24 mai 2008

Subjectivité de la critique vineuse

Je trouve sur le blog de François Mauss (Grand Jury Européen) cette lettre d'un producteur américain, Julian, qui pose quelques questions pertinentes sur le métier que j'ai le plaisir d'exercer...

"Je pense que la vraie-fausse idée est qu’il y a un standard universel de qualité pour le vin. Vous suggérez que les écrivains du vin ont un rôle de pédagogues, pour guider les consommateurs non-éclairés à apprécier les critères universels de qualité que partagent ces écrivains. Faux !

1) Les écrivains ne sont pas d’accord entre eux. En tant que producteur de vin, je le vis tout le temps avec des écrivains qui émettent des préférences carrément à l’opposé les unes des autres !

2) Les écrivains ne dégustent pas beaucoup mieux que les consommateurs. Vous n’avez pas mentionné le test du vin en double aux "Wine Trials" où dans chaque lot dégusté, systématiquement, un vin a été présenté 2 fois.

Si le dégustateur donnait des notes égales aux 2 bouteilles, ses notes étaient considérées comme valables mais si le dégustateur donnait des notes très différentes au même vin, alors ses notes étaient écartées. Il s’est avéré que les professionnels ont réussi ce test à peine mieux que les amateurs. Il y a d’autres recherches (notamment à l'Université de Davis) qui démontrent que les jurés de dégustation sont tous statistiquement non-significatifs et que leur résultats sont à peine plus pertinents que le hasard.

Je pense que face à ces résultats, les écrivains du vin doivent faire preuve d’humilité et abandonner les notations qui n’ont aucune pertinence pour un consommateur. Par contre leur commentaires, subjectifs, sont toujours intéressants."

 

 herve

L'auteur en toute humidité (Photo Helmut Knall)

 

D'accord pour l'humilité. Mais je continuerai à donner des notes aux vins que je déguste. D'abord, parce que c'est une aide pour les lecteurs.

Ensuite, parce que c'est une forme d'engagement de ma part. Je ne recherche pas l'unanimité avec mes confrères, juste l'honnêteté d'une vision forcément subjective. Mais comme dit si bien François Mauss, "la somme des subjectivités est un commencement d'objectivité".

Enfin, n'en déplaise à Julian, il y a (ou il devrait y avoir) une différence entre les jugements des consommateurs et ceux des journalistes ou chroniqueurs spécialisés. Nous sommes dans les vignobles une bonne partie de l'année, nous participons à de nombreuses dégustations à thème, et ceci doit nous permettre de jauger les vins, non seulement en fonction de notre goût personnel, mais de ce que nous savons être la typicité d'une région ou d'une appellation.

Nos articles ne sont pas (ou ne devraient pas être) que des listes de dégustations, mais la vulgarisation des connaissances plus profondes que nous avons la chance d'acquérir au contact des vignerons, des oenologues et des géologues. En ce sens, on peut parler de pédagogie. Un pédagogue n'impose rien, il transmet.

Voila en tout cas mon métier tel que je le ressens. Je ne prétend pas à l'infaillibilité - je laisse cela aux Papes de Châteauneuf ou d'ailleurs. Mais je m'efforce de noter en conscience, sans a priori, et de manière responsable, avec toujours en mémoire la petite phrase de Destouches: "La critique est facile, mais l'art est difficile".

Est-ce que les consommateurs, même éclairés, sont tenus de le faire? 

 

10:59 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

20 mai 2008

L'Europe à la traine en matière de marques de vin

Une étude du cabinet Intangible Business, sous le titre 'The Power 100- The World's Most Powerful Spirits and Wine Brands 2008' donne le classement suivant des marques de vin (par ordre décroissant): Gallo, Hardy's, Concha y Toro, Mondavi et Yellow Tail.

La première marque européenne n'arrive qu'en 16ème position; il s'agit de Torres.

La classification tient compte, non seulement des performances commerciales, mais également de la notoriété. Vu l'absence de noms comme Malesan, Mouton Cadet, JP Chenet, Zonin, Antinori, Blue Nun ou encore Listel, on se dit que les marchés français, italien, belge ou allemand n'ont pas dû peser très lourd dans l'échantillon.

 

07:00 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |