22 avril 2008

Du danger des grands concours de vin

Le Concours Mondial de Bruxelles, délocalisé cette année à Bordeaux, a été l'occasion, outre les séances de dégustations officielles, de plusieurs visites de classe. Je vous en parlerai dans de futures chroniques...

En attendant, et juste pour rigoler un peu, voici une photo prise sur le vif dans mon jury de dégustation. On y voit Sylvia Cava, ma voisine chilienne, au milieu d'une mare de vin.

La pauvre vient juste d'être la victime d'une sauvage agression au crachoir de vin rouge, de la part d'une consoeur polonaise dont on taira le nom pour ne pas envenimer les relations diplomatiques entre les deux pays. Je précise que me trouvant entre les deux dégustatrices, j'ai moi même été copieusement arrosé - en l'occurrence, être pays neutre ne sert pas à grand chose, c'est ce qu'on appelle les victimes colatérales.

Notre consoeur polonaise jure ses grands dieux qu'il s'agissait d'un coup de coude involontaire, et on lui laissera le bénéfice du doute. 

J'attire aussi votre attention sur l'impassibilité des autres dégustateurs. Le devoir avant tout!

Tout cela pour vous montrer que notre activité, pour exaltante qu'elle puisse être, n'est pas sans risques. Ma femme m'a acheté récemment un très joli col roulé lie-de-vin qui me fait le plus grand profit pour ce genre de sessions.

 Sylvia

Photo H. Lalau 

10:20 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

13 avril 2008

Boschman sur la Montagne

Nouvelle livraison dominicale de notre Eric, qui relève encore son propre niveau.

"Quo non ascendet", comme disaient les lapins...

 

796 - Boschman

Eric "Pythie" Boschman

 

"Personne n’est à l’abri d’un coup de bol, il ne faut jamais l’oublier. Tenez, moi par exemple, je goûte tout au long de l’année des bouteilles, des bouteilles et encore des bouteilles. Un récent comptage approximatif a eu pour résultat de shooter à plus ou moins 3.500 flacons par an. Bien sûr, il ne s’agit que du domaine du professionnel. Mais comme je bois peu en dehors de mes heures de service, je suis un peu comme pas mal de travailleurs en fait, on arrondira ce total aux environs de 4.000 pour faire bonne mesure. Je ne rigole pas hein. Mais, il faut savoir que je ne suis pas le seul dans ce cas-là, l’essentiel de mes collègues chroniqueurs est astreint aux mêmes conditions de travail extrêmement pénibles.

C’est qu’en plus, pour nous, comme pour tant d’autres d’ailleurs, la cirrhose n’est pas une maladie reconnue. Même si nous crachons, lorsque l’on goûte six vins, en tenant compte de ce qui reste en bouche, de ce que nous avalons malgré nous, nous avalons l’équivalent d’un plein verre. Donc, lors d’une matinée de travail, après une quarantaine de bouteilles goûtées pour vous, nous avons ingurgité pas loin d’une bouteille. Et pourtant, les bienveillants représentants des forces de l’ordre ne nous font pas de cadeau. C’est affreux, mais gardez vos mouchoirs en boules aux creux de vos mains car le plus terrible est encore à venir. Sur ces 4.000 flacons, combien croyez-vous sont de bonnes bouteilles qui méritent que l’on s’y attarde quelque peu ?

Je ne parle pas de vins d’exception, pas de ces bouteilles qui marquent la vie d’un gnome, pas de ces jus de la treille qui suscitent un enthousiasme délirant, des vers qui traverseront le temps, des chiffres et des lettres, le poids des maux, le choc des portos. Non, je veux évoquer ici les honnêtes crus, les vins de plaisir, ceux qui nous soufflent quelques lettres aux neurones, des choses simples, compréhensibles et payables.

Ce dernier point, même si nous recevons l’immense majorité de nos échantillons, est fondamental. Il serait normal qu’une bouteille à 50 euros soit bonne, qu’il y ait quelque chose d’important à en dire. Si l’on se promène dans les tarifs stratosphériques de certains crus d’un peu partout dans le monde, il est indécent qu’une émotion absolue, un tsunami de félicité, un avalanche de bonheur, une éjaculation neuronale ne vienne pas recouvrir notre cortex à chaque fois. Et pourtant, souvent, de plus en plus souvent d’ailleurs, c’est là que le bât blesse. Remarquez que ce n’est pas de chance, si c’était là que le bât blessait, ce serait juste une histoire de fatigue passagère, alors que dans le premier cas, il s’agit d’une usure. Les vins deviennent de plus en plus chers, même si l’on nous parle de crise viticole à longueur de sanglots des violons de l’automne. Et puis, au milieu de ce marasme pas marrant, au milieu de cette angoisse permanente de vous décevoir, au milieu de cette quête presque Graalique, voire graalienne, du bonheur, de l’émotion.

Tel le chercheur d’or qui distingue la pépite au milieu de la boue, nous trouvons une bouteille de pur bonheur. Un moment qui bouleverse tout sur son passage. Un taureau furieux qui écarte la foule devant le soleil de midi, enfin, allez-y vous même, je commence un peu à fatiguer dans les épithètes à rallonges. Car contrairement à la Pythie qui vient en mangeant, l’épithète pas. Enfin, tel Archimède devant sa première vis, l’envie d’hurler un Euréka de première catégorie vous vient. Mais, et je vous jure que c’est vrai, ça marche comme ça à chaque fois dans ma secte, en premier lieu naît un sourire béat sur le faciès Rubicond, mais néanmoins affranchi comme le disait César, du dégustateur. Ensuite, un long silence se fait. Un peu comme celui qui suit Mozart et qui en est toujours, le silence qui suit un grand vin est du même tonneau. Un silence de bonheur, le genre de petit endormissement post-orgasmique, mais si, souvenez-vous, le mois dernier. Vous voyez, juste avant de commencer à ronfler, vous étiez heureux. Le vin ont il est question aujourd’hui à suscité en moi cette cascade d’émotions diverses et variées. Et encore, je vous passe les détails à propos de l’état de mes cheveux.

Pour tout dire, j’ai demandé le prix dans un état second, j’en ai commandé quelques bouteilles sans trop savoir ce qui me prenait, j’ai remis un bouchon sur la totalité des échantillons disant au monsieur, d’un air très dégagé, qu’il devrait en faire profiter d’autres collègues vu la rareté du produit. Mais, in petto, je scandait à pleins poumons : laisse m’en une ou deux. A croire qu’en plus de mes pensées profondes, mon regard de Golden Retriever qui va faire une connerie l’a ému au plus profond de son âme. Et hop, deux des bouteilles devinrent miennes.

Ne voulant pas mourir d’une apoplexie de plaisir trop brutale durant le week-end, j’ai placé le flacon du jour dans l’armoire de conservation pour ne la goûter que deux jours plus tard. Plaisir masochiste, certes, mais patience étant mère de vertu j’ai tenté le coup. Quel bonheur! Quel vin! C’est de la folie. En deux mots je vous plante le décor.
 
Un photographe belge et de renom, monsieur van Berg, les deux n’étant pas antinomiques, aime le vin. Jusque là, tout va bien. Un jour, il décide de passer de la théorie amoureuse à la pratique viti-vinicole. Il s’offre quelques arpents de vignes en Bourgogne, et pour faire bonne mesure, du côté de Meursault. Pour ne rien laisser au hasard, notre homme décide de ne pas revendiquer l’appellation susdite, mais bien de tout passer en Bourgogne Grand Ordinaire. Ce qui est comme un pied de nez à beaucoup de trucs. Pour être complet, sur ces quelques hectares, il n’utilise pas de tracteur, pas de produits chimiques, il travaille les petits, tout petits rendements. Genre, moins de 15 hectolitres à l’hectare. Je sais, ça ne vous dit rien, mais sachez que ce n’est rien du tout.
 
Et puis, comble de bonheur pour mes papilles, les vôtres aussi un jour je l’espère, l’homme élabore des Pinots Noirs de folie, un Gamay qui vaut tous les liégeois du monde (ben, oui, nos p’ti gamay c’est le cépage favori des Liégeois, surtout si vous le dite à voix haute et peu intelligible), j’ai moins tripé pour les chardonnay, simplement parce qu’ils sont plus conformes à ce qui se fait de grand dans le coin. Essayez donc un jour la cuvée « les Gamets », un 100% gamay passé en barriques neuves, c’est de la folie et bien plus encore. Le vin est dense, presque noir tant il est concentré. Le nez se présente par un bouquet intense de fruits noirs hyper mûrs, mais pas en confiture hein, faut rester dans le frais. On évolue rapidement vers le poivre noir, un peu la paille. En bouche, c’est rond, rond, petit, pas tapons. Les tanins sont fondus, mûrs, présents comme des ombres. Le bois se fait discret, il soutient, il ne masque rien. Bon d’accord, il faut un petit bémol, c’est que la bouteille est rare, donc elle navigue à des prix qui pourraient faire tousser plus d’un, mais même une seule bouteille vaut largement l’effort. Vous n’avez qu’à retarder l’achat de la prochaine console de jeux des petits, de toute manière c’est bien fait pour eux".

Eric Boschman


Pour trouver les vins : David van Berg : daviscop@belgacom.net

12:45 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |