuste pour eux (mais c'est mieux pour moi), rares sont ceux qui font l'objet d'une spéculation...

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Luxembourg, Vins de tous pays | Tags : nobles crus, les 5 du vin | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |