27 février 2008

La grandeur, une question de temps?

Pierre Lurton a dit un jour: «Le plus dur, pour un grand vin, ce sont les 200 premières années».

Beaucoup de vrai, là-dedans. Depuis, pourtant, pas mal de moût a coulé dans les cuves, il y a eu les vins de garage, les jugements de Paris, de Sauternes ou d'ailleurs, on fait de l'assemblage bordelais sous toutes les latitudes, de l'élevage bourguignon sur tous les méridiens...

Bien sûr, on garde un respect fabuleux pour les tout grands (même si, avouons-le, on ne les boit jamais). Comment flinguerais-je jamais dans mes commentaires une Romanée Conti ou un Petrus? Je n'en ai jamais bu - ni vu - à aucune de mes dégustations. Et croyez bien que je ne suis pas à plaindre sur ce chapitre, je suis longtemps passé pour l'expert du cabernet bulgare chez In Vino Veritas. 

Parfois, je me dis que les très grands crus sont un peu comme les très grands hommes - il vaut mieux ne pas les cotoyer de trop près, ni trop souvent.  "Il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre", disait Goethe.

Malgré tout, on les envie. On voudrait tant connaître la perfection, le 20/20. Tiens, je crois n'avoir jamais mis 20/20 à un vin. Peut-être certains le méritaient-ils, mais c'est plus fort que moi, j'ai toujours voulu laisser une place pour le mieux. C'est bête.

Et si le temps était venu pour moi de ne plus soustraire des points par rapport à une perfection inaccessible, mais plutôt d'ajouter des points sur mon échelle du plaisir? Ne parle-t-on pas d'échelle ouverte de Richter, en matière de séismes? 

Finalement, le plus dur, chez un dégustateur, ce sont les 20 premières années. La grandeur attend parfois le nombre des années, pour les vins, mais aussi pour ceux qui les goûtent. Il y a quinze ans à peine, vous ne m'auriez pas fait boire une gorgée de vin jaune. Aujourd'hui, ces vins, je les trouve grands. Et ceux-là, à la différence de Petrus, j'en ai dans ma cave...

 

 Petrus

11:02 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

26 février 2008

Ringard, le Cognac?

On dit que nul n'est prophète en son pays: c'est le cas, manifestement, du Cognac en France: en 2007, sur 158 millions de bouteilles expédiées, seules 5% ont été consommées en France. Ses ventes dans l'Hexagone ont même baissé de 23% l'an dernier.

Heureusement, il y a l'Amérique (les rappeurs noirs en raffolent) et l'Asie. 

Il est surprenant de constater que des gens de culture si diverses ont pu adopter un produit qui, dans son pays de production, fait figure de produit de niche. Les chiffres sont là: toute la production de Cognac n'atteint pas la consommation française de whisky.

Cognac ringard en France, Cognac tendance aux States! Comme le produit n'est pas en cause (il est virtuellement immuable, de par son procédé de fabrication), on ne peut retenir qu'une seule explication: la force du marketing. 

Ce n'est pas exactement ce que l'on peut souhaiter demain pour le vin. Ne dites jamais jamais - avec le développement des grandes marques transnationales  (même en France, pays des terroirs), ce sera certainement notre lot dans quelques décennies. 

  

 

 

06:58 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |