09 février 2008

La belle chanson de Roland

Reçu de notre ami Roland Gohy, ce texte fort bien écrit: 
 
 
HEUREUX QUI, COMME LES BELGES, NE SONT PAS BRIMES DANS LEUR QUETE HEDONISTIQUE
 
Nous connaissons tous de tristes pochards, des caractériels de l'alcoolisme. Ceux-là ne se saoulent pas aux bons vins, qu'ils soient de Bordeaux, de Bourgogne, de Champagne, ou d'ailleurs. Le prix des vins de qualité, et, à fortiori des grands crus, en limitent de facto la consommation! Ce n'est évidemment pas un article de presse, fût-il élogieux, qui incitera un oenophile à ingurgiter une quantité déraisonnable du vin recommandé! Même si l'alcoolisme mondain existe lui aussi.
           
La bière est toutefois souvent choisie par les alcoolos de tout poil dans leur tendance aux excès, même si les alcools durs, les spiritueux, restent des voies d'accès très visitées pour atteindre l'état d'ébriété recherché par les dépendants.
Ce sont d'ailleurs souvent les mêmes qui cumulent les assuétudes en s'acceptant esclaves de la cigarette!
Ces attitudes, qui signent une faiblesse de caractère notoire, ont été canalisées par des lois contraignantes. Mais qu'en est-il, en France, des restrictions qui briment  l'information vitivinicole? Celles-ci ne peuvent que s'avérer "coups dans l'eau", ce qui est un comble! Comme s'il était possible, aux pays des meilleurs vins du monde, de n'en point parler dans les médias!
Les lobbies antialcool se mobilisent régulièrement et tentent de bâillonner la presse spécialisée! Comme si la liberté de la presse informative et éclairante, n'était  plus de mise en France! Il n'en est pas de même chez nous où la modération conseillée n'empiète pas vraiment sur la liberté de chacun, pourvu qu'elle ne compromette pas la sécurité des autres.
Ne pas distinguer le vin des différentes boissons alcoolisées paraît bien être le signe d'une lacune culturelle au sein des lobbies et dans l'administration de la santé publique.
Plutôt que de se priver d'une bouteille d'un vin en adéquation avec le repas prévu, de plus en plus de gourmets se déplacent en taxi ou en  véhicules communautaires. Ainsi la tranquillité d'esprit le dispute-elle à l'hédonisme bien compris.

Roland Gohy
 

18:23 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

07 février 2008

Variations sur un même thème : le chianti classico

On chercherait en vain une région plus symbolique de la culture et de l’art de vivre à l’Italienne que la Toscane. Et un vin plus « italissime » que le Chianti Classico.
Pour l’illustrer, voici trois domaines qui ont tout trois délibérément choisi l’encépagement traditionnel (au moins pour leur chianti classico) : Isole e Olena, Castello di Ama et Castello di Cacchiano. Variations sur un même thème.

Isola

 Bella Toscana (photo H.Lalau)
 
 
Isole e Olena (Barberino Val d’Elsa)

Deux coteaux, au centre du Chianti Classico, réunis par une famille piémontaise installée il y a 50 ans. Paolo de Marchi, deuxième génération, s’occupe des vinifications depuis les années 80.
C’est un partisan d’une tradition réinventée : « Je crois que l’on doit offrir des vins fidèles au terroir, dans cette région ; nous avons planté des cépages non autochtones, mais nous ne les utilisons pas pour les vins de la DOCG, même si c’est permis aujourd’hui. C’est une question de respect des consommateurs et de notre propre travail. J’aime les choses simples. Je récolte du raisin, et je fais du vin avec, en essayant de le manipuler le moins possible. De Marchi ne voit pas l’utilité d’utiliser des cépages bordelais pour faire du chianti, même si c’est permis. Il pourrait maintenant déclarer son Cepparello en Chianti Classico, même si c’est un 100% sangiovese, mais il ne le fait pas, car il le déclarait déjà en IGT avant que le  Disciplinare ne change. «Cela pourrait induire les gens en erreur, maintenant que l’on peut aussi utiliser les variétés étrangères dans la DOCG Chianti Classico »
Il ne fait pas non plus  de Chianti Classico Riserva, car son idée d’un riserva est le Cepparello (du nom de la vallée).
Paolo de Marchi constate que l’on récolte plus tôt qu’avant, car climat a changé ; le sangiovese est très réactif aux changements, un peu comme le pinot noir ; et le cépage n’est qu’un élément dans le terroir; et il conclut:  «Il n’y a pas vraiment de mauvais millésimes, seulement des millésimes plus légers si on est sélectif dans la récolte…»

-Collezione de Marchi Chardonnay 2005: pain grillé, mais notes fruitées, bonne rondeur, un peu de sucre résiduel. 13,5°. Un an en barrique sur lies. Commercial.

-Isole & Olena Chianti Classico 2005*: nez très fruité, fraise garriguette, bonne acidité en bouche, apporte à la fois de la charpente et de la fraîcheur

-Cepparello 2004*: beau nez fruits noirs, très frais, bouche charpentée, mais très élégante, acidité, le bois surnage un peu ; maturité phénolique limite.

-Cepparello 2003**(*): nez très riche, fruits mûrs mais non confits, fraise, groseille, cerise noire, la bouche renforce le fruit du nez, impression de plénitude. 94 chez Parker

-Cepparello 2002: beau nez un peu confituré, acidité plus présente, belle minéralité, vin plus léger assez représentatif du chianti classique, tout de même; la finale est un peu plus sèche, mais bon vin de repas.

Toscane

 
 
Castello di Ama

« La différence entre une personne normale et un génie ne se voit pas à la naissance ».
Voilà pourquoi les vins de Castello di Ama ne sont pas à boire avant 5 ans. Quand on exploite un domaine dont les traces remontent à 1197, on prend son temps…
Vendanges en cagettes, sélections des parcelles, tables de tri, bois de choix, rien n’est ici laissé au hasard pour produire des vins de grande classe.

-Castello di Ama 1999** : cerise mûre, fraise, nez assez bourguignon, métallique en bouche, complexe, tannins bien fondus, déjà prêt à boire. « Fresa salvaje, cuerpo de mujer », comme dit notre ami Antonio Casado.

-Castello di Ama 2002* : sélections très poussées pour ce millésime difficile, nez très fin, fraise écrasée, humus, bien mûr, bouche élégante, frais mais pas végétal

-Castello di Ama 2004**(*): un millésime exceptionnel en Toscane, avec un été très précoce, et une production limitée. Nez très flatteur de framboise, belle structure, beaux tannins,

-Vigneto La Casuccia 2004***: une sélection encore plus poussée sur la parcelle, plus riche, un peu moins rocheuse ; cerise de Bâle, très mûre, violette, anis, boisé léger, bonne intégration, donne un équilibre étonnant entre puissance et élégance. Déjà superbe si l’on veut profiter des notes fruitées. Quelle classe, aucune ostentation. 85 euros.


Castello di Cacchiano


Il s’agit d’une des 3 propriétés historiques de la famille Ricasoli, aujourd’hui séparées.
Sis à Monti in Chianti, le château domine un superbe paysage, marqueterie de vignes (31 ha), d’oliveraies (35 ha) et de forêts giboyeuses, rithmées par les ondulations des collines et la ligne bleue des chaînes de montagne plus lointaines. L’altitude varie ici entre 380 et 400m. Les sols sont argilocalcaires (albarese). Les vignes ont été replantées à partir des années 1970, principalement en sangiovese (à 80%), mais aussi en canaiolo, en merlot et en malvoisie.
Le domaine fut longtemps entre les mains d’Elisabeta Ricasoli, alias «la Grande Dame du Chianti» ; elle est maintenant dans celles de Giovanni Ricasoli Firidolfi. Et reste une des valeurs sûres de la DOCG, ancrée dans la tradition.

-Cacchiano 2004 Riserva*: beau fruit (cassis), de la mâche, tannins bien intégrés, mais finale un peu astringente.

-Cacchiano 2003 Riserva***: Framboise, fraise mûre, bouche harmonieuse, tannins très doux, belle finale veloutée avec une retour de la framboise. Superbe

 
 
Autres belles bouteilles 
 
Notre périple en Chianti classico, l’automne dernier, à l'initiative de la FIJEV et de la Regione Toscana, nous a mis en présence de quelques autres beaux domaines

-Solatione 2004***: très joli fruit, boisé noble, finesse, fruits noirs, griottes, bonne longueur

-Castello San Donato in Perano  Riserva 2004***: très fumé, acidité bien balancée, vin corsé, mais reste élégant, tannins présents, très Chianti

-Monsanto Riserva 2003*: nez assez discret, phase réduite, mais bouche exprimant une belle minéralité, beaucoup de fraîcheur pour le millésime

Dolcio a Matteo Riserva 2003***: nez plus ouvert, beaucoup de fruits, fraise écrasée, cerise noire, la bouche reoproduit le nez, les tannins sont bien présents mais le vin n’assèche pas

Monteraponi Il Campitello Riserva 2003***: prune, grillé, humus, sous bois, bouche suave, délicate, j’aime beaucoup

Cannonica a Cerreto Riserva 2003**: du fruit derrière le bois, fin, fumée, goudron, bouche ample, raffiné

Rodano Riserva 2001**(*): truffe, et humus au nez ; en bouche, finesse des tannins, grande longueur
 
Hervé Lalau et Eric Boschman
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Le sangiovese et sa cour

S’il est bien maîtrisé, le sangiovese donne de bons résultats, même vinifié seul. Il présente pas mal d’analogies avec le pinot noir, à cet égard. Depuis peu, la DOCG Chianti Classico admet les 100% Sangiovese. Mais un petit coup de poupe d’autres cépages facilite souvent les choses ; récemment, les cépages bordelais ont été accepté dans le Disciplinare ; traditionnellement, cependant, le rôle de cépage complémentaire était dévolu au canaiolo - un apport important pour donner la typicité chianti.
Avec moins de tannins que le sangiovese, mais beaucoup de fruit, il apporte de la séduction, sans toutefois en avoir le potentiel de garde.
 
 Toscane3
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20:39 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |