18 janvier 2008

Abstinence ou modération?

Notre confrère et ami québécois Jacques Orhon nous fait part de ses réflexions sur la problématique, on ne peut plus actuelle, des croisades almagamant vins et alcools, publicités et information. Vive le Québec!

"Le grand biologiste Louis Pasteur était-il ivre lorsqu’il a écrit: «le vin peut être à bon droit considéré comme la plus saine, la plus hygiénique des boissons»* ? On serait porté à le croire en écoutant tous les partisans de l’abstinence qui sévissent de nos jours, ici et ailleurs, et en suivant les campagnes antialcooliques qui ne font pas dans la nuance. Pour ma part, je regardais le reportage, intitulé «La modération a-t-elle toujours bien meilleur goût ?» à l’émission Enjeux diffusée sur nos ondes le 1er novembre dernier. Biaisé tout simplement !

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 Jacques Orhon en action (ici à droite, en toute modération).

 

En effet, ce document qui sous-entend que certains ont voulu faire croire que le vin est un médicament puisqu’il possède des vertus thérapeutiques, tombe dans l’éternel piège qui confond vin et alcool puisqu’on trouve de l’alcool dans le vin. Encore une fois, on mélange tout puisque l’on fait l’amalgame entre le bon vin, bu modérément et en toute connaissance de cause, et les spiritueux de tous acabits qui, effectivement, peuvent causer des dommages irréparables.

En fait, à part quelques chiffres ici et là, on n’apprend pas grand chose et à toute fin pratique, on a gardé de la plupart des protagonistes des propos d’une certaine banalité. Le très compétent docteur Juneau a l’air de se demander ce qu’il fait autour de cette table, alors qu’il ne peut aller de l’avant dans son argumentation. Et c’est d’autant plus biaisé qu’à côté des images calmes et posées des personnes qui réfutent les bienfaits du vin, on nous montre sans arrêt l’autre côté de la médaille avec des séquences de personnes festoyant allègrement, trinquant à qui mieux-mieux ou criant comme des forcenés. Comme si le vin rimait toujours et encore avec consommation excessive, beuverie et trivialité, comme si la notion de plaisir devait toujours passer par l’effet pur et simple de l’alcool, poison incontournable qui ôtent les inhibitions comme chacun sait…


Pourtant, il n’en est rien, dans la mesure où l’on consomme intelligemment et en quantité raisonnable. Tous les œnophiles dignes de ce nom savent que le bon vin est synonyme de civilisation, de culture, de découvertes, de savoir-vivre, et j’en passe. Hélas, à l’image du mot « bouffe » qui a remplacé systématiquement dans les médias québécois, les termes nourriture, cuisine, mange, mets, repas, etc., on comprend pourquoi cette pratique réductrice du raccourci et du nivelage par le bas, mène à des malentendus. Et il y a encore une fois malentendu et raccourci quand on blâme le système des rabais qui soi-disant font augmenter les cas d’alcoolisme.

C’est affirmer tout et n’importe quoi. Il n’y a tout de même pas péril en la demeure à voir augmenter la consommation du vin au Québec, même si nous sommes à 16 litres en moyenne par habitant. Dans certains pays, la majeure partie de la population se porte plutôt bien malgré une moyenne de 40 litres. Il faut donc chercher les problèmes et les solutions ailleurs. Et on sent poindre l’hypocrisie quand on pense que la critique ne serait pas aussi forte si les rabais étaient offerts par des sociétés privées. La morale de l’état serait préservée.

À cet effet, en France, au pays qui produit sur ses propres terres parmi les meilleurs crus de la planète et où l’on traverse actuellement une grave crise viticole (avec une chute de la consommation du vin malgré les nombreux rabais…), l’ancien ministre Claude Évin semble ne jamais avoir entendu parler d’Éducalcool, notre organisme québécois qui fait la différence entre éducation et répression. En imposant sa loi drastique relative à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme, il est lui aussi tombé dans les pièges de la confusion des genres. Et comme le soulignait dernièrement une productrice du sud de la France, que dire du mutisme dont fait preuve le ministère de l’Agriculture Français face au Directeur de la Santé, Didier Houssin, qui prône tout simplement que « pour lutter contre l’alcoolisme, il faut aller vers l’abstinence ; qu’il faut augmenter le nombre de non-consommateurs et que tout cela doit passer par une taxation forte ». Et la dame d’ajouter à juste raison qu’il suffirait de prévenir et de soigner ceux qui ont un réel problème, en laissant vivre les autres à leur guise.


Allez, je termine sur deux bonnes nouvelles. Eh oui, le vin blanc a également des vertus thérapeutiques ! C’est ce qu’a annoncé Alberto Bertelli, président de la commission Santé de l’OIV lors d’une conférence de presse à Rome : les vins blancs auraient un potentiel anti-oxydant aussi important que celui de l’huile d’olive, grâce à la présence de deux composants aux avantages reconnus : le tyrosol et l’acide caféique. Et selon les cardiologues Allemands, les vins rouges français seraient plus efficaces que les rouges allemands pour la prévention de la sclérose des artères et les infections. Cette particularité serait liée à leur teneur élevée en flavonoïdes et en polyphénols. Super !"


* Louis Pasteur, Études sur le vin, 1, B.

 

20:10 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

17 janvier 2008

Qui est le plus gros vendeur de vin au monde?

Nos confrères de Meiniger's Wine Business International publiaient récemment une belle interview du directeur des achats vins de Tesco. Au détour de cette interview, le distributeur britannique se flattait d'être le premier vendeur de vin au monde, "devant le monopole de l'Ontario".

Cette  affirmation m'a laissé songeur. Compte tenu de la présence de Carrefour dans un grand nombre de pays gros consommateurs de vin (France, Espagne, Portugal, Italie, Argentine...), il me semblait impensable que Tesco, dont les activités extra-britanniques sont surtout implantées en Asie, vende plus de vin.

Le 9 janvier dernier, j'en ai donc demandé confirmation au service des relations publiques "corporate" de Carrefour, apparemment confiées à l'agence TBWA.

Je reçois aujourd'hui (heureusement, il n'y avait rien d'urgent) la réponse de ce service:

Monsieur,

Nous ne disposons malheureusement pas de ce chiffre au niveau mondial.

Très cdt,

Service de presse du groupe Carrefour
Tel : (33) 1 49 09 26 66
Fax : (33) 1 49 09 26 60
groupecarrefour@tbwa-corporate.com

 

Deux commentaires.

Sur la forme, tout d'abord: le ton est un peu sec pour des pros des relations publiques. Et je n'aime pas les abréviations dans les salutations. Les "sltns", je veux dire.

Sur le fond, ensuite: un groupe qui ne sait pas consolider ses ventes me paraît mal parti dans la compétition internationale, ne serait-ce que pour négocier sur les volumes d'achat...

Et je ne vois vraiment pas pourquoi ce qui est possible chez Tesco ne le serait pas chez Carrefour.

 

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Manifestement, il y a encore beaucoup à découvrir chez Carrefour. Même en interne.

 

 

 

 

18:12 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |