29 octobre 2013

Le vin, patrimoine culturel bientôt reconnu

C'est une sorte de serpent de mer que la reconnaissance par la loi de la dimension culturelle du vin en France.

On en parle depuis des lustres (alors qu'en Espagne, la loi sur la vigne et le vin a été votée il y a dix ans).

Mais maintenant, il y a une proposition de loi en bonne et due forme, déposée sur le bureau du Sénat par le Sénateur de l'Aude Roland Courteau.

Celle-ci a l'avantage d'être claire, en un seul et unique article: «le vin, produit de la vigne, fait partie du patrimoine culturel et gastronomique protégé, en France».

Claire, il faut croire qu'elle ne l'est pas encore assez, puisque cette proposition devra d'abord passer par le crible de la Commission des Affaires économiques du Sénat avant d'être présentée en séance publique au Sénat.

Puis, si elle est votée à la chambre haute, il lui faudra encore être votée à l'Assemblée Nationale. Pour cela, il faudra bien sûr que le gouvernement, qui a curieusement la maîtrise de l'ordre du jour de l'Assemblée, ou peu s'en faut, juge utile de la mettre dans ses priorités.

Bref, ce n'est sans doute pas demain que la loi Courteau sera promulguée.

Et que changera-t-elle, au fait? Que dit-elle que nous ne sachions déjà mais qui ne soit bafoué tous les jours que Bacchus fait par la Loi Evin et ses avatars de la jurisprudence?

Et même si je ne peux qu'adhérer au principe - le vin est effectivement un produit de culture - je ne peux m'empêcher de constater que de grands pans du patrimoine national prétendument protégés sont laissés à l'abandon en France (je pense au Château de Chambord); et qu'en moyenne le consommateur "moderne" semble plus intéressé par le vin boisson (pur ou aromatisé) que par le vin culture. Quand il s'y intéresse.

Je ne suis pas sûr qu'une loi puisse renverser les choses.

Amis lecteurs, je vous sais oenophiles, pour la plupart - vous ne seriez pas là sinon. Mais je sais aussi que nous ne sommes qu'une minorité dans ce pays. Ne prenons donc pas notre passion pour une généralité.

Au fait, en Espagne, la Ley de la Viña y del Vino a été promulguée en juillet 2003. Il me faut malheureusement constater que depuis, loin de rebondir grâce à cette consécration légale, la consommation de vin n'a fait que baisser en Espagne (encore -6% en 2012).

Ley del vino.jpg

Exposé des motifs de la Loi de la Vigne te du Vin (2003, Espagne): "Le vin et la vigne sont inséparables de notre culture".

Attention, je soutiens l'initiative de M. Courteau. Mais je dis seulement qu'elle ne suffira pas.

J'appelle donc de mes voeux, d'une part, une réinterprétation de la loi Evin, qui libère le vin de son carcan.

Et de l'autre, j'appelle à un renforcement des contraintes à la production (au moins en AOC).

Non à la chaptalisation, à l'enrichissement, à la cryoextration, à la réacidification, à l'irrigation, à l'osmose inverse, aux levures aromatisées, non à tout ce qui fait que le vin nous ment - à cette condition seulement, il méritera le nom de produit culture. Et avec ce joli nom, non seulement la protection du législateur, mais aussi un intérêt renouvelé du consommateur.

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

28 octobre 2013

Enrichissement des vins: "on ne peut pas continuer comme ça"

On lisant ce titre sur Vitisphere, j'ai cru un instant que la filière souhaitait interdire à la chaptalisation et l'enrichissement des vins. Ce que je peux être naïf, tout de même!

J'ai vite déchanté. Lisez-vous même ICI

En lisant le commentaire de M. ou Mme Craoux, je me suis aussi aperçu que certains menaient la politique du pire: puisqu'on bidouille partout dans l'agroalimentaire, pourquoi pas dans le vin.

I beg to differ. Il ne faut pas tout mélanger, et surtout, il faut en revenir à la promesse faite au pauvre buveur.

Pourquoi la saccharose serait-elle honteuse, M. ou Mme Craoux? Oh, juste parce qu'en AOC, on vend au consommateur un produit de terroir, avec des conditions climatiques, des millésimes, et que chaptaliser ou enrichir, c'est tricher avec ce terroir. Et puis, lire que les Côtes du Rhône, cette année, ont besoin de sucre, c'est surréaliste.

J'ai connu certains des responsables qui revendiquent le sucrage, sous toutes ses formes, quand ils revendiquaient haut et fort la singularité de leurs cailloux, de leurs graviers, de leur climat, de leur histoire, jusqu'à demander qu'on leur donne la mention Premier Cru. Ca fait tout drôle.

Logiquement, pour moi, il faudrait donc renoncer à tous les bidouillages, en AOC du moins, quitte à en vendre moins. Au passage, cela ferait remonter les cours et adapterait l'offre à notre demande déclinante. On peut rêver…

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |