08 septembre 2013

La dégustation, science ou arnaque?

Le critique britannique Tim Atkin en a marre de voir la grande presse, s'appuyant sur des enquêtes d'opinion, qualifier son métier (incidemment, le mien aussi), au mieux, de fausse science, au pire, d'arnaque.

Il y voit un peu d'envie, et beaucoup de méconnaissance de la part de nos "confrères" généralistes: "Les articles attaquant les critiques spécialisés pour leur "langage fleuri" semblent plaire au public, et ce pour deux raisons principales. Primo, ils semblent donner raison à ceux des buveurs britanniques qui, confusément, aiment à penser que du pinard pas cher est "souvent meilleur" que des vins plus onéreux. C'est cette même mentalité du "plus petit commun dénominateur" qui a fait tant de mal à la qualité moyenne des vins au Royaume-Uni.

Secundo, ces articles attisent l'insécurité profonde du consommateur par rapport à ses propres facultés, qu'il exprime invariablement par une sorte de snobisme à l'envers: "Je sais bien ce que j'aime, etc..".

dégustation, vin

Tim Atkin

J'avoue que je n'ai pas été aussi loin dans l'analyse. Je me méfie toujours des généralisations hâtives. Je crois surtout que notre métier n'intéresse pas tout le monde. Le vin n'intéresse pas tout le monde. Le vin de qualité encore moins.

Nous ne pouvons exiger d'être compris, ni appréciés de tous. Notre prose s'adresse d'abord aux aficionados. Et encore tous ne sont pas prêts à nous entendre. Certains s'en tiennent aux poncifs éculés et ne sont pas disposés à essayer autre chose que ce qu'ils connaissent déjà. Leur plus gros intérêt dans l'année: le dossier primeurs de Bordeaux - hors des Grands Cus, point de salut!

D'autres, à l'inverse, ne jurent que par des pistes nouvelles, ne goûtent que des breuvages extrêmes, nous trouvent pusillanimes, routiniers, moutonniers; même quand nous nous enthousiasmons pour un petit Châteaumeillant, par exemple, ils regrettent qu'il ne soit pas nature, pas biodynamique, même pas vinifié en amphores, etc.

Quoi qu'il en soit, je me dis que si je permets juste à un honnête buveur d'en savoir plus sur une région, un type de vin, un vigneron qui mérite qu'on le sorte de l'anonymat, bref, d'ouvrir son horizon vineux, c'est déjà bien.

En conséquence de quoi je ne m'offusque plus trop, ni des réactions des adeptes de l'autoroute vineuse, ni des passionnés de la déviation. Quant aux articles de la presse dite grande, je me dis que ce n'est pas dans le vin que leur imprécision, leur parti-pris, leur manque de fond sont les plus dangereux. Que penser de la couverture de l'actualité politique, des conflits régionaux, de la santé?

Je vous renvoie pour cela au lien suivant http://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20130731.OBS1691/... ". C'est tout sauf rassurant.

A votre bonne santé quand même!


08:15 Écrit par Hervé Lalau dans France, Grande-Bretagne, Vins de tous pays | Tags : dégustation, vin | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

06 septembre 2013

Vin, Slow Food et politique

Mon confrère et ami Franco Ziliani lève à nouveau un beau lièvre avec l'affaire "Slow Food vs Bressan".

Fluvio Bressan, vigneron du Frioul, s'est permis quelques déclarations racistes à l'encontre d'une ministre italienne et Slow Food, en conséquence, a cru bon d'exclure les vins de ce producteur de la prochaine édition de son guide de vins.

SlowFoodWineBook.jpg

Slow Food Wine Guide (Edition 2013)

 

Franco Ziliani s'interroge sur le bien fondé de cette exclusion (moi aussi, d'ailleurs). Pour lui, un guide de vins n'est pas un tableau d'honneur du politiquement correct, mais juste une sélection de produits qui n'ont d'autre message à porter que leur goût.

Et mon confrère de renchérir: à ce compte-là, faut-il exclure du guide les maisons au passé fasciste? Surtout quand certains héritiers ne semblent pas vraiment le renier - Ziliani cite les cas d'Antinori et de Frescobaldi.

Je ne suis pas sur que la comparaison soit tout à fait adaptée, mais qu'importe.

Ce qui importe, et Franco le fait très bien, c'est de montrer le ridicule qu'il y a à mêler la politique, les opinions même contestables, voire détestables, d'un vigneron et une sélection de vin.

Au Chili, en Allemagne, en Autriche, on pourrait aussi trouver une foule d'exemples de vignerons plus ou moins infréquentables, encore aujourd'hui. J'ai visité voici quelques années un domaine autrichien où le propriétaire gardait bien en évidence des souvenirs du bon vieux temps du Troisième Reich, celui où les trains arrivaient à l'heure, qu'ils transportent du vin ou de futurs gazés. Sans oublier, au fond de la cave, un beau tonneau sculpté à la gloire de l'Anschluss.

En France aussi, dans la communauté vigneronne, nous ne manquons ni de staliniens ni de fascistes plus ou moins assumés, et d'indécrottables racistes. Nous avons aussi sans doute des royalistes, des trotskystes, des anarchistes, des libertaires, des pétainistes, des souverainistes, des altermondialistes, et même des opportunistes...

Mais le rapport avec la critique viticole? Faut-il maintenant que je m'informe de la tendance politique des producteurs, de leur appartenance raciale, de leurs orientations sexuelles et de leurs opinions religieuses avant de commenter leur vin?

Pour moi, c'est non.

"Tout est politique", disait Lénine. Qu'il me soit permis de le contredire.

Même si, à titre personnel, il y a des gens avec je préfère ne pas trinquer, je ne vois pas ce qui me donnerait le droit d'éliminer leurs vins de mes dégustations pour autre chose que la qualité du produit.

Si je le faisais, je ne vaudrais pas beaucoup plus que ceux qui écrivaient naguère "Kauf nicht bei Juden" sur les devantures de magasins juifs.

Paradoxalement.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Italie, Vins de tous pays | Tags : kauf nicht bei juden, slowfood, opinion, vin, critique | Lien permanent | Commentaires (9) | | | |