16 novembre 2013

Quand j'entends le mot critique...

Quand j'entends le mot "critique", je pense à un grand gourou de la chronique musicale des années 60-70, Ian Mac Donald.

Qui a écrit ceci: "Avec ses vagues prétentions, son côté plaintif et sa mélodie léthargique, à l'évidence, elle porte la marque de la grandiloquence qui nait de la consommation d'acide, juste rendue plus aimable par le simple effet de la fatigue". 

Et de quoi parlait-il?

De la chanson "Across the Universe", de John Lennon.

musique et vin

 

S’il n’était pas mort, Ian MacDonald, qu’on avait connu plus inspiré, serait heureux d’apprendre que cette chanson flotte dans l’espace depuis février 2008, en direction de l’étoile polaire.  Un hommage rendu à John et aux Beatles par la NASA, 40 après la création de la chanson.
Dans 425 ans, le message devrait atteindre sa destination. Et je ne suis pas sûr qu’alors, on parle encore beaucoup d’Ian Mac Donald.


Aussi, quand je rédige mes commentaires de vin, j’ai soin d’éliminer tout jugement définitif.
Non par peur de déplaire, mais parce que ne sachant pas faire de vin, pas plus que MacDonald ne savait faire de chansons, je ne me sens pas le droit de faire de mes impressions une généralité, et encore moins de dire au vigneron ce qu’il a à faire.

Pour revenir à la chanson, Across the Universe a connu une demi-douzaine de versions, dont aucune n’aura vraiment eu l’heur de plaire à Lennon, qui y tenait beaucoup.
J’aime assez celle de 1968, avec les deux groupies. Et celle de Let It Be Naked. Même si la plus "grandiloquente",  celle remixée par Phil Spector, sur l’album Let it Be, est celle qui me reste le plus dans l’oreille – parce que c’est la première que j’ai entendue, et celle qu’on diffuse le plus. Spector devait avoir eu une promo sur les violons et sur la location de la chambre d'écho...

Je vois au moins une analogie avec le vin: le boisé. L’abus de bois ressemble parfois à une orchestration trop envahissante; irrésistiblement, quand on la perçoit au nez ou en bouche, je me demande comment aurait été le vin sans le fût, ou avec un autre élevage.
Si je suis dans la cave, je demande à déguster le vin jeune, pour avoir une idée. Souvent, je suis déçu. Parfois, pourtant, je trouve la version que j’aime, le fruit de la terre et du travail des hommes, plutôt que la vanille.
Je n’en ferai pas une généralité – les tonneliers ont le droit de vivre, et je me garderai bien de tous les mettre dans le même tonneau.
Dernière analogie: Lennon disait de cette chanson que contrairement à toutes les autres, il ne l’avait pas composée, mais qu’elle était venue à lui, une nuit.
J’ai déjà entendu ce genre de propos dans des caves où même le vigneron, parfois, ne comprend pas tout à fait ce qui se passe dans ses cuves, où c’eest le vin qui vient à lui. Raison de plus, quand c’est bon, de ne pas trop sophistiquer les arrangements…


Jai guru deva om.

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Grande-Bretagne, Vins de tous pays | Tags : musique et vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

14 novembre 2013

Pleyel, labels, chrysanthèmes

Les hommages viennent souvent trop tard. Quand ils ne sont pas carrément vides de sens.

La cote des oeuvres de Van Gogh n'a jamais été aussi haute. Mais le génie est mort dans la dèche.

Saint Emilion porte au pinacle de son classement des grands crus dont la production est de toute façon réservée à une élite.

L'Etat classe des monuments qui tombent en ruine et dont on sait qu'il ne donnera pas le premier sou pour assurer l'entretien.

Ce même Etat labellise des sites d'oenotourisme, genre musée de l'outillage et des traditions viticoles; tout en encadrant tellement strictement la publicité sur le vin que le consommateur finit par se demander comment il doit en parler à ses enfants - patrimoine à perpétuer ou héritage d'une addiction révolue?

Dans un autre registre - musical, celui-là, j'apprends que la manufacture de pianos Pleyel - la dernière de France - ne passera pas l'année.

Déjà, en 2007, pour ses 200 ans, la firme avait dû fermer ses ateliers d'Alès pour se recentrer sur le haut de gamme (d'un millier de pianos, la fabrication était tombée à une vingtaine par an). Cela n'a pas suffit pour sauver l'entreprise. Pourtant, en 2008, elle avait obtenu le "Label du Patrimoine Vivant".

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Le Pleyel du Musée Chopin, à Varsovie (Photo Boston9)

Le "vivant" est d'abord devenu tellement élitiste qu'il ne concernait plus qu'une toute petite coterie de nantis. Il sera bientôt tout à fait mort. Le label n'aura donc été qu'un joli chrysanthème sur son cercueil.

Fallait-il que les Académies de musique pratiquent la préférence française? Fallait-il que Pleyel délocalise à Taiwan ou en Thaïlande? Fallait-il que l'Etat nationalise l'entreprise, au titre de l'exception culturelle (après tout, il a bien des participations dans des banques ou des fabriques d'armes...). Qu'est-ce qui est nécessaire et qu'est-ce qui est superflu?

J'avoue mon ignorance, mon incompétence, mais surtout, ma tristesse de Français et de mélomane.

Il ne reste qu'à plaquer un dernier accord sur le dernier Pleyel et à refermer le couvercle du clavier en pensant à Liszt, à Chopin et à Saint-Saëns, aux oeuvres desquels les pianos Pleyel ont un petit peu contribué, leur donnant 'la" sonorité qu'ils aimaient; un peu comme à un vin, une barrique de Tronçais ou de Nevers peut donner un éclat particulier...

00:10 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |