24 avril 2008

La liberté de la presse ne se divise pas

Les lecteurs non professionnels m'excuseront, j'espère, d'enfourcher à nouveau le cheval quelque peu fatigué de la liberté de la presse vineuse, à laquelle j'ai déjà consacrée quelques chroniques.

 Anastasie

Anasthasie, allégorie de la censure... 

 

C'est que la lecture du blog de l'Association (Française) de la Presse du Vin  m'inspire quelques réflexions que je souhaite partager avec les quelques confrères habitués de ce blog.

A ce que je comprends, certains journalistes français mettent la condamnation de nos confrères du Parisien, dont l'article sur le Champagne a été ravalé au rang de publicité par un tribunal de Paris, sur le compte d'un manque de professionnalisme des auteurs de l'article. Avec comme conséquence, on le sait, l'obligation faites aux éditeurs publiant des articles sur le vin de les accompagner d'un message sanitaire, au même titre que la publicité.

Certes, je ne peux qu'abonder dans le sens de Roger Clairet, de César Compadre et de Barthélemy quand ils regrettent l'absence de filières de formation en journalisme vineux (et gastronomique).
Par contre, je ne vois pas dans le contenu de l'article du Parisien une raison objective à la sanction reçue, sanction qui nous atteint tous et devrait susciter la solidarité de tous.

Que l'article soit professionnel ou non, qu'il soit bien écrit ou non, que le titre soit provocateur ou non, rien ne justifie l'amalgame qui est fait entre journalisme et publicité. Cet article n'était pas une publicité, mais un commentaire sur des vins, un point c'est tout.

Prenons garde à ne pas donner à nos adversaires -car ils ne se cachent plus de l'être- des arguments pour nous frapper. La liberté de la presse est une et indivisible.

Quand bien même un confrère écrirait un article à la gloire d'une région viticole, pour autant qu'il ne s'agisse pas de publi-reportage payé, c'est son droit le plus strict. S'il incitait à l'ivresse ou à la débauche, ce que je condamnerais, bien sûr, il y a des lois contre cela, qui n'ont rien à voir avec celles qui s'appliquent à la publicité.

Les journalistes sont d'accord de prendre leurs responsabilités, ils ne sont pas au dessus des lois - mais au moins, qu'on ne leur applique pas des lois qui ne les regardent pas. La liberté de tous est en jeu. Celle des chroniqueurs vineux aujourd'hui, demain celle des chroniqueurs gastronomiques (quid de l'incitation à la boulimie ou à l'anorexie?), celle des chroniqueurs auto (quid de l'apologie de la vitesse ou des dangers de la route...?).

Ce que l'on peut vraiment regretter, à mon sens, c'est le silence assourdissant de nos confrères de la presse générale, qui ne nous soutiennent guère dans notre combat.
Où est le sens d'appartenance à la famille journalistique? Je n'ai vu aucun syndicat prendre notre défense, et les quelques articles parus dans les grands médias se sont bornés à reprendre la communiqué de l'AFP sur la condamnation du Parisien - sur notre condamnation à tous, en définitive.
Nos propres communiqués (APV, FIJEV, Vin & Société, ANEV) sont quant à eux restés plus ou moins lettre morte dans la "grande presse". Toutes mes excuses à ceux qui les ont diffusés, mais le débat n'a pas vraiment atteint le grand public.

Par contre, tous les grands journaux français qui traitent du vin diffusent à présent un message d'alerte santé, même sur internet - voyez le Figaro. Comme si la chose allait de soi. Vous avez dit "autocensure"?

Enfin, le Parisien n'a pas fait appel et il est probable qu'il ne le fera jamais.

A mon sens, voilà autant de raisons pour serrer les rangs, plutôt que de discuter de la qualité du travail de tel ou tel. L'union fait la force.

18:32 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

22 avril 2008

Boschman au CMB

Suite des tribulations de notre Boschman international, qui nous écrit cette fois de Bordeaux - et oui, Eric était avec nous au Concours Mondial, rehaussant l'événement de sa fulgurance, de ses réparties génitales et de sa superbe écharpe couleur de l'espérance et du sauvignon pas mûr. Je vous laisse en compagnie de l'Artiste...

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Eric Boschman en compagnie du fondateur du CMB, Louis Havaux

(photo H. Lalau) 

 

Ne me demandez pas quel temps il fait le matin à Bordeaux, tout ce que j’en vois se limite à trois minutes de marche de mon hôtel à la salle de dégustation et retour à l’hôtel vers 15h.

C’est que le dégustateur n’est pas là pour rigoler. Pensez donc, à l’aube, il tombe en bas de son lit. Le temps de replier son bonnet de nuit, de poser sa robe de nuit sur un cintre, de plonger sous la douche, il est 7h30, voire 45. A ce moment-là il doit laver son petit corps d’athlète, genre lutteur de foire ou, pour être plus précis, d’haltérophile de fond, le sécher, ne pas le parfumer, s’il est vraiment pro.

Le dégustateur de haut vol prendra soin de choisir un dentifrice sans menthol, eucalyptol et autres trucs en brol qui paralysent le goût pendant au moins 2 heures. Tiens, si vous ne l’avez pas encore tenté, brossez vous donc les dents avec votre dentifrice classique et buvez un jus d’orange juste après. Vous voyez le résultat, alors imaginez le drame s’il s’agit de noter des vins au craquement de l’aube. Je dis le dégustateur parce que c’est le modèle que je croise le plus souvent mon miroir vers cette heure-là, mais il existe aussi des dégustatrices, certes nettement moins nombreuses que les messieurs mais tout aussi compétentes. Même si ce matin j’en ai croisé deux qui étaient parfumées comme pour aller cambrioler une banque. Mais il y a aussi des gnomes qui s’enduisent d’after chèvre et c’est terrible. Sans rire, si nous ne sentons plus notre propre parfum au bout de quelques secondes, il faut savoir que les crèmes de jour, baumes hydratants et autres machins à se tartiner sur la tronche pour être un métro sexuel (ce qui évite à vos ennemis de dire qu’il n’y que le tram que vous n’ayez pas rencontré) sont très perturbants en dégustation. Vu la taille des verres et vu l’enfouissement de la tête du dégustateur au cœur de son sujet, on peut dire que ça a du retour. Résultat vos 10 premiers échantillons sentent le vétiver. Ce qui n’est pas vraiment un parfum de dégustateur…C’est pas tout ça, mais il est déjà 8 heures, l’homme se vêt, simplement, en évitant la belle chemise blanche, c’est que les gouttes pleuvent parfois…

Petit-déjeuner, histoire de bien se caler. La dégustation intensive, c’est un peu comme le mal de mer, c’est mieux de l’attaquer avec l’estomac plein. 8h20, en route mauvaise troupe, comme disait Marguerite. Non, pas L’Ourse se Marre, mais ma grand-mère.

Nous sommes 238 dégustateurs issus de 40 pays. Certes, l’Afrique est sous représentée, il ne faut y voir aucune malice, c’est juste un manque de candidats pour le moment. La Chine est aussi encore fort en devenir dans le domaine, donc ses représentants sont rares, voire inexistants. En dehors de cela, si la France se taille la part du coq, on trouve des gens du Liban au Pérou en passant par la Nouvelle-Zélande et l’Uruguay et bien entendu la Belgique. Il manque peu de nations du vin. En tant que dégustateur, on vient pour rencontrer des gens du secteur, pas forcément pour la dégustation en elle-même. D’autant qu'elles se font totalement à l’aveugle. On voit juste la robe des vins. En parlant de pinard, on considère qu’un peu plus de 6.000 échantillons ont été présentés cette année. C’est un paquet. Mais soyez rassurés pour mon foie qui, ma foi, vous embrasse, personne ne goûte l’entièreté de la chose. Nous sommes des jurys de 5 personnes. On se partage la tâche. Les taches aussi.

A ce Concours Mondial de Bruxelles, qui a la particularité de voyager ces dernières années à travers l’Europe, on accumule les chiffres impressionnants : 34000 feuilles d’évaluation, plus de 24000 bouteilles de vin, plus 1100 bouteilles d’eau plate d’un litre. Ben oui, en dégustation, il n’y a pas que le dentifrice au menthol qui soit un drame, il y a aussi l’eau pétillante. Je me demande d’ailleurs lequel des deux est le plus perturbant. Pour en revenir aux chiffres, l’équipe en place n’a rien ou presque à envier à Bouglione en balade, ça manque juste un peu de tigres. 180 personnes travaillent au bon déroulement de la chose pendant ces quatre jours et presque nuits. Ajoutez 2000 verres à dégustation en cristal lavés trois fois par jour, plus de 5000 litres de vin dégustés, 29 tonnes de matériel divers, 243 heures de travail pour le Ministère Fédéral des Affaires Economiques et vous arriverez à la somme de 1640 médailles attribuées (l’an dernier). Les chiffres sont étourdissants !

Le dégustateur, après le repas de midi, passe par sa chambre se rafraîchir avant de partir à la découverte des vignobles de la région et d’en profiter pour déguster un peu, c’est quand même sa fonction essentielle. Le soir, tous les participants se retrouvent autour d’un banquet, un peu comme dans le village d’Astérix, pour déguster quelques vins, histoire de ne jamais être en manque, et divers sangliers. Assurancetourix n’essaye même pas de chanter, il est enfermé dans les soutes d’un des cars. Comme Guy. C’est ça le progrès. Entre minuit et une heure du matin, notre héros se couche, rêvant d’une grande dégustation où tous les échantillons seraient des Grandes Médailles d’Or.

Plus d’infos sur www.concoursmondial.eu

11:33 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |