11 novembre 2013

Curieux concours de vin

Etonnants, les résultats du Grand Prix Canadien des Vins du Monde. Voyez un peu les détails qu'en donne mon collègue et ami Marc André Gagnon, ICI.

Finalement, les concours, c'est un peu comme la saucisse: tout dépend ce qu'on met dedans.

Quand dans un concours, les inscriptions en provenance de certains pays ou régions sont trop faibles, ou inexistantes, on ne peut s'attendre à retrouver ces pays ou ces régions au palmarès.

Alors, il ne faut guère s'étonner qu'on donne le titre de "meilleurs vins du monde" à des seconds couteaux, ou à des produits industriels sans intérêt.

Que peut-on faire pour protéger le consommateur contre de telles incongruités?

Exiger qu'on publie la liste de tous les produits en compétition dans chaque catégorie?

Interdire l'émission de médailles en dessous d'un certain nombre de produits inscrits par catégorie?

Réaliser un audit des concours, afin de faire le tri entre les compétitions sérieuses et les autres?

Ne rien faire, au nom de la liberté d'entreprise?

Et vous, qu'en pensez-vous?

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Canada, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

07 novembre 2013

Simplifier... ou expliquer

Où l'on reparle de cépages...

Axe de communication devenu important dans les années 80 aux USA, le cépage est une façon commode d'apprendre le vin, de décomposer, de simplifier: une variété de raisin, un type de goût.

Une façon assez réductrice de voir le vin, aussi.
Récemment, certains pays ont cru bon d'associer leur nom à celui d'un cépage. L'Argentine est devenu LE pays du Malbec, le Chili celui du Carménère, l'Uruguay celui du Tannat, l'Afrique du Sud celui du Pinotage et du Chenin...
Cela relève plus du marketing que de la réalité du vignoble - car dans tous ces pays, on trouve bien d'autres cultivars.

Assez rares, en définitive, sont les régions où la tradition viticole repose sur un seul cépage. Ne serait-ce que pour des raisons de productivité: cultiver plusieurs cépages et les assembler, c'est répartir les risques, ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
Dans la Rome antique, déjà, les grands auteurs affirment que le nombre de cépages est aussi grand que celui des grains sables sur une plage!
Plus près de nous, le Bordelais, la Champagne, les Côtes du Rhône méridionales, la Rioja, le Chianti, sont autant d'exemples de régions où l'on assemble plusieurs cépages.

Même les régions apparemment dévolues aux vins monocépages présentent une réalité souvent plus complexe qu'on ne le croit. Ainsi, le Gamay et le César ont longtemps cohabité avec le pinot en Bourgogne, pour le rouge. De même, en blanc, le Chardonnay côtoyait l'Aligoté, le Melon de bourgogne, le Pinot blanc et même le Sauvignon par endroits...

Quant aux Côtes du Rhône du Nord, qu'on dit réservées à la seule syrah, notons que dès le 18ème siècle, on y atteste la pratique de l'assemblage viognier-serine (ancien nom de la syrah). Les experts de l'époque discutent même des vertus des cuvées à majorité viognier par rapport à celles à majorité syrah...

domaine-marcel-deiss-engelgarten-2008-etiquette.jpg

Vous m'objecterez: "Et l'Alsace!" N'est-ce pas la région par excellence où l'on vinifie les différents cépages séparément, où un même vigneron peut vous proposer une brochette de vins sous la même signature, mais sous des noms de cépage différents?

Demandez donc un peu à Jean-Michel Deiss ce qu'il pense de la complantation. Lui prétend que la vraie tradition alsacienne, celle des temps immémoriaux, est celle des terroirs et des assemblages de cépages par terroir. Pour avoir bu - et apprécié - son fabuleux Engelgarten, qui assemble Riesling, Pinot Gris, Beurot, Muscat et Pinot Noir, je ne peux que soutenir la démarche. D'autant que dans ce cas, mettre les cépages au second plan revient à rendre justice à un grand terroir (les graves de Bergheim).

On notera que l’Autriche, qui vient de reconnaître sa première DAC complantée (Gemischter Satz, à Vienne) va tout à fait dans le sens de M. Deiss.

Bref, je suis d'avis qu'il ne faut pas trop simplifier, mais plutôt faire l'effort de bien expliquer.

C'est mon métier.

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace, France, Rhône, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |